> Série spéciale Présidents et Limousin (4/5)

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> Série spéciale Présidents et Limousin (4/5) dans Découverte blim

Portraits-ministres-300x190 dans GouvernementLes pronostics allaient bon train avant la nomination du tout premier gouvernement Ayrault : l’accession d’un élu limousin à la présidence de la République allait-elle favoriser l’entrée d’un autre limousin au gouvernement ? Et ainsi de favoriser les dossiers locaux ?

Et les observateurs du cru de prendre les paris. Qui de Monique Boulestin (mais c’était avant que le nouveau président ne désavoue à demi-mots la candidate dissidente), de Jean-Jacques Lozach, de Michel Vergnier, de Alain Rodet ou surtout de Jean-Paul Denanot, membre de l’équipe de campagne en tant que spécialiste de la formation professionnelle, pourrait rejoindre les Valls, Taubira et autres Moscovici. Verdict sur le perron de l’Elysée : ce n’était pas pour cette fois. En cas de victoire de la gauche, quelque remaniement devait s’opérer au gouvernement, et qui sait, profiter à nos élus régionaux. Las, encore raté, cette deuxième mouture ministérielle n’a réservé aucun strapontin à nos représentants. Pour autant, loin de tout chauvinisme un peu inutile, revenons succinctement sur ces limousins qui ont obtenu un des innombrables portefeuilles des gouvernements de la République française, et qui ont donc contribué à écrire l’histoire politique du pays.

Carte-Google-Maps-ministres-limousins-279x300 dans HistoireTout ça, à travers une carte interactive sur Google Maps de ma création. L’occasion d’avoir un aperçu général sur ces élus, qu’ils soient purs produits du terroir ou ponctuels parachutés (comme Raymond-Max Aubert ou Marcel Paul), simple natifs du Limousin (comme Marie-Anne Montchamp) ou locaux de cœur, tombés dans l’oubli ou encore cités en exemple, comme Henri Queuille.

Dans le tableau ci-dessous apparaît l’ensemble de ces ministres, classés par ordre alphabétique. Ceux qui sont en gras sont traités individuellement sous le tableau. Tous figurent sur la carte (référencement par lieu géographique).

Raymond-Max Aubert (1947-)

André Bardon (1901-1965)

François Binet (1880-1930)

Pierre-Alpinien Bourdeau (1770-1845)

Joseph Brunet (1829-1891)

Marie-François Sadi Carnot (1837-1894)

Marcel Champeix (1902-1994)

André Chandernagor (1921-)

Jacques Chirac (1932-)

Anne-Marie Couderc (1950-)

Jacques Delors (1925-)

Jean-Baptiste Delpeuch (1860-1930)

Roland Dumas (1922-)

Alexis Jaubert (1879-1961)

Henry de Jouvenel (1876-1935)

Edmond Michelet (1899-1970)

Marie-Anne Montchamp (1957-)

Marcel Paul (1900-1982)

Henri Queuille (1884-1970)

Marcel Rigout (1928-)

Albert Rivière (1891-1953)

Georges Sarre (1935)

Charles Spinasse (1893-1979)

Pierre-Edmond Teisserenc de Bort (1814-1892)

Adrien Tixier (1893-1946)

René Viviani (1862-1925)

ROLAND DUMAS

Un symbole des années Mitterrand, pour le meilleur et pour le pire
Avant d’embrasser la carrière nationale qu’on lui connaît, Roland Dumas, né le 23 août 1922 à Limoges, a été élu local. Fils d’un résistant (Armée secrète), socialiste, arrêté en 1944 puis fusillé à Brantôme (Georges Dumas, dont l’ancienne avenue du Pont-Neuf porte le nom à Limoges), Roland Dumas a lui-même résisté, et organisa notamment le boycott par des étudiants lyonnais de l’orchestre philarmonique de Berlin en mai 1942. Brièvement interné, il s’échappe, et après avoir envisagé une carrière de chanteur lyrique, se destine à la carrière d’avocat. Ses défenses de Georges Guingouin désavoué par le PCF, ou de François Mitterrand après l’épisode de l’attentat de l’Observatoire, ou encore son engagement contre l’affaire des diamants de Bokassa, ont forgé son image.

La carrière haut-viennoise de Roland Dumas est brève : élu député en 1956, sur une liste socialiste dissidente, il ne se représente pas en 1962, partant cinq ans plus tard se faire élire en Corrèze contre Jean Charbonnel, puis en Dordogne, où son arrivée fut diversement appréciée, mais où il est reconduit deux fois. Il est en 1977 candidat à la mairie de Bordeaux, contre Jacques Chaban-Delmas, qui le défait.

Si la notoriété de Roland Dumas est aussi à mettre sur le compte de ses démêlés judiciaires (affaire Elf), voire de ses accointances avec quelques personnages souvent décriés (comme Mouammar Kadhafi, le militaire syrien Moustafa Tlas, ou Laurent Gbagbo), il ne faut pas oublier qu’il fut aussi président du Conseil constitutionnel de 1995 à 2000, après avoir été ministre des Affaires étrangères dans quatre gouvernements socialistes sous François Mitterrand. A cette fonction, il a notamment œuvré pour la diplomatie au Proche Orient et au Cambodge. Personnage controversé, connu pour ses bonnes relations avec nombre de représentants du Front national, Roland Dumas n’en reste pas moins une figure majeure du mitterrandisme et du socialisme français des années 1980 à 1990.

MARCEL RIGOUT

Un des quatre communistes du gouvernement Mauroy
Marcel Rigout, né le 10 mai 1928 à Verneuil-sur-Vienne, demeure à ce jour le dernier ministre à être né en Haute-Vienne et y avoir exercé l’intégralité de sa carrière. Jeune résistant (comme agent de liaison entre Limoges et Saint-Junien), celui qu’on appelle le « métallo ministre » car tourneur sur métaux de formation, reconnaît en effet que s’il n’avait pas croisé la route du PCF, il serait sans doute devenu ouvrier du bâtiment.

Elu député de Haute-Vienne pour la première fois en 1967, Marcel Rigout l’est à nouveau de 1973 à 1981, date à laquelle il fait son entrée au gouvernement Mauroy, aux côtés de ses collègues communistes Anicet Le Pors, Charles Fiterman et Jack Ralite, avec le portefeuille de la Formation professionnelle. L’intéressé raconte au Populaire du centre comment cette entrée remarquée s’est effectuée : « Mitterrand ne voulait dans le gouvernement ni de responsables de partis – c’était une façon d’éliminer Marchais – ni de responsables de syndicats, ni de battus aux élections. Il ne restait plus grand monde sur la liste. Fiterman, Ralite et Le Pors ont été choisis. Il fallait un provincial. » Entretenant une relation particulière avec le président dont une des cousines favorites résidait près de chez lui, Marcel Rigout quitte ses fonctions après le « tournant de la rigueur », alors que le PCF, légitimement déçu, refuse de participer de nouveau au gouvernement. Marcel Rigout est une dernière fois élu député en 1986.

