> LGV : tout reste à faire après le rapport Delebarre

31072017

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S’il consacre enfin l’abandon du tout-LGV, et s’il est porteur d’idées intéressantes (électrification de Poitiers-Limoges, reprise du TGV Brive-Lille…), le rapport de Michel Delebarre sur l’accessibilité du Limousin demeure quasiment silencieux sur les liaisons transversales. En outre, par son refus de défendre une option forte pour améliorer la liaison entre Paris et Limoges, il entretient l’idée que le POLT, concurrencé par la toute nouvelle LGV Tours-Bordeaux, pourrait se satisfaire d’une amélioration a minima. Il faudra une prise de position forte de la part des élus pour éviter un atermoiement préjudiciable.

réduction temps parcours ferroviaire 1978 2013

Gains de transport entre Paris et la province entre 1978 et 2013. Limoges, grande oubliée des innovations nationales… (c) UMR ESO, pour RFF.

Michel Delebarre, sénateur PS du Nord, a enfin remis le rapport (« Accessibilité du Limousin et des territoires limitrophes », consultable en ligne) que Manuel Valls, alors Premier ministre, lui avait commandé en décembre 2016 pour réfléchir aux solutions pour désenclaver le Limousin. Cette commande, partant du constat du déclin des dessertes en Limousin, ces trois dernières décennies, et consécutive à l’annulation par le Conseil d’Etat de la Déclaration d’utilité publique le 15 avril 2016, laissait déjà présager l’abandon définitif du projet de LGV Poitiers-Limoges. Aujourd’hui, les conclusions du rapport vont ouvertement dans le sens de cet abandon, comme le laissait déjà entendre Emmanuel Macron. On peut légitimement s’en satisfaire, tant ce projet, dans sa forme autant que dans son essence, a pollué la capacité des acteurs locaux à ébaucher de façon critique et constructive un projet alternatif et porteur pour le Limousin.

Mais maintenant que se dessine a priori la fin du feuilleton LGV, par quoi compenser le retrait d’un projet qui a monopolisé les discours et hélas les finances publiques depuis dix ans ? Comment assurer la desserte d’un territoire en marge, fragilisé par la création d’une nouvelle région immense et hélas peu solidaire ? Zoom sur les propositions alternatives avancées par ce document.

L’abandon des projets LGV, enfin acté

Le rapport de M. Delebarre comporte plusieurs bonne nouvelles qu’il s’agira de concrétiser. La première d’entre-elles réside donc en la préconisation explicite d’un abandon définitif du projet de ligne nouvelle à grande vitesse entre Poitiers et Limoges (p. 33). Critiqué ces dernières années par plusieurs instances politiques et économiques, des experts et de nombreux citoyens (Commission Mobilité 21, FNAUT, Cour des Comptes, élus de l’Indre, de la Vienne ou de la Creuse…), ce projet est battu en brèche tant pour son incohérence budgétaire que pour les nombreux territoires qu’il laisserait à l’abandon. M. Delebarre (p. 35) met aussi en évidence à raison que l’hypothèse d’un rattachement de la ligne classique à une future LGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon (dite POCL) est plus qu’hypothétique, pour les mêmes raisons financières. Enfin, il signale aussi que les relations finalement mises en place avec l’ouverture de la LGV Tours-Bordeaux en juillet 2017 entre Paris et Poitiers, ne laisseraient finalement que peu de place à des raccordements performants pour les hypothétiques rames TGV qui bifurqueraient à Poitiers vers Limoges (seulement 4 trains par jour apporteraient des améliorations notoires de temps de parcours dans les conditions actuelles !). Raison de plus pour « laisser tomber » l’option LGV, donc.

Paris-Limoges en 2h40 : entre Poitiers et Orléans, ne faut-il pas choisir ?

A ces hypothèses « LGV », M. Delebarre préfère donc une amélioration des liaisons existantes, sur POLT comme sur Poitiers-Limoges.

[…] pour les choix à opérer rapidement pour l’avenir, je recommande d’envisager des aménagements et des améliorations de desserte à la fois sur la ligne existante Limoges-Poitiers et sur la ligne historique POLT.

En somme, pour la première fois dans un propos se voulant « post-LGV », ce n’est plus POLT qui concentre les attentions, puisque la liaison classique existante Poitiers-Limoges est présentée en alternative. Cette proposition inédite de faire de la liaison TER une nouvelle opportunité de desserte entre Paris et Limoges me semble hélas porteuse d’incertitudes.

