> LGV : tout reste à faire après le rapport Delebarre

31072017

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S’il consacre enfin l’abandon du tout-LGV, et s’il est porteur d’idées intéressantes (électrification de Poitiers-Limoges, reprise du TGV Brive-Lille…), le rapport de Michel Delebarre sur l’accessibilité du Limousin demeure quasiment silencieux sur les liaisons transversales. En outre, par son refus de défendre une option forte pour améliorer la liaison entre Paris et Limoges, il entretient l’idée que le POLT, concurrencé par la toute nouvelle LGV Tours-Bordeaux, pourrait se satisfaire d’une amélioration a minima. Il faudra une prise de position forte de la part des élus pour éviter un atermoiement préjudiciable.

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Gains de transport entre Paris et la province entre 1978 et 2013. Limoges, grande oubliée des innovations nationales… (c) UMR ESO, pour RFF.

Michel Delebarre, sénateur PS du Nord, a enfin remis le rapport (« Accessibilité du Limousin et des territoires limitrophes », consultable en ligne) que Manuel Valls, alors Premier ministre, lui avait commandé en décembre 2016 pour réfléchir aux solutions pour désenclaver le Limousin. Cette commande, partant du constat du déclin des dessertes en Limousin, ces trois dernières décennies, et consécutive à l’annulation par le Conseil d’Etat de la Déclaration d’utilité publique le 15 avril 2016, laissait déjà présager l’abandon définitif du projet de LGV Poitiers-Limoges. Aujourd’hui, les conclusions du rapport vont ouvertement dans le sens de cet abandon, comme le laissait déjà entendre Emmanuel Macron. On peut légitimement s’en satisfaire, tant ce projet, dans sa forme autant que dans son essence, a pollué la capacité des acteurs locaux à ébaucher de façon critique et constructive un projet alternatif et porteur pour le Limousin.

Mais maintenant que se dessine a priori la fin du feuilleton LGV, par quoi compenser le retrait d’un projet qui a monopolisé les discours et hélas les finances publiques depuis dix ans ? Comment assurer la desserte d’un territoire en marge, fragilisé par la création d’une nouvelle région immense et hélas peu solidaire ? Zoom sur les propositions alternatives avancées par ce document.

L’abandon des projets LGV, enfin acté

Le rapport de M. Delebarre comporte plusieurs bonne nouvelles qu’il s’agira de concrétiser. La première d’entre-elles réside donc en la préconisation explicite d’un abandon définitif du projet de ligne nouvelle à grande vitesse entre Poitiers et Limoges (p. 33). Critiqué ces dernières années par plusieurs instances politiques et économiques, des experts et de nombreux citoyens (Commission Mobilité 21, FNAUT, Cour des Comptes, élus de l’Indre, de la Vienne ou de la Creuse…), ce projet est battu en brèche tant pour son incohérence budgétaire que pour les nombreux territoires qu’il laisserait à l’abandon. M. Delebarre (p. 35) met aussi en évidence à raison que l’hypothèse d’un rattachement de la ligne classique à une future LGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon (dite POCL) est plus qu’hypothétique, pour les mêmes raisons financières. Enfin, il signale aussi que les relations finalement mises en place avec l’ouverture de la LGV Tours-Bordeaux en juillet 2017 entre Paris et Poitiers, ne laisseraient finalement que peu de place à des raccordements performants pour les hypothétiques rames TGV qui bifurqueraient à Poitiers vers Limoges (seulement 4 trains par jour apporteraient des améliorations notoires de temps de parcours dans les conditions actuelles !). Raison de plus pour « laisser tomber » l’option LGV, donc.

Paris-Limoges en 2h40 : entre Poitiers et Orléans, ne faut-il pas choisir ?

A ces hypothèses « LGV », M. Delebarre préfère donc une amélioration des liaisons existantes, sur POLT comme sur Poitiers-Limoges.

[…] pour les choix à opérer rapidement pour l’avenir, je recommande d’envisager des aménagements et des améliorations de desserte à la fois sur la ligne existante Limoges-Poitiers et sur la ligne historique POLT.

En somme, pour la première fois dans un propos se voulant « post-LGV », ce n’est plus POLT qui concentre les attentions, puisque la liaison classique existante Poitiers-Limoges est présentée en alternative. Cette proposition inédite de faire de la liaison TER une nouvelle opportunité de desserte entre Paris et Limoges me semble hélas porteuse d’incertitudes.