Symbole des velléités de renouvellement et de réforme du PCF de l’intérieur, Marcel Rigout, agacé de la mainmise de Moscou et de ses intérêts sur les initiatives du parti français, et dégoûté du stalinisme (« une confiscation de l’élan révolutionnaire »), claque la porte du PCF en 1992 pour fondé l’ADS (Alternative démocratie socialisme), originalité à gauche, présent et actif essentiellement en Limousin, où il est toujours un élément essentiel du paysage politique.

Ancien directeur du journal L’Echo du Centre, Marcel Rigout demeure aujourd’hui encore une figure écoutée, radicale mais lucide, incontournable de la gauche limousine. Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Limoges à l’occasion de la campagne présidentielle de 2012, a cité un message de l’ancien communiste, et les 25 ans du mouvement en 2008 à Limoges avaient permis la réunion autour de Marcel Rigout de plusieurs personnalités de la gauche (Noël Mamère, Clémentine Autain, notamment).

ANDRE CHANDERNAGOR

Le premier président de la Région Limousin
Viennois de naissance (il a vu le jour à Civray, en 1921), énarque, entamant sa carrière professionnelle en Indochine, André Chandernagor s’est implanté en Creuse car c’était la région d’origine de son épouse. Maire socialiste de Mortroux depuis 1953, député de 1958 à 1981, il est en 1961 pour la première fois élu au conseil général, dans le canton de Bourganeuf, et prend la présidence de ce conseil en 1973. Il est notamment le fondateur du centre Jean Lurçat à Aubusson, et s’implique dans l’amélioration des liaisons routières du département. Accédant à la présidence du Conseil régional du Limousin, qui n’est alors pas encore une collectivité locale décentralisée, André Chandernagor n’en devient toutefois pas moins une des principales personnalités politiques de la région, et sans doute l’homme fort de la gauche creusoise, avant que la droite ne reprenne du poids dans les années 1990.

Il fut ministre délégué aux Affaires européennes dans les gouvernements de Pierre Mauroy, de 1981 à 1983, date à laquelle il démissionne, nommé premier président de la Cour des comptes.

Son fils lui a succédé à la mairie de Mortroux, qu’il a occupée durant 25 ans. Sa fille est l’écrivain Françoise Chandernagor, membre de l’Académie Goncourt.

GEORGES SARRE

Le compagnon de route de Chevènement
Employé aux PTT, syndicaliste, Georges Sarre est né le 26 novembre 1935 à Chénérailles, dans l’est de la Creuse, d’une famille historiquement basée dans la région. Toutefois, sa carrière d’élu s’est exclusivement déroulée dans la capitale, d’abord comme conseiller de Paris, puis comme député, maire du 11e arrondissement jusqu’en 2008, adjoint au maire Bertrand Delanoë de 2001 à 2010. Georges Sarre a également été eurodéputé. En dépit d’une défaite contre Jacques Chirac dans la lutte pour l’hôtel de ville, en 1977, l’implantation parisienne de Georges Sarre est solide. Ainsi, en 1993, il est le seul rescapé de la vague bleue aux législatives dans la ville.

Initialement engagé au PS (il est notamment celui qui a fait adopter le fameux logo de la rose au poing), il est proche de Jean-Pierre Chevènement, et à ce titre membre du courant du CERES. De 1988 à 1993, il est un représentant chevènementiste au gouvernement, en tant que secrétaire d’Etat aux transports fluviaux et routiers.

En désaccord sur la question européenne, sur la guerre du Golfe, sur l’orientation libérale de la direction du PS, le CERES devient parti indépendant en 1991, sous le nom de Mouvement des citoyens, aujourd’hui Mouvement républicain et citoyen. Georges Sarre et ses proches n’en demeurent pas moins fortement liés aux socialistes, et c’est comme candidat d’union PS-MRC que ce creusois de naissance a tenté une implantation comme député en 2007. Il est toutefois sévèrement battu par le sortant Jean Auclair, 14 points les séparant au second tour.

Voilà pour quelques-uns des plus récents. Mais n’oublions pas…

EDMOND MICHELET

Un corrézien d’adoption, figure des années De Gaulle
Né à Paris, ses hauts faits de résistance en Limousin sous l’Occupation le conduisent à s’implanter politiquement en Corrèze. Député MRP (mouvement centriste non-gaulliste) en 1945, il devient toutefois ministre des Armées, le général de Gaulle s’entourant de personnalités de multiples courants politiques assez divers, et n’en deviendra pas moins un ami du chef de la France libre. Il adhère d’ailleurs finalement au parti gaulliste, le RPF. Il occupe à plusieurs reprises d’autres postes ministériels (Anciens combattants, Justice puis Fonction publique, Culture dans les gouvernement Pompidou et Chaban-Delmas), et s’illustre en 1961 en s’opposant aux pratiques ultra-répressives de Maurice Papon contre les Algériens à Paris, ce qui lui vaut une exclusion des affaires. En dépit d’un retour électoral en Île-de-France, comme sénateur, il finit sa vie à Brive en 1970.

Il est le père de l’écrivain de la nouvelle École de Brive, Claude Michelet.

HENRI QUEUILLE

Avant Hollande et Chirac, il présida aux destinées de la France comme président du Conseil
Ce Neuvicois, figure de la Quatrième république, trois fois président du Conseil, a également été 21 fois ministre entre 1920 et 1954 (Agriculture, Travaux publics, Intérieur, etc.). Le « petit père Queuille », opposé à la Ve République comme aux honneurs, trente-trois ans député de son département, demeure encore aujourd’hui une référence pour certains politiciens, tant positive (la proximité, l’affabilité, l’honnêteté) que négative (l’inefficacité, l’inaudibilité) qui ont peut-être contribué à comparer François Hollande à ce corrézien.

ADRIEN TIXIER

Un gaulliste haut-viennois de la première heure a créé les CRS
Professeur de formation, ce natif de Folles, grièvement blessé dans les Ardennes en 1914, se reconvertit après la Grande guerre dans l’assistance aux mutilés de guerre. A la SFIO, il est proche d’Albert Thomas, qui préside le Bureau international du travail où Adrien Tixier travaille jusqu’en 1940. Après avoir rejoint De Gaulle à Londres, il est envoyé aux Etats-Unis comme représentant de la France libre à Washington. En 1943, il revient à Alger pour siéger au Comité français de libération avec Jean Monnet et Maurice Couve de Murville. Ministre de l’Intérieur du GPRF, on lui doit la DST et les CRS. La maladie interrompt en 1946 sa carrière locale (président du conseil général de Haute-Vienne, député) entamée seulement un an plus tôt.

CHARLES SPINASSE

Le destin ambivalent d’une figure égletonnaise
Professeur aux Arts et métiers, Charles Spinasse a effectué une riche carrière d’élu local en Corrèze et notamment à Egletons, dont il est maire de 1929 à 1944 puis de 1965 à 1977. Il y favorise notamment l’implantation de structures de formation au BTP, « tradition » dont bénéficie toujours la ville. C’est en tant que ministre de l’Economie du Front populaire qu’il signe les accords Matignon, mais son soutien avéré à la Collaboration entache largement son image.