Concrètement, l’idée ici développée par le sénateur Delebarre est de parvenir à des gains de temps de parcours conséquents entre Paris et Limoges non plus exclusivement via la ligne historique POLT, mais via la ligne classique entre Poitiers et Limoges, moyennant des travaux sur cette dernière. Il s’agit en fait de faire profiter Limoges de l’ouverture de la LGV Tours-Poitiers-Bordeaux, qui a mis la préfecture poitevine à moins de 2h de Paris. On se dit que ce serait un juste retour des choses, tant les collectivités limousines ont dépensé pour cette LGV (leur participation au financement de la LGV Sud-Europe-Atlantique s’expliquait par le fait que c’est sur cette ligne que devait se connecter la LGV Poitiers-Limoges). Une fois les travaux réalisés sur la ligne classique, les gains escomptés en termes de temps de parcours seraient donc suffisamment importants pour inciter une partie des voyageurs empruntant POLT pour rallier Paris à préférer le passage par Poitiers… mais il s’agirait en parallèle de veiller à ce qu’ils demeurent modérés pour ne pas complètement assécher POLT, et donc parvenir à ce que les deux options soient gagnantes.

En somme : d’un côté, des rames TGV circuleraient à vitesse normale sur une voie modernisée jusqu’à Poitiers, puis continueraient à grande vitesse pour Paris, pour un trajet de 2h30. Sur cette même ligne pourraient aussi circuler des TER en complément, de manière à renforcer les liens entre les deux capitales régionales déchues. De l’autre, une ligne POLT rénovée (suppression de passages à niveaux, correction de tracés, nouveau matériel…) permettrait une desserte efficace en Intercités entre Limoges et Paris, aux alentours de 2h30 également. Une répartition « naturelle » des trafics serait donc attendue, sans doute en fonction des préférences budgétaires de chacun.

[…] si le temps de parcours entre Limoges et Paris [par la ligne classique Limoges-Poitiers, ndla] peut passer en dessous du temps de POLT, le gain de temps sera moindre qu’avec la LGV Poitiers-Limoges, et donc la répartition des usagers entre POLT et les liaisons Paris-Poitiers-Limoges via la LGV SEA sera plus équilibrée en fonction du surcoût de l’utilisation du TGV par rapport au train classique.

[…]

Une desserte « légère » via un petit nombre de TGV complété par des TER directs jusqu’à Poitiers permettrait aux voyageurs les plus pressés de rejoindre ou quitter Limoges en empruntant la ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux. Sans « concentrer » tous les voyages sur cette liaison, la place resterait pour l’utilisation du POLT avec une desserte optimisée. La ligne POLT, qui assure une desserte plus fine du territoire, avec Uzerche, Cahors, mais aussi La Souterraine et Vierzon, resterait privilégiée par les usagers qui y trouveraient des tarifs plus attractifs et un gain de confort important, leur permettant de vivre le temps passé dans le train comme du temps qui n’est pas perdu. Le Limousin trouvera aussi, avec cette politique équilibrée, un double accès dans Paris, via la gare d’Austerlitz ou la gare Montparnasse.

C’est ici que l’idée a priori séduisante me semble moins convaincante. Comment garantir un équilibre entre les deux options ? M. Delebarre estime les deux options complémentaires : la première (par Poitiers) servant à renforcer la cohésion régionale, l’autre à renforcer les liens avec Paris sans délaisser le centre de la France. Cela s’entend, mais n’est-ce pas utopique ? Surtout, l’idée de faire circuler des TGV sur ligne classique entre Poitiers et Limoges, option certes plus économe que la construction d’une LGV, pose de sérieuses questions quant au financement d’une pratique que l’on sait très coûteuse. C’est d’ailleurs ce qui a amené la Région Nouvelle-Aquitaine à abandonner le financement du TGV Brive-Lille, que M. Delebarre propose pourtant de remettre lui aussi en service (à juste titre à mon avis).

Electrifier la ligne entre Poitiers et Limoges pour la rendre plus attractive et ainsi offrir une alternative à la mise en quatre voies de la RN 147, est une hypothèse très intéressante, car ces deux villes ont des choses à se dire et gagneraient à se regarder autrement qu’en concurrentes. Mais encore faudrait-il ne pas être trop gourmand en menant de front deux chantiers permettant l’un comme l’autre à Limoges d’être à moins de 2h40 de Paris. Nos capacités de financement sont-elles à cette hauteur ? Le potentiel de trafic entre Poitiers et Limoges cumulé à celui des territoires de l’Indre et du Cher, est-il à même d’assurer le succès parallèle des deux options ? Comment garantir que l’un des projets ne se fasse pas au détriment de l’autre ? Qu’un service très ambitieux sur l’une des lignes ne soit pas handicapé par la mise en place d’une desserte concurrente sur l’autre ? Que les passagers les plus pauvres soient contraints à un omnibus de seconde zone ? Pourquoi cette impression, partagée d’ailleurs par Frédéric Soulier, maire LR de Brive (Le Populaire du 28 juillet), de n’avoir pas su prendre de manière plus résolue le part de l’une ou de l’autre des options ? La modernisation de Poitiers-Limoges est bien entendu essentielle, mais ne peut-on penser que sa vocation est avant tout de garantir une desserte régionale de qualité, quand celle de POLT est aussi de demeurer un maillon d’intérêt national ? On est donc en droit de ne pas partager l’optimisme de M. Delebarre, dont la réussite des projections demeure toutefois assortie d’un vœu pieu, celui d’une discussion constructive entre Etat et Région :

