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> Services publics : des limites et échecs du rassemblement de Guéret

25062015

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Capture d’écran 2015-06-25 à 10.12.22Le 13 juin dernier, à Guéret, un grand rassemblement de défense des services publics se tenait à l’appel de la Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics. Se voulant d’importance nationale – des représentants de toutes les régions étaient présents, il faisait écho à son illustre homologue, la presque légendaire déambulation neigeuse de 2005, dont un François Hollande encore premier secrétaire du PS était un des participants. Ce regroupement anniversaire, largement relayé par la radio publique – évidemment concernée, devait prendre tout son sens par le fait que nous sommes tous concernés, plus que jamais dix ans après, par les perspectives noires qui continuent de se confirmer pour le service public, dans un univers de la concurrence la plus déloyale.

On attendait au moins 10 000 personnes et de grandes figures nationales et politisées de la contestation, qui seraient venues exprimer leur désarroi et leur colère face à la désertification hospitalière, à la privatisation des transports du quotidien, et plus globalement à la perte de souveraineté des citoyens dans ce qui les accompagne et les aide à vivre chaque jour (la santé, les transports, les médias donc, mais aussi la poste, la justice, l’eau, l’énergie, l’emploi…).

Et au final, en dépit d’un cortège dense et bruyant… un échec. C’est en tout cas ce qu’a relevé la presse nationale, et ce qu’ont avancé nombre de commentateurs. La mobilisation relativement faible – 4 000 à 5 000 manifestants selon l’estimation de La Montagne, sans doute la plus fiable et objective, a sans doute pesé dans ce jugement final. Surtout, dans le cortège, une foultitude de drapeaux et de mégaphones, un air de manif partisane, tristement « comme les autres », une ultra-domination des totems du militantisme politique et syndical, en dépit de l’absence de la CFDT ou de l’extrême discrétion du PS. En somme, une ambiance de fête, mais un message universel et « profane » qui peine à percer au milieu des slogans et des logotypes. En outre, une désorganisation patente – signalétique inadaptée, retards importants dans la mise en route des débats thématiques, et une communication hasardeuse dont on ne saurait dire si elle était l’expression d’un manque de moyens, ou d’un entre-soi confondant, voire d’un sectarisme empêchant la quête d’idées neuves ?

Car là était bien le problème central. À qui parlaient tous ces intervenants ? Et en définitive, au-delà des « convaincus », des « déjà conscients », qui participait réellement à ce rassemblement ? Loin de nous l’idée de nier l’engagement sincère et le combat légitime de tous ces élus, adhérents de partis, syndicalistes chevronnés et alters de la première heure, professionnels des hôpitaux ou des liaisons ferroviaires régionales sacrifiés sur l’autel d’une intangible rentabilité. Ils sont en pointe dans la dénonciation concrète d’un processus mortifère, dont les territoires ruraux et leurs habitants sont les premières victimes. Mais au fil de la journée, au gré des chants engagés et de l’étiolement de la ribambelle des marcheurs sous la pluie, grandit le sentiment que tout ceci est vain, un peu trop folklorique, et peut-être terriblement contre-productif.

Capture d’écran 2015-06-25 à 10.10.34Dans les débats, des échanges de bonne tenue et du parler vrai, mais des publics parfois très clairsemés, et des caméras qui se seront davantage agglutinées autour du photogénique mais éphémère Mélenchon, au deuxième rang de la manif. Fait éloquent : aux fenêtres, de très nombreux Guérétois prenant en photo les bannières multicolores, les percussionnistes survoltés, les marguerites brandies en l’air… Des Guérétois chez eux mais pas dans le cortège, ni aux débats… Le sentiment que ce rassemblement est avant tout une foire, une tribune, celle d’un petit groupe engagé, certes convaincu et sans aucun doute sincère, mais tellement peu représentatif, et par extension, dramatiquement excluant. Entre deux averses, la pugnacité laisse libre cours aux improvisations poétiques : « météo pourrie, météo du capital ! », a-t-on-pu entendre par moments. Les slogans sont souvent maladroits : si c’est certainement aux excès du capitalisme que l’on peut attribuer la lente mais certaine déliquescence du concept de « bien commun », comment concerner l’ensemble de la population par des appels révolutionnaires ?