HENRY DE JOUVENEL

Le second époux de Colette et sa demeure corrézienne
Né à Paris, le baron de Jouvenel des Ursins est notamment connu pour avoir été le second époux de Colette (après le fameux Willy). Mais également, ce pacifiste, ami d’Aristide Briand, sénateur de Corrèze, posséda le Castel Novel de Varetz qui sert de toile de fond à quelques-unes des œuvres de la romancière qui eut une liaison avec le premier fils de Jouvenel, cause du divorce. Premier président de l’Union des français de l’étranger, ambassadeur de France en Italie sous Mussolini, Jouvenel est ministre de l’Outre-mer en 1934 et représentant à la Société des nations, ancêtre de l’ONU.

RENE VIVIANI

Un acteur politique majeur de la Grande Guerre
Creusois, René Viviani l’est d’adoption. Né en Algérie, d’abord implanté politiquement à Paris, cet avocat se fait remarquer par son engagement pour l’accession des femmes à sa profession, pour la défense des ouvriers de Carmaux et des cheminots ou dans le scandale de Panama. Anticlérical, proche de Jaurès, avec qui il fonde l’Humanité, il entre contre l’avis de son parti dans le premier cabinet de Georges Clémenceau, en 1906, où il fait adopter comme ministre du Travail et de la prévoyance sociale plusieurs lois de progrès. Entre temps arrivé à Bourganeuf, où il est rapidement élu député et conseiller général (à Pontarion), ce socialiste indépendant reçoit en tant que ministre des Affaires étrangères la déclaration de guerre allemande et obtient l’entrée dans le conflit de la Russie et des Etats-Unis.

PIERRE-EDMOND TEISSERENC DE BORD

Un pionnier dans l’amélioration de la race bovine limousine
Industriel des chemins de fer, ce Castelroussin de naissance, député de l’Hérault sous la Monarchie de Juillet, s’implante en 1871 en Haute-Vienne, où il est député. Ayant acquis le domaine agricole de Bort, près d’Ambazac, dont il rénove le château comme c’est la mode à l’époque, il y conduit des expériences agronomiques qui ont contribué à lancer l’histoire contemporaine de l’élevage en Limousin. Il entretient les landes alentours, et plante pins sylvestres et douglas, parmi les premiers de France à l’époque. Organisateur de l’exposition universelle de 1878, un temps ambassadeur à Vienne en Autriche, il fut ministre de l’Agriculture avant de partir se faire élire sénateur du département voisin de la… Vienne. Son fils Edmond, longtemps sénateur en Haute-Vienne, continua cette œuvre agronomique.

Mais aussi…
A noter que seules deux femmes, limousines de naissances, figurent dans la liste : Anne-Marie Couderc, secrétaire d’Etat du premier gouvernement Juppé et à ce titre, une des fameuses « Juppettes », mais maintenue dans le second comme ministre déléguée, et Marie-Anne Montchamp, ancienne villepiniste ministre sous Raffarin et Fillon.

Et pour ce qui est des présidents limousins ? Sadi Carnot, né à Limoges en 1837, fut sous-secrétaire d’Etat et ministre des Travaux publics, puis ministre des Finances avant d’accéder à l’Elysée. En revanche, il ne fut jamais élu en Limousin, mais en Côte-d’Or. Jacques Chirac, dont les racines corréziennes, lotoises et périgourdines ont déjà été évoquées, a été on le sait deux fois premier ministre, mais on le sait moins, secrétaire d’État à l’emploi en 1967 (et ainsi instigateur de l’ANPE), à l’économie et aux finances de 1968 à 1971, ministre délégué chargé des relations avec le parlement de 1971 à 1972, et bien sûr ministre de l’Agriculture (et du Développement rural) de 1972 à 1974, avant d’hériter brièvement du portefeuille de l’Intérieur. Quant à François Hollande, on a assez dit qu’il n’avait jamais occupé une telle fonction.

Ajoutons enfin que Jacques Delors, dont la famille paternelle est originaire du Lonzac, près de Seilhac, en Corrèze, (celle de sa mère vient du Cantal voisin) n’a jamais souhaité se présenter aux suffrages des corréziens, même si en 1981, il est personnellement venu soutenir François Hollande, candidat aux législatives contre Jacques Chirac. Trente ans plus tard, sa fille, Martine Aubry, s’était targuée d’être un peu corrézienne, peut-être une façon de s’attirer les faveurs d’un électorat logiquement bien plus séduit par celui qui a depuis accédé à la fonction suprême…

Photos, de gauche à droite et de haut en bas : Adrien Tixier, Marie-Anne Montchamp, Pierre-Edmond Teisserenc de Bort, René Viviani, Roland Dumas, Edmond Michelet, Henri Queuille, Raymond-Max Aubert.

A suivre : visites présidentielles en Limousin




> Législatives en Limousin : bilan du 2nd tour

23062012

> Législatives en Limousin : bilan du 2nd tour dans Actualité locale belections

Visages-d%C3%A9put%C3%A9s-Limousin-234x300 dans DécouvertePour cette XIVe législature de la Cinquième république, Catherine Beaubatie et Sophie Dessus sont les deux nouvelles députées du Limousin. Les médias se sont déjà relativement intéressés à ces deux personnalités, l’une parce qu’elle cherchait à prendre la suite de Marie-Françoise Pérol-Dumont, et surtout parce qu’elle devait affronter la dissidence de Monique Boulestin. L’autre, révélée au grand jour par Jacques Chirac, parce qu’elle briguait le siège de François Hollande. Représentantes de la nouvelle majorité parlementaire, elles rejoignent donc sur les bancs de l’Assemblée Alain Rodet (élu depuis 1981), Daniel Boisserie (depuis 1997), Michel Vergnier (depuis 1997) et Philippe Nauche (depuis 2007, après une première élection en 1997), élus sans difficulté, et permettent au Limousin d’être l’unique région à réaliser un « grand chelem »*, qui lui avait jusqu’alors toujours échappé. Une situation largement facilitée par le redécoupage électoral et la victoire d’un socialiste à l’élection présidentielle. En 1981, la droite avait conservé un député (Jacques Chirac) et en 1993, la gauche avait arraché un siège à la vague bleue (Alain Rodet).

Rappel : pour agrandir les images, cliquez droit dessus, puis « Afficher l’image ».