Concrètement, l’idée ici développée par le sénateur Delebarre est de parvenir à des gains de temps de parcours conséquents entre Paris et Limoges non plus exclusivement via la ligne historique POLT, mais via la ligne classique entre Poitiers et Limoges, moyennant des travaux sur cette dernière. Il s’agit en fait de faire profiter Limoges de l’ouverture de la LGV Tours-Poitiers-Bordeaux, qui a mis la préfecture poitevine à moins de 2h de Paris. On se dit que ce serait un juste retour des choses, tant les collectivités limousines ont dépensé pour cette LGV (leur participation au financement de la LGV Sud-Europe-Atlantique s’expliquait par le fait que c’est sur cette ligne que devait se connecter la LGV Poitiers-Limoges). Une fois les travaux réalisés sur la ligne classique, les gains escomptés en termes de temps de parcours seraient donc suffisamment importants pour inciter une partie des voyageurs empruntant POLT pour rallier Paris à préférer le passage par Poitiers… mais il s’agirait en parallèle de veiller à ce qu’ils demeurent modérés pour ne pas complètement assécher POLT, et donc parvenir à ce que les deux options soient gagnantes.

En somme : d’un côté, des rames TGV circuleraient à vitesse normale sur une voie modernisée jusqu’à Poitiers, puis continueraient à grande vitesse pour Paris, pour un trajet de 2h30. Sur cette même ligne pourraient aussi circuler des TER en complément, de manière à renforcer les liens entre les deux capitales régionales déchues. De l’autre, une ligne POLT rénovée (suppression de passages à niveaux, correction de tracés, nouveau matériel…) permettrait une desserte efficace en Intercités entre Limoges et Paris, aux alentours de 2h30 également. Une répartition « naturelle » des trafics serait donc attendue, sans doute en fonction des préférences budgétaires de chacun.

[…] si le temps de parcours entre Limoges et Paris [par la ligne classique Limoges-Poitiers, ndla] peut passer en dessous du temps de POLT, le gain de temps sera moindre qu’avec la LGV Poitiers-Limoges, et donc la répartition des usagers entre POLT et les liaisons Paris-Poitiers-Limoges via la LGV SEA sera plus équilibrée en fonction du surcoût de l’utilisation du TGV par rapport au train classique.

[…]

Une desserte « légère » via un petit nombre de TGV complété par des TER directs jusqu’à Poitiers permettrait aux voyageurs les plus pressés de rejoindre ou quitter Limoges en empruntant la ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux. Sans « concentrer » tous les voyages sur cette liaison, la place resterait pour l’utilisation du POLT avec une desserte optimisée. La ligne POLT, qui assure une desserte plus fine du territoire, avec Uzerche, Cahors, mais aussi La Souterraine et Vierzon, resterait privilégiée par les usagers qui y trouveraient des tarifs plus attractifs et un gain de confort important, leur permettant de vivre le temps passé dans le train comme du temps qui n’est pas perdu. Le Limousin trouvera aussi, avec cette politique équilibrée, un double accès dans Paris, via la gare d’Austerlitz ou la gare Montparnasse.

C’est ici que l’idée a priori séduisante me semble moins convaincante. Comment garantir un équilibre entre les deux options ? M. Delebarre estime les deux options complémentaires : la première (par Poitiers) servant à renforcer la cohésion régionale, l’autre à renforcer les liens avec Paris sans délaisser le centre de la France. Cela s’entend, mais n’est-ce pas utopique ? Surtout, l’idée de faire circuler des TGV sur ligne classique entre Poitiers et Limoges, option certes plus économe que la construction d’une LGV, pose de sérieuses questions quant au financement d’une pratique que l’on sait très coûteuse. C’est d’ailleurs ce qui a amené la Région Nouvelle-Aquitaine à abandonner le financement du TGV Brive-Lille, que M. Delebarre propose pourtant de remettre lui aussi en service (à juste titre à mon avis).

Electrifier la ligne entre Poitiers et Limoges pour la rendre plus attractive et ainsi offrir une alternative à la mise en quatre voies de la RN 147, est une hypothèse très intéressante, car ces deux villes ont des choses à se dire et gagneraient à se regarder autrement qu’en concurrentes. Mais encore faudrait-il ne pas être trop gourmand en menant de front deux chantiers permettant l’un comme l’autre à Limoges d’être à moins de 2h40 de Paris. Nos capacités de financement sont-elles à cette hauteur ? Le potentiel de trafic entre Poitiers et Limoges cumulé à celui des territoires de l’Indre et du Cher, est-il à même d’assurer le succès parallèle des deux options ? Comment garantir que l’un des projets ne se fasse pas au détriment de l’autre ? Qu’un service très ambitieux sur l’une des lignes ne soit pas handicapé par la mise en place d’une desserte concurrente sur l’autre ? Que les passagers les plus pauvres soient contraints à un omnibus de seconde zone ? Pourquoi cette impression, partagée d’ailleurs par Frédéric Soulier, maire LR de Brive (Le Populaire du 28 juillet), de n’avoir pas su prendre de manière plus résolue le part de l’une ou de l’autre des options ? La modernisation de Poitiers-Limoges est bien entendu essentielle, mais ne peut-on penser que sa vocation est avant tout de garantir une desserte régionale de qualité, quand celle de POLT est aussi de demeurer un maillon d’intérêt national ? On est donc en droit de ne pas partager l’optimisme de M. Delebarre, dont la réussite des projections demeure toutefois assortie d’un vœu pieu, celui d’une discussion constructive entre Etat et Région :