Et nous de rêver d’une manifestation silencieuse et lourde, massive, grave mais résolue, autant que l’est l’impitoyable déconstruction du service public français et européen, ce bien commun par excellence. Une manifestation de ce fait originale, dans laquelle une majorité aurait pu se retrouver – souvenez-vous du 11 janvier. Pourquoi ne pas avoir convié des journalistes locaux comme il en existe de très bons, ou des universitaires, pour orchestrer les débats et leur donner un axe, un sens de lecture, une didactique en somme, et en formaliser les conclusions ? La politique est un piège, un outil galvaudé, mais la citoyenneté est une ressource infinie et fondamentale. Pourquoi ne pas avoir tenté de dépolitiser un sujet qui concerne tout un chacun ? Certes, on parle plus fort et on frappe peut-être plus aisément par des collectifs, et certes, l’austérité que d’aucuns au gouvernement promeuvent est un des principaux moteurs de la privatisation et de la polarisation outrancière des services publics, mais n’est-on pas citoyen avant d’être partisan ? N’est-ce pas ceci, notre première force collective ? Pourquoi ne pas s’appuyer à l’avenir, sur des collectifs associatifs transpartisans, sinon moins « colorés », pour peser mieux et nombreux ?

Alors, au final, une ambiance bon enfant, de (très) bonnes volontés et des témoignages édifiants et nécessaires sur la casse du service public orchestrée par les dirigeants de tous ordres et appliquée à toutes les échelles, mais un appel qui tourne en rond alors qu’il concerne 100 % ou presque de la population française. Certes le dimanche, un ensemble de déclarations officielles devait formaliser l’ensemble des réflexions et des prises de positions de l’événement, autour d’un « Appel de Guéret ». Mais sa portée semble limitée. Sur Facebook, 528 personnes seulement suivent la page consacrée au rassemblement, et ledit communiqué n’a été partagé que treize fois (!). On attendra toutefois avec impatience le prochain rassemblement, en 2016, cette fois à Paris…

Capture d’écran 2015-06-25 à 10.13.48Mais quel dommage ! Le contexte actuel semblait pourtant donner toute justification à l’organisation d’initiatives de défense des services publics, notamment en écho à la loi Macron, qui entre autres conséquences préjudiciables consacre un peu plus le démantèlement du réseau ferroviaire français. Et quel meilleur endroit que Guéret pour donner sens à ce message ? On continuera la mobilisation. Mais à l’Elysée ou Matignon, nous aurions du mal à en douter, avec tristesse imaginons les conseillers de l’ombre (presque) satisfaits d’avoir vu tourner cette journée à l’avantage des caricatures.

Merci à Geneviève Leblanc pour la réflexion dont elle m’a fait part et qui a donné matière à cet article, et pour sa présence à Guéret à mes côtés.

Photos : L. D.




> Des citoyens candidats aux élections départementales !

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Capture d’écran 2015-03-14 à 22.00.53 Capture d’écran 2015-03-14 à 22.01.02

Vous ne voterez pas dimanche.

Ou alors, vous ne savez pas pour qui voter.

Ou encore, vous vous dites que vous allez certainement voter « utile », sans illusions…

Ou même, vous n’êtes pas inscrits sur les listes et ça vous est bien égal.

Vous êtes désabusés, quoi qu’il en soit. Déçu, blessé.

Un instant. Juste quelques minutes. Pas longtemps.

Et si… des citoyens lambda, enseignants, commerçants, demandeurs d’emploi, étudiants…, hors du système politique fatigué, bref des citoyens comme vous, faisaient le choix de casser les codes et, se disant que les choses ne peuvent pas rester figées et à ce point démoralisantes, se présentaient à vos suffrages ? Des candidats tout neufs. Oh, ils ne sont pas providentiels ces candidats. Ils ne révolutionneront rien, que ce soit clair. Et ce n’est pas parce qu’ils se disent « indépendants » qu’ils n’ont pas de convictions marquées. Non non. Simplement, ils se sont dits qu’ensemble, ils pouvaient à leur toute petite échelle incarner la preuve que tout à chacun a légitimité à ouvrir les débats. À montrer que chaque citoyen a légitimité à interpeler ses élus, à proposer des idées, à dire que ça ne va pas bien, et que lui, par son expérience de vie, peut contribuer à améliorer les choses.

