> Régionales : des limites du scrutin à deux tours ?

10122015

brgionales1.png

francoise-coutant-et-alain-rousset_3433038_800x400

Une fois les larmes et cotillons du premier tour ramassés, on ne parle que de ça : les tractations du second tour. Ou l’enjeu des bonnes places sur la bonne liste et des ubuesques cumuls mathématiques de voix. Avec leur lot d’alliances contre-productives, de désistements et stratégies guerrières anti-démocratiques et irrespectueuses de l’électeur. Une vraie fatalité.

L’avantage supposé de ce mode de scrutin à deux tours est de favoriser la mise en place de réelles majorités plurielles à même de proposer des programmes de gestion dans la durée – c’est le sens de la mise en place de ce système. Ce processus en deux temps a aussi le mérite de mobiliser l’attention sur deux scrutins en un, donc de potentiellement stimuler une participation civique déjà atone. Mis en place pour les élections régionales de 2004, le système à deux tours a été décidé après le choc des élections de 1998, qui, vote proportionnel intégral oblige, avaient vu de faibles majorités se dessiner et plusieurs présidents sortants de l’UDF négocier le soutien des élus FN pour maintenir leur présence à la tête des exécutifs. De ce séisme politique avait donc découlé la volonté de préserver la stabilité des assemblées régionales et de pérenniser les politiques menées.

Quand l’entre-deux-tours devient une caricature de démocratie…

Mais ce système est pervers : voter deux fois en huit jours peut également constituer un facteur de découragement et de désintérêt pour des citoyens déjà tristement peu motivés par l’enjeu, on l’a vu. Surtout, le faible laps de temps entre le premier tour et le dépôt des listes pour le second tour (48h) force des négociations hâtives, dont la dramaturgie est accentuée par l’emballement médiatique que l’on sait. Ceci contribuant à faire de ce qui devrait être un temps de réflexion une véritable course contre-la-montre à l’effet moralement discutable et de laquelle sont logiquement évacués les véritables enjeux et propositions de fond. On l’entend souvent dans les médias, une fois le premier tour expédié, « commence un autre scrutin ». Cela sous-entend que l’on va enfin passer aux choses sérieuses, ranger les seconds couteaux pour enfin voir s’affronter les duellistes professionnels. Dans les faits, du vent, de l’image forte et malheureusement peu de débats de fond. Comment ne pas comprendre le désarroi de l’électeur devant ce qui figure la caricature de la réflexion politique, alors qu’elle devrait en être l’essence ? L’émulation politique escomptée est difficile à trouver.

Dans ce climat de tension et de réactions exacerbées, les psychodrames et engagements sans lendemain sont légion : sans s’épancher davantage sur le cas d’école Masseret dans le Grand Est, plus localement on se souvient encore aux régionales de 2010 de l’échec en Limousin de la fusion entre les listes Denanot et Terre de gauche, en raison d’un désaccord irréconciliable de positionnement de candidats du NPA sur la liste départementale du second tour en Haute-Vienne. Du côté des socialistes, on avait attribué cet arrêt des négociations au refus de l’engagement à soutenir le budget régional. Mais le problème était bien ailleurs. Était-ce le moment d’engager de telles discussions ? Quelque chose de bénéfique aurait-il réellement pu aboutir sur un coin de table en quelques heures ? La divergence des positions constatée tout au long de la mandature laisse penser que cette alliance aurait été de toute façon vouée à l’échec. Ailleurs, on a souvenir aux municipales de 2014 à Limoges du désastreux accord entre la liste Terre de gauche de Gilbert Bernard et la liste du maire sortant Alain Rodet. Ce dernier, acculé par le succès au premier tour des listes contestataires d’Emile-Roger Lombertie et de Vincent Gérard, avait accepté sans trop de conviction le principe de la gratuité des transports publics, défendu par le Front de gauche, sans plus le défendre une fois l’élection passée. On avait compris que les différends ne pourraient se régler artificiellement dans la précipitation et que là aussi l’enjeu était ailleurs, dans le fond des propositions. Bien entendu, loin de nous l’idée d’attribuer à un mode de scrutin tous les déboires de notre système démocratique et de l’inadaptation notoire des partis politiques à la réalité de notre société, mais ce scrutin théâtral ne me paraît pouvoir contribuer en pas grand chose à la revalorisation de nos débats d’idées.

De la fragilité des fusions efficaces

La perspective d’un second tour semble hélas cristalliser l’intérêt des états-majors autour de celui-ci, et écrase les petits partis cantonnés au premier tour, qui d’entrée de jeu se voient assigner un rôle de pittoresque mais inutile figurant. Ceux qui par bonheur ont passé les 5 % vont pouvoir se compromettre, se contorsionner, dans le meilleur des cas instiller dans le programme du « fusionneur » quelques idées portées avec courage au premier tour et qui auront hélas trop souvent valeur de caution morale pour la liste majoritaire.

Les fusions sont effectivement parfois peu efficaces. Si l’on ne doute pas du travail des élus écologistes au sein de la majorité du Conseil régional du Limousin ces cinq dernières années, on peine à citer des exemples de leur valeur ajoutée durant la mandature. Il faut dire que le soutien continu des socialistes au projet de LGV, l’inaudibilité des positions écologistes sur la réforme territoriale et la pugnacité parallèle de l’opposition de gauche de Limousin Terre de gauche ont davantage marqué les esprits et mis en doute la pertinence d’une fusion entre PS et écologistes au soir du premier tour des régionales de 2010. Dans un autre registre, si la fusion entre la liste Lombertie et la liste Coinaud en 2014 a permis la victoire de l’opposition et qu’elle ne semble souffrir d’aucune contestation ouverte et officielle à ce jour, on se souvient qu’elle s’est faite dans la précipitation la plus totale, M. Lombertie reprenant in extenso, sans nuances et non sans électoralisme le programme de Pierre Coinaud. Dès lors, l’UMP semblait avoir acheté six ans de silence et d’acceptation tacite des projets officiels des élus UDI-MoDem, d’autant plus lourds à assumer pour les centristes que Limoges Métropole, promise à M. Coinaud, est restée à gauche, et que les rares adjoints qui semblent véritablement avoir l’oreille du maire sont tous ex-UMP et sont à l’origine des positions très droitières de la municipalité. Pour la sincérité et la valeur ajoutée de l’alliance, on repassera…

 

Le tour unique, un remède à la défiance politique ?

triangulaire.png

Souvenirs…

De ces constats émane l’idée que revenir au scrutin proportionnel à un tour peut incarner une partie de la solution à la défiance. Plus de second tour, plus de cirque de l’entre-deux-tours, plus d’ « appels à voter » grandiloquents. On se concentre sur l’essentiel et l’on s’efforce de proposer son projet global dès le début, sans stratégies de divulgation mal intentionnées. On s’épargne également ce phénomène de « tractations » tellement obscur aux yeux des citoyens – à juste titre, et qui caricature terriblement le débat public et jette un doute coupable sur la sincérité de l’engagement des fusionnés du second tour – c’est le cas par exemple des listes du rassemblement citoyen écolo-Parti de gauche en Rhône-Alpes–Auvergne, dont le ralliement au PS Jean-Jack Queyranne a été vertement critiqué par certaines figures de la gauche radicale. Mais renoncer à la fusion signifiait une absence du futur conseil.