Cette option, qui aboutit à rendre un service d’équilibre du territoire à la fois par le POLT en « Train d’équilibre du territoire » et par un mixte de TER et de TGV n’est pas classique, mérite d’être approfondie en termes de gouvernance, et nécessitera des discussions approfondies sur les rôles respectifs de l’État et de la Région Nouvelle Aquitaine dans la mise en place de ce service.

L’idée de moderniser conjointement les deux axes est donc autant enthousiasmante qu’incertaine.

Pour ce qui est de POLT, l’idée d’une amélioration des temps de parcours au prix de travaux et d’une amélioration des véhicules, promise par l’Etat, me semble plus fiable, une trentaine de minutes pouvant être gagnée sur la liaison Paris-Limoges. Mais là encore, je pense qu’il faudra rester vigilant : il ne faudrait pas que l’arrivée de connexion Wi-Fi dans les futures rames Intercités entre 2020 et 2025 (ou la mise en place de vieilles rames TGV Atlantique sur POLT, comme réclamé par une pétition récente), ne soient que les petites compensations apportées aux quelques irréductibles voyageurs qui continueront d’emprunter une ligne POLT qui entre temps aura perdu en efficacité, faute de travaux d’infrastructures suffisamment ambitieux… L’une des déclarations finales ne me semble pas dissiper suffisamment les doutes :

Il appartiendra aux collectivités concernées par la ligne POLT, en concertation avec l’État, de se prononcer sur ces améliorations à poursuivre rapidement pour conforter chez l’usager l’envie d’utiliser cette ligne et sa confiance en son bon fonctionnement.

Les décideurs comptent-ils « conforter l’envie » de l’usager autrement que par de simples améliorations de la 4G ?

Liaisons transversales : peut mieux faire !

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La ligne Limoges-Angoulême à Exideuil (16), gare fermée depuis l’an dernier. (c) L. D, 2013.

Je suis d’accord avec l’idée que la création de la nouvelle grande région suppose des améliorations substantielles entre les villes appartenant autrefois à des régions différentes (principalement Poitiers-Limoges, on vient de l’évoquer, et Bordeaux-Limoges, qui fait l’objet de réflexions approfondies de la part de la Région Nouvelle-Aquitaine). M. Delebarre reste en revanche fort peu loquace quant à l’avenir des liaisons transversales vers l’est, pourtant essentielles pour assurer le désenclavement des territoires centraux et des marges des nouvelles grandes régions. Tout juste trouve-t-on :

Je tiens d’ores et déjà à souligner l’importance qu’il y aurait pour la région Nouvelle Aquitaine à entamer des discussions avec sa voisine Auvergne-Rhône-Alpes afin de coordonner les horaires des liaisons « transfrontalières », qui permettent notamment à Aurillac d’accéder aux trains vers Paris à Brive.

Au-delà, aucun mot concret sur les moyens de parvenir à relancer les liaisons suspendues, qu’il s’agisse d’Ussel – Clermont-Ferrand ou de Limoges – Guéret – Montluçon – Lyon, alors que leur devenir est crucial pour la cohésion territoriale. À peine plus au sujet d’Angoulême – Limoges, bien malade pourtant, ou de liaisons dynamisées entre Brive et Bordeaux. Rien non plus sur l’électrification de Saint-Sulpice-Laurière – Guéret – Montluçon, promise depuis des années, et qui pourtant serait tout à fait complémentaire de la modernisation de Poitiers-Limoges. Sans doute aurait-il été pertinent de missionner une étude sur la desserte ferroviaire du grand Massif central…

En définitive…

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Passage du dernier TGV Brive-Lille en gare de Limoges (30 mai 2016). Cette liaison relancée peut constituer une solution à court terme pour limiter les effets de la relégation. (c) L. D., 2016.