Des citoyens candidats aux élections départementales. Au nom de quoi ? De ce statut de citoyen, si dévoyé, instrumentalisé, et pour autant fondement de notre démocratie. Le pouvoir n’est-il pas censé être celui du peuple ? Mais les élections départementales, pourquoi ? Le département, échelle de proximité par excellence, bien que son avenir soit flou, est l’acteur de la politique sociale, des collèges, du développement culturel, associatif et économique… c’est dire s’il est au cœur de notre quotidien ! Alors mobilisons-nous !

Quelle folle aventure que celle dans laquelle nous nous sommes lancés ! Folle, intense, mais réfléchie ! Si nous nous engageons tous à titre personnel – une association ne saurait financer une campagne – c’est bien dans la foulée des dossiers thématiques présentés par 55 citoyens pour Limoges sur le patrimoine et les mobilités. D’autres suivront. Des dossiers qui sont le fruit de notre passion pour notre ville, de notre envie d’apporter notre petite contribution au débat public, oh oui, le public, le bien commun, ces idées auxquelles nous souhaitons croire, encore.

Nous ne voulons pas additionner nos voix à celles qui crient que les politiques sont tous les mêmes, et qu’il ne sert plus à rien de voter. C’est donc là le sens de notre engagement, que d’aucuns jugeront insensé et démagogique. Reposons-nous la question bon sang : qu’est-ce qui doit motiver l’engagement pour la collectivité ? Le compte en banque ? Non. Le fait d’être bien né ? Non plus. Le fait d’être en odeur de sainteté avec une fédération parisienne qui se substitue bien trop souvent à l’intérêt général des citoyens sur le terrain ? Sûrement pas ! Pas plus que l’âge, l’origine, l’héritage… Halte à la professionnalisation de la politique ! L’expérience, ça se construit si l’on ose donner leurs chances à d’autres personnes, d’autres visions, d’autres parcours de vie.

Cet article est également une occasion de répondre à certaines attaques et accusations infondées. Non, nous ne sommes pas le sous-marin du Front national. Nos membres sont des sympathisants de toutes tendances républicaines, marqués par des engagements associatifs, humanitaires, syndicaux, qui tous sont placés sous le signe de la lutte contre les inégalités, les injustices et les préjugés. Non, notre engagement, aussi dérisoire puisse-t-il paraître aux yeux de certains adeptes du cumul, n’est pas bêtement motivé par la rancœur contre un parti qui n’aurait pas su satisfaire nos ambitions de pouvoir.

Je vous propose ci-joint de prendre connaissance de notre circulaire de campagne.

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Ainsi qu’un exemplaire de notre tract, que nous distribuons actuellement en ville. Vous y retrouvez les grands axes de notre programme :

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Notre programme également ici :

- ne pas cumuler plusieurs mandats politiques.
- consulter la population, comme cela a déjà été fait dans d’autres territoires, en cas de grand projet engageant des dépenses importantes pour le département (LGV, centre aquatique de Saint-Pardoux, grands équipements routiers…).
- revenir sur la décision autoritaire qui écarte les jeunes majeurs des dispositifs d’aides.
- soutenir toutes les initiatives citoyennes qui favorisent le bien vivre ensemble sur un territoire commun (budget participatif, participation aux commissions, soutien aux entreprises solidaires et aux associations locales, création de micro-crèches).
- organisation d’Ateliers participatifs sur les services publics (rencontres dans les cantons entre élus et citoyens pour définir les besoins)
- ou encore : refonte du festival « La culture au grand jour » (élargissement des thématiques), création d’un Conseil départemental des jeunes…

Nos candidats :

