> 6 monuments limousins chez Stéphane Bern

17092014

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DSC_0518Diffusée quotidiennement depuis le 25 août dernier, l’émission Le monument préféré des Français, présentée par Stéphane Bern, mettra six édifices limousins à l’honneur dans le numéro de demain, jeudi 18 septembre. L’émission délivrera le classement des votes en ligne des internautes, et il s’agira de savoir qui de l’abbaye d’Aubazine, le moulin du Got, le château de Coussac-Bonneval, le château de Boussac, la gare de Limoges-Bénédictins ou le château de Rochechouart, « affrontera » dans l’émission en prime-time de samedi les monuments vainqueurs dans les autres régions métropolitaines.

J’ai participé en juin dernier au tournage à la gare de Limoges (j’en parlais déjà ici). J’en tire une expérience enrichissante et très plaisante, puisque m’ayant permis de découvrir les souterrains, les combles, le toit de la gare.

Rendez-vous demain à partir de 17h sur France 2 ! ;)

Mise à jour : l’émission sera finalement diffusée vendredi 19 septembre, 17h sur France 2.

Tournage France 2 Gare des Bénédictins
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> Grand festival pop-rock à Limoges : diversité, création, jeunesse, civisme !

16092014

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Scènes disséminées en ville, animation des terrasses : le bon exemple des Jeudis de Perpignan. (c) L.D., 2014.

L’annonce par l’association « Limoges Here We Come » d’organiser un grand festival de musiques actuelles à l’été 2016 dans la cité de la porcelaine a de quoi séduire. Parent pauvre de la scène culturelle grand public dans le centre de la France, Limoges a su mettre en place au fil des années une programmation estivale éclectique, mais qui ne semble pas à même de rompre avec cette image de cité désertée en juillet et août. Avec cette nouvelle perspective, c’est toute une ville qui rêve de rivaliser avec les autres grandes capitales de l’été culturel français (La Rochelle, Belfort, Carhaix, Lyon, Saint-Cloud…), de mettre sur les routes les fameux festivaliers et de capter plus durablement et dans leur diversité les flux touristiques, qui pour la plupart sont des voyageurs en transit. Il faut dire que la ville vit davantage hors saison, notamment avec les programmations annuelles des centres culturels. Un grand vide demeure entre Urbaka, fin juin, et les Francophonies, fin septembre. Un vide que l’arrêt de « Cuivres en fête » a amplifié et que « Musiques au musée » ne peut pas combler compte-tenu de sa tenue extrêmement localisée. Les plus grands événements de la saison culturelle, d’aussi grande qualité soient-ils, restent d’ailleurs assez confidentiels et ne parviennent que difficilement à mobiliser l’ensemble des publics, notamment la jeunesse, autour de ce formidable défi qu’est l’accès à la culture. Quand on connaît le potentiel économique des gros festivals, on ne peut que difficilement voir d’un mauvais œil l’arrivée d’un festival d’ampleur.

Capture d’écran 2014-09-16 à 13.53.56Attention néanmoins à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Comme le disait assez justement le responsable du festival rochelais des Francofolies à France 3 Limousin, il convient de ne pas placer la barre trop haute dès le départ. L’éventualité de très grosses affiches pourrait en effet s’avérer suicidaire pour les finances du festival, comme pour celles d’autres événements plus modestes mais tout autant réussis et bénéfiques. Rappelons que les subventions et le mécénat doivent assurer 40 % du financement, mais que la mairie a d’ores et déjà conditionné son soutien à l’auto-financement de l’entreprise. La participation et le soutien des commerçants, des entreprises, des associations, sera une condition nécessaire à la réussite du projet et à son juste et souhaitable ancrage dans le territoire et auprès de la population.

Pensons à ce titre à la dimension socio-culturelle de l’événement – c’est la moindre des choses. Il faudra veiller à ce que les impératifs budgétaires du projet tel que présenté ne grèvent pas la philosophie souhaitable d’un tel festival, c’est-à-dire un événement à destination de tous, publics comme musiciens. En effet, il me semble capital de ne pas penser un festival sous son seul angle « spectaculaire » et événementiel, mais aussi d’en faire une belle occasion de soutenir la diversité culturelle – et pas seulement les grandes soupes internationales aseptisées –, les scènes locales et la création régionale. L’idée d’un gros festival anonyme et industriel dans la seule antre du parc de Beaublanc me chiffonne, même s’il faut y voir un prétexte pour rentabiliser le nouveau stade. En revanche, l’hypothèse d’un événement éco-responsable et civique, associant de façon complémentaire grande scène et petits espaces conviviaux, dans l’idée d’un festival « off » en centre-ville, me plaît bien. Je suis satisfait d’avoir pu déceler ces idées dans la presse tout récemment. Cela fonctionnera, si tant est que l’on veille à faire de façon égale la promotion de ces espaces, et que l’on prenne la peine de mettre en relation grandes stars et petits artistes, par le biais de « premières parties » allouées aux artistes locaux et aux groupes de jeunes par exemple, et de scènes réservées à la création faisant la part belle aux traditions régionales par exemple (allons plus loin et imaginons une scène « néo-trad » !).