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Cette année, Catherine Beaubatie était favorite du scrutin, même si elle se présentait dans la circonscription la plus « à droite » du département, où se lançait Jean-Marc Gabouty, figure de la droite modérée haut-viennoise. Les stigmates potentiels de la candidature de Monique Boulestin n’ont pas été décelés, les reports de voix de l’ancienne députée s’étant visiblement très bien réalisés sur la candidature officielle. Âgée de 47 ans, cette enseignante à mi-temps à l’école de reconversion professionnelle Féret-du-Longbois occupait jusqu’alors un poste d’adjointe au maire de Limoges (en charge de la vie économique, du développement des entreprises, de l’emploi et du commerce), et de 4e vice-présidente du Conseil régional, chargée de la « coordination du pôle ressources », deux fonctions dont elle a d’ores et déjà démissionné. Elle est par ailleurs présidente de Cœur de Limoges, vice-présidente de la Maison du Limousin et présidente de la Foire-exposition de Limoges.

En Corrèze, Sophie Dessus n’avait pas eu affaire à de concurrents lors de la procédure de désignation du candidat socialiste de la 1e circonscription du département. Mais son élection au premier tour sur un territoire nouveau et vaste, n’était néanmoins pas acquise. Michel Paillassou, le maire UMP d’Egletons, a donc fait les frais de la mobilisation importante (près de 70 %) des électeurs de la Hollandie. D’où l’heureuse émotion de celle qui prend donc la suite du nouveau président de la République. Sophie Dessus, 56 ans, apparentée à Simone de Beauvoir par sa grand-mère, vice-présidente du conseil général de Corrèze jusqu’à ces jours derniers, a exercé de nombreuses années le métier d’agricultrice avant d’être portée en 2001 à la mairie d’Uzerche. Un poste qu’elle souhaite d’ailleurs conserver, au nom de la proximité et d’un ancrage nécessaire dans la réalité du terrain. En dépit de la nouvelle règle du non-cumul des mandats, édictée par François Hollande lui-même.

Doit-on pour autant parler de renouvellement ? La question est posée, et fait même des vagues à l’UMP haut-viennoise. Comme prévu, la stratégie portée par le responsable départemental, Frédérick Peyronnet, lui-même candidat défait, est remise en cause par les élus limougeauds dont Camille Geutier et Sarah Gentil. Si l’on se bat déjà pour la présidence nationale de l’UMP, la lutte existe aussi pour la quête du siège départemental laissé vacant par Alain Marsaud, parti se faire élire à l’étranger. A gauche, la victoire repousse forcément le renouvellement générationnel, mais la question sera forcément reposée dès 2014, avec les échéances d’autant plus importantes – non-cumul des mandats oblige – que sont les élections municipales. Quoi qu’il en soit, l’arrivée de ces nouvelles parlementaires est l’occasion de dresser un petit bilan des scrutins législatifs en Limousin depuis 1958. Féminisation, moyenne d’âge, bord politique ; en somme, un rapide portrait du député limousin de la Cinquième république.

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FEMINISATION
Avec deux femmes sur 6 élus, soit un taux de féminisation de 33 %, record historique pour la région, le Limousin est dans la moyenne nationale (27 %, soit près de 10 points et 48 élues de plus que dans la législature précédente). En valeur absolue (2), c’est aussi bien qu’en 2007 (Monique Boulestin et Marie-Françoise Pérol-Dumont étaient alors députées). A noter que seuls trois duels ont opposés une candidate à un candidat, et que Florence Prévot-Sola est la seule à avoir été défaite, par Alain Rodet. En 2007, sur 9 duels, 5 opposaient une candidate à un candidat (1 élue : Monique Boulestin ; 4 vaincues : Brigitte Jammot contre Michel Vergnier, Martine Leclerc contre Jean-Pierre Dupont, Évelyne Guilhem contre Daniel Boisserie et Sarah Gentil contre Alain Rodet), et 1 voyaient deux femmes s’affronter, Marie-Françoise Pérol-Dumont contre Béatrice Martineau.

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R%C3%A9partition-sexe-et-bord-politique-d%C3%A9put%C3%A9s-Limousin-155x300 dans Parti SocialisteÂGE ET RENOUVELLEMENT
Ce que l’on peut remarquer, c’est que l’ « effet alternance » sur la composition (et principalement l’âge) des députés, que l’on a pu observer en 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, et donc de nouveaux députés à l’Assemblée, ne s’observe plus. A l’échelle du pays, peut-être par l’allongement de la durée de vie ? A l’échelle locale, où la gauche maintient de plus en plus ses positions quelle que soit la majorité nationale, c’est vraisemblablement par un léger verrouillage du personnel politique. Ainsi, Alain Rodet, 68 ans, était déjà député en 1981, âgé alors de 37 ans tout juste. Il entame cette année son 8e mandat. En Creuse, la digne sortie de Jean Auclair après 4 mandats permet à Michel Vergnier d’entamer seul sa 4e législature. 4e mandat pour Daniel Boisserie également. L’élection de Catherine Beaubatie et Sophie Dessus, jamais députées, permet toutefois un renouvellement d’un tiers des élus du Limousin, proportion qui n’avait plus été atteinte depuis 1997.

La Haute-Vienne n’a plus élu de député trentenaire depuis Évelyne Guilhem en 1993. Longtemps plus jeune que la moyenne nationale, le contingent des députés régionaux est depuis 2007 plus âgé. Au final, l’actuelle législature est la première dans l’histoire de la Ve République, où la moyenne d’âge des députés limousin atteint la barre des 60 ans, alors que la moyenne des vaincus du scrutin s’élève à 50 ans.

Rang-mandat-d%C3%A9put%C3%A9s-Limousin dans Politique & Actualité

R%C3%A9sultats-L%C3%A9gislatives-2e-tour-2007-2012-Haute-Vienne-1024x622 dans Politique locale

BORD POLITIQUE
Pour la première fois, donc, tous les sièges – six – sont occupés par la gauche. Le record numérique de sièges à gauche (8 sur 9 en 1981), ne pourra cependant plus être battu. Dans les circonscriptions (ou équivalents) déjà tenus par la gauche, les socialistes améliorent leur score de 2007 (+ 8 pts pour Daniel Boisserie et Philippe Nauche, + 3 pts pour Alain Rodet). Michel Vergnier ne perd que 3 points sur la Creuse entière par rapport à son ancienne circonscription. Petite consolation pour Jean-Marc Gabouty, qui en dépit d’une défaite, l’emporte dans 14 communes contre 7 pour Béatrice Martineau en 2007, et améliore de plus de 5 points le résultat de l’ancienne candidate. De façon logique, dans l’autre sens, l’UMP signe de mauvaises performances, la palme revenant à Florence Prévot-Sola, qui fait moins bien que Sarah Gentil avec moins de 31 %.

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* et à la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne d’être trois des 24 départements de France métropolitaine à n’envoyer que des députés de gauche au Palais Bourbon (contre 11 en 2007 et 6 en 2002).




> Législatives en Limousin : bilan du 1er tour

13062012

> Législatives en Limousin : bilan du 1er tour dans Actualité locale belections

Le premier tour du scrutin législatif en Limousin en 9 points (cf. également les cartes après le texte. Pour les agrandir, cliquez droit sur les cartes, puis « afficher l’image »).