Canton de Limoges-4 La Bastide-Beaune-Beaubreuil :
Titulaires : Stéphane BOBIN (technicien audiovisuel) et Geneviève LEBLANC (enseignante)
Remplaçants : Lucas DESTREM (étudiant) et Elisabeth SOUTENET (demandeur d’emploi)

Canton de Limoges-6 Centre-ville :
Titulaires : Muriel JASNIAK-LASKAR (commerçante) et Philippe PASQUET (employé La Poste)
Remplaçants : Adrien LAUMONNIER-NADAL (étudiant) et Françoise LEFLAIVE (retraitée, militante associative)

Dans quel canton votez-vous ?  Cliquez sur « Calques » en haut de la page, puis sur « Cantons » dans le bandeau à gauche.

Bien entendu, rien ne remplace le contact et l’échange en direct, en chair et en os. Si nos moyens humains et financiers ne nous ont pas permis d’organiser des meetings et de louer des salles – si ça encore c’est pas une preuve que le système démocratique est ficelé avant tout pour les grosses écuries…, nous vous donnons quand même rendez-vous toute la semaine au détour des marchés et des rues des deux cantons ! Ce sera l’occasion d’échanger sur nos priorités et vos attentes pour le département.

Alors, vous pourriez voter pour nous, non ? Allez, en toute humilité… un peu d’audace ! ;-)

Ah, et aussi, je vous donne rendez-vous après la campagne pour venir nous retrouver lors de nos réunions hebdomadaires ! 55 citoyens pour Limoges est avant tout une association ouverte à toutes les bonnes volontés, tous ceux qui veulent contribuer, sans forcément vouloir se présenter à une élection, à leur échelle, à construire des projets de proximité et de développement pour Limoges et sa région ! Les seules conditions ? Aimer cette ville envers et contre tout, et aimer les gens qui la font, bon sang !




> Pour une université de la cohérence

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> Pour une université de la cohérence dans Gouvernement B-Gvt-300x33

.. ou pourquoi avoir envie de faire confiance aux projets du gouvernement

unilim dans HollandeEn dévoilant les grandes lignes de son projet de loi, Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur, annonce enfin en quoi la politique du gouvernement en la matière est censée répondre aux très fortes attentes des acteurs de l’université et de la recherche, étudiants et employés. Des attentes forcées par des réformes pas toujours très bien comprises et bien menées, durant le quinquennat Sarkozy en particulier. Réforme de la démocratie interne, clarification des licences : des raisons d’espérer !

L’autonomie des universités, si dans l’idéal pourrait susciter l’enthousiasme en ce qu’elle favoriserait l’audace des établissements, se heurte bien souvent, à l’instar des marges de manœuvre des collectivités locales, aux écarts de moyens financiers, matériels et humains des établissements. Selon que l’on a affaire à une grosse université parisienne ou à un petit établissement comme celui de Limoges, les ambitions ne peuvent évidemment pas être les mêmes, et le regroupement des universités en Pôles de recherche et d’enseignement supérieur force au mieux la définition de stratégies plus solides, au pire la marginalisation d’universités vouées à l’annexion par une consoeur, voire à sa suppression (et donc une déliquescence de la qualité des formations pour des centaines d’étudiants provinciaux…). Le match Paris-Province – et même grandes villes contre villes moyennes – ne doit pas être relancé par la concurrence d’universités qui s’élèveraient, mode de scrutin et autonomisation obligent, en petites baronnies. En ce sens, la refonte du mode d’élection du président de l’université, avec la disparition de la prime à la liste en tête et l’arrivée du vote à deux tours, me semble être un très bon signal en faveur de plus de démocratie. Car l’université se doit d’être un espace démocratique, en tant qu’espace d’apprentissage et de formation à l’esprit d’initiative et d’ouverture au monde. Un lieu où l’alternance des équipes et des stratégies et la juste représentation de celles-ci serait garanti. Je pense en outre qu’il faudra demeurer vigilant quant à cette ambition affichée de favoriser des fusions et fédérations d’universités plus lisibles que les PRES. La cohérence scalaire des forces de l’université ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la mutualisation et du partage des compétences et des expériences, aussi attrayantes ces idées sont-elles.