Il ne faudrait pas que le complexe d’infériorité si longtemps et parfois presque délibérément entretenu à Limoges, soit un catalyseur un peu trop rapide du projet, et n’aboutisse qu’à une idée mal ficelée, trop ambitieuse, donc un gouffre financier. Ce festival – s’il aboutit – est un levier potentiel de fierté, de ferveur, et donc de développement économique et artistique. Soyons attentifs à son organisation et soutenons-le !

Deuxième photo : le festival Vachement jeune, premier tremplin pour les groupes locaux de jeunes. (c) L.D., 2013.




> Et si Wikipédia vous aidait à redécouvrir votre région ?

9092014

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Souvent décriée pour la qualité et la pertinence très aléatoires de ses articles et des informations qu’elle délivre, la plus célèbre des encyclopédies en ligne a pourtant un rôle à jouer dans la médiatisation des territoires. En proposant des articles de plus en plus détaillés, divers et certifiés, elle œuvre pour la connaissance… et la reconnaissance des territoires. Des territoires qui, par leurs faibles moyens politiques ou économiques, paraissaient handicapés par les lois impitoyables du marché mais peuvent voir dans la démocratisation du web un vecteur de révélation.

Capture d’écran 2014-09-09 à 12.36.09Riche de plus d’1,5 million d’articles à ce jour, la version francophone de Wikipédia s’étoffe chaque jour des contributions des internautes, qui pour certains, participent à la constitution d’une véritable bible fonctionnelle sur une diversité impensable de sujets – politique, botanique, sport, cinéma, informatique, philosophie, astronomie, mode, ethnographie, économie… Les territoires ne sont pas en reste : fiches recensant les monuments historiques, liste de quartiers et rues, circonscriptions électorales, stations de transports en commun, peuplent les listings de contributions.

Car Wikipédia, c’est aussi une foule de contributeurs anonymes qui pour étayer la crédibilité de leur travail, avec sérieux, méthode et hiérarchie, compulsent et extraient de la bibliographie du sujet qu’ils auront choisi, toutes les informations utiles à la rédaction des articles. Tantôt la monographie de référence sur un auteur, tantôt le répertoire d’objets classés par le ministère de la Culture. Autant de sources potentielles qui permettent d’améliorer la réputation équivoque du site, et d’en faire un outil incontournable et grand public. Un site très fréquenté qui certes ne remplace aucune recherche mais permet simplement de mieux les orienter et de donner des états de l’art, aperçus exhaustifs de la recherche ou de la connaissance sur tel ou tel sujet. Une sorte d’« embrayeur démocratique », en somme, auquel veillent les « Wikipédiens » organisés en interne comme IRL (« in real life »), non sans heurts et débats, en administrateurs, groupes locaux, bureaucrates (!) et autres surveillants du web pour tous. Des qualifications « Articles de qualité » ou « Bons articles » aiguillent les internautes vers les travaux les plus avancés et les plus vérifiés, à l’aune de leurs sources, de leur représentativité, de la diversité des apports, de leur syntaxe, mais aussi de leur illustration. Car Wikipédia est aussi un grand projet de mise en image des connaissances sur le monde. Un projet qui fédère là-encore les photographes, des plus chevronnés au plus amateurs.

Capture d’écran 2014-09-09 à 12.29.55Chaque mois de septembre, Wikimédia France, la société qui gère Wikipédia en France et les projets annexes, organise un grand concours de photographies devant enrichir les articles traitant du patrimoine et des territoires de clichés inédits et explicites. Tout le monde peut participer. « Wiki Loves Monuments », en parallèle des Journées européennes du patrimoine qui cette année mettront à l’honneur le patrimoine naturel et culturel, en appelle donc à tous, dans toutes les régions, pour donner un visage au patrimoine de proximité et ainsi, à la fois, faire de Wikipédia un guide de découverte fiable, neutre et sérieux des richesses de France et de Navarre (et au-delà, car c’est un projet international), et faire de l’internaute un véritable acteur et non plus un simple consommateur, agent d’acquiescement référendaire.