Cette option, qui aboutit à rendre un service d’équilibre du territoire à la fois par le POLT en « Train d’équilibre du territoire » et par un mixte de TER et de TGV n’est pas classique, mérite d’être approfondie en termes de gouvernance, et nécessitera des discussions approfondies sur les rôles respectifs de l’État et de la Région Nouvelle Aquitaine dans la mise en place de ce service.

L’idée de moderniser conjointement les deux axes est donc autant enthousiasmante qu’incertaine.

Pour ce qui est de POLT, l’idée d’une amélioration des temps de parcours au prix de travaux et d’une amélioration des véhicules, promise par l’Etat, me semble plus fiable, une trentaine de minutes pouvant être gagnée sur la liaison Paris-Limoges. Mais là encore, je pense qu’il faudra rester vigilant : il ne faudrait pas que l’arrivée de connexion Wi-Fi dans les futures rames Intercités entre 2020 et 2025 (ou la mise en place de vieilles rames TGV Atlantique sur POLT, comme réclamé par une pétition récente), ne soient que les petites compensations apportées aux quelques irréductibles voyageurs qui continueront d’emprunter une ligne POLT qui entre temps aura perdu en efficacité, faute de travaux d’infrastructures suffisamment ambitieux… L’une des déclarations finales ne me semble pas dissiper suffisamment les doutes :

Il appartiendra aux collectivités concernées par la ligne POLT, en concertation avec l’État, de se prononcer sur ces améliorations à poursuivre rapidement pour conforter chez l’usager l’envie d’utiliser cette ligne et sa confiance en son bon fonctionnement.

Les décideurs comptent-ils « conforter l’envie » de l’usager autrement que par de simples améliorations de la 4G ?

Liaisons transversales : peut mieux faire !

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La ligne Limoges-Angoulême à Exideuil (16), gare fermée depuis l’an dernier. (c) L. D, 2013.

Je suis d’accord avec l’idée que la création de la nouvelle grande région suppose des améliorations substantielles entre les villes appartenant autrefois à des régions différentes (principalement Poitiers-Limoges, on vient de l’évoquer, et Bordeaux-Limoges, qui fait l’objet de réflexions approfondies de la part de la Région Nouvelle-Aquitaine). M. Delebarre reste en revanche fort peu loquace quant à l’avenir des liaisons transversales vers l’est, pourtant essentielles pour assurer le désenclavement des territoires centraux et des marges des nouvelles grandes régions. Tout juste trouve-t-on :

Je tiens d’ores et déjà à souligner l’importance qu’il y aurait pour la région Nouvelle Aquitaine à entamer des discussions avec sa voisine Auvergne-Rhône-Alpes afin de coordonner les horaires des liaisons « transfrontalières », qui permettent notamment à Aurillac d’accéder aux trains vers Paris à Brive.

Au-delà, aucun mot concret sur les moyens de parvenir à relancer les liaisons suspendues, qu’il s’agisse d’Ussel – Clermont-Ferrand ou de Limoges – Guéret – Montluçon – Lyon, alors que leur devenir est crucial pour la cohésion territoriale. À peine plus au sujet d’Angoulême – Limoges, bien malade pourtant, ou de liaisons dynamisées entre Brive et Bordeaux. Rien non plus sur l’électrification de Saint-Sulpice-Laurière – Guéret – Montluçon, promise depuis des années, et qui pourtant serait tout à fait complémentaire de la modernisation de Poitiers-Limoges. Sans doute aurait-il été pertinent de missionner une étude sur la desserte ferroviaire du grand Massif central…

En définitive…

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Passage du dernier TGV Brive-Lille en gare de Limoges (30 mai 2016). Cette liaison relancée peut constituer une solution à court terme pour limiter les effets de la relégation. (c) L. D., 2016.