La volonté de refondre l’offre de licences en la clarifiant part d’un bon sentiment. Sans doute faut-il y percevoir l’ambition d’atténuer le flou caractéristique de la fac, perçu chaque année par les bacheliers qui font le choix de la licence, et se heurtent à des intitulés aussi divers qu’abscons, et à la complexité de plateformes web peu harmonisées. Redorer le blason d’une université en perte de vitesse, à l’image plutôt altérée et au dynamisme aléatoirement vérifié, est vital. Mais n’y a-t-il pas des raisons plus tangibles à ce désamour pour les facultés ? Sans évidemment en appeler à une sélection sévère à l’entrée en première année de licence, j’espère que la redéfinition du mode de gouvernance des universités saura placer les étudiants, leurs projets, la cohérence de leur formation, au cœur de l’université. A ce sujet, aborder la place des fameuses classes préparatoires aux grandes écoles me semble intéressant. Car si ces établissements forment sans nul doute nombre d’élèves à l’acquisition de méthodes de travail, d’un volontarisme dans l’apprentissage et d’un socle de connaissances solide que les étudiants en fac n’ont pas toujours, ils ne contribuent pas nécessairement à former à l’ « esprit » de la recherche universitaire d’une part. D’autre part, sans aucunement tomber dans la facilité de l’argument démagogique, à apaiser les relations entre l’enseignement secondaire et le supérieur universitaire. Sans oublier qu’en dépit de réels efforts pour les démocratiser, ils demeurent bien souvent socialement sélectifs… Pour autant, abolir les fossés de réputation et les préjugés entre ces deux mondes reste un enjeu que des lois, aussi ambitieuses soient-elles, ne parviendront certainement pas à satisfaire aussi vite. L’espoir fait vivre, le dialogue animera cet espoir.




> Série spéciale : Présidents et Limousin (1/5)

3032012

> Série spéciale : Présidents et Limousin (1/5) dans Découverte b2012b

A l’occasion de la campagne présidentielle, je propose quelques articles spécialement liés à cette échéance si particulière, à travers une double série :
- « Jeunes en politique » : la parole est donnée à quelques jeunes limousins engagés en politique.
- « Présidents et Limousin » : petite série d’articles sur les relations entre le Limousin et la fonction présidentielle

C’est cette dernière que j’inaugure aujourd’hui, avec un article sur les attaches limousines des présidents et candidats. Je vous souhaite une bonne lecture, et, a fortiori, une bonne campagne !

ATTACHES LIMOUSINES

La fameuse « diagonale du vide » ne l’est pas en racines présidentielles. La présence à l’Élysée de locataires du cru a suffisamment alimenté les ragots populaires, autour de l’emploi supposé et/ou véridique de maints locaux dans la capitale. Et les chefs de l’État n’ont jamais cherché à passer sous silence leurs racines provinciales, s’en servant parfois même d’arguments asseyant leur légitimité populaire et nationale. En retour de cette « utilisation » parfois un peu forcée et symbolique, les reconnaissances ont pu se vérifier : l’autoroute A89, surnommée « autoroute des présidents », passant à proximité des fiefs de Chirac et Giscard d’Estaing, ne doit-elle pas son existence à son active promotion par ces derniers ? De la même façon, le poids des époux Chirac dans le destin de la LGV Poitiers-Limoges n’est plus à prouver (leur départ en 2007 participant de fait au floutage de l’avenir du projet…)

Au-delà de toute analyse politique périlleuse de l’incidence de l’appartenance régionale de certains de ces dirigeants sur leur action en tant que présidents, et sans volonté aucune de comparer l’oubli relatif de la région dans les grandes décisions nationales et la proportion non négligeable de chefs de l’État qui en sont originaires, il s’agira plutôt de présenter une brève et non-exhaustive approche des racines limousines de Jacques Chirac, François Mitterrand, Valéry Giscard-d’Estaing et Sadi Carnot, mais aussi de revenir sur les attaches et implantations de candidats à cette élection : François Hollande, Dominique de Villepin. Sans pour autant occulter l’attachement manifeste des illustres enfants du pays, qui n’ont pas renié cette filiation. Ainsi, Sadi Carnot, en visite officielle dans sa ville natale, déclama : « Je suis né à Limoges et mon cœur est resté en Limousin. Je ferai tout ce que je pourrai pour vous en donner la preuve. »