Justement, un des maux de la démocratie française est la difficulté pour les petits partis d’être représentés dans les instances de gouvernement. Revenir à un tour unique de scrutin éviterait l’éviction des conseils régionaux de listes pourtant représentatives. Si maintenir la barre des 5% à l’échelle régionale comme seuil minimal d’entrée au Conseil me semble justifié*, l’éviction des assemblées des listes ayant dépassé ces 5% mais n’ayant pas pu ou pas souhaité fusionner au second tour et donc assurer leur présence me semble constituer une anomalie démocratique. Les électeurs qui se sont prononcés pour une liste donnée au premier tour, fut-elle inconciliable avec une autre au second tour, ont tout autant que les autres et sans conditions un droit à la représentation. Lors de ce scrutin, plusieurs listes créditées de plus de 5% ont pour diverses raisons signé leur absence du Conseil régional en renonçant à toute fusion. C’est notamment le cas des listes de Debout la France en Île-de-France où Nicolas Dupont-Aignan était tête de liste (6,6 %) et Bourgogne–Franche-Comté (5,2 %), ou en Bretagne de la liste régionaliste de Christian Troadec (6,7 %) et de la liste écologiste de René Louail (6,7 %), le cas des désistements socialistes en PACA et Nord–Picardie relevant d’un phénomène très spécifique. L’idée étant de ne pas nuire à la constitution de majorités solides, la solution de la prime majoritaire à la liste arrivée en tête serait maintenue. Mais de cette plus juste façon de mener le combat politique peut naître une meilleure considération de ce qu’est l’engagement électoral.

Espérons que cette année, l’alliance entre la liste d’Alain Rousset et celle de Françoise Coutant (EELV), conditionnée à une stratégie d’évitement ambigu au sujet de la LGV (on ne la finance pas, du moins pas avec le budget de la Région, ndla), pourtant encore promise par le candidat socialiste, ne se transforme pas en fardeau pour des écologistes sans doute de bonne foi mais tellement inaudibles ces dernières années. Souhaitons leur bon courage et tout le succès possible. Il en va de la crédibilité du programme promis. Pour cela, il faudra que chacun fasse preuve de responsabilité, d’humilité et de pédagogie à l’égard des citoyens qu’il entend représenter et des défis qu’il doit relever dans le sens de l’intérêt général. Car au final, bien plus que d’une réforme du scrutin, c’est bien d’une réforme morale et politique dont les citoyens sont demandeurs.

* Certes le Front de gauche en région ALPC a dépassé les 5 % dans cinq des 12 départements (les trois du Limousin ainsi que la Dordogne et les Landes) et pourrait logiquement prétendre dans ces derniers à une représentation élue… mais nous sommes bien dans un scrutin régional ! On peut rétorquer qu’à l’échelle du seul Limousin, leur entrée au Conseil régional aurait été garantie, mais ceci est un autre débat… qui hélas n’a pas été mené démocratiquement, convenons-en.

Photo : F. Cottereau, Sud Ouest.




> Régionales : petit guide à l’usage de l’électeur indécis

4122015

brgionales1.png

Capture d’écran 2015-12-04 à 08.18.27Dans trois jours, nous sommes appelés aux urnes pour désigner la toute première mandature de la nouvelle « grande région », Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes. Que ce soit par manque d’intérêt, de temps ou de curiosité, on n’a pas toujours pris la peine de consulter en détail les professions de foi des candidats. Il faut dire que nombre d’entre-elles ne se suffisent à elles-mêmes (c’est par exemple le cas de celle d’Alain Rousset) et qu’il est parfois bon d’aller un peu plus loin, sur internet, pour savoir ce que le ventre de chaque liste (espérons-le pas trop mou) recèle en termes de propositions.

J’ai donc choisi de vous proposer ce tout petit guide qui doit vous permettre d’aiguiller vos choix, du moins de les éclairer, à la lumière des positions prises par l’ensemble des dix listes en présence sur 4 dossiers ou thématiques me paraissant essentiels pour notre région. On verra que ce n’est pas forcément l’avis des candidats en question. Ces thématiques sont :

  • La sollicitation des citoyens dans les prises de décision ;
  • La LGV Poitiers-Limoges ;
  • La politique de préservation et valorisation des espaces naturels ;
  • La politique culturelle.

Rappelons que les professions de foi sont désormais proposées par le Ministère de l’Intérieur en ligne. Regrettons comme le fait Nouvelle Donne sur son site, que ce dispositif ne soit pas davantage porté à la connaissance du grand public…

Avant toute chose, un rappel des forces en présence : 6 listes à gauche, 3 à droite, et une liste d’extrême-droite.

  • Joseph Boussion et Marie Bové (fille de, et ancienne candidate à la candidature EELV) conduisent la liste de la Vague citoyenne, marquée écolo de gauche.
  • Virginie Calmels, 1e adjointe au maire de Bordeaux, conduit une large liste d’union Républicains (ex-UMP), UDI et MoDem.
  • Jacques Colombier est la tête de liste FN-Rassemblement bleu marine.
  • Françoise Coutant, vice-présidente sortante en Poitou-Charentes et déjà candidate écologiste en 2010, porte les couleurs d’EELV.
  • Olivier Dartigolles, élu PCF à Pau, est la tête de liste Front de gauche (PCF, PG, Ensemble)
  • William Douet conduit une liste de l’Union populaire républicaine, mouvement souverainiste et eurosceptique.
  • Guillaume Perchet conduit la liste Lutte ouvrière.
  • Nicolas Pereira est la tête de liste Nouvelle Donne (bien qu’il ne soit que 11e sur la liste départementale de Gironde, preuve que ce parti ne cherche pas à obtenir des élus…)
  • Alain Rousset, président sortant de la région Aquitaine, brigue sa propre succession à la tête d’une liste PS-PRG comprenant notamment ses homologues de Poitou-Charentes (Jean-François Macaire) et du Limousin (Gérard Vandenbroucke).
  • Yvon Setze, enfin, pilote une liste Debout la France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan.

 

  1. Sollicitation des citoyens dans les prises de décision

C’est une revendication majeure de nombre des mouvements politiques créés ces dernières années, notamment autour de l’échéance des élections européennes de 2014 (Nous Citoyens – absent de ce scrutin dans notre région – et Nouvelle Donne pour citer les principaux) : faire de la politique autrement, pour répondre à la défiance croissante à l’égard du fonctionnement des institutions et du personnel politique actuel. Dans la foulée, de nombreuses déclinaisons locales plus ou moins teintées politiquement s’efforcent de relayer ce message et de le traduire en actes concrets. Le refus du cumul de mandats, la nécessaire association du grand public à la prise des décisions, peuvent résonner dans une grande région comme la nôtre, où la perte de proximité est une crainte légitime. Il est donc assez compréhensible de davantage retrouver ces propositions novatrices dans le programme des « petits » partis qui ont bien souvent critiqué la réforme territoriale.