Au final, si ce rapport a le mérite d’évacuer la relance de la LGV, et si je suis convaincu par l’idée de moderniser la ligne classique Poitiers-Limoges, l’idée a priori stimulante d’en faire une alternative à la liaison Paris-Orléans-Limoges, me semble à terme préjudiciable à l’avenir de la ligne POLT historique. Je suis dubitatif quand à la circulation de TGV entre Poitiers et Limoges, qui pourraient assécher POLT et donc à terme recréer les effets néfastes de la LGV Poitiers-Limoges sur la liaison classique. Nos territoires peuvent-ils se permettre un projet en demi-teinte, qui peine à choisir entre deux options séduisantes mais potentiellement réciproquement excluantes ? Ce sera aux acteurs politiques de trancher, enfin.

Je trouve en revanche que le retour des circulations TGV Brive-Limoges-Roissy-Lille est porteur d’opportunités plus intéressantes et moins concurrentes, en ce qu’il permet l’ouverture au réseau européen que l’arrivée à Paris-Montparnasse de rames TGV venant Limoges et Poitiers, certes plus rapides, ne peut assurer. Si cette liaison était effectivement déficitaire, l’absence de communication faite à son sujet n’y était sans doute pas pour rien.

Je regrette enfin que le rapport n’ait pas fait de l’amélioration de POLT le cœur de son développement, et ne s’inspire qu’à la marge des propositions faites dans le cadre du projet « THNS – Des trains pour tous » dont j’ai déjà parlé ici. Les liaisons transversales, régulièrement négligées, brillent aussi par leur absence.

Ce rapport n’a certes de vocation qu’indicative. Le plus difficile sera sans doute de créer les conditions de la construction collective d’un nouveau projet fédérateur, sérieusement financé, et de s’épargner un nouveau gaspillage monumental d’argent public comme l’a impliqué le projet LGV Poitiers-Limoges. Gâchis autant déplorable qu’imputable à l’aveuglement de certains responsables politiques qui ont cru bien faire en s’obstinant à défendre un projet bancal. La proposition à deux têtes qu’avance M. Delebarre me semble hélas préfigurer de nouveaux affrontements de vues entre des responsables politiques que l’on attend pourtant au tournant. J’espère me tromper !




> #2017, épisode 1 : Rencontre-débat avec Michèle Rivasi

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Des primaires aux législatives, mon regard subjectif sur les campagnes électorales de 2017.
Episode 1 : rencontre-débat avec Michèle Rivasi, candidate de la primaire EELV, à la Maison de l’écologie régionale à Lille (2 novembre 2016).

DSC_0267-compressorBon, je sors de ma première rencontre-débat politique avec Michèle Rivasi. J’y allais sans trop de certitudes, seulement motivé par ma réelle admiration pour cette femme pas comme les autres et ses combats tellement vitaux qu’ils m’en ont sorti de ma torpeur pré-électorale.

On s’est retrouvés à seulement sept ou huit, quelques militants écolos « vieux de la vieille » et deux ou trois sympathisants non-encartés. On boit un peu de bière bio, certains monopolisent la parole, on me redemande plusieurs fois si je suis à EELV, c’est lassant, j’ai du mal à causer, mais ce n’est pas méchant. Et surtout, Michèle Rivasi, quoique parfois un peu trop techno pour moi, est captivante. Je la suis depuis que je l’ai entendue parler de déchets nucléaires (en Limousin on sait ce que c’est). L’élue écolo de Hénin-Beaumont présente ce soir, l’ « autre Marine », Marine Tondelier, assure carrément dans le rôle de l’animatrice pétillante, inclusive et convaincue, qui rappelle de façon implicite la nécessité de parler clairement aux gens, de leur faire comprendre que l’écologie concerne tout le monde, bon sang.

Ca fait un moment que je ne crois plus en la Providence incarnée (je crois que je n’y ai jamais cru, exception faite de ma passion fulgurante et un peu immature pour Ségolène), mais Michèle Rivasi a l’immense mérite de s’intéresser à tout ce qui concerne le plus grand nombre : la santé, les lobbies et leur impact sur notre quotidien, la bêtise du libre-échange, l’alimentation, le cadre de vie… Plusieurs fois elle revient sur la nécessité d’associer les gens à partir du monde associatif. C’est encore assez incantatoire mais ça me plaît quand même. On perd quand même pas mal de temps sur le cannabis qui en dépit de son intérêt (dans les débats de société) ne me semble pas être l’alpha et l’oméga de la campagne.