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1. PS : en attendant le carton plein ?
Ce premier tour a donc vu les électeurs qui s’étaient déplacés confirmer le choix formulé lors de l’élection présidentielle. Et en Limousin, cette décision, en faveur des socialistes, a été à la mesure de l’accession tant espérée de la gauche à l’Elysée. En effet, les candidats soutenus par le parti de la rose au poing ont enregistré de très bons scores, bien supérieurs à ceux de 2007, scrutin pourtant déjà favorable à la gauche (deux circonscriptions limousines basculant à gauche).

En Corrèze, Sophie Dessus assure avec brio la transition : proche de François Hollande, vice-présidente du conseil général, maire d’Uzerche, elle remporte le pari de convaincre les électeurs de la très grande 1e circonscription de Corrèze et passe dès le premier tour, ce que son prédécesseur n’avait jamais pu faire. Cette victoire parachève une ascension fulgurante, pour cette agricultrice qui s’est lancée en politique il y a onze ans. Quant à Philippe Nauche, il s’en sort bien dans une circonscription pourtant assez partagée… du moins jusqu’à présent. Son élection semble presque acquise, et il pourrait de cette manière entamer un troisième mandat. Il devra toutefois choisir entre ce siège et le fauteuil de maire de Brive.

En Creuse, Michel Vergnier est largement en tête sur ses terres d’élection de 2007, et signe même de très bons scores dans l’ex-circonscription de son rival Jean Auclair. Le maire de Guéret est plutôt favori pour le second tour, et son élection comme unique député du département assiérait encore sa prédominance sur la gauche creusoise, même si lui aussi devra trancher entre mairie et députation.

En Haute-Vienne, si la victoire dès le premier tour échappe à Alain Rodet et Daniel Boisserie, c’est sûrement en raison d’une mobilisation assez médiocre, de la concurrence de la gauche radicale et du redécoupage des circonscriptions (ainsi, celle d’Alain Rodet s’est vu augmentée de trois cantons urbains de Limoges, réputés relativement favorables à la droite). Catherine Beaubatie fait taire les rumeurs en sortant nettement en tête du scrutin disputé de la fameuse 3e circonscription, avec « en perspective » 26 % de voix de gauche supplémentaires. Avec 33 %, l’élue limougeaude écarte une hypothétique triangulaire de tous les dangers, et pourrait ainsi succéder à Marie-Françoise Pérol-Dumont, qui ne se représentait pas. Le grand chelem semble donc quasi-assuré pour les socialistes régionaux. Pour cette fois-ci encore, trente et un ans après la première élection à l’Assemblée d’Alain Rodet.

2. Monique Boulestin : pari perdu… à moins que ?
Privée de l’investiture officielle du PS en décembre dernier, au profit de Catherine Beaubatie, Monique Boulestin pouvait se targuer d’avoir obtenu le soutien du PRG et de Robert Savy. Mais sans dense tissu d’élus et de militants, la tâche s’annonçait difficile. Éliminée dès le premier tour, la tombeuse d’Alain Marsaud en 2007 est donc nettement distancée. Pourtant, à entendre la députée sortante de l’ancienne première circonscription, un tabou serait tombé, à savoir la pertinence d’une candidature sans soutien d’appareil. On peut en douter, au vu des 15,6 % obtenus. La dissidente n’est en tête qu’à Saint-Junien-des-Combes. Et dans quelques jours, elle ne détiendra plus aucun mandat politique.

Quoi qu’il en soit, celle qui était encore première adjointe au maire de Limoges il y a quelques mois, bien qu’assurant n’éprouver aucune rancœur envers la fédération haut-viennoise du PS, n’appellera pas à voter pour Mme Beaubatie, et laisse une fois de plus la porte ouverte à une ambition municipale en 2014. Un scrutin qui s’annonce passionnant, et dont les formes devraient commencer à s’esquisser rapidement. Car si Alain Rodet est réélu député, il devra tout comme MM. Nauche et Vergnier, se soumettre à l’interdiction du cumul des mandats. Feuilleton à suivre.

3. Stratégie perdante pour l’UMP ?
De la même manière que la victoire de François Hollande a dû doper les candidats socialistes, il va sans dire que l’UMP n’a pas su mobiliser et convaincre au mieux. La tâche était logiquement bien rude pour les candidats corréziens en Hollandie. Michel Paillassou, bien que bénéficiant d’une notoriété certaine, comme maire d’Egletons, ne rafle que 27 % des voix, moitié moins que Sophie Dessus, et n’aura même pas l’occasion de faire mieux à l’occasion d’un second tour. Pascal Coste, syndicaliste agricole élu à Beynat, soutenu par l’UMP dans la circonscription de Brive, maintient un niveau correct (30 %), mais cela ne devrait pas suffire pour pouvoir inquiéter le maire de la sous-préfecture corrézienne.

En Haute-Vienne, la droite obtient de très mauvais scores, dans la foulée de ses échecs des municipales de 2008, régionales de 2010 et cantonales de 2011. Si les candidats des 1e et 2e circonscriptions ont souhaité afficher leur satisfaction d’avoir poussé les favoris à attendre le second tour pour triompher, ils sont certainement conscients que ce ne sont pas directement leurs scores qui ont réduit la vague rose limousine. Frédérick Peyronnet finit loin derrière Daniel Boisserie avec 20,6 %, et loin derrière les scores de l’UMP Evelyne Guilhem en 2007. Avec 17 %, Florence Prévot-Sola ne devance que de 5 points le FN dans la 1e circonscription, et surtout, gagne 10 points de moins que Sarah Gentil en 2007 sur une circonscription dont le redécoupage laissait penser qu’elle serait plus favorable à la droite, avec notamment l’adjonction du canton de Limoges-Emailleurs. Mais la défaite annoncée de l’UMP à l’échelle nationale n’a ni les mêmes raisons, ni les mêmes résonances que l’échec de la droite locale. Ce dernier pose la question de la stratégie d’une UMP qui préfère lancer des novices en politique au nom de l’audace, mais qui de scrutin en scrutin voit depuis quelques années s’éloigner les perspectives de reconquête, sinon de maintien. Le maire de Couzeix (où il gagne 46 % des suffrages, mieux que les 42 % d’Alain Marsaud en 2007) Jean-Marc Gabouty s’en tire mieux, notamment aidé par la division de la gauche, et un positionnement sans doute plus modéré et des conceptions moins claniques. Se place-t-il pour la refondation attendue de la droite régionale ? Ou faut-il simplement laisser faire le jeu de l’alternance, qui verra la nouvelle majorité présidentielle perdre les élections locales à venir ? L’élu du parti radical n’en demeure pas moins outsider pour le second tour, et son ambition est sans doute davantage de faire le meilleur score de la droite haut-viennoise que de battre Catherine Beaubatie.