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
*** « Les citoyens pourront débattre des grands travaux et de tout ce qui peut affecter l’environnement et leur vie quotidienne via les Initiatives Citoyennes Régionales », sortent d’interpellations publiques collectives sur les compétences de la région, à préciser toutefois. Engagement aussi pour un référendum citoyen sur le nom de la région et pour des budgets participatifs. Les élus s’engagent également à être transparents (attention au double sens, tout de même !), à refuser le cumul et à soutenir les passages en régie publique de l’eau et de l’énergie. Sans oublier un audit partiellement citoyen de la dette régionale et une protection des lanceurs d’alertes au Conseil régional. 4 piliers sur 10 consacrés à la thématique, en plus d’une charte éthique : pas mal !
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
* Exception faite de l’engagement déjà louable au non-cumul, V. Calmels ne propose pas de mesure sur le sujet.
Jacques COLOMBIER
FN
* Si le FN s’insurge contre les « barons contaminés par la folie des grandeurs », aucune autre proposition concrète et salutaire sur ce qui feront de ses élus des élus responsables et ouverts.
Françoise COUTANT
EELV
*** Le dernier des 15 piliers du pacte de Françoise Coutant concerne la mise en place de « mécanismes de participation directe pour les citoyens » et la garantie d’un « débat public sur tout projet structurant avec notamment l’instauration de conseils citoyens décentralisés et d’un droit à l’interpellation », notamment via des « délégués territoriaux à la participation citoyenne » où l’expertise d’usage sera le maître-mot. Alléchant mais sans doute difficile à mettre en place… Sur le programme complet, d’autres idées : une réunion publique annuelle où les élus rendent leurs comptes, le recours massif à l’open data et la protection des lanceurs d’alertes.
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
** O. Dartigolles souligne combien la réforme territoriale semble mettre à mal la proximité et l’équité territoriale. Le 11e engagement de la liste promet de redonner aux citoyens « les moyens de contrôle, d’expertise et d’interpellation de l’assemblée régionale ». Bien, mais on aimerait savoir comment.
William DOUET
UPR
** La liste avance le référendum local d’initiative populaire et l’organisation régulière de référendums sur les projets d’aménagement et les mesures anti-pollution. Elle rêve aussi d’une gestion « transparente et économe » et espère pouvoir « moraliser la vie politique locale ». Rien que ça !
Guillaume PERCHET
LO
  Aucune proposition concrète.
Nicolas PEREIRA
ND
*** La méthode politique est au cœur du programme de Nouvelle Donne, et constitue un des trois axes de la campagne régionale. La rémunération des élus conditionnée à leur présence, l’interdiction du cumul et la création de jurys citoyens tirés au sort « co-décisionnaires » de certains grands projets sont avancées par la liste de N. Pereira, dans l’esprit de la charte Anticor. Autre idée iconoclaste : la consultation des citoyens par les élus avant de s’engager pour les élections sénatoriales.
Alain ROUSSET
PS-PRG
** La liste Rousset s’engage sur douze « + » : + de culture, + de formation, + de proximité… mais à première vue, pas de démocratie. En dépit d’une timide revendication d’ouverture à la société civile, c’est plutôt sur le programme complet qu’il faut aller trouver quelques propositions volontaristes : une assemblée consultative de citoyens, un observatoire de la transparence de la fusion régionale et un conseil régional des jeunes (seule liste à reprendre cette initiative portée par la région Limousin depuis dix ans).
Yvon SETZE
DLF
** Payer les élus en fonction de leur présence et de leur travail et diminuer le budget communication, suspendre tout mis en examen, exclure tout condamné. Si les deux premières sont sans doute un peu démagogiques, les deux suivantes devraient convaincre. Des positions attendues de la part d’un parti se voulant « anti système » qui clame haut et fort l’ancrage « société civile » de ses candidats.

 

  1. LGV Poitiers-Limoges

Il est devenu le serpent de mer régional. Lancé dans l’optimisme et la relative concorde par un débat public en 2006, le projet de LGV a pris du plomb dans l’aile à la mesure que les avis négatifs des responsables politiques (région Poitou-Charentes en 2011, élus socialistes creusois en 2013) et des divers commissions et organismes se sont succédés. Depuis 2012, de nombreux freins ont ainsi été formulés : commission Duron, rapport de la Cour des Comptes, désaveu de la FNAUT et du Conseil d’Etat, refus de financement européen, dans un contexte de scepticisme croissant concernant la rentabilité du projet-mère, la LGV Tours-Bordeaux. L’adoption de la Déclaration d’utilité publique au début de l’année 2015 avait constitué une petite surprise, mais avait été mise sur le compte d’un « fait du prince » qui en soi ne pourrait apporter les garanties d’un financement très loin d’être bouclé. Fardeau financier en puissance, la LGV est forcément dans les débats, mais de façon beaucoup plus taboue qu’en 2010, d’autant que le changement d’échelle de la région semble occasionner un bouleversement de l’ordre des priorités .

Dans la campagne, ce sont donc globalement les clivages habituels sur le sujet qui transparaissent :

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
? La liste exprime vivement son refus des projets de LGV, pour des raisons financières évidentes, mais omet de citer celle de Poitiers-Limoges…
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
Oui mais Se voulant sans doute « pragmatique » mais ce faisant exprimant une position plutôt opportuniste si l’on consulte les avis de ses camarades de l’ex-UMP, la candidate de la droite et du centre exprime son vif scepticisme quant à l’avenir des projets de LGV, notamment la Bordeaux-Toulouse. Et si elle soutient la LGV Poitiers-Limoges, c’est du bout des lèvres, au nom de l’intérêt strictement limousin, en reconnaissant que son financement sera compliqué (« La LGV Poitiers-Limoges a elle aussi obtenu une déclaration d’utilité publique, mais je crains que ce projet ne voit jamais le jour », disait-elle en septembre). Un positionnement ambigu difficile à assumer : aucune mention aux LGV dans la profession de foi, alors que le soutien aux projets routiers est évident…
Jacques COLOMBIER
FN
Non Autrefois favorable au projet (il le soutenait officiellement en 2010), le Front national estime désormais officieusement qu’il n’est plus tenable financièrement mais ne l’a pas inscrit dans son programme. Il préconise l’amélioration du réseau existant pour y faire circuler des trains à 200 km/h – qui des moyens ?
Françoise COUTANT
EELV
Non Très explicite, la tête de liste EELV réaffirme la position des écologistes depuis le début du projet, à savoir sa vive opposition à un projet présenté comme non rentable, inéquitable et ne pouvant se concilier à la défense des transports du quotidien (TER et ligne POLT).
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
Non S’insurgeant de façon peut-être un peu grandiloquente contre la métropolisation et la concurrence, la liste Front de gauche ne mentionne pas la LGV dans sa profession de foi, mais l’on sait son engagement contre ce type de projets, qu’il a rappelé à plusieurs reprises en meeting et dans la presse.
William DOUET
UPR
? Aucune mention à la LGV.
Guillaume PERCHET
LO
? Comme à son habitude, la liste Lutte Ouvrière esquive le débat et renonce à prendre position sur les sujets concrets qui intéressent les électeurs (« Je ne vous suivrai pas dans votre invitation à décliner régionalement la manière dont  la bourgeoisie veut faire payer la crise de son économie », clame-t-il dans une réponse au questionnaire de l’association Transport Développement Intermodalité Environnement – TDIE).
Nicolas PEREIRA
ND
? Aucune mention à la LGV, mais certains colistiers ont exprimé leur opposition au financement de tels projets.
Alain ROUSSET
PS-PRG
Oui mais Alain Rousset rassemble sur sa liste des militants socialistes de tous les départements ; or, l’on sait que le PS est sans doute le parti le plus divisé sur la question. En Creuse ou dans la Vienne, ils sont globalement opposés, alors qu’ils sont nettement plus favorables en Haute-Vienne et Corrèze. Les autres départements s’en moquant très certainement, même si l’opposition aux nouvelles lignes est affirmée par plusieurs socialistes girondins comme le député Savary. Alors que tous les signaux sont au rouge concernant les projets régionaux (Tours-Bordeaux décriée pour son partenariat public-privé, Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax pour leur coût faramineux) on comprend que la LGV ne soit pas un argument de choc du programme du président sortant. Dans sa longue réponse – 18 pages – au questionnaire de TDIE, le candidat Rousset ne l’évoque jamais ! L’anticipation d’un échec annoncé ?
Yvon SETZE
DLF
? Aucune mention à la LGV, mais il a exprimé son opposition lors d’un débat télévisé à Bordeaux.