Au final, si ce rapport a le mérite d’évacuer la relance de la LGV, et si je suis convaincu par l’idée de moderniser la ligne classique Poitiers-Limoges, l’idée a priori stimulante d’en faire une alternative à la liaison Paris-Orléans-Limoges, me semble à terme préjudiciable à l’avenir de la ligne POLT historique. Je suis dubitatif quand à la circulation de TGV entre Poitiers et Limoges, qui pourraient assécher POLT et donc à terme recréer les effets néfastes de la LGV Poitiers-Limoges sur la liaison classique. Nos territoires peuvent-ils se permettre un projet en demi-teinte, qui peine à choisir entre deux options séduisantes mais potentiellement réciproquement excluantes ? Ce sera aux acteurs politiques de trancher, enfin.

Je trouve en revanche que le retour des circulations TGV Brive-Limoges-Roissy-Lille est porteur d’opportunités plus intéressantes et moins concurrentes, en ce qu’il permet l’ouverture au réseau européen que l’arrivée à Paris-Montparnasse de rames TGV venant Limoges et Poitiers, certes plus rapides, ne peut assurer. Si cette liaison était effectivement déficitaire, l’absence de communication faite à son sujet n’y était sans doute pas pour rien.

Je regrette enfin que le rapport n’ait pas fait de l’amélioration de POLT le cœur de son développement, et ne s’inspire qu’à la marge des propositions faites dans le cadre du projet « THNS – Des trains pour tous » dont j’ai déjà parlé ici. Les liaisons transversales, régulièrement négligées, brillent aussi par leur absence.

Ce rapport n’a certes de vocation qu’indicative. Le plus difficile sera sans doute de créer les conditions de la construction collective d’un nouveau projet fédérateur, sérieusement financé, et de s’épargner un nouveau gaspillage monumental d’argent public comme l’a impliqué le projet LGV Poitiers-Limoges. Gâchis autant déplorable qu’imputable à l’aveuglement de certains responsables politiques qui ont cru bien faire en s’obstinant à défendre un projet bancal. La proposition à deux têtes qu’avance M. Delebarre me semble hélas préfigurer de nouveaux affrontements de vues entre des responsables politiques que l’on attend pourtant au tournant. J’espère me tromper !




> Sortie photo Wikipédia à Saint-Léonard-de-Noblat

30032017

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Vous souhaiteriez savoir comment contribuer à Wikipédia en y insérant vos propres illustrations ? Vous aimez le patrimoine ? Cet événement est fait pour vous !

Avec Nicolas Bourges, autre contributeur de l’encyclopédie en ligne, j’ai le plaisir de contribuer à l’organisation d’une sortie Wikipédia ce samedi à Saint-Léonard-de-Noblat.

Le principe :
- partez à la découverte des monuments et du secteur sauvegardé, accompagné d’un guide qui vous permet de comprendre l’histoire de la cité miaulétouse ;
- prenez en photo les monuments rencontrés ;
Et on expliquera comment illustrer les articles de Wikipédia avec les photos prises durant l’après-midi !

Rendez-vous dès 14h sur la place du Champ de Foire à Saint-Léonard. Pensez à prendre votre propre appareil !
L’inscription est obligatoire au lien suivant : http://contactwiki87.limequery.org/885926?lang=fr

Cet événement est organisé dans le cadre du Mois de la Contribution Wikipédia 2017. C’est l’occasion de prouver que le virtuel peut servir le réel, alors rejoignez-nous !




> Réfugiés : merci à France 3 Midi-Pyrénées

27102016

Réaction au communiqué de la rédaction de France 3 Midi-Pyrénées suite au torrent de commentaires haineux suscité par l’arrivée des réfugiés en France.

Merci à France 3 Midi-Pyrénées de sortir de sa réserve journalistique pour exprimer tout son dégoût vis-à-vis des messages de haine que suscite l’arrivée des réfugiés dans cette région (comme ici, cf. reportage de France 3 Limousin hier), et lancer un cri du coeur ô combien salutaire.

La désespérance des citoyens français, aussi légitime soit-elle, et si elle appelle bien entendu des réponses politiques et sociales urgentes, ne me semble aucunement pouvoir justifier les appels aux meurtre, honteux amalgames sur le terrorisme et autres vociférations complotistes. Migrer ne peut être une joie, surtout dans ces conditions, quand il s’agit de fuir une patrie aimée devenue terre de mort. Ces réfugiés sont des êtres humains, bon sang ! Rien ne saurait justifier ce déferlement d’animosité. Est-ce trop demander que de partager un peu de l’indulgence que nous accordons plus volontiers à nos concitoyens, à ces hommes et femmes qui n’ont pas eu la chance de naître en terre de paix ? Plus que jamais nous devons nous rappeler que notre dénominateur commun par excellence, par delà nos douleurs et nos frustrations, c’est notre humanité. Bien plus que par respect dune tradition d’accueil effective quoique par plusieurs fois reniée, la France doit prendre sa part dans cette opération humanitaire au nom d’une charité dont d’aucuns s’arrogent le monopole de façon souvent bien vulgaire. L’identité judéo-chrétienne de notre bon vieux pays, n’est-ce pas aussi porter l’amour et la tolérance ?
 