Il n’y a donc de léger suspense qu’en Creuse, où dans l’unique circonscription, une fois encore, Jean Auclair démontre son solide ancrage (notamment dans les communes de Combraille) et son statut de pilier de la droite limousine. Mais s’il ne se présentait pas sur le même territoire, avec à peine 34 % il perd néanmoins 13 points par rapport à 2007, d’autant que ses réserves de voix sont faibles. Rappelons qu’il avait déjà permis à la droite d’obtenir son meilleur score en Creuse lors des élections régionales de 2010, qui avait pourtant vu l’UMP signer une piètre performance. Ne peut-on pas supposer que, quel que soit son score dimanche prochain, Jean Auclair, dont l’acharnement à vouloir se différencier – voire se désolidariser – de l’appareil UMP parisien le sert parfois, pourrait lui aussi compter dans la réorientation des tactiques de la droite limousine ?

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4. Où est passé le MoDem ?
A l’instar de l’équation particulièrement ardue pour son leader dans les Pyrénées-Atlantiques, cette élection semble pousser encore un peu plus le mouvement centriste vers les tréfonds de la scène politique limousine, gêné par la bipolarisation et le choix de François Bayrou pour le second tour de la présidentielle. Assez bien placés en 2007 (plus de 10 % pour les candidats creusois), les représentants du Mouvement démocrate signent des scores anecdotiques, même si certaines communes de Creuse ont voté à plus de 10 % pour le représentant du Centre pour la France (Patrick Aïta est en tête à Saint-Georges-la-Pouge). Jean-Claude Deschamps (en Corrèze) ou Nadine Rivet (en Haute-Vienne), figures du MoDem, sont relégués sous la barre des 3 %. Les temps s’annoncent difficiles, tant nationalement que localement, dans la perspective d’élections locales qui s’annoncent très compliquées pour les quelques élus MoDem encore en place.

5. Coup d’arrêt pour l’expérience Terre de gauche ?
Dans une moindre mesure, le sort de Jean-Luc Mélenchon rencontre un écho similaire en Limousin, pourtant laboratoire de l’union de la gauche radicale depuis les régionales de 2010. Les candidats limousins finissent tous ou presque derrière le FN, en dépit de bons scores, mais rarement réalisés au-delà des terres rouges de la montagne limousine ou de l’ouest haut-viennois. Même Marie-José Dumasdelage (11,5 %) reste derrière Yannick Vidaud, certes de peu, elle qui s’engageait pourtant dans la 2e circonscription de Haute-Vienne, celle du maire ADS de Saint-Junien qui avait remporté 5 points de plus en 2007. Du rôle d’arbitre que M. Allard jouait il y a cinq ans entre Daniel Boisserie et Evelyne Guilhem, la candidate communiste endosse l’humble (mais capital) rôle d’apport de voix supplémentaire. Dans la 1e circonscription, Claude Toulet fait tout juste un peu plus que les scores PCF et NPA cumulés de 2007 (11 % contre 9 %), et Daniel Clérembaux (8 %) en dépit de scores au-delà de 15 % dans certains villages, manque largement son pari, celui de profiter de la querelle Boulestin/Beaubatie pour sortir en tête de la gauche dans la 3e circonscription. Ce score lui permet quand même d’être le meilleur candidat NPA de France.
Tous sauf un, donc. Il n’y a que dans la 1e circonscription de Corrèze où Christian Audouin arrive devant la candidate du Rassemblement bleu marine, profitant peut-être de son ancrage ancien en Haute-Corrèze, de son statut de leader de l’alliance au Conseil régional, et du parachutage de la représentante frontiste haut-viennoise d’origine, qui avait fait preuve de piètres qualités de débatteuse sur France 3 Limousin… Autre déception pour Eric Coquerel, arrivé d’Île-de-France dans la 2e circonscription de Corrèze, pourtant très proche du leader du Parti de gauche, parti dont il est un des principaux cadres, et Marie-Hélène Pouget-Chauvat, en Creuse, six points derrière le résultat du Front de gauche à la présidentielle.
Les candidats de Limousin Terre de gauche auront à cœur de ne pas se laisser gagner par la morosité ambiante du Front de gauche, en difficulté jusque dans ses fiefs franciliens, et devraient d’ores et déjà se reconcentrer en vue de scrutins sans doute plus favorables à leur formation : municipales et régionales. Si le contexte national ne leur est pas trop défavorable non plus !

6. Le FN loin derrière mais assez haut
Pour un scrutin où l’ancrage politique et la visibilité du candidat comptent, le FN, habitué à lancer des candidats fantômes ou mystérieux dans les régions où il n’a pas l’habitude d’obtenir des succès, aurait pu faire pire. Certes donc, il est loin des qualifications au second tour, alors que les commentaires il y a quelques semaines avaient placé deux des six circonscriptions limousines sur la liste des triangulaires envisageables. Mais il renaît : ainsi, en Haute-Vienne (1e), où le parti de Marine Le Pen progresse et prospère le plus, Nicole Serre multiplie par six le résultat de Magalie Servant. La jeune Catherine Laporte profite du terrain propice aux idées frontistes, en Basse Marche, qui avait déjà donné de bons résultats au FN aux cantonales et présidentielles. Elle approche par exemple 14 % à Bellac ou Bessines, mais surtout 27 % à Darnac, soit 5 fois plus qu’une certaine Nicole Daccord en 2007, partie cette année en Corrèze où elle a peu convaincu (moins de 7 %).

Assez nettement diminué en Creuse et dans la 1e circonscription de Corrèze, en dépit de résultats plus élevés qu’il y a cinq ans, le FN réalise aussi une petite percée dans le bassin de Brive (plus de 9 % pour Alain Balmisse). Il sera difficile de confirmer, à part si le parti fait le choix d’implanter localement et durablement ses représentants, dans la lignée de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais. Ce qu’il s’est largement refusé à faire depuis ses débuts, excepté dans le sud-est, en raison des fluctuations de ses scores. Le sort des qualifiés pour le second tour en France aura une grande influence sur l’avenir du parti, en France et en Limousin.

7. Les écologistes peinent mais font mieux qu’en 2007
Le contexte présidentiel a aidé les candidats écologistes à signer de meilleurs scores qu’en 2007, toutefois assez bas compte tenu de l’absence d’accord avec le PS en Limousin, et du désamour historique entre électeurs limousins et parti écologiste. Petit paradoxe de la région : de multiples problématiques abordées par les candidats EELV sont au cœur de l’actualité locale (agriculture biologique, protection de l’environnement et pollution, transports), cause de débats souvent passionnés.

Mode de scrutin défavorable ? Faible portée des arguments dans un contexte de crise davantage formulée comme sociale et économique qu’écologique ? Sans doute, mais l’hégémonie socialiste ne semble surtout pas laisser de place aux autres formations de gauche. Le score assez encourageant des écologistes à l’échelle nationale, au-dessus des 5 %, masque le véritable résultat : de multiples dissidences – certes pas en Limousin – et surtout une moyenne tirée vers le haut par les candidatures unitaires PS-EELV portées par ces derniers. La faible influence du parti dans notre région, absent du Conseil municipal de Limoges, balancé au Conseil régional entre son opposition à la LGV et sa participation pleine et entière à la majorité, n’a peut-être pas aidé non plus. Ya-t-il un avenir pérenne pour un mouvement que l’on dit « thématique » ? Il y a apparemment encore du chemin à faire, avant que chacun se persuade que l’écologie n’est pas un thème mais bien la transversalité même. Mais ce jour-là, s’il arrive, le parti écologiste perdra peut-être un peu de sa raison d’être.