 

  1. Politique de préservation et valorisation des espaces naturels

N’en déplaise aux défenseurs de la COP21, l’environnement reste, avec la politique culturelle, pourtant essentielle, le parent pauvre des débats politiques. Dans les médias, à peine mobilise-t-on l’argument de la première région agricole de France, de son potentiel forestier, et de son double et prometteur appui sur une façade maritime et deux massifs montagneux. Riche d’un parc national (Pyrénées), de 2 parcs naturels marins (Gironde-Charente, Bassin d’Arcachon), de 4 parcs naturels régionaux (Marais Poitevin, Landes de Gascogne, Périgord-Limousin, Millevaches) et de 30 réserves naturelles, la grande région est également spécifique par la diversité importante de ses paysages et milieux naturels. Quid des propositions des candidats en matière de valorisation de ce patrimoine et de protection de la biodiversité ?

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
** Tourisme durable, aide à l’installation agricole, soutien à l’agriculture responsable : des positions volontaires quoique relativement symboliques. L’opposition formelle aux fermes-usines est avancée, mais rien de très concret sur les espaces naturels en tant que tels.
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
* « Organiser un partage harmonieux des espaces naturels » entre chasseurs, pêcheurs et agriculteurs. Est-ce là une évocation de l’écologie réaliste et « non-punitive » prônée habituellement par la droite ? Et quid des autres usagers (touristes, riverains…) ?
Jacques COLOMBIER
FN
  Grand absent du programme du FN. « Manger français », au-delà de la démagogie qui conduit une telle proposition, n’est pas un gage de circuit court et de soutien aux filières agricoles les plus respectueuses de l’environnement local…
Françoise COUTANT
EELV
*** De très nombreuses propositions sur le sujet. La liste propose de mettre en place un Schéma régional de cohérence écologique qui traduira en actes à l’échelle de la grande région la protection de la biodiversité via les trames bleue et verte. Au programme, de nouvelles réserves naturelles et un soutien accru aux parcs naturels régionaux existants et en projet : des outils dont on connaît l’intérêt éducatif, scientifique, culturel et même économique, en plus de leur richesse écologique. Un grand plan d’éducation à l’environnement complète ce dispositif assez riche.
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
* Le soutien aux circuits courts et à l’agriculture paysanne sous-tendent la politique environnementale que la liste mettrait en place.
William DOUET
UPR
* Une proposition concrète : le subventionnement des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). La lutte contre les pollutions est aussi au programme, mais de façon évasive.
Guillaume PERCHET
LO
  Rien là non plus.
Nicolas PEREIRA
ND
* Economies d’énergie dans la construction et l’entretien du bâti et circuits courts sont au cœur du programme de Nouvelle Donne, mais les espaces naturels ne sont pas évoqués.
Alain ROUSSET
PS-PRG
* 20% de bio dans les lycées, une qualité de vie et un « environnement à préserver », une puissance « forestière », et la promesse de 20 000 emplois dans l’environnement : là encore, on aimerait en savoir davantage…
Yvon SETZE
DLF
* « Mise en valeur des atouts et spécificités de notre littoral et de nos campagnes ». Cela sent bon le patrimoine régional, mais pas de mesures concrètes et aucune allusion à la durabilité et à la transversalité des politiques. Tout de même une mention au soutien aux circuits courts, décidément rare position quasi-unanime dans cette campagne.

 

  1. Politique culturelle

Oser un programme culturel peut se réaliser de différentes manières : à longueur de journée, les candidats parlent de défendre la culture, dans une posture souvent assez protectrice et archaïque, mais la culture c’est aussi un investissement, un projet positif, un soutien et un encouragement à la création, au transfert de compétences, à l’éducation… La politique culturelle, peut-être encore davantage que l’environnement en ces temps de crises qui poussent à des hiérarchisations malheureuses, est oubliée ou négligée dans nombre de programmes.

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
** « La culture c’est la vie », proclame haut et fort la liste. En détail, une formule choc et une opposition « au béton des grands temples métropolitains » (on aimerait comprendre : s’agit-il de bloquer les projets de grandes salles pourtant rarement financés par les régions ?). La création d’un service public des arts et de la culture (quelle relation aux FRAC ?) et un soutien aux intermittents du spectacles sont avancés.
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
* Signe à mon avis pas anodin : la culture n’est même pas mentionnée dans les « autres piliers économiques » de la région à développer. C’est une acception identitaire de la culture que V. Calmels évoque : la « défense » de la culture est son 10e engagement (« soutenir la culture », d’accord mais qu’est-ce donc ? La création ? Les musées ?…). L’accès aux langues régionales est évoqué sans être développé, alors qu’il existe plusieurs moyens d’y parvenir…
Jacques COLOMBIER
FN
  Le FN a fait parler de lui en adressant une lettre aux artistes en Nord-Picardie. Ne soyons pas dupes, le parti de M. Le Pen propose une vision de la culture relativement étriquée et idéologique, même si la démocratisation de l’accès à la culture et de la pratique culturelle est un débat essentiel.
Françoise COUTANT
EELV
** Entre autres propositions relativement incantatoires (soutenir les ateliers d’artistes et leur ouverture au public, soutien aux emplois culturels dans les lycées), d’autres idées plus concrètes : un fonds d’aide à la création, un Pass cultures jeunes, et l’inscription de la grande région dans l’Office public de la langue occitane.
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
  La culture ne fait partie d’aucun des 12 engagements de la liste du Front de gauche. Etonnant.
William DOUET
UPR
* « Développer les activités périscolaires de découverte du patrimoine historique » : cette proposition étonnante ne surprend pas si l’on prend conscience de la proximité idéologique de la liste avec celle de DLF. Une position intéressante dans sa dimension éducative, mais qui ne paraît se suffire à elle-même… La culture, ce n’est pas que les belles pierres, non ?
Guillaume PERCHET
LO
  Toujours rien…
Nicolas PEREIRA
ND
* ND propose un « soutien aux scènes locales et à la diversité culturelle » pour éviter les déserts culturels dans la grande région.
Alain ROUSSET
PS-PRG
** « + de culture », d’accord, mais dans les faits ? La liste d’A. Rousset promet de maintenir le soutien budgétaire de la région à ce secteur et de créer une Conférence Territoriale Culture (qu’est-ce ?) et s’engage sans s’étendre sur « 100 000 parcours d’émancipation culturelle » pour les jeunes de la région. Un engagement novateur : le soutien aux langues régionales (basque et occitan). Et un coup de pouce appréciable à la création via un Fonds Créatif Territorial. Mais tout cela manque de vulgarisation…
Yvon SETZE
DLF
* Une silhouette d’église dans le programme : c’est également une vision localiste, patrimoniale et matérielle de la culture qui est promue à DLF. Pas de mesures concrètes.