Puissions-nous tous trouver en cette année électorale qui s’annonce, l’intelligence collective et l’humanité (oui, toujours) de penser en tant que citoyens conscients de la fragilité de l’existence, et à même de penser nos actes en hommes et femmes de paix, intérieure et extérieure (suivez mon regard).



> Il faut sauver l’Université de Limoges !

12072016

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Capture d’écran 2016-07-12 à 13.48.44Cet article vient en réaction au communiqué de l’Université de Limoges, suite à la rupture unilatérale par le Conseil régional de Nouvelle Aquitaine du contrat qui la liait à l’institution limougeaude. C’est une menace particulièrement grave et inquiétante qui pèse sur l’avenir de l’Universitéde Limoges. En rompant de façon brutale et inattendue le contrat qui liait l’autorité régionale (ex-Limousin) à l’Université, la Région Nouvelle-Aquitaine met en péril l’existence-même d’une université autonome à Limoges.

Cette manière à peine avouée de consacrer la centralisation des fonctions de commandement dans la capitale régionale, pourtant déjà richement pourvue et s’étant taillée avec la réforme territoriale la part du lion en termes de services et directions, semble faire triste écho aux funestes propositions de France Stratégie, qui a dans son dernier rapport avoué préconiser un soutien massif aux métropoles au détriment des espaces en difficulté. Cette approche serait – selon cet organisme – la seule à même d’assurer un développement global des territoires, en misant sur les plus grandes agglomérations. Une prise de position inquiétante. Dans un contexte de mondialisation débridée, à l’heure où les discours ultra-libéraux semblent retrouver une certaine audience, ces décisions sont tout bonnement lâches et mortifères.

Lâches car elles se rangent de façon honteusement simpliste, au nom de l’idéologie du pragmatisme, derrière l’idée que les Universités sont des pôles de développement hors-sol, et qu’elles profitent avant tout à une économie des échanges dématérialisés, plus qu’aux territoires. Ce qui est faux : on a pu prouver que la déterritorialisation des flux et des politiques était une chimère et que les nouvelles technologies devaient favoriser la prise en compte et la gestion des différentiels de développement, et non les occulter. À ce sujet, les responsables politiques, au moins autant que les personnels universitaires, ont une immense responsabilité dans cette stratégie. Que répondent les élus limousins à cette décision ? Et surtout, que comptent-ils faire pour sauver l’Université de Limoges ? Les menaces ne datent pourtant pas d’hier ! On est également en droit se demander quelle est la marge de manoeuvre des personnes universitaires locaux. Il est plus que jamais de leur devoir de mobiliser l’attention des citoyens sur les conséquences catastrophiques d’une disparition programmée de l’Université de Limoges. L’institution universitaire française doit encore davantage s’ouvrir au grand public local, impérieuse condition de sa survie.

Mortifères car estimer que les Universités peuvent vivre hors-sol, est à la fois suicidaire pour ces institutions et dramatique pour les territoires qui les abritent : les Universités sont les laboratoires d’innovation des entreprises qui les entourent ! Elles sont de formidables vitrines des savoir-faire locaux à l’échelle nationale et internationale ! Elles doivent avoir des missions d’intérêt général sur les territoires proches les plus vulnérables. Et sans le soutien des responsables politiques et la mise en place par ces derniers de mesures de développement territorial efficaces, l’Université dépérit. C’est le sens des autres déclarations que l’Université a formulées en faveur du passage de Limoges Métropole en communauté urbaine, et de l’amélioration sensible de la relation ferroviaire avec Paris.

Ne privons pas nos communes, nos départements des atouts de la recherche universitaire : aucun retour en arrière ne sera possible.

Photo : Antenne centre-ville de la fac de droit, L. D., 2014.




> A choisir, une Aquitaine « grande » plus que « nouvelle »

14062016

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Et voilà qu’une pétition refusant le nom de « Nouvelle Aquitaine » pour notre grande région, rencontrerait un grand succès sur Internet. Je ne l’ai pas signée. Et pour cause : je pense que deux combats se mélangent dans cet argumentaire, et que ne pas le reconnaître serait faire preuve d’une précipitation contre-productive.