8. Renouvellement : à suivre…
En passant de 9 à 6 députés, le Limousin voit réduites les marges de manœuvre en faveur d’un renouvellement politique et personnel. Ou les rend plus exigeantes ? Régulièrement réaffirmé, notamment en Haute-Vienne où Alain Rodet, déjà emballé par une réélection à la mairie (il va donc falloir choisir, on l’a déjà dit un peu plus haut et un peu plus tôt), devrait rempiler pour la 8e fois consécutive, ce changement générationnel s’opère en général presque à chaque scrutin (Marie-Françoise Pérol-Dumont en 1997, Monique Boulestin en 2007, Sophie Dessus en 2012). Mais changement de génération ne rime pas forcément avec changement de mouvement. Et 30 ans après son arrivée à l’Assemblée, Alain Rodet semble toujours dominer la vie politique régionale, sinon le socialisme limousin. Loin de moi l’idée de m’abandonner au jeunisme et de dénigrer la portée de l’expérience. Mais ce sujet devra bien être abordé un jour ou l’autre.

9. Même en Limousin, on a peu voté !
C’est enfin à la fois la déception et la surprise de ce scrutin. Si l’abstention est record à l’échelle nationale, la démobilisation a également touché le Limousin, et surtout la Haute-Vienne (37 à 38 %), pourtant habituellement bien mobilisée. Les électeurs corréziens se sont assez bien déplacés dans les bureaux de vote, avec environ 2/3 de participation. La faiblesse des enjeux dans le département haut-viennois, au moins dans les 1e et 2e circonscription, où la question était surtout pour beaucoup celle de la tenue d’un second tour ou non, a peut-être œuvré en faveur du désintérêt civique. Mais avec cela, c’est tout le scrutin, qui demeure pilier de notre démocratie semi-présidentielle certes, mais avant tout parlementaire, qui s’en trouve affaibli, voire légèrement décrédibilisé. Il serait bon de se poser les bonnes questions : le calendrier électoral ne favorise-t-il pas cette situation ?

Et maintenant, espérons que le triomphalisme, les psychodrames, les provocations absurdes et les débats stériles ne viendront pas nuire à cette courte campagne de second tour en Limousin. Votez et faites voter dimanche prochain !

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> D’où viennent nos ministres ?

7062012

> D'où viennent nos ministres ? dans Découverte B-Gvt-300x33

On l’a dit, le gouvernement Ayrault serait pertinent par son choix assumé et inédit de la parité, par son choix de la diversité des origines, et des représentants des divers courants du PS, notamment. Et en ce qui concerne les origines géographiques ?

Certes, un gouvernement est au service de la France et de tous les Français sans distinction, et un ministre est par conséquent ministre de toute la France et non de sa seule circonscription ou de son département. Il n’empêche, un gouvernement est souvent considéré comme cohérent quand il associe des ministres qui représentent bien l’ensemble des territoires français. Et je me suis demandé si le gouvernement Ayrault répondait bien à cet impératif tacite et officieux.

Pour afficher au mieux les cartes, cliquez droit puis sur « Afficher l’image ».

Carte-Ministres-Gvt-Ayrault dans Insolite

Carte-Ministres-Gvts-Fillon dans Législatives 2012

Il va sans dire que l’on a connu gouvernement plus représentatif des départements : 12 des 17 ministres de plein exercice* viennent de la moitié nord du pays (contre 2 ultramarins, V. Lurel et Ch. Taubira, et trois rhônalpins, N. Vallaud-Belkacem, V. Peillon et G. Fioraso). Et sur ces 12 ministres « nordiques », 10 proviennent du quart nord-ouest de la France ou d’Île-de-France. Un gouvernement très occidental, donc, d’autant plus que 15 des 16 ministres délégués sont originaires de l’ouest et d’Île-de-France (seule Marie-Arlette Carlotti, de Marseille, est issue de la moitié est). N’en dégageons évidemment aucun jugement, mais les différents gouvernements Fillon étaient légèrement plus pertinents d’un point de vue géographique (même si des départements très peuplés comme la Seine-Saint-Denis ou les Bouches-du-Rhône ne fournissaient aucun représentant…). D’ailleurs, en terme de géographie sociale, le gouvernement Ayrault s’efforce de compenser le déficit de ministres de l’Est parisien du gouvernement précédent : aucun ministre des Hauts-de-Seine ou des Yvelines, mais des élus de quartiers plus populaires (Montreuil pour Fleur Pellerin, Evry pour Manuel Valls, Palaiseau pour François Lamy, Brétigny-sur-Orge pour Benoît Hamon, le XXe arrondissement pour George-Pau Langevin et Yamina Benguigui, Villeneuve-Saint-Georges pour Cécile Duflot).

Ministres-petite-couronne-IDF dans Politique & Actualité

En dressant un bilan de tous les gouvernements de la Ve République, on remarque une relative homogénéité, même si le quart sud-ouest semble avoir moins donné de ministres que les autres régions. Les deux seuls départements à n’avoir d’ailleurs jamais fourni de membres de gouvernement sont l’Ariège et les Pyrénées-Orientales (en plus de la Martinique et de Mayotte). A noter que je n’ai relevé que les personnalités ayant eu une implantation « citoyenne » et électorale antérieure ou contemporaine. Ainsi, Bernard Kouchner, né à Avignon, 7 fois nommé, n’a jamais été élu sur un territoire, et par conséquent, il n’est pas présent sur cette carte. Renaud Dutreil, né en Savoie, a été élu de l’Aisne jusqu’en 2007, mais s’est implanté dans la Marne quand il est devenu ministre. Ainsi, il est inscrit comme ministre de ce département.

Carte-Ministres-Ve-Rep dans Politique nationale

Paris, avec 47 ministres, détient le record, devant les Hauts-de-Seine (19), le Nord (18) et les Yvelines (14). Si le ratio ministres/population départementale semble relativement respecté, on relève quelques « incohérences », des surreprésentations (Pyrénées-Atlantiques), des sous-représentations (Var)…

Le Limousin est assez mal placé. Outre 2 présidents, la Corrèze a donné 4 ministres (Raymond-Max Aubert, René Teulade, Edmond Michelet et… Jacques Chirac), la Creuse (André Chandernagor) et la Haute-Vienne (Marcel Rigout) un chacun.

Je compléterai mon propos avec un focus sur les ministres limousins, en fonction de mon emploi du temps, si possible la semaine prochaine. Sans oublier une reprécision du présent article, une fois le remaniement post-électoral effectué.