 

En commentaire final, quelques remarques :

  • Le regret qu’à gauche du PS, quatre listes idéologiquement proches ou du moins conciliables se présentent chacune indépendamment…
  • Un ras-le-bol à l’égard du programme FN, basique « copier-coller » d’un manifeste national…
  • Déception concernant le programme PS, dont les propositions sont distillées à l’économie.
  • On remarquera que la liste Front de gauche fait grande place au Limousin : Laurence Pache et Stéphane Lajaumont, tous deux élus sortants respectivement en Creuse et Haute-Vienne, sont présentés comme les deux principaux colistiers d’Olivier Dartigolles. Un moyen de compenser l’ancrage très austral de la tête de liste, élu palois ?
  • Et une interrogation persistante à l’égard de l’UPR et de ses 9 000 supposés adhérents…

Décidez bien ! ;-)




> Et si finalement, nous étions Aquitains ?

23092015

blim.bmp

Capture d’écran 2015-09-23 à 17.24.14Après le découpage, et la répartition des compétences et leur organisation entre les différentes villes, la détermination du nom de la future (et désormais proche) grande région répondant encore au nom d’Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes peut paraître un passage avant tout symbolique. J’en ai déjà un peu parlé, il se trouve que les symboles sont le reflet des intentions, et par la même occasion porteurs de nombreux autres effets éventuels. La plupart du temps, les noms des lieux décidés à l’époque contemporaine découlent des projections des acteurs qui les dirigent (valoriser le patrimoine, donner une image supposément positive, honorer une tradition ou une personnalité, etc.), et doivent matérialiser une conception du territoire qualifié (productif, attractif, touristique, solidaire…).

C’est à ce titre que les débats concernant le nom de notre nouvelle région vont forcément animer les échanges politiques : qu’on se le dise, le nom, parce qu’il définit et localise, suppose aussi des images, donc des rêves. Il se murmure que les limousins et picto-charentais pousseraient pour « Sud Ouest Atlantique », quand les aquitains se verraient bien garder leur nom. Les premiers ont à gagner en visibilité, passant sous silence par la même occasion, via un recours à la géographie naturelle, une part d’identité du grand voisin soupçonné de vouloir les phagocyter. Dans cette réflexion interviennent l’économie et les intérêts politiques, mais aussi la culture, les identités personnelle et collective… Le tout posant la question suivante : qu’est-ce qui doit déterminer le futur nom ?

La Rencontre des Historiens du Limousin a pris position et développe un argumentaire que l’on peut résumer à : « nous ne devenons pas Aquitains, nous le sommes », ou du moins, « nous le redevenons, et ce n’est une infamie pour personne ». À contre-courant de la position a priori attendue des élus du Limousin, donc, ce groupe de chercheurs rappelle notamment que nous – Limousins – avons longtemps fait partie de ce qui était l’Aquitaine (et pas moins que Bordeaux…), depuis la Gaule Aquitaine jusqu’au duché d’Aquitaine, et que Limoges a été le lieu de couronnement du roi d’Aquitaine Charles l’Enfant et du duc d’Aquitaine Richard Coeur de Lion. En vérité, ce n’est que depuis la constitution des régions contemporaines que l’Aquitaine se réduit artificiellement aux cinq départements que l’on sait, entre le Périgord vert et la Côte basque. Rétablir l’Aquitaine d’avant ne serait donc pas un simple hommage mais une réparation. Rappelons d’ailleurs que le « Limousin » que l’on se vante d’hériter des Lémovices ne couvrait en tant que province que la moitié sud de l’actuelle région, la moitié nord correspondant à la Marche. Un Creusois n’est donc Limousin que depuis quelques décennies !

On comprend ici que les références pluriséculaires peuvent constituer des dénominateurs communs particulièrement pertinents, qui se réclamant d’une réelle profondeur historique et culturelle en plaçant notre patrimoine commun au cœur de la réflexion territoriale, peuvent contribuer à faire de l’humilité une nouvelle variable de l’action… N’est-ce pas séduisant, dans la perspective de renouveler notre modèle démocratique ?

Je dois bien l’avouer, au départ, sans doute piqué dans ma fierté de Limousin se sentant abusé par une réforme tellement brutale – et mal argumentée, et brutalisé par le silence éloquent de certains élus aquitains à l’égard du devenir du futur-ex Limousin, je ne voyais pas pourquoi nous devrions nous soumettre à l’Aquitaine, ses velléités et son nom ! Il faut dire que l’attitude du président sortant d’Aquitaine à notre égard n’a pas toujours été d’une grande classe.

Alors oui, Sud-Ouest Atlantique me semblait être un moindre mal : au moins les Bordelais n’auraient peut-être pas tout gagné « sur nous » ; on gagnerait peut-être en visibilité aux yeux de la capitale, l’évocation maritime avait quelque chose de vivifiant… 

25130Je vous l’accorde, c’est un peu puéril, du moins chauvin, et surtout c’est une position assez contradictoire en ce qui me concerne, moi qui suis le premier à critiquer ces terminologies économistes, « compétitives » et uniformisantes auxquels nos édiles en manque d’inspiration et de pouvoirs nous soumettent régulièrement… J’ose espérer que Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon ne va pas accoucher d’un vilain « Sud de France – Pyrénées » ! (Il me semble qu’un simple « Languedoc » serait assez juste, historiquement, non ?) Georges Frêche et les enfants plus ou moins spirituels et plus ou moins terribles qui lui ont succédé n’ayant eu de cesse depuis sa disparition de décliner à l’infini et à l’overdose la marque Sud de France Car comme on peut le voir ci-contre, c’est bien d’une marque dont il s’agit, ce qui en soi n’est pas un mal, mais qui en termes géographiques s’avère être la preuve d’une financiarisation latente et douteuse de nos territoires, qu’on se le dise. Ah, j’entends que Sud de France, comme Sud Ouest Atlantique, faciliteraient la localisation, drainerait les touristes et les capitaux, donc participerait à l’essor du territoire. Certes, les marques territoriales peuvent être des leviers intéressants dans la dynamisation des territoires – citons l’exemple de la marque Limousin qui permet de fédérer les acteurs économiques dans une même stratégie. Cependant, l’application du marketing au territoire est toujours porteuse de menaces en ce qu’elle n’est pas un catalyseur automatique de richesse pour les populations, et qu’elle pêche encore en matière de démocratie du processus d’invention, de décision et d’animation. En outre, un nombre impressionnant de régions européennes, même petites, même pauvres, porte des dénominations historiques (bien plus pittoresques et poétiques que d’austères Nord, Sud, Est, Ouest), sans que cela n’apparaisse comme un facteur déterminant dans notre capacité à les situer : Bavière, Estrémadure, Brabant wallon, Algarve, Trentin-Haut-Adige, Cornouailles, Frise, Tyrol, Silésie… ce n’est pas si mal, non ?