Pour aller plus loin et avoir une autre image de Wikipédia :




> La gare de Limoges chez Stéphane Bern : les enjeux du patrimoine à la télé

5072014

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Capture d’écran 2014-07-05 à 10.05.14Il y a quelques jours, il m’a été donné la chance de participer à un tournage télévisuel, à la gare de Limoges-Bénédictins, pour le compte de l’émission « Le monument préféré des Français », qui sera présentée à la rentrée par Stéphane Bern sur France 2.

Sollicité par l’intermédiaire de mon blog, j’ai apparemment intéressé l’équipe de tournage pour le rôle de « fil rouge » que j’allais devoir endosser pour cette expérience. Autrement dit, celui du visiteur privilégié, à qui l’on octroierait le droit très privé de découvrir ces lieux méconnus de la gare, ceux qui ne sont jamais ouverts au public. Grâce à Christine Payen (SNCF), l’historien Pascal Plas, le responsable du « Buffet de Limoges » Alain Guillout, ou encore Eric Boutaud de l’office de tourisme, j’ai pu découvrir la gare sous un autre angle, et j’ai ainsi pu monter dans le campanile au-dessus des horloges, découvrir les travaux de restauration du dôme après sa destruction par le feu en 1998, ou encore arpenter le fameux souterrain autrefois réservé à la Wehrmacht. Des privilèges dont la valeur était pour moi encore plus élevée compte-tenu de mon vif attachement à ce monument et à sa protection.

Le principe de l’émission se calque sur celui du Village préféré des Français, dont la 3e édition a été diffusée tout dernièrement sur France 2. Dans chaque région métropolitaine, 6 monuments sont pré-sélectionnés, et seront présentés dans des émissions quotidiennes en fin d’après-midi. Les internautes peuvent voter pour celui qu’ils préfèrent (un par région) ; celui qui dans chacune des 22 régions aura recueilli le plus de votes obtiendra le droit de « participer » à la dernière émission en prime-time, qui décomptera les monuments ainsi plébiscités et pourra proclamer lequel d’entre-eux est le « préféré des Français ».

DSC_0453Si les votes sont hélas déjà clos – soyez certains que je vous aurais sinon vivement engagé à aller faire votre choix -, je n’en espère pas moins que les Limougeauds et visiteurs auront su reconnaître en la gare de Limoges le plus bel ambassadeur de notre région. Car au-delà de ce goût actuel pour les classements que d’aucuns ont peine à comprendre, je pense que le véritable enjeu de ces programmes – et c’est tout à leur honneur – est bien de replacer au cœur de nos débats l’enjeu de la protection et de la valorisation du patrimoine, une responsabilité collective. La culture n’est pas un enjeu « secondaire » que la crise et les exigences financières devraient reléguer au rang de distraction, ou même de privilège des classes aisées. La culture n’est pas une « thématique », elle n’est pas un dossier isolé et obscur que seuls les spécialistes ou les artistes pourraient défendre. Non, la culture, et avec elle, la défense du patrimoine et la valorisation touristique de ces atouts peuvent entraîner derrière elles l’ensemble de la société dans un élan productif, tant sur le plan économique, que social. Elle est un pilier transversal du vivre-ensemble et du développement durable des territoires, qui participe de l’exercice des relations sociales, de l’apaisement des tensions et de la relance de notre économie. Puissent ces programmes participer de l’affirmation de ces principes ! Car non, les voir comme un dispositif sensationnaliste et de fait réducteur est une facilité : par leur popularité, leur esthétisme, ces programmes participent de la construction d’un paysage mental duquel naissent les sentiments d’appartenance et les attachements ; cette géographie des « belles images » a des atouts dans la conscientisation collective des richesses variées de nos territoires et des enjeux de sa défense.

DSC_0387Parions ainsi que cette émission favorisera d’autant plus la réappropriation par chacun de ce patrimoine monumental, et que par extension elle accélèrera la réouverture au public d’un campanile sécurisé, qui offre sans doute la plus belle vue qui soit sur Limoges. Parions aussi que cette prise de conscience servira d’embrayeur à la protection du « petit patrimoine » qui jalonne nos rues et nos quartiers, et qui autant que les grands bâtiments, est l’expression d’une histoire et d’une culture partagées.