En sortant, sur le coup, je suis un peu déçu. Je n’ai pas su quelle était la position de Michèle Rivasi sur les défauts de notre démocratie et sur la participation citoyenne, sur l’éducation, sur l’aménagement du territoire, et je ne suis pas encore totalement convaincu de la capacité de cette candidature à dépasser le cadre racorni des vieux partis – en dépit de son intention de le faire, mais l’énergie dégagée par ces échanges et la foi avérée et rappelée toute la soirée en les bonnes initiatives du terrain me poussent à y croire encore un peu…

Surtout, je me dis que ce sur quoi je n’ai pas pu me faire d’avis, eh bien c’est peut-être à moi d’aller le proposer sur la plateforme participative que les écolos ont mise en place pour enrichir les propositions ? Tiens, de la participation, de l’apaisement, de l’humilité, du collectif, pas mal ça. Je ne me suis tout de même inscrit à cette primaire tant décriée pour rien. Assumons. > #2017, épisode 1 : Rencontre-débat avec Michèle Rivasi dans Perso 1f642 Attendons de voir, et, qui sait, d’agir ?




> Vers un label Capitale française de la culture ?

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L’ancien directeur du festival d’Avignon, Bernard Faivre d’Arcier, défend dans une tribune parue dans Télérama le principe d’une « Capitale française de la culture » tous les deux ou trois ans. Un concept qui paraît éculé et qui pourtant me semble prometteur, s’il peut concerner les villes de moins de 200 000 habitants, s’il encourage bien un mouvement de décentralisation culturelle et politique, s’il associe les universités et le monde de l’entreprise, et s’il permet une juste participation du grand public à un événement dans lequel il pourrait se retrouver et trouver fierté et reconnaissance. N’est-ce pas aussi un peu le rôle de la culture ?

Alors que le magazine prépare cette année ces « Etats généreux de la Culture », grand débat se voulant participatif devant énoncer des priorités en matière d’accès à la culture et de démocratisation de sa gouvernance, cette idée est a priori un peu tarte à la crème tant le concept des nouveaux labels semblait avoir été éprouvé. À titre d’exemple, je crains que l’inflation des métropoles labellisées French Tech ne soit qu’un gage donné aux « petites » métropoles qui ont peu face aux grandes qui ont déjà beaucoup.

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Les agglomérations susceptibles de candidater. (Carte : L.D., 2016).

Ici toutefois, le concept est différent, et c’est ce qui me convainc. L’idée d’une Capitale française tous les deux ou trois ans, dans une ville de 100 ou 200 000 habitants, me paraît garantir l’attention sur un écosystème particulier à chaque fois, limitant ainsi les effets pervers d’une féroce concurrence. Et ce concept me semble tout à fait pertinent dans une stratégie de rééquilibrage territorial à rebours des positions anti-rurales ambiantes, comme dans l’optique d’une réconciliation nationale autour d’un projet collectif et positif, générateur de retombées économiques comme d’émulation intellectuelle.

Au moins trois constats ou positions retiennent mon attention et me font adhérer à la démarche :

  • le fait que l’argumentation prenne acte de la sur-représentation parisienne dans les grands projets événementiels auxquels la France candidate (JO, Expo universelle) et dans les grands projets d’aménagement d’intérêt national (Grand Paris). Voilà enfin l’occasion de valider et prolonger le timide élan de décentralisation culturelle enclenché par le Louvre-Lens et le Centre Pompidou-Metz. Ici, on irait plus loin en inscrivant au cœur des petites et moyennes métropoles de province un événement fédérateur susceptible d’attirer attention et investissements pérennes. L’enjeu est majeur pour un système de décision culturelle qui, peut-être encore davantage que les systèmes politique ou économique, souffre d’un réel parisianisme. Alors, dans cet élan, peut-être pourrait-on penser qu’un nouveau mouvement de décentralisation, moins matériel et plus « philosophique », toucherait de façon salutaire les élites de notre pays. Nous pouvons l’espérer : l’un des critères du projet est d’associer un grand équipement culturel parisien à la candidature provinciale.
  • Organiser un événement susceptible de rassembler entreprises, universités et institutions publiques dans un territoire où, modeste taille oblige, les connexions ne sont pas forcément aussi efficaces que dans les plus grandes villes. Outre le fait qu’il rende justice aux collectivités volontaires dans le domaine de la culture en donnant une visibilité nationale voire européenne à leurs projets, il permettrait d’associer l’ensemble des « forces vives du territoire » à cette dynamique. N’est-ce pas le meilleur moyen de lutter contre les préjugés et de contrer les tristes perspectives qui s’annoncent pour nos universités ? N’est-ce pas un bel appel aux investissements ? Un territoire qui valorise la culture est un territoire accueillant !
  • Le fait que parmi les critères d’éligibilité, interviennent la « durabilité » ou la « participation citoyenne ». Des critères éminemment importants en ces temps troubles où les incertitudes se multiplient autant sur notre capacité à anticiper l’avenir que sur notre volonté de renouveler en profondeur notre démocratie bien fatiguée. C’est à ce titre que le concept de Capitale française de la culture diffère des Capitales européennes de la Culture : en ne soumettant pas la relation de proximité et les effets sur le long terme à l’idéal de rayonnement et à l’effervescence de la fête.