Sadi Carnot

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Sadi Carnot est né le 11 août 1837 à Limoges, officiellement au 14 du boulevard de la Pyramide (comme l’indique une plaque inaugurée par le Président lui-même en visite officielle), aujourd’hui boulevard Carnot. En réalité, il serait plutôt né rue Neuve Sainte-Valérie, actuelle rue du Général Cérez. Sa famille bouge beaucoup, et par conséquent ne reste que quelques années à Limoges. Son jeune frère, Alphonse, naît en janvier 1839 à Paris (mais entamera sa carrière dans l’Administration des Mines à Limoges). Les deux enfants grandissent en région parisienne, l’hiver à Paris, l’été à La Ferté-Alais.

Le père, Lazare-Hippolyte (1801-1888), frère du physicien Sadi et fils du révolutionnaire Lazare, est originaire de Saône-et-Loire. Jacobin, il est instigateur de l’Ecole d’administration en tant que ministre de l’Instruction publique en 1848, préfiguration avortée de l’ENA, créée en 1945. Virulent opposant à la mutation impériale, il termine sa carrière à l’Académie des sciences morales et politiques.

La mère, Jeanne-Marie Dupont-Savignat (1816-1897), bien que née dans l’Essonne, explique par ses origines limousines et charentaises (Manot puis Chabanais) le lieu de naissance du futur président. Elle est la nièce du bonapartiste et général d’Empire puis ministre de Louis XVIII Pierre Dupont de l’Etang, natif de Chabanais, en Charente limousine, à 45 km à l’ouest de Limoges, où la famille de Savignat possède un château, dit « maison Carnot », et propriété d’anglais depuis 2008. Isaac Dupont, un aïeul, fut le premier maire de la commune. Les parents de Sadi se sont d’ailleurs mariés à Chabanais, en 1836, et Sadi est baptisé en l’église de Grenord, petit hameau de la commune de Chabanais, à mi-chemin entre le château maternel et le village. La grand-mère maternelle, Marie-Thérèse Geneviève Nieaud, est la fille de Jean-Baptiste Nieaud, maire de Limoges en 1790 et conseiller général de la Haute-Vienne à trois reprises (qui acheta l’hôtel qui porte son nom à Limoges, rue des Vénitiens).

A Limoges, deux places (place Sadi-Carnot et place Lazare-Carnot) et donc un boulevard (qui a la particularité d’honorer le président à une extrémité et le révolutionnaire à l’autre) commémorent ce passé. La statue du président, inaugurée en 1897 en présence de Claude-Sadi, son fils, placée au centre de la place qui porte son nom, n’a pas survécu à la Seconde guerre mondiale.

Sadi Carnot a effectué trois visites officielles à Limoges :

  • La première en tant que ministre des Travaux publics du premier gouvernement de Jules Ferry, en 1881. Il inaugure à cette occasion les voies de chemin de fer de Bellac et Eymoutiers.
  • La seconde en tant que Président, en 1888 : outre le dévoilement de la plaque précédemment nommée, il se fait présenter le récent musée de la céramique par le mécène Adrien Dubouché, et le nouvel hôtel de ville par le maire.
  • La troisième fois, toujours comme président, en 1891, à l’occasion de la fête de la Fédération des sociétés de Gymnastique (FSG).
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Joseph Mitterrand, père du président Mitterrand