De mon côté, cette participation n’a fait que renforcer mon affection pour Limoges et mon envie d’en défendre et valoriser la diversité patrimoniale. Rendez-vous à la rentrée pour la diffusion !

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Un grand merci à l’équipe de tournage, et à tous les participants qui m’ont permis de passer deux journées exaltantes.




> Réforme territoriale : et si on parlait « pratique politique » ?

3072014

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Capture d’écran 2014-07-03 à 10.50.58On parle de réforme territoriale. Le problème, c’est que ce projet en l’état n’a pas grand-chose pour convaincre.

Le débat ne se concentre qu’autour de limites dont personne ne veut, et qui semblent avoir été décidées de façon arbitraire. Je ne peux m’empêcher le parallèle osé mais amusant avec le découpage du Tarn-et-Garonne, qui selon la légende, serait fruit d’un décalquage de la main de Napoléon Ier sur une carte de France. Je n’en suis pas à comparer François Hollande à l’Empereur, mais j’ai la triste impression que les autorités actuelles, poussées par la crise de confiance et les désaccords entre les différentes ailes du PS, ont confondu « prise de décision » et « imposition de décision ». A moins que François Hollande, à qui l’on a tant reproché de n’avoir pas su troquer son costume d’élu local pour celui de chef de l’Etat, s’imagine encore président du conseil général de Corrèze et que par conséquent, il se trouve à lui seul autant légitime pour trancher que les milliers d’élus locaux qui sont eux directement et sur le plan pratique concernés par la réforme.

Sur quoi devraient donc s’appuyer ces nouvelles limites ? A mon sens, la dimension culturelle est importante mais pas déterminante. Je suis personnellement militant de l’allocation de moyens supplémentaires pour la valorisation et la reconnaissance des cultures régionales et minoritaires. Mais je pense que cet enjeu n’est pas forcément celui qui doit motiver la réunion des régions. Nous sommes culturellement plus proches de l’Auvergne que de Poitiers, mais quels sont nos liens directs et physiques avec Clermont ? D’autant que la dimension culturelle et identitaire, si elle repose sur des références communes, ne me semble pas assez partagée à ce jour pour en devenir un facteur de choix central, sinon déterminant. Autrement dit, faire de l’Occitanie le déterminant des futures régions est illusoire. De surcroît, remarquons que les projets culturels ne paraissent pas tant souffrir des inerties administratives. Ainsi, les parcs naturels régionaux existent bien de part et d’autre de frontières régionales ; ailleurs, le sentiment catalan perdure bien du côté français de la frontière sans que les collaborations avec Barcelone en soient freinées autrement que par la frontière étatique ; la comparaison toutes proportions gardées pourrait se faire entre la Charente limousine et Limoges. En revanche, dans une région rurale, enclavée, dépréciée et désertée par ces jeunes comme la nôtre, la détermination de potentialités de développement socio-économique (donc d’emploi, de projets porteurs) me semble une priorité, qui elle pourrait façonner les nouveaux découpages et a fortiori favoriser à nouveau le dynamisme culturel. Si l’on voulait bien prendre la mesure de cette réforme, en acceptant d’éclater les régions. Et pourquoi pas, redéfinir les limites départementales héritées de temps de parcours en cheval, rappelons-le.
Cette réforme néglige l’avis du peuple. A mon avis, le référendum est un piège, auquel Hollande ne doit pas céder (on voit mal de toute façon comment il pourrait accéder à cette requête qui se transformerait en plébiscite contre lui). En effet : comment concilier les avis des citoyens selon les régions dont les contextes sont très différents ? Comment faire d’un « oui » ou d’un « non » une réponse constructive et nuancée ? Non, le référendum comme l’a préconisé le Sénat est une impasse. Mais pourquoi ne pas organiser des véritables concertations locales, des cycles d’échanges qui associent non seulement les élus locaux, les citoyens volontaires, assurément, mais aussi les acteurs du monde économique, associatif, et, bon sang, du milieu universitaire ! Ne reproduisons pas la bêtise de 1962.