Il s’agira toutefois d’être prudent. En plus de ne pas tomber dans la surenchère financière, il conviendra également et impérativement de prévenir les autres potentielles dérives des grands événements culturels, qui d’ailleurs bien souvent ne sont pas étrangères aux dérapages budgétaires : entre-soi favorisant l’exclusion et le cloisonnement social, privilège des grands noms au détriment des créateurs locaux, usage d’un marketing débridé, infrastructures et investissements sans lendemains ni réutilisation possible, sur-domination de l’urbain dans les projets et territoires mobilisés (Marseille-Provence 2013 avait cependant réussi à intégrer l’ensemble des Bouches-du-Rhône dans son dispositif, notamment par le biais d’une grande randonnée périurbaine).

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Enfin, il me semble essentiel que les villes honorées par ce label ne soient pas déjà les grosses locomotives des flux culturels français. Je retiens avec intérêt le fait que les anciennes capitales européennes de la culture (Avignon, Lille, Aix-Marseille) soient retirées de la liste des impétrantes, au moins dans un premier temps. De la même manière, il me semblerait incongru et peu productif de propulser une ville comme Nantes, dont le tissu culturel très dynamique ne me paraît pas en attente d’une telle reconnaissance. Faisons donc de ce label un agent de mise en commun des énergies créatives, qui puisse humaniser un peu cette métropolisation dont on aimerait qu’elle soit un peu moins fracassante…

Capture d’écran 2016-07-20 à 14.54.18Limoges a toute sa place dans ce projet. Riche d’une histoire culturelle et artistique enviable de l’abbaye Saint-Martial aux Francophonies, bénéficiant en dépit des difficultés budgétaires d’un réseau d’acteurs culturels dynamiques (présence d’une école nationale supérieure d’art, centres culturels municipaux et théâtres privés, créateurs dans les domaines de l’émail ou de la porcelaine ou tous ceux mis en exergue par les PechaKucha, festivals de qualité), la ville et l’ensemble du territoire auraient beaucoup à gagner : émergence d’un projet positif et porteur pour une ville en mal d’image, effet d’entraînement sur l’aménagement urbain (l’art peut investir nos rues) et – on est en droit de l’espérer – les relations ferroviaires, relance du pôle d’enseignement supérieur, multiples occasions de projets d’éducation populaire et de projets pédagogiques pour les écoles… Nos élus sauront-ils faire preuve de la perspicacité nécessaire pour engager Limoges dans ce processus ? Toutefois n’attendons pas tout d’eux : c’est aussi à nous, citoyens, de faire nôtre ce projet, de le faire connaître et de le rendre convaincant !

Il va sans dire que certains grands édiles en quête de reconnaissance politique et avides de compétition métropolitaine auront à cœur de se saisir de cette idée et de rivaliser d’annonces à peine électoralistes. Il sera donc nécessaire que, dans l’esprit de ces Etats généreux de la Culture, la société civile des « créatifs », et au-delà l’ensemble de la société civile, se saisissent de ce projet pour en faire une perspective résolument co-construite. Déjà formulée il y a quelques années et depuis (et récemment) activement étudiée et débattue par les chercheurs, experts de l’urbain et élus de grandes villes susceptibles de pouvoir candidater, cette proposition pourrait être étudiée par le gouvernement cet été. Quoi qu’il arrive, elle doit être inscrite à l’agenda de la prochaine campagne présidentielle.

Loin de la position tristement caricaturale distillée par le Chef de l’Etat et son Premier ministre à l’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin en 2014, il s’agirait ici non sans artifices de consacrer les acteurs culturels dans le rôle politique que l’on devrait toujours leur reconnaître : celui d’oeuvrer au service du bien vivre-ensemble des populations dans leurs territoires, même en Province !

Photos : Visuel du sentier de grande randonnée périurbaine GR2013, mis en place par des artistes dans le cadre de Marseille-Provence 2013 (c) Lola Duval. - Urbaka à Limoges, 27 juin 2015 (L.D.).




> Il faut sauver l’Université de Limoges !