Donc je me dis finalement, à la lecture de l’argumentaire de la Rencontre des historiens du Limousin, en pensant à Ruedi Baur1 et en repensant à tout ce que j’ai pu étudier cette année passée durant la réalisation de mon mémoire sur les noms de stations de tram (là encore de beaux exemples de stratégies d’uniformisation du paysage toponymique !), qu’ « Aquitaine » est peut-être ce qui a le plus de sens… Donc à nous de nous réapproprier ce que les Girondins, Landais, Périgourdins, Béarnais et autres Basques ne doivent pas confisquer ! Le rappel du glorieux passé historique de Limoges dans cette ancienne entité doit contribuer à nous en convaincre. C’est finalement un choix positivement iconoclaste que celui-là !

Comment finalement se résoudre à abandonner Limousin ? Je l’ai rappelé, le Limousin comme triptyque idéal Corrèze – Creuse – Haute-Vienne est une invention toute récente. Mais surtout, le Limousin survivra au découpage, quand bien même il n’apparaîtrait plus dans le nom de la région, parce qu’il est une notion culturelle et vécue qui n’a pas besoin des limites administratives pour exister. Tout comme Roussillon, Périgord, Béarn ou Anjou ont survécu aux départements, même sans plus exister dans leurs noms.

Ainsi, le vrai enjeu, il faut à mon sens plutôt le voir dans le fonctionnement démocratique de cette future région ; à nous de veiller à ce que le choix d’ « Aquitaine » ne légitime pas une hégémonie bordelaise dans les faits et gestes des représentants que nous élirons en décembre prochain.

Maintenant, à vous de faire connaître votre avis sur www.magranderegion.fr

1 Dans le cadre du cycle de conférences que je contribue à organiser au sein du département de géographie de l’Université de Genève, consacré aux enjeux de la toponymie métropolitaine en Suisse, nous allons sans doute et je l’espère recevoir le designer franco-suisse Ruedi Baur, célèbre pour avoir réalisé la typographie et la signalétique du centre Pompidou, et connu pour tenir un discours assez critique vis-à-vis du recours économiste dans les dénominations et les identités visuelles des territoires, ainsi considérés comme des produits marchands.




> Quelques suggestions pour les Journées du patrimoine

18092015

blim.bmp

JEP 2015Ce week-end auront lieu les 32e Journées européennes du patrimoine. Un rendez-vous incontournable d’éducation populaire et de sensibilisation à la richesse de nos territoires.

« Patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir » : très juste mais a priori incongrue est la thématique choisie cette année. En effet, notre tout jeune siècle a-t-il eu le temps de produire des patrimoines ? Assurément, si l’on considère bien le patrimoine de façon proactive – et c’est ce qu’induit l’intitulé de cette année : salles de spectacles, musées, infrastructures de transports et industries, centre-ville réhabilités, mais aussi découvertes scientifiques, productions culturelles ou innovations techniques ; tout ce que nous avons déjà produit depuis quinze ans est le fruit de nos héritages, de nos relations, de nos aspirations, et à ce titre le produit de notre culture. Il en est déjà le témoignage et le sera encore davantage pour les générations en devenir. Penser la valorisation et la préservation de ces productions, c’est donc faire preuve d’humilité et d’un sens de la durabilité qui plus que jamais doit nous habiter. Toute période enfante son patrimoine : halte aux relectures hasardeuses qui sous couvert de modes esthétiques, d’impératifs économiques et/ou politiques voudraient que l’on valorise telle époque ou tel style au détriment d’autres. Le patrimoine – comme le paysage d’ailleurs –, ce n’est pas (que) le culte du beau, du grandiose, du dispendieux, du lucratif. C’est aussi et avant tout le reflet de notre société, dans sa simplicité, dans sa banalité, dans son utilitarisme aussi. Comme l’ont été les grands monuments que nous glorifions aujourd’hui. À ce tire, le patrimoine industriel ou résidentiel, le patrimoine immatériel (notamment linguistique), les paysages « ordinaires », doivent faire l’objet de toute notre attention. Puissions-nous en entretenir la conscience, en cela relayés et soutenus par les acteurs stratégiques que sont l’école et les médias.

À la lecture du programme annuel des JEP en Limousin – du moins sur Limoges –, un peu de déception tout de même. En effet, trop peu d’éléments de notre histoire très récente seront accessibles au grand public. Sans doute sommes-nous encore écrasés par la solennité du « vieux » et traditionnel (mais indispensable) patrimoine des châteaux et des églises, dont la sauvegarde est un combat permanent et sans fin. Sans doute aussi les sites de ce « patrimoine du temps présent » sont encore trop fonctionnels, englués dans une barbante quotidienneté et des règles de sécurité un peu trop strictes, pour qu’on les appréhende comme des lieux de visite le week-end.

On pourra regretter que davantage d’usines ne se joignent pas au mouvement, qu’Urêka, le musée de la mine d’uranium de Bessines, ne propose pas des interventions sur l’après-mine et la dimension sociale de l’exploitation controversée de ce minerai aux effets ambivalents, que le Limousine Park, centre de découverte de la viande bovine ouvert cet été au pôle de Lanaud, ne surfe pas sur l’occasion pour faire parler de lui, que les projets de réaménagement de Limoges ne soient pas davantage intégrés à une réflexion sur le devenir du patrimoine à l’époque contemporaine, que le patrimoine universitaire – bâtiments et projets de recherche – ne soit pas davantage mis en avant (on salue quand même l’ouverture du Centre européen de la céramique), que la STCL et la SNCF n’aient pas ouvert leurs entrepôts, et que l’aspect démocratique du patrimoine ne soit pas plus souligné… On pourra enfin verser une larme sur l’absence des jardins sonores de la Borie, mais c’est une autre histoire…

mediathequegiraudouxbellac

Mais venons-y, tout de même de belles opportunités. Citons :

  • la découverte du périmètre de l’Aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine (AVAP) qu’Eymoutiers met en place actuellement autour de son centre ancien. Une bonne opportunité pour découvrir et comprendre les mécanismes de la protection du patrimoine à l’heure où l’on nous parle de durabilité et de transversalité des approches (samedi, 15h – tel. 05.55.69.57.60).
  • la belle alliance des contrastes de la Médiathèque Giraudoux de Bellac, entre classicisme et contemporain (samedi, 10h-16h, 05.55.68.12.79).
  • la visite de l’usine textile Broussaud des Cars, un bon moyen de soutenir le Made in Limousin (samedi : visites à 10h30 et 14h30, 05.55.36.90.90).
  • une exposition et des visites pour comprendre l’opération en cours de réaménagement de la place du 8 mai à Cieux (samedi a-m, 05.55.68.12.79).
  • comme les années précédentes, la grande mosquée de Limoges ouvre ses portes aux visiteurs (samedi et dimanche, 10h-13h, 15h-19h).
  • … tout comme France 3 Limousin, un incontournable des JEP qu’il faut avoir visité ne serait-ce qu’une fois, histoire d’approcher ses idoles du JT régional et de présenter une météo presque vraie devant l’écran vert (samedi, 10h-17h, sur inscription : il y a du monde en général)…
  • … et les Distilleries du centre, toujours à Limoges, parmi les dernières du genre dans une ville connue pour ses nombreuses anciennes brasseries, où il est possible de comprendre les processus de fabrication des alcools artisanaux… et même de les déguster (samedi 9h-12h, 14h-18h, 05.55.77.23.57).
  • En attendant son déménagement prometteur rue Charles-Michels, le FRAC Limousin vous attend encore dans les anciens chais de la coopérative de l’Union de Limoges pour une visite commentée de l’exposition « Fantômes dans la machine », demain et dimanche à 16h.
  • À Panazol, la médiathèque municipale propose samedi une journée thématique consacrée au « mail art », ou « art postal », avec au programme une expo (aux horaires d’ouverture), une conférence par Rémy Pénard à 14h30 et un atelier à 15h30 (05.19.99.40.41)
  • plus loin et côté nature, il est encore possible de découvrir la surprenante île de Chaillac, plus grande des îles sur la Vienne, entre Saint-Junien et Saillat-sur-Vienne, où cohabitent une faune et une flore riches, une potière et des agriculteurs, dans un cadre exceptionnel agrémenté d’un parcours d’interprétation.
  • Riche programme également au centre d’art contemporain de Vassivière, avec entre autres un atelier artistique pour enfants dans la structure gonflable de Hans Walter Muller (sur inscription, dimanche 14h45), et une rencontre avec l’équipe en résidence au château, composée des architectes de « Bureau mécanique » et des graphistes de « J’aime beaucoup ce que vous faites », avant une dégustation de vin (samedi, 17h). (05.55.69.27.27).
  • Enfin, ce samedi a lieu en parallèle le festival Rêves en place autour de la place de la Cathédrale à Limoges : au programme, jeux, concerts, bal, animations diverses… L’objectif : remettre l’espace public au cœur d’une conception festive, onirique (de fait), conviviale et solidaire.