Les compétences des futures régions ? On n’en parle peu, alors qu’elles seront au cœur du quotidien des citoyens. Et quand bien même on avance le démantèlement des départements dont les compétences seraient reprises par les nouveaux chefs de file que seraient la région et l’intercommunalité, on n’en résout pas davantage la lapalissade qui fait que l’on supprime dans le même temps la clause de compétences générales… La création en doublon des chefs de file ne serait-elle pas un effet d’annonce pour étayer l’aspect faussement novateur de cette réforme bancale ? Et quid de la perte de proximité potentielle ? Comment les transports ou les projets micro-économiques de la Combraille pourraient-ils être bien gérés par Bordeaux, qui a d’ores et déjà annoncé par la voix de ses grands élus qu’elle accepterait le Limousin… sans s’en occuper !
Quid du mode de désignation des élus ? Extrêmement flou et arbitraire. Ce qui est embêtant alors que l’on déplore la perte de confiance des citoyens en leurs représentants. Le seuil des 150 élus régionaux sera préjudiciable aux territoires ruraux peu peuplés. Combien de représentants la Creuse enverra-t-elle à Bordeaux ? Si peu, que cela en résumera parfaitement mais dramatiquement le message que le gouvernement envoie aux territoires ruraux.

Enfin, sujet majeur : en quoi cette réforme garantirait effectivement des économies ? Je souscris en ce point à la totalité de la déclaration de l’ancien président du Conseil régional du Limousin, Robert Savy, qui s’exprimait voilà quelques jours dans les colonnes du Populaire du centre. Celui-ci rappelait le flou étonnamment entretenu autour des modalités et des arguments concrets qui seraient susceptibles de nous convaincre du bien-fondé comptable de cette révolution territoriale. Et qui pour essayer de le prouver ?

Il y a quelques jours, Le Nouvel Observateur a présenté les 8 plus gros gaspillages ou 8 plus grosses aberrations de projets construits ou en cours de construction dans les régions. Des projets dont l’échec serait à mettre sur le compte de la superposition des échelons territoriaux (la proximité des deux grands aéroports de Lyon et Grenoble, l’incapacité des élus savoyards à s’accorder sur le financement du train vers Genève, l’échec du musée du cinéma à Angoulême, les frais incroyables de transports des élus d’Île-de-France). A la lecture de ces échecs, de ces projets fous et finalement complètement bancals, que la réforme territoriale doit empêcher, j’ai remarqué que plus que les limites des régions, c’étaient leurs élus et leurs pratiques qui étaient mis en cause.

Et je me suis donc demandé : plus que de réforme territoriale, qui telle qu’elle est menée ne convaincra jamais, et n’apparaît pas comme garantie absolue d’économies recherchées, plus que de réforme territoriale, donc, n’est-ce pas d’une réforme de la pratique politique, dont il faudrait parler ? Je ne suis évidemment pas en train d’abonder dans le sens du « tous les mêmes », ou « tous pourris », soyez-en certains. Ce ne sont donc pas les hommes et les femmes que je mets en cause, mais bien le cumul des mandats dans le temps, l’habitude de l’exercice du pouvoir, les familiarités qui au fil du temps transforment les relations démocratiques en copinages néfastes pour la transparence des décisions et rendent impossibles la prise de recul et la remise en question nécessaires au respect de l’intérêt général et de la cohérence des projets d’aménagement.

Ainsi, ma réforme à moi – car oui j’en propose une -, elle s’articulerait en trois points :

  • Respect de la souveraineté citoyenne et organisation de véritables débats en région, avec contributions réelles des acteurs de la vie quotidienne (élus, mais aussi monde économique, associatif, culturel, universitaire), qui permettraient de proposer des découpages réellement efficaces, les moins polémiques possibles, et surtout, appuyés sur des réalités concrètes. Le report sans ménagement des élections et la précipitation de cette réforme sont un joli pied de nez à la démocratie locale.
  • Respect du principe de solidarité des territoires, et non fuite en avant vers la concurrence débridée entre les grosses métropoles, une métropolisation qui transformerait nos régions rurales en marges complètement anonymes et délaissées (les exemples catastrophiques de la métropole de Lyon, de la réforme des cantons ou du seuil de 20.000 habitants dans les futures intercommunalités toujours aussi peu incarnées, sont éloquents). Ce principe assurerait un découpage en phase avec les représentations et les pratiques de tout un chacun.
  • Réforme profonde de la pratique politique, par l’interdiction stricte du cumul dans le temps Certes, les lois ne font pas tout, mais elles peuvent contribuer à changer les réflexes d’action et de pensée. Prenons également la peine de tout penser ensemble : pourquoi les cantons ne sont-ils pas fusionnés dans l’intercommunalité ? Et comme le faisait très justement remarquer un de mes camarades du Forum citoyen des jeunes limousins, pourquoi ne pas avoir intégré dans la réflexion les périmètres des Pays, ces territoires de projets créés sous Jospin qui ont le mérite d’associer les communes autour de véritables stratégies de développement durable ? Cette réforme ne supprime pas des échelons : elle les multipliera et les complexifiera.