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Capture d’écran 2016-07-12 à 13.48.44Cet article vient en réaction au communiqué de l’Université de Limoges, suite à la rupture unilatérale par le Conseil régional de Nouvelle Aquitaine du contrat qui la liait à l’institution limougeaude. C’est une menace particulièrement grave et inquiétante qui pèse sur l’avenir de l’Universitéde Limoges. En rompant de façon brutale et inattendue le contrat qui liait l’autorité régionale (ex-Limousin) à l’Université, la Région Nouvelle-Aquitaine met en péril l’existence-même d’une université autonome à Limoges.

Cette manière à peine avouée de consacrer la centralisation des fonctions de commandement dans la capitale régionale, pourtant déjà richement pourvue et s’étant taillée avec la réforme territoriale la part du lion en termes de services et directions, semble faire triste écho aux funestes propositions de France Stratégie, qui a dans son dernier rapport avoué préconiser un soutien massif aux métropoles au détriment des espaces en difficulté. Cette approche serait – selon cet organisme – la seule à même d’assurer un développement global des territoires, en misant sur les plus grandes agglomérations. Une prise de position inquiétante. Dans un contexte de mondialisation débridée, à l’heure où les discours ultra-libéraux semblent retrouver une certaine audience, ces décisions sont tout bonnement lâches et mortifères.

Lâches car elles se rangent de façon honteusement simpliste, au nom de l’idéologie du pragmatisme, derrière l’idée que les Universités sont des pôles de développement hors-sol, et qu’elles profitent avant tout à une économie des échanges dématérialisés, plus qu’aux territoires. Ce qui est faux : on a pu prouver que la déterritorialisation des flux et des politiques était une chimère et que les nouvelles technologies devaient favoriser la prise en compte et la gestion des différentiels de développement, et non les occulter. À ce sujet, les responsables politiques, au moins autant que les personnels universitaires, ont une immense responsabilité dans cette stratégie. Que répondent les élus limousins à cette décision ? Et surtout, que comptent-ils faire pour sauver l’Université de Limoges ? Les menaces ne datent pourtant pas d’hier ! On est également en droit se demander quelle est la marge de manoeuvre des personnes universitaires locaux. Il est plus que jamais de leur devoir de mobiliser l’attention des citoyens sur les conséquences catastrophiques d’une disparition programmée de l’Université de Limoges. L’institution universitaire française doit encore davantage s’ouvrir au grand public local, impérieuse condition de sa survie.

Mortifères car estimer que les Universités peuvent vivre hors-sol, est à la fois suicidaire pour ces institutions et dramatique pour les territoires qui les abritent : les Universités sont les laboratoires d’innovation des entreprises qui les entourent ! Elles sont de formidables vitrines des savoir-faire locaux à l’échelle nationale et internationale ! Elles doivent avoir des missions d’intérêt général sur les territoires proches les plus vulnérables. Et sans le soutien des responsables politiques et la mise en place par ces derniers de mesures de développement territorial efficaces, l’Université dépérit. C’est le sens des autres déclarations que l’Université a formulées en faveur du passage de Limoges Métropole en communauté urbaine, et de l’amélioration sensible de la relation ferroviaire avec Paris.

Ne privons pas nos communes, nos départements des atouts de la recherche universitaire : aucun retour en arrière ne sera possible.

Photo : Antenne centre-ville de la fac de droit, L. D., 2014.




> Revue littéraire : Régions à la découpe, de P. Orcier

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À la toute fin 2015, alors que l’on s’apprêtait à élire les premiers élus de nos régions redécoupées, paraissait un petit ouvrage original, Régions à la découpe. Ce livre signé Pascal Orcier, est en fait un atlas – et c’est en ce sens qu’il est très accessible –, riche de très nombreuses cartes présentant les innombrables découpages que notre pays a subi ou aurait pu subir.

Venu ponctuer près de deux années de débats houleux sur le découpage des nouvelles régions, son bien fondé et ses effets supposés, ce petit opuscule ne cherche toutefois pas spécialement à montrer en quoi la dernière réforme territoriale aurait pu s’organiser autrement (l’auteur ose tout juste présenter une proposition alternative en fin d’ouvrage).