Pour autant, j’ai hésité à y ajouter mon nom, car je comprends tout à fait les revendications des signataires de la pétition, qui voient dans ce nouveau nom une validation de la velléité expansionniste de l’ancienne région administrative Aquitaine, et derrière-elle les prétentions de quelques notables bordelais désireux de faire du Limousin et de Poitou-Charentes un « arrière-pays (si possible) dynamique ». En vérité, au-delà du nom, les craintes exprimées renvoient davantage aux motivations et aux effets potentiels et profonds de cette réforme territoriale bien bancale. Pour rappel, sans concertation aucune, sans justification économique et géographique satisfaisante, le Gouvernement, en accord avec quelques barons locaux, a consacré un redécoupage hasardeux et inégal sous prétexte tacite qu’il lui faudrait bien laisser son empreinte dans les livres d’Histoire (G. Vandenbroucke lui-même a très tôt estimé que l’argument des économies de fonctionnement, initialement avancé, était fallacieux).

Les signataires de la pétition ont raison de s’interroger quant aux effets de la fusion, tant l’impréparation a conduit cette opération plus médiatique que bénéfique. Cependant, je pense qu’il est désormais grand temps de donner toutes ses chances à cette fusion des régions, et croire aux bonnes volontés apparentes des élus régionaux démocratiquement désignés en décembre dernier. Je le reconnais, c’est un brin inconfortable et moralement critiquable, mais avons-nous d’autre choix que celui d’une confiance vigilante ?

Venons-en au nom, car celui-ci n’est pas qu’un prétexte, il est un sujet en soi.

Je remarque que la pétition ne défend aucune dénomination alternative, mais je ne doute pas que derrière cette omission, plus fédératrice, se cachent certaines des propositions présentées au printemps dans le cadre du vote indicatif en ligne sur magranderegion.fr. Je pense en particulier à « Sud Ouest Atlantique », pour lequel Jean-Paul Denanot vient d’ailleurs de prendre position sur Facebook, et qui hélas me paraîtrait consacrer de façon flagrante la victoire du marketing sur l’ancrage territorial et le territoire vécu (comment nommerait-on les habitants ?). Étonnant quand on se souvient que la petite taille et le nom de notre Limousin n’ont semble-t-il jamais posé souci sur la scène européenne, comme le martelait Robert Savy et comme a dû s’en rendre compte son successeur à la présidence de région. M. Denanot ne pense-t-il pas qu’il existe des alternatives à ces deux faux bons choix ?

« Aquitaine », choix défendu par la Rencontre des historiens du Limousin, m’a paru initialement plutôt pertinent : rappelons une nouvelle fois que le terme d’ « Aquitaine » existait bien avant que la région administrative du même nom ne se le voie réservé il y a un demi-siècle, qu’il englobait le Poitou, les Charentes, le Limousin (et même jusqu’à l’Auvergne), et que ce choix allait même jusqu’à rendre justice sans le dire trop fort à Limoges, cité où furent couronnés les ducs d’Aquitaine. Cependant, je pense avoir réalisé que la pertinence historique, fut-elle scientifiquement et culturellement indéniable, ne saurait à elle-seule justifier le choix d’un toponyme contemporain et susciter l’adhésion du plus grand nombre. Nous autres, habitants du XXIe siècle, n’avons-nous pas d’ailleurs, dans ce bouleversement historique qu’est la réforme territoriale, un droit à la re-création toponymique ? C’est peut-être à tort que nous nous sentons dépossédés par cette « Aquitaine » (encore une fois, c’était ce que je disais précédemment, « Aquitaine » nous appartient à tous), mais ce sentiment, parce qu’il est légitime, ne peut-il pas justifier le choix d’un véritable nouveau nom ?

Ainsi, « Aquitaine » ne peut apparemment servir de dénominateur commun ; l’imposer serait amplifier la fronde. Je crains toutefois que « Nouvelle-Aquitaine » ne soit pas mieux.

Vous allez me dire girouette, mais j’ai dans un second temps pensé que « Nouvelle-Aquitaine » ne serait pas si mal : on nuançait l’annexion en associant l’historicité d’ « Aquitaine » à l’avenir, on voulait ouvrir une page commune aux territoires nouvellement associés. Mais voilà, le mot « Nouvelle » aura été pris pour une tentative de gommage de l’ancien, du passé, de la mémoire. Dans le contexte que nous traversons, ce serait difficile à accepter. Imposer un « nouveau » est d’ailleurs souvent douteux ; cela cache souvent un malaise, une difficulté à gérer un moment, un passage, sinon une fébrilité à transformer une promesse en réussite (ne me demandez pas pourquoi, je pense d’un coup au « Nouveau Parti Anticapitaliste »). Se dire « nouveau » ne suffit pas à engager un nouvel élan. Sans compter que cette appellation ne peut se prévaloir elle seule d’un assentiment collectif, si l’on se réfère au vote en ligne qui plaçait en tête Aquitaine aux côtés de ses dérivés, sans préférence explicite à « Nouvelle-Aquitaine ».