Si ces principes n’étaient effectivement et finalement pas respectés, voilà quelles en seraient les conséquences pour notre territoire :

  • Un territoire éclaté, alors qu’il a un destin commun, celui d’une région enclavée et encore méprisée dont les atouts sont pourtant nombreux. Et que pour l’instant, rien ne garantisse la réussite d’une réunion de la Creuse à l’Auvergne (dont elle demeurera une marge), ou de la Corrèze à Midi-Pyrénées ou Aquitaine.
  • Une capitale régionale reléguée et oubliée : je rappelle que Limoges, ancienne cité industrielle, vit essentiellement de l’administration, qu’elle perdra au moins en grande partie si le Limousin devient une frange de la future grande région Sud Ouest qu’on nous promet. Certes, il est de la responsabilité des élus, réforme ou pas, que de créer les conditions d’une relance économique des anciens pôles industriels, mais tout ne peut se faire d’un claquement de doigts, et encore moins si le gouvernement joue dans l’autre sens.
  • Des infrastructures toujours plus délaissées, anéantissant toujours davantage la possibilité de construire des projets en milieu rural et périurbain et d’y bénéficier de services de proximité performants ; une situation aggravée par l’adaptation consentie des élus au système ultra-libéral, et par le fétichisme persistant de certains de ces élus pour le fantôme trompeur qu’est la LGV, dont la déclaration d’utilité publique pourrait se transformer en affirmation de mort publique d’ici peu.

Quelles solutions ? Evidemment, que chacun réaffirme son statut de citoyen. Sans conservatismes, mais avec conviction, avec revendication ! Et ça, je vous le dis, ça ne passe pas par l’abstention, ou par le rejet de la politique ; au contraire ! Car la réforme du politique passera par le politique ! Elle se fera de l’intérieur ! Elle se fera si chacun de nous commence à s’engager, et participe de la refondation d’un système à bout de souffle. Ce dont on ne peut pas se satisfaire, et qui oblige beaucoup les jeunes, plus que jamais, et quelle que soit la préférence politique.




> Les mille conditions à la LGV Poitiers-Limoges

1072013

> Les mille conditions à la LGV Poitiers-Limoges dans Actualité locale bamnagement

La semaine dernière, alors que tout le monde s’émouvait des conclusions imminentes de la commission Duron enterrant le projet de LGV Poitiers-Limoges, après plusieurs semaines d’incertitude, je participais à un des mini-débats organisés par la Ville de Limoges dans le cadre de l’exposition Limoges 2025*. La rencontre « Limoges ville-capitale », animée par Jean-Pierre Limousin, était l’occasion de revenir sur le sujet brûlant de la LGV et de requestionner la confiance aveugle dans la réalisation du projet polémique qui est celle des élus socialistes haut-viennois. Si mon sentiment vis-à-vis du projet demeure divers, j’estime en fait que la LGV ne peut fonctionner qu’à de très (trop ?) nombreuses conditions.

La rencontre à laquelle j’étais inscrit, animée par Jean-Pierre Limousin, président du CESER et de la CCI mais aussi de l’association de promotion du TGV Paris-Limoges-Brive, permettait d’aborder le thème de « ville capitale ». Autrement dit, savoir quelle place donner à Limoges dans le contexte national et international de mise en concurrence des territoires, de métropolisation (poids croissant des fonctions de commandement et d’organisation des villes métropoles nationales et régionales) et aussi en filigrane de déterritorialisation progressive des activités dans le cadre de la mondialisation, qui accorde de plus en plus d’importance à la présence numérique.

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Poitiers, Limoges, Brive... ces trois villes veulent-elles réellement travailler ensemble ? (c) Association TGV PLB