* sans compter Jean-Marc Ayrault, de Loire-Atlantique.




> Grand chelem pour le PS limousin ?

1062012

> Grand chelem pour le PS limousin ? dans Actualité locale belections

Hollande-Dessus-300x150 dans HollandeQuels enjeux pour ces élections législatives en Limousin ? A priori, localement, il y en a peu. Le redécoupage opéré par la majorité sortante en 2009 laisse peu d’espoirs à la nouvelle opposition, de surcroît dans une région ancrée à gauche, où la droite est souvent divisée.

Ainsi, les quatre circonscriptions limousines les plus favorables à la droite jusqu’alors (la 2e de Creuse, les 2e et 3e de Corrèze, et la 1e de Haute-Vienne), ont été redécoupées (cf. carte ci-après), et avec elles, les chances de l’UMP.
→ en effet, en dépit de sa bonne implantation, Jean Auclair est menacé en Creuse (61 % pour François Hollande le 6 mai), qui ne comprend plus qu’une circonscription. Il devra faire jouer son image d’élu local plus que de membre de parti pour inquiéter Michel Vergnier, le député-maire PS de Guéret.
→ en Corrèze, la « Chiraquie » déjà remplacée par la « Hollandie » (d’aucuns diront que les deux se superposent géographiquement, et pas seulement…), l’enjeu sera de taille pour Michel Paillassou dans la 1e circonscription. Le maire UMP d’Egletons doit convaincre les électeurs d’une nouvelle entité allant d’Uzerche (dont Sophie Dessus, candidate socialiste, est maire) à Eygurande, en passant par Tulle et Argentat. Où seules 7 des 179 communes ont placé Nicolas Sarkozy en tête au second tour de la présidentielle. Pas sûr que la proximité du candidat suffise à faire pencher la balance dans le fief même du nouveau chef de l’Etat. La 2e circonscription, elle, s’est enrichie de deux cantons de l’ancienne circonscription de Jean-Pierre Dupont, mais surtout 3 cantons de celle de François Hollande. De plus, depuis 2007, Brive et le conseil général ont basculé à gauche. Ce sera donc compliqué pour Pascal Coste, face à Philippe Nauche.
→ enfin, en Haute-Vienne, la concentration des quartiers favorables à un vote conservateur dans une seule circonscription n’est plus : les cantons urbains de Limoges-Centre, Limoges-Couzeix et Limoges-Emailleurs, dont les conseillers généraux sont de droite, autrefois compris dans la circonscription gagnée par Monique Boulestin sur Alain Marsaud en 2007, ont été dispatchés entre les trois nouvelles circonscriptions. De fait, l’hypothèse d’une défaite de la gauche en semble bien amoindrie. Alain Rodet et Daniel Boisserie sont plus que jamais favoris.

Vergnier-Cressat-300x169 dans InternetSi victoire de la droite il y a, ce ne sera probablement pas par faiblesse de la gauche. Car si la victoire de François Hollande, certes assez étroite, à l’élection présidentielle, réduirait d’autant plus les espoirs de l’UMP et de ses alliés, il faudra observer la 3e circonscription de la Haute-Vienne. Elle voit s’affronter deux personnalités se réclamant de la majorité présidentielle, Catherine Beaubatie, officiellement investie par les militants PS, et Monique Boulestin, députée sortante de l’ancienne circonscription de Limoges, qui peut se targuer d’avoir obtenu le soutien de Robert Savy et du Pari radical de gauche, et qui brigue donc les suffrages des électeurs en dissidente. Le radical Jean-Marc Gabouty, leader de l’opposition au Conseil général de Haute-Vienne, qui a obtenu le soutien de l’UMP et qui bénéficie d’une image assez favorable, ne cachait pas sa satisfaction de voir la gauche se diviser dans une circonscription où la droite a pu obtenir des résultats moins mauvais qu’ailleurs en Limousin (le nord de la Haute-Vienne demeurant un « vivier » notoire de voix de droite). Les voix n’appartiennent cependant à personne, et surtout, à aucun parti, et il faudra également faire avec l’éventualité d’un maintien de la candidate du FN, Catherine Laporte. Rappelons que Verneuil-Moustiers, Jouac et Saint-Martin-le-Mault avaient placé Marine Le Pen en tête au soir du 22 avril dernier. Les candidats de Limousin Terre de gauche ont également bon espoir de faire des scores à deux chiffres, et pourquoi pas, d’approcher le candidat socialiste. Daniel Clérembaux, candidat NPA sur la 3e de Haute-Vienne, espère lui aussi profiter du psychodrame socialiste. Nous en reparlerons très bientôt.

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(pour visionner au mieux la carte, cliquez droit, puis « afficher l’image »)

Au petit jeu des pronostics, Le Monde fait fort. Le site du quotidien national propose depuis l’automne une « carte des circonscriptions qui pourraient basculer à gauche ou à droite ». Sans réelle surprise, les 6 circonscriptions limousines paraissent acquises à la gauche. Le Limousin donnera-t-il une majorité au changement* ? Réponse le 17 juin !

* cf. slogan de campagne du PS.

Photos : Sophie Dessus est largement favorite pour succéder à François Hollande (AFP PHOTO JEAN PIERRE MULLER) ; Michel Vergnier, sortant PS, affronte en Creuse Jean Auclair, sortant UMP et maire de Cressat (Mathieu Tijeras, Le Populaire du centre).




> Jeunes et politique(s)

20042012

> Jeunes et politique(s) dans Actualité locale b2012b

Vous pouvez désormais retrouver les 4 interviews de la série « Jeunes et politique ».

Ils ont entre 20 et 28 ans, résident, suivent une formation et exercent une activité en Limousin, et ont pour point commun de s’être déjà engagé en politique. A l’occasion de la campagne présidentielle, j’ai essayé de donner la parole à ces jeunes qui défendent positions, propositions, valeurs et candidats, au sein d’un mouvement de jeunesse politique, et notamment (mais pas exclusivement) au service de la jeunesse.

Florent Mignot, 28 ans
Jeunes écologistes
« Prendre les choses en main et ne pas nous résigner »

Valentin Roche, 20 ans
Mouvement des jeunes socialistes
« Les jeunes sont l’avenir et le présent du pays »

Matthieu Broussolle, 22 ans
Jeunes populaires
« Engagez-vous, mais gardez l’esprit critique ! »

Catherine Laporte, 26 ans
Front national de la jeunesse
« Les jeunes ne sont pas seulement des  »consommateurs » »

Merci aux 4 intéressés, d’avoir donné de leur temps si précieux en cette période d’effervescence électorale, et en soutenant de cette manière ma démarche, d’avoir rendu compte de leur(s) expérience(s) de jeunes engagés en politique.

Il s’agissait de la dernière publication avant ce week-end électoral, synonyme de trêve dans la campagne. Prochain article, au soir du premier tour, dimanche. Bonne fin de semaine, et surtout, n’oubliez pas de voter et faire voter !







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