François Mitterrand

Comme je le disais dans mon précédent article consacré aux racines du président Mitterrand, né en 1916 à Jarnac, la mère de François Mitterrand, Yvonne Lorrain, qui est née 36 ans plus tôt à Jarnac même, est issue d’une famille installée depuis le XVIIIe siècle en Charente. Nicolas François Lorrain, son arrière-arrière-grand-père paternel, gendarme né en Haute-Saône en 1757, est décédé en 1805 à Aigre, localité située à 30km au nord-ouest de Jarnac. La famille s’établit définitivement à Jarnac avec le mariage du petit-fils de Jules, portant le même nom, en 1869, avec Victorine Eugénie Faure, elle-aussi charentaise, de qui naîtra Yvonne, mère de François. C’est du côté de son père que François Mitterrand a des origines limousines. Celui-ci, Joseph, est né le 27 septembre 1873 à Limoges, et meurt en 1946 à Jarnac. Employé jusqu’en 1919 à la Compagnie ferroviaire du Paris-Orléans, il reprend la vinaigrerie de Jules Lorrain, père de celle qui devient dés lors son épouse. Entre temps, il a créé un négoce de balais. Les parents de Joseph se sont mariés en 1869 à Séreilhac, village natal de Pétronille Laroche, la mère, au sud-ouest de Limoges. Gilbert, lui aussi employé dans le secteur ferroviaire, est né dans l’Allier, à Audes, sa famille étant berrichonne. Les parents de Pétronille sont instituteurs limousins, lui né à Limoges, elle à Bussière-Poitevine et décédée à Flavignac, au château de Faye. En remontant encore dans l’arbre généalogique de la famille maternelle de Pétronille, les Du Soulier, on trouve des ancêtres à Saint-Auvent (les grand-parents de Pétronille), Saint-Junien, Saint-Laurent-sur-Gorre, et Verneuil-sur-Vienne, au XVIIe siècle. 

« C’est le pays de ma famille. Mon pays. » Ce que déclare François Mitterrand en 1985 à la télévision, c’est à l’égard de la Charente, de Jarnac, mais il n’a jamais oublié que sa famille était aussi d’ascendance limousine. L’ancien président était d’ailleurs admirateur de Jacques Chardonne, auteur de la saga charento-limousine des Destinées sentimentales.

Jacques Chirac

Le plus célèbre des Corréziens (avant François Hollande ?) est bien né à Paris en 1932, mais ses familles maternelle et paternelle sont toutes deux intégralement issues de contrées proches (Corrèze, Dordogne, Lot), sur plusieurs générations, faisant de la carrière politique locale de Jacques Chirac (conseiller général du canton de Meymac de 1968 à 1988, sept fois élu député de Corrèze, même pendant son mandat à la mairie de Paris ou sa présence à Matignon), davantage un retour au pays (élu de Haute-Corrèze, il est pourtant originaire du sud) qu’un parachutage. Cette relation particulière de quatre décennies dépassera largement l’aspect politicien : en témoignent à la fois l’attachement perpétuel et réaffirmé de l’intéressé à ce département, et d’autre part la lente déliquescence de la Chiraquie, après 2007, symbolisée par le passage de témoin du Conseil général de la droite à la gauche en 2008 et l’émergence du destin particulier de François Hollande.

Le père de Jacques Chirac, Abel François, est né en 1898 à Beaulieu-sur-Dordogne, à l’extrême-sud du département. Employé de banque, puis administrateur de sociétés, industriel qui croisera le chemin de Marcel Dassault, Abel François épouse Maire-Louise Valette (1902-1973), née à Noailhac. D’aucuns les imaginent père et mère adoptifs du futur président : à ce sujet, d’obscures partisans de périlleuses théories du complot aux relents politico-financiers disent Jacques Chirac fils biologique de Marie-Thérèse Magne et Louis Caudie, originaires de Meymac (tiens donc!), dont l’autre fils Robert a épousé une héritière des Bourbon.

Laissons-là ces rumeurs largement décelables sur le web, et revenons-en aux faits d’état civil, bien officiels et peu ébranlables. Le père de Jacques Chirac est le fils de deux instituteurs, lui, Louis Chirac, de Beaulieu, elle, Marie-Honorine Dumay, née à Calviac, près de Sarlat, en Dordogne, et elle-même fille d’instituteur. Les Dumay sont natifs de Comiac, dans le nord du département du Lot, depuis le XVIIIe siècle, auparavant de Teyssieu (toujours dans le Lot), eux-mêmes issus de la famille Daval, toujours de Comiac. La mère de Marie-Honorine est issue de Sousceyrac (encore le Lot). La famille Chirac est résolument corrézienne (Gros-Chastang, Sioniac) ; l’arrière-grand-mère paternelle de Jacques Chirac (famille Moulet) résidait elle aussi au nord du Lot.