Si la très faible participation citoyenne – deux citoyens lambda – à cette rencontre est déjà un problème en soi – Jean-Pierre Limousin confiait lui-même sa déception et ses interrogations concernant les moyens d’assurer une démocratie participative vivante –, on pouvait également se demander ce qui avait pu motiver la programmation de ces rencontres ô combien intéressantes en plein milieu de la journée en semaine… Passons. Le sujet a forcément dérivé sur le sujet de la ligne à grande vitesse. Pour M. Limousin, l’intérêt de la LGV est à trouver dans l’impératif de rééquilibrage du grand Sud-Ouest que Limoges soit d’incarner par rapport à Bordeaux et Toulouse, et plus largement assurer la survie et la relance d’un Limousin bien moins dynamique que ses voisins occidentaux. Impératif qui ne peut s’effectuer que dans l’association métropolitaine de Poitiers et Limoges, qui ensemble incarneraient un pôle urbain concurrent et compétitif d’environ 300 000 habitants. Tout cela s’appuyant sur la bonne intégration de Poitiers aux réseaux d’échanges existants, sur l’intérêt qu’elle aurait à ne pas suivre Orléans et Tours dans l’étouffement parisien, ainsi que sur la notoriété sous-estimée mais réelle des noms de « Limoges » et du « Limousin » à l’étranger, notamment en Asie. Ce nouveau binôme Poitiers-Limoges aurait ainsi la nouvelle capacité de peser dans les décisions d’aménagement et la captation des richesses et des flux de toutes sortes, ceux-ci étant ensuite réinvestis dans la dynamisation du territoire annexe. Présenté ainsi, on en serait presque convaincu, la LGV serait un atout pour la ville et la campagne. Restait tout de même à « régler » plusieurs sujets majeurs : convaincre les acteurs picto-charentais, élus et citoyens, de leur intérêt à s’associer avec le Limousin, prouver la pertinence économique du projet, assurer la réussite du passage du concept théorique à l’application territoriale, avec ses spécificités et ses limites, et enfin en convaincre les populations. Je vais y revenir.

L’extrême-confiance de Jean-Pierre Limousin, Alain Rodet ou Jean-Paul Denanot pourrait même passer pour suspecte, certains y voyant la trahison de quelques doutes dans leur relation de confiance avec l’exécutif suprême, d’autres une attitude bornée et déconnectée des réalités, voire électoraliste, de mauvaise augure dans la perspective d’une revalorisation de l’image de l’acteur politique, tant attendue. C’est encore un autre sujet.

Au-delà de l’aspect économique, la LGV est encore bien loin d’avoir prouvé sa pertinence en terme de projets partagés entre Limousin et Poitou-Charentes, alors que la synergie Limoges-Poitiers est jugée essentielle…

En définitive, pour moi, la LGV Poitiers-Limoges n’est pas un projet uniformément et forcément néfaste. Mais au-delà des polémiques liées à la façon dont les études préliminaires ont été menées depuis 2006, elle n’a de pertinence que si l’on « oublie » l’inoubliable. Autrement dit, des facteurs qui peuvent paraître annexes mais qui mettent en lumière les brèches de la conduite du projet et en sont tout bonnement la condition de succès. Pour l’instant, ces facteurs inoubliables demeurent occultés. Et ainsi, la LGV fonctionnera si l’on continue de les occulter :