Chez nos voisins limousins, il y aussi de quoi faire, avec en Corrèze :

  • à Brive, une balade à vélo commentée sur les transformations récentes de la cité gaillarde, dimanche à 10h30, avec le CAUE, Brive Ville Cyclable et les archives municipales (belle collaboration !).
  • exposition, performances (ce soir 19h et demain 14h) et visites du lieu de création artistique Le Garage, également à Brive (05.55.88.80.81).
  • toujours à Brive, le Studio Musiques actuelles de la rue Cassan accueillera les visiteurs et leur proposera notamment des répétitions et des démonstrations d’enregistrement (samedi 10h-12h, 14h-19h et dimanche 14h-18h).
  • le pôle accordéon, à Tulle, ouvre ses portes sur réservation demain et dimanche après-midi (14h-18h, 05.55.20.28.28), pour présenter cet instrument indissociable de la ville sous des jours contemporains…
  • la cité administrative Montalat, dite le « gratte-ciel de Tulle », qui marque singulièrement la skyline de la préfecture corrézienne, est ouverte à la visite commentée (demain à 14h, 15h, 16h, 17h, réservez avant cet après-midi 16h, 05.55.20.55.02).
  • dimanche à 15h, dans le cadre de la programmation du Pays d’art et d’histoire Ventadour Hautes terres corréziennes, une conférence-visite se tiendra à Neuvic sur le patrimoine XXIe et le rôle de notre regard sur le patrimoine dans sa compréhension, en plein dans la thématique de l’année (05.87.31.00.57).
  • le toujours riche et épatant programme du Pays d’art et d’histoire Vézère-Ardoise, avec notamment la visite d’un chantier de maison en paille à Saint-Bonnet-l’Enfantier (samedi et dimanche 14h-17h). Également dans ce cadre, à Vigeois, le spécialiste de la toponymie occitane Yves Lavalade tiendra une conférence sur ce sujet inépuisable et essentiel pour comprendre l’histoire de nos communes (ce soir, 20h30, Centre culturel) (05.55.84.95.66).
  • et aussi le viaduc des Rochers noirs, à Soursac, sur la Luzège, mis en lumière par Des racines et des ailes, chef d’oeuvre oublié de l’ingénierie ferroviaire, accessible librement de 9h à 19h tout le week-end.

Enfin, en Creuse :

  • grâce à l’Office de tourisme de la vallée des Peintres, il sera possible de s’introduire dans la cartonnerie désaffectée de la Celle-Dunoise, où la vie s’est arrêtée au 27 avril 1999 (sur réservation, demain 10h, 11h, 14h, 15h, 05.55.89.24.61).
  • demain à 10h30, il sera possible de comprendre la construction urbaine de Guéret, de ses origines à nos jours (sur inscription, 05.55.52.14.29).
  • Jean-Louis Paties ouvre son atelier de taille de pierre à Saint-Léger-le-Guérétois, tout près des anciennes grandes carrières du Maupuy (05.55.52.56.44).
  • le CAUE 23 propose un circuit décalé des églises du Plateau autour de Felletin, en covoiturage et pique-nique dans le sac à dos, au départ de l’Office de tourisme à 10h, et jusqu’à 17h (05.55.64.54.60).
  • le domaine agricole de Banizette, à La Nouaille, toujours en activité depuis le XVe siècle, propose des visites guidées demain et dimanche à 15h, 16h15 et 17h30.
  • à Toulx-Sainte-Croix, le chantier de restauration du lavoir d’hiver initié par l’association Pierres en marches sera accessible (samedi 10h-17h, dimanche 11h-17h). Il sera même possible de participer dimanche (9h30-17h, 15 €) à un stage de construction d’un mur en pierres sèches, et ainsi de se confronter concrètement aux enjeux du patrimoine vivant !

Espérons finalement que l’an prochain, d’autres patrimoines du XXIe siècle soient mis à l’honneur plus nombreux, et que pour les éditions suivantes, il ne soit plus besoin de justifier que notre petit siècle est déjà un producteur incessant de patrimoines !

Toutes les coordonnées et tous les renseignements utiles sont disponibles dans le programme complet sur le site de la DRAC Limousin.




> Revue littéraire : La nostalgie des buffets de gare, de Benoît Duteurtre

11072015

revuelitt

La_nostalgie_des_buffets_de_gare.inddJe vous recommande vivement la lecture du dernier ouvrage de Benoît Duteurtre, La nostalgie des buffets de gare, paru aux éditions Payot.

Déjà connu pour une vingtaine de romans distillant bien souvent un propos assez acide à l’encontre de certains des atours de la modernité idéologique, l’auteur propose par cette balade sur notre réseau national, au gré de déplacements personnels, une lecture très critique de l’état actuel de l’offre ferroviaire hexagonale, de l’explication des retards cumulés à l’évocation du creusement des inégalités d’accès au train selon les moyens.

Qu’on se le dise – et l’écrivain s’en défend – il ne s’agit pas ici de l’ouvrage d’un expert diplômé de la question qui entendrait ajouter une contribution au débat politique actuel sur la desserte en train : pas de chiffres, pas même de solutions concrètes. Benoît Duteurtre est avant tout un écrivain, et c’est ouvertement par nostalgie, par goût du rêve et regret de l’imprévu, qu’il se permet d’évoquer le charme perdu des wagons-lits, le bois patiné des anciens buffets, le fourmillement révolu des lignes secondaires. En vérité, le recours à la littérature permet très bien de dénoncer le déclin de ce service public essentiel qu’est (était?) le train, et que semblent sacrifier la libre concurrence et la rentabilité érigée en dogme déjà biaisé par un raisonnement emprunté au secteur privé. Dans l’ouvrage, on retrouve d’ailleurs les principaux arguments formulés par les détracteurs du « tout-LGV », voire par certains mouvements décroissants, même si l’idéal de la grande vitesse ne revêt pas que des défauts aux yeux de l’écrivain bien contemporain.