En outre, je m’étonne que plusieurs aient fait observer que la Nouvelle-Zélande ou la Nouvelle-Calédonie, avaient continué d’exister sous ces noms même des siècles après leur baptême. C’est juste. Mais si ces appellations sont bien entendu aujourd’hui tout à fait rentrées dans notre vocabulaire et ne souffrent a priori plus aucune contestation – qui se souvient que la Nouvelle-Calédonie doit son nom par la similitude apparente de ses paysages avec ceux de l’Ecosse ? – doit-on rappeler qu’elles ont toutes été le fruit de conquêtes ou explorations à visées coloniales ? Je ne tiens pas ici à relancer le glissant débat sur les bienfaits hypothétiques de la colonisation, mais justifier le choix de « Nouvelle Aquitaine » en invoquant ces exemples me semble au moins aussi discutable que d’en appeler au « Sud-Ouest Atlantique » au nom de la visibilité internationale. Parler de « Nouvelle Aquitaine » reviendrait à faire du Limousin et de Poitou-Charentes une découverte des explorateurs bordelais ?! On aurait cherché à prouver qu’annexion il n’y avait pas, c’eût été raté. Paf, tout est à refaire.

Pour autant, par quoi d’autre pouvons-nous remplacer l’indigeste « ALPC », heureusement provisoire, pour qualifier au mieux notre grand territoire ? Je n’ai pas de proposition miraculeuse. Cependant, ne parlons-nous pas de « grande région » depuis des mois pour qualifier ce grand territoire ? N’est-ce pas dans sa grandeur que la région saura tous nous accueillir, nous réunir ?

« Grande Aquitaine », voilà un terme qui fait de Limousin et de Poitou-Charentes les facteurs de transformation de la simple Aquitaine en une grande région solidaire et fédératrice. Sans l’un de ses trois piliers, ALPC serait vraiment « à poil », boiteuse, une sorte de « moyenne région » en somme. Alors osons affirmer cette grandeur, qui sera autant celle des plages atlantiques, des forêts limousines, des montagnes pyrénéennes, que celle de nos ambitions et de notre souci d’avancer ensemble…

« Aquitaine » n’était pas tenable.
« Nouvelle-Aquitaine » ? Bof.
« Sud-Ouest Atlantique », laissons-ça au tourisme (à la rigueur).
Je vote – non sans réserves – pour « Grande Aquitaine ».

Et comme l’a présenté de façon humoristique le site buzzfeed, le Limousin n’aura pas besoin d’exister en tant qu’appellation administrative officielle pour continuer à exister en tant que territoire culturel, social et politique ! Pour finir, voilà quatre choix emblématiques, plus ou moins symboliques, qui me semblent essentiels pour concrétiser cet espoir et dissiper les malentendus :

  • nommer une grande rue de Limoges « avenue du Limousin » ;
  • exiger jusqu’au bout que la DRAF soit bien installée à Limoges ;
  • engager une véritable réflexion sur la modernisation d’un triangle ferroviaire Bordeaux-Limoges-Poitiers ;
  • préparer un projet d’extension du Parc naturel régional Périgord-Limousin au département voisin de la Charente, pour que le point d’intersection des trois anciennes régions passe du statut de pôle d’inaccessibilité à celui de point de convergence (j’y reviendrai).

« Grande Aquitaine », un terme qui chiffonnera peut-être les historiens, mais qui me semble à ce jour le plus à même de concilier nos mémoires contrariées et nos consciences échaudées.

Crédit photo : captures Google Street View, panneaux d’entrée des régions Aquitaine (sur l’A89 en venant de Brive), Limousin (sur la RN 141 en venant d’Angoulême) et Poitou-Charentes (sur l’A83 en venant de Nantes).




> Revue littéraire : Régions à la découpe, de P. Orcier

16032016

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À la toute fin 2015, alors que l’on s’apprêtait à élire les premiers élus de nos régions redécoupées, paraissait un petit ouvrage original, Régions à la découpe. Ce livre signé Pascal Orcier, est en fait un atlas – et c’est en ce sens qu’il est très accessible –, riche de très nombreuses cartes présentant les innombrables découpages que notre pays a subi ou aurait pu subir.

Venu ponctuer près de deux années de débats houleux sur le découpage des nouvelles régions, son bien fondé et ses effets supposés, ce petit opuscule ne cherche toutefois pas spécialement à montrer en quoi la dernière réforme territoriale aurait pu s’organiser autrement (l’auteur ose tout juste présenter une proposition alternative en fin d’ouvrage).