Il s’agit en vérité de la relativiser en la replaçant dans un contexte historique de dizaines de découpages successifs, non sans un brin de sentimentalisme il est vrai, avec ces belles cartes colorées qui rappellent les tableaux d’école. Il s’agit aussi de comparer cette dernière réforme aux découpages imaginés par des acteurs plus discrets mais tout autant prégnants dans notre quotidien, comme les chercheurs mais aussi les entreprises. Si ce n’est pas une belle preuve de l’invalidité de la théorie un temps consacrée des ultra-libéraux qui pensaient que la mondialisation signerait la fin des territoires ! Car dans les faits, l’homme spatial (coucou Lussault) ne peut s’empêcher de découper et recouper son environnement duquel il entend extraire la légitimité de son pouvoir, et sur lequel il doit structurer sa présence pour optimiser son action. N’est-on pas l’élu d’un groupe, donc d’une circonscription, d’une entité, avant d’être un représentant légitime de la République ? Un commercial ne cherche-t-il pas à rationaliser l’écoulement de sa production sur une aire de chalandise adaptée à ses moyens ? Un écologue peut-il vraiment prétendre gérer des milliers de kilomètres carrés d’espaces naturels sans se passer d’un découpage qui bornera l’aire d’autorité de son expertise vis-à-vis de son homologue et voisin ? Les législations, les autorités, les finances s’appuient bien sur des cadres délimités.

Le livre se « découpe » en quatre parties. La première, conventionnelle, est consacrée à la construction de notre territoire national. On apprendra sans doute peu de choses, mais on prendra conscience que le Limousin était déjà Aquitain du temps des Gaulois, et on ne se lassera pas de la carte des 130 départements français du Premier Empire, où Rome, Hambourg, Amsterdam et Barcelone étaient comme Limoges, Tulle ou Guéret, des préfectures de départements. La deuxième fait non sans nostalgie la part belle à nos aires culturelles (langue, gastronomie, architecture, éducation, politique). La troisième, cœur du propos, passe en détail tous les découpages délibérés et institutionnels. Outre les découpages administratifs de base, on en connaît un certain nombre : au détour des panneaux, des courriers officiels et des attentes téléphoniques, on a dû déjà se rendre compte que l’on donnait son sang en Aquitaine-Limousin, que nos finances publiques étaient vérifiées en Centre-Limousin, que notre compte Caisse d’Epargne était Auvergnat-Limousin. La dernière, celle des utopies, évoque certaines idées jamais concrétisées, des projets révolutionnaires au rapport Balladur, nous apprenant par exemple que le géographe Jean-Marie Miossec rêvait pas plus tard qu’en 2008 d’un projet intéressant de redécoupage égalitariste des régions mais aussi des départements, qui aurait rattaché la Charente limousine, le Lot et la Dordogne au Limousin (tiens tiens, j’avais presque esquissé l’idée il y a sept ans).

Si les petits commentaires de l’auteur, en bas de chaque carte, éclairent le contexte et les raisons de tel ou tel découpage, un petit regret, du moins se plait-on à en rêver : on serait tout de même bien content d’avoir à côté de chaque carte le témoignage du responsable du découpage en question venant justifier et défendre son bricolage ! Ici la direction de Système U qui rapproche la Haute-Vienne du grand Sud, là celle de Casino qui nous place en Vallée du Rhône, ou bien les éditeurs du guide Michelin qui nous ont toujours unis au Berry. Entre projections économistes, nostalgiques et visionnaires, peut-être comprendrait-on davantage quelles sont les valeurs, les idéologies et les représentations qui, au-delà de la chimère du « rationnel » et de l’ « objectif », rabâchée à longueur d’interviews télévisées, animent nos décideurs.

On apprendra enfin que, concernant notre nouvelle grande région, quelques-uns semblent en avoir anticipé les contours : les autorités de la IVe République avec leurs régions économiques de 1948, l’administration pénitentiaire et les éditions Hachette, qui sont les trois acteurs présentés dans l’ouvrage dont le découpage prenait déjà la forme de la région ALPC !

Régions à la découpe intéressera tous ceux que le grand cirque de la dernière réforme territoriale a passionné, mais aussi tous ceux qui aiment se poser des questions sur la justification de telle ou telle limite. Y apporter des réponses, voire, mais puisse cet ouvrage au moins contribuer à entretenir notre curiosité collective, et placer un peu de géographie entre les mains de chacun.

Photo : L.D., 2016

Régions à la découpe, de Pascal Orcier, Atlande, 143 pages (19 €)
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> Adieu Sophie Dessus

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Sophie Dessus (1955-2016). Une élue de convictions pugnace, respectée et appréciée.

Je ne connaissais pas personnellement Sophie Dessus. Au-delà de sa présence médiatique (et pas simplement aux côtés de Jacques Chirac), je me souviens simplement l’avoir vue à Davignac, tout juste élue députée de Corrèze. Son dynamisme emportait tout… Femme à poigne et courageuse. Il en restera de belles choses, des combats, des réalisations, des valeurs. Hommage.

Photo : François Burgevin.







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