  • La LGV fonctionnera si l’on oublie la situation des finances publiques – mais qui le peut ? – du côté de l’Etat mais aussi des collectivités, de plus en plus appelées à mettre la main au porte-monnaie mais en pleine incertitude à l’heure d’un nouvel acte de décentralisation bien confus. Mais on ne peut pas l’occulter.
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie aussi le fait que désormais, l’Etat ne peut hélas que difficilement se permettre de financer à lui seul les grands projets. C’est regrettable mais c’est un fait, et si l’on peut évidemment critiquer l’attitude de Ségolène Royal dans ce qu’elle tient de l’obstination, du caractère personnel et d’une mauvaise appréciation d’un territoire potentiellement partenaire mais sous-estimé – le Limousin –, voire d’une certaine condescendance, on se doit de comprendre sa réticence à engager le financement du projet. C’est regrettable mais on ne peut l’occulter.
  • La LGV fonctionnera si l’on parvient à dépasser les divergences de vue des habitants du Limousin et du Poitou-Charentes, et en particulier de leurs élus. Si l’on conditionne la réussite du projet à la synergie entre Poitiers et Limoges, comme l’avance Jean-Pierre Limousin, comment compter sur la concorde pour l’instant très partielle des élus des deux régions, puisqu’à ce jour, autant le Conseil régional de Poitou-Charentes que le Conseil général de la Vienne (sans oublier les réserves croissantes des élus corréziens) se montrent sceptiques vis-à-vis de cette future ligne. Je pense aussi à l’existence de projets collectivement portés, et à l’existence de structures formelles et institutionnelles de partages de projets, d’ambitions pour les deux régions.
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie que la SNCF et l’Etat n’ont pas seulement rechigné à engager la modernisation de la ligne POLT avant la LGV pour des raisons d’adhésion pure à la grande vitesse, mais aussi compte-tenu des incertitudes portées par l’ouverture du rail français à la concurrencerendant périlleux le financement massif en faveur d’une adaptation des voies aux 220 km/h si ce n’est plus la SNCF qui demain à le monopole de la gestion des trains. En ces temps où rarement le modèle socio-économique n’aura été remis en cause, on ne peut l’oublier. 
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie également le fait que la défense de ce projet fait bien écho à l’aura nostalgisante du sigle TGV,  évocateur de promesses de développement des territoires, et que donc la défense de ce projet tient au moins en partie d’un fantasme compréhensible mais un peu vain des populations locales un peu frustrées de n’avoir pu bénéficier du formidable espoir de dynamisme apporté par les LGV Est européenne, Atlantique ou Méditerranée, et d’attendre une concrétisation d’un projet évoqué depuis trente ans. Il y a du fantasme dans cette quête de la grande vitesse, symbole de la puissance française du XXe siècle. D’aucuns y assimileront le Concorde…
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie enfin que la LGV n’est pas automatiquement un vecteur de développement intégral et lissé des territoires, étant donné l’effet tunnel indubitablement provoqué par de telles infrastructures, qui profitent avant tout aux terminus (Poitiers et surtout Limoges). En effet, les effets bénéfiques aux territoires environnants, s’ils sont possibles (il faut quand même le dire), ne sont garantis que si l’on associe l’arrivée de la grande vitesse à d’autres chantiers, pour autant de nouvelles conditions à la pertinence du chantier… 
La LGV ne peut et ne doit fonctionner que si elle est mise en complémentarité de la modernisation des axes ferroviaires et routiers annexes. Or, financièrement, peut-on se le permettre ?
st-sulpice-lauriere dans Corrèze
Gare de Saint-Sulpice-Laurière. Pourquoi « pro » et « anti » ne se retouvent-ils pas autour de la même ambition de supprimer le point de rebroussement et ainsi favoriser le désenclavement de la Creuse et le passage des TGV ? (c) Tuyra – Wikimedia Commons

En effet, outre l’impératif bien douteux d’occulter tous ces points, il conviendrait au promoteur de la LGV d’assurer la complémentarité des projets d’aménagement et de considérer les obstacles techniques après les éléments moraux et politiques. A l’infaisable moral, à ces oublis manifestes auxquels les défenseurs du projet souscrivent sans hésitation, ajoutons ce qui pour l’instant est malheureusement peu brandi dans les débats et arguments, ces idées qui font donc pour le moment figure d’infaisables techniques et financiers alors qu’elles ne le sont pas, qu’elles conditionnent le succès de la LGV et qu’elles paraissent bien plus utiles au développement territorial :

  • la modernisation des axes routiers majeurs, à la fois condition au développement des territoires, au désenclavement du centre de la France et à la sécurisation de secteurs dangereux : la RN 147 vers Poitiers, la RN 79 vers Mâcon, la RN 21 vers Périgueux ;
  • l’électrification de la ligne Limoges-Guéret, et le réaménagement de la gare de Saint-Sulpice-Laurière de sorte à ce que le demi-tour des trains n’y soit plus obligatoire (suppression du point de rebroussement), ce qui améliorerait l’intégration de la préfecture creusoise au réseau national, mais qui aurait pu faire profiter à la Creuse de l’effet grande vitesse et au-delà d’impulser de nouvelles liaisons « grandes lignes » entre l’est et l’ouest de la France. Ces deux points ont eux-mêmes été évoqués par Jean-Pierre Limousin, qui y voit l’occasion manquée des Creusois de soutenir la LGV.
  • Et évidemment la modernisation de la ligne POLT, au nom de l’équité des territoires prônée par le gouvernement Ayrault.

Beaucoup de conditions, donc. Si la LGV ne se fait pas, ces conditions n’en demeureront pas moins des outils de développement à étudier sérieusement, car elles ne sont pas conditionnées à la grande vitesse, elles. Si elle se fait, comme le soutient mordicus M. Limousin, alors au-delà d’un « fait du Prince » un peu déroutant, elle n’en demandera pas moins de toute urgence la réalisation des projets annexes et complémentaires que j’ai cités. Mais pourra-t-on – financièrement, techniquement, moralement – se le permettre ?

*Cet exercice de prospective sur les perspectives attendant notre ville dans les prochaines années, critiqué pour son tempo, à quelques mois des municipales, et son message, vu comme partisan, est encore accessible aux citoyens jusqu’à la fin de semaine, à la Bfm de Limoges.  







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