Il s’agit en vérité de la relativiser en la replaçant dans un contexte historique de dizaines de découpages successifs, non sans un brin de sentimentalisme il est vrai, avec ces belles cartes colorées qui rappellent les tableaux d’école. Il s’agit aussi de comparer cette dernière réforme aux découpages imaginés par des acteurs plus discrets mais tout autant prégnants dans notre quotidien, comme les chercheurs mais aussi les entreprises. Si ce n’est pas une belle preuve de l’invalidité de la théorie un temps consacrée des ultra-libéraux qui pensaient que la mondialisation signerait la fin des territoires ! Car dans les faits, l’homme spatial (coucou Lussault) ne peut s’empêcher de découper et recouper son environnement duquel il entend extraire la légitimité de son pouvoir, et sur lequel il doit structurer sa présence pour optimiser son action. N’est-on pas l’élu d’un groupe, donc d’une circonscription, d’une entité, avant d’être un représentant légitime de la République ? Un commercial ne cherche-t-il pas à rationaliser l’écoulement de sa production sur une aire de chalandise adaptée à ses moyens ? Un écologue peut-il vraiment prétendre gérer des milliers de kilomètres carrés d’espaces naturels sans se passer d’un découpage qui bornera l’aire d’autorité de son expertise vis-à-vis de son homologue et voisin ? Les législations, les autorités, les finances s’appuient bien sur des cadres délimités.

Le livre se « découpe » en quatre parties. La première, conventionnelle, est consacrée à la construction de notre territoire national. On apprendra sans doute peu de choses, mais on prendra conscience que le Limousin était déjà Aquitain du temps des Gaulois, et on ne se lassera pas de la carte des 130 départements français du Premier Empire, où Rome, Hambourg, Amsterdam et Barcelone étaient comme Limoges, Tulle ou Guéret, des préfectures de départements. La deuxième fait non sans nostalgie la part belle à nos aires culturelles (langue, gastronomie, architecture, éducation, politique). La troisième, cœur du propos, passe en détail tous les découpages délibérés et institutionnels. Outre les découpages administratifs de base, on en connaît un certain nombre : au détour des panneaux, des courriers officiels et des attentes téléphoniques, on a dû déjà se rendre compte que l’on donnait son sang en Aquitaine-Limousin, que nos finances publiques étaient vérifiées en Centre-Limousin, que notre compte Caisse d’Epargne était Auvergnat-Limousin. La dernière, celle des utopies, évoque certaines idées jamais concrétisées, des projets révolutionnaires au rapport Balladur, nous apprenant par exemple que le géographe Jean-Marie Miossec rêvait pas plus tard qu’en 2008 d’un projet intéressant de redécoupage égalitariste des régions mais aussi des départements, qui aurait rattaché la Charente limousine, le Lot et la Dordogne au Limousin (tiens tiens, j’avais presque esquissé l’idée il y a sept ans).

Si les petits commentaires de l’auteur, en bas de chaque carte, éclairent le contexte et les raisons de tel ou tel découpage, un petit regret, du moins se plait-on à en rêver : on serait tout de même bien content d’avoir à côté de chaque carte le témoignage du responsable du découpage en question venant justifier et défendre son bricolage ! Ici la direction de Système U qui rapproche la Haute-Vienne du grand Sud, là celle de Casino qui nous place en Vallée du Rhône, ou bien les éditeurs du guide Michelin qui nous ont toujours unis au Berry. Entre projections économistes, nostalgiques et visionnaires, peut-être comprendrait-on davantage quelles sont les valeurs, les idéologies et les représentations qui, au-delà de la chimère du « rationnel » et de l’ « objectif », rabâchée à longueur d’interviews télévisées, animent nos décideurs.

On apprendra enfin que, concernant notre nouvelle grande région, quelques-uns semblent en avoir anticipé les contours : les autorités de la IVe République avec leurs régions économiques de 1948, l’administration pénitentiaire et les éditions Hachette, qui sont les trois acteurs présentés dans l’ouvrage dont le découpage prenait déjà la forme de la région ALPC !

Régions à la découpe intéressera tous ceux que le grand cirque de la dernière réforme territoriale a passionné, mais aussi tous ceux qui aiment se poser des questions sur la justification de telle ou telle limite. Y apporter des réponses, voire, mais puisse cet ouvrage au moins contribuer à entretenir notre curiosité collective, et placer un peu de géographie entre les mains de chacun.

Photo : L.D., 2016

Régions à la découpe, de Pascal Orcier, Atlande, 143 pages (19 €)
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