La mère du futur président, Marie-Louise Valette, née à Noailhac, est la fille de Joseph Valette, instituteur lui-aussi, né à Meyssac, près de Collonges-la-Rouge, de parent bien locaux du midi corrézien (Branceilles, Chauffour-sur-Vell, Saint-Julien-Maumont). L’épouse de Joseph, Victorine Mouly, est de Sainte-Ferréole (comme ses parents), commune dont Jacques Chirac a été conseiller municipal et dont il fréquenta l’école.

En somme, les racines proches du Président Chirac sont exclusivement provinciales, et concentrées dans un rayon assez restreint, entre l’est du Périgord, le nord du Quercy, et le sud du Limousin.

Les deux dernières personnalités n’ont jamais présidé la République française, aspirent à le faire, mais ne sont pas garanties d’y parvenir. Quoi qu’il en soit, elles ont comme points communs d’avoir un lien particulier avec le Limousin d’une part Dominique de Villepin y a des attaches familiales, François Hollande en est élu depuis presque 25 ans)… et avec Jacques Chirac d’autre part.

Dominique de Villepin

L’ancien premier ministre n’a jamais été élu au suffrage universel, et ainsi n’a pas de fief électoral, ce qui n’avait pas empêché, et avait même favorisé les rumeurs autour de son éventuelle implantation en Haute-Vienne. Car Dominique de Villepin possède quelques attaches historiques en terre limousine, du côté de son père, Xavier Galouzeau de Villepin, par ailleurs toujours en vie. Le père de ce dernier, François-Xavier (1890-1972), administrateur de sociétés, est né à Limoges mais d’origine lorraine, et son épouse, grand-mère de Dominique de Villepin (famille Maurat-Ballange), est originaire de Vaury, au pied des monts de Blond, et Bellac, et plus en amont encore, de Creuse (La Souterraine) et de l’Allier (Montmarault).

A noter par ailleurs que Dominique de Villepin cousine avec l’actrice Fanny Ardant (haut-viennoise par son père), par un parent limougeaud éloigné, vivant au XVIIe siècle à Limoges.

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Jacques Chirac et François Hollande, en Corrèze, en juin 2011

François Hollande

Enfin, François Hollande. S’il est né à Rouen d’un père (Georges Hollande) né à Cognac, en Charente, issu d’une famille du Pas-de-Calais, et d’une mère (Nicole Tribert) née dans l’Essonne d’une famille issue de l’est de la France (Savoie, Rhône), François Hollande quitte la Normandie en 1968, pour Neuilly-sur-Seine, et sa carrière politique commence en 1981 par une première candidature en Corrèze, dans la circonscription de Jacques Chirac, que le corrézien Jacques Delors* n’avait pas voulu affronter. Conscient que son implantation sera compliquée en haute Corrèze ultra-chiraquienne, mais sans doute déterminé à disputer à cette droite si particulière le suffrage des corréziens, il migre vers le sud-ouest du département. C’est donc dans une autre circonscription, la première (Argentat, Beaulieu, Beynac, Donzenac, Juillac, Lubersac, La Roche-Canillac, Seilhac, Tulle et Vigeois), qu’il est élu député en 1988, battu en 1993 mais constamment réélu depuis 1997. Et c’est dans cet espace qu’il étend son emprise politique, tout d’abord en se faisant élire au conseil municipal de Tulle, en 1989, après avoir quitté celui d’Ussel (il devient maire de Tulle en 2001). Puis en arrachant le conseil général à la droite, en 2008, élu dans le canton de Vigeois. Concluant un parcours d’est en ouest de vingt ans, qui l’aura peu à peu vu reconquérir la terre de l’enfant du pays. Jusqu’à s’en réclamer lui aussi, de ce pays : « je suis de ce Limousin, de cette Corrèze où j’ai tant appris ». Déjà entendu quelque part ?

* cf. prochain article : « Les ministres limousins »

A suivre : « 40 ans de résultats électoraux »







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