Parole déconnectée et démagogique, voire réactionnaire ? Pas vraiment ! Car on le répète, Benoît Duteurtre écrit le sensible, rappelle l’humanité, donc se glisse en chacun de nous, indépendamment de nos moyens financiers et de nos origines sociales et géographiques, pour nous interpeler sur une situation que certains d’entre-nous ont choisi d’accompagner et de consacrer, et dont nous sommes tous les acteurs. À ce titre, la nostalgie de Benoît Duteurtre, en dépit de certaines évocations de l’actualité peut-être contre-productives, nous paraît pouvoir éveiller la conscience et l’esprit critique qui sommeillent – plus ou moins – en chacun de nous.

> Benoît Duteurtre, La nostalgie des buffets de gare, Payot, 112 pages (14 €).




> Donnons d’autres vies à nos bâtiments !

9072015

bamnagement.bmp

grand3236Jusqu’au 28 septembre prochain, se tient à Paris dans les fabuleux espaces de la Cité de l’architecture et du patrimoine, la très belle exposition « Un bâtiment, combien de vies ? », consacrée aux multiples emplois de nos constructions. Quoique relativement restreinte – comptez une petite heure pour en profiter au mieux –, cette exposition très visuelle, enrichie de nombreuses maquettes, a le mérite de dresser un panorama assez riche des opérations réussies de réaffectation fonctionnelle d’infrastructures prétendument arrivées en bout de course.

Alors que jamais les contraintes environnementales et financières n’ont été si importantes, et alors que nous sommes confrontés dans le même temps à un paradoxe technique éthiquement stimulant – on sait tout faire ou presque, mais est-ce une raison pour tout faire réellement ? –, la question de la réutilisation du bâti préexistant bouleverse nos schémas d’action : faut-il sanctuariser notre patrimoine ? Si oui lequel, selon quels principes ? Comment faire du neuf avec du vieux sans donner l’impression de faire « a minima » ? …

IMG_2083 Les résultats, souvent épatants, parlent d’eux-mêmes. Parmi les études de cas, d’anciennes usines devenues logements, des lieux de culte dénués de leur vocation initiale avec brio, d’anciens moulins réinvestis par des bureaux – à Pantin. On retiendra notamment l’ancienne cimenterie que le célèbre Ricardo Bofill a fait sienne de façon époustouflante à Barcelone (cf. photo ci-dessus), l’ancien aéroport de Berlin-Tempelhof que les habitants, consultés, ont préféré transformer en vaste parc périurbain, ou encore l’audacieuse modernisation du nouvel opéra de Lyon, signée Jean Nouvel. Autant d’exemples séduisants pour autant de solutions aux grandes problématiques urbaines que sont la gestion et la reconversion des friches industrielles, la crise du logement ou la densification du bâti.

S’ouvre ainsi un champ des possibles particulièrement vaste, qui doit motiver la créativité des décideurs et de leurs maîtres d’oeuvre – et ce sans pour autant recourir aux plus grandes signatures. Plus loin encore, on remarquera également que certains des travaux présentés dans l’exposition concernent davantage des « liftings » architecturaux que de véritables reconversions : indépendamment de tout jugement de valeur, le cas de la gare de Strasbourg, dont l’austère mais majestueux bâtiment néo-classique a été recouvert d’une bulle de verre, prouve que le patrimoine peut faire pourquoi pas l’objet de réinterprétations contemporaines. Ce qui donne des clés dans la quête de réactivation de l’adhésion sociale aux patrimoines (n’est ce pas le but de toute action d’urbanisme ?). Ainsi, à travers certaines notions plutôt iconoclastes, comme celle du « patrimoine en mouvement », les propos rapportés par certains grands architectes et penseurs de la ville contemporaine donnent de sacrés coups de pied à la frilosité des acteurs institutionnels, qui s’auto-conditionnent bien souvent par force discours sur l’idéal de modernité. Et passent hélas trop souvent à côté de réelles opportunités pour leurs territoires et les populations qui y vivent.

Et si Limoges s’inspirait de ces axes de réflexion ? Dans notre ville, quelques exemples de réhabilitations et de reconversions fonctionnelles, plus ou moins audacieuses et plus ou moins réussies. Du côté des réalisations plutôt louables, citons par exemple l’ancienne usine Royal Limoges, en bord de Vienne, désormais occupée par un McDonald’s (certes…), l’ajout moderniste de la fac de droit rue Turgot, l’ancienne bibliothèque municipale récupérée par le restaurant La Bibliothèque, ou encore une partie des locaux de l’ancien hôpital où s’est installée une aile de la nouvelle BFM – en dépit des scandaleuses destructions dont certains anciens éléments du bâtiment originel ont fait l’objet. Plus discutables sans doute sont la réfection de la caserne de la Visitation, réappropriée par le Conseil départemental qui a assez grossièrement barré la façade classique d’un rez-de-jardin peu élégant, ou le devenir bancaire de l’ancien cinéma Colisée, place Jourdan et de l’ancien bâtiment militaire de la zone Romanet.

Le modernisme ne doit bien évidemment pas donner droit à tous les autodafés ; c’est hélas un réflexe assez commun à Limoges (usine Heyraud supprimée au profit d’un centre Saint-Martial manquant d’âme, immeuble Faure condamné par la cité judiciaire, maison Lacaux menacée, fours à porcelaine négligés…), et cet état de fait doit changer ! On sera donc très attentifs au devenir de l’ancienne clinique du Colombier, promise aux étudiants, de l’ancienne école d’institutrices de la rue François Perrin, et à l’avancée des travaux dans l’ex-Eurodif, futur Fonds régional d’art contemporain s’annonçant prometteur.

Mais pas plus que les négligences ou fautes de goût déjà citées, l’aspect controversé de certains travaux ne doit brider l’audace et l’inventivité. Parallèlement, l’idéal de la patrimonialisation ne doit pas faire le jeu de l’inertie. Attention à ne pas jouer les conservateurs obtus : un patrimoine vit aussi par sa réinvention ! En somme, il s’agit dans la valorisation de trouver un juste milieu entre optimisation et hommage, et de ne pas sombrer dans le nombrilisme et l’ethno-centrisme du XXIe siècle.

Capture d’écran 2015-07-09 à 22.21.49

Quelques exemples de sites dont une reconversion paraît à étudier :

  • la friche industrielle Wattelez (cf. ci-contre), sur les bords de la Vienne, à l’entrée du Palais-sur-Vienne, et dont l’impact environnemental est hélas notoire ;
  • la caserne Mareeau, dont la formidable emprise à deux pas du centre-ville doit motiver de vrais projets cohérents et socialement ancrés ;
  • les locaux abrités par la rampe des Bénédictins, entre la cité des Coutures et les voies ferrées : des espaces au potentiel très important (sachant notamment que l’un des locaux communique directement avec le passage souterrain de la gare via la fameuse rue fantôme utilisée par la Wehrmacht) ;
  • l’ancien Présidial, bâtiment de qualité hélas abandonné à son sort et aux stigmates du temps ;
  • l’ancien Hôtel de commandement militaire, place Jourdan, dont on sait désormais qu’il n’accueillera sans doute jamais d’antenne du musée d’Orsay…

Des pistes, il y en a ! De l’audace, il en faut !







Mascara |
ARBIA |
hors-micro |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | joaniz
| FO Assurances 77
| Info33