> Il faut sauver l’Université de Limoges !

12072016

blim.bmp

Capture d’écran 2016-07-12 à 13.48.44Cet article vient en réaction au communiqué de l’Université de Limoges, suite à la rupture unilatérale par le Conseil régional de Nouvelle Aquitaine du contrat qui la liait à l’institution limougeaude. C’est une menace particulièrement grave et inquiétante qui pèse sur l’avenir de l’Universitéde Limoges. En rompant de façon brutale et inattendue le contrat qui liait l’autorité régionale (ex-Limousin) à l’Université, la Région Nouvelle-Aquitaine met en péril l’existence-même d’une université autonome à Limoges.

Cette manière à peine avouée de consacrer la centralisation des fonctions de commandement dans la capitale régionale, pourtant déjà richement pourvue et s’étant taillée avec la réforme territoriale la part du lion en termes de services et directions, semble faire triste écho aux funestes propositions de France Stratégie, qui a dans son dernier rapport avoué préconiser un soutien massif aux métropoles au détriment des espaces en difficulté. Cette approche serait – selon cet organisme – la seule à même d’assurer un développement global des territoires, en misant sur les plus grandes agglomérations. Une prise de position inquiétante. Dans un contexte de mondialisation débridée, à l’heure où les discours ultra-libéraux semblent retrouver une certaine audience, ces décisions sont tout bonnement lâches et mortifères.

Lâches car elles se rangent de façon honteusement simpliste, au nom de l’idéologie du pragmatisme, derrière l’idée que les Universités sont des pôles de développement hors-sol, et qu’elles profitent avant tout à une économie des échanges dématérialisés, plus qu’aux territoires. Ce qui est faux : on a pu prouver que la déterritorialisation des flux et des politiques était une chimère et que les nouvelles technologies devaient favoriser la prise en compte et la gestion des différentiels de développement, et non les occulter. À ce sujet, les responsables politiques, au moins autant que les personnels universitaires, ont une immense responsabilité dans cette stratégie. Que répondent les élus limousins à cette décision ? Et surtout, que comptent-ils faire pour sauver l’Université de Limoges ? Les menaces ne datent pourtant pas d’hier ! On est également en droit se demander quelle est la marge de manoeuvre des personnes universitaires locaux. Il est plus que jamais de leur devoir de mobiliser l’attention des citoyens sur les conséquences catastrophiques d’une disparition programmée de l’Université de Limoges. L’institution universitaire française doit encore davantage s’ouvrir au grand public local, impérieuse condition de sa survie.

Mortifères car estimer que les Universités peuvent vivre hors-sol, est à la fois suicidaire pour ces institutions et dramatique pour les territoires qui les abritent : les Universités sont les laboratoires d’innovation des entreprises qui les entourent ! Elles sont de formidables vitrines des savoir-faire locaux à l’échelle nationale et internationale ! Elles doivent avoir des missions d’intérêt général sur les territoires proches les plus vulnérables. Et sans le soutien des responsables politiques et la mise en place par ces derniers de mesures de développement territorial efficaces, l’Université dépérit. C’est le sens des autres déclarations que l’Université a formulées en faveur du passage de Limoges Métropole en communauté urbaine, et de l’amélioration sensible de la relation ferroviaire avec Paris.

Ne privons pas nos communes, nos départements des atouts de la recherche universitaire : aucun retour en arrière ne sera possible.

Photo : Antenne centre-ville de la fac de droit, L. D., 2014.




> A choisir, une Aquitaine « grande » plus que « nouvelle »

14062016

blim.bmp

panneauxregions

Et voilà qu’une pétition refusant le nom de « Nouvelle Aquitaine » pour notre grande région, rencontrerait un grand succès sur Internet. Je ne l’ai pas signée. Et pour cause : je pense que deux combats se mélangent dans cet argumentaire, et que ne pas le reconnaître serait faire preuve d’une précipitation contre-productive.

Pour autant, j’ai hésité à y ajouter mon nom, car je comprends tout à fait les revendications des signataires de la pétition, qui voient dans ce nouveau nom une validation de la velléité expansionniste de l’ancienne région administrative Aquitaine, et derrière-elle les prétentions de quelques notables bordelais désireux de faire du Limousin et de Poitou-Charentes un « arrière-pays (si possible) dynamique ». En vérité, au-delà du nom, les craintes exprimées renvoient davantage aux motivations et aux effets potentiels et profonds de cette réforme territoriale bien bancale. Pour rappel, sans concertation aucune, sans justification économique et géographique satisfaisante, le Gouvernement, en accord avec quelques barons locaux, a consacré un redécoupage hasardeux et inégal sous prétexte tacite qu’il lui faudrait bien laisser son empreinte dans les livres d’Histoire (G. Vandenbroucke lui-même a très tôt estimé que l’argument des économies de fonctionnement, initialement avancé, était fallacieux).

Les signataires de la pétition ont raison de s’interroger quant aux effets de la fusion, tant l’impréparation a conduit cette opération plus médiatique que bénéfique. Cependant, je pense qu’il est désormais grand temps de donner toutes ses chances à cette fusion des régions, et croire aux bonnes volontés apparentes des élus régionaux démocratiquement désignés en décembre dernier. Je le reconnais, c’est un brin inconfortable et moralement critiquable, mais avons-nous d’autre choix que celui d’une confiance vigilante ?

Venons-en au nom, car celui-ci n’est pas qu’un prétexte, il est un sujet en soi.

Je remarque que la pétition ne défend aucune dénomination alternative, mais je ne doute pas que derrière cette omission, plus fédératrice, se cachent certaines des propositions présentées au printemps dans le cadre du vote indicatif en ligne sur magranderegion.fr. Je pense en particulier à « Sud Ouest Atlantique », pour lequel Jean-Paul Denanot vient d’ailleurs de prendre position sur Facebook, et qui hélas me paraîtrait consacrer de façon flagrante la victoire du marketing sur l’ancrage territorial et le territoire vécu (comment nommerait-on les habitants ?). Étonnant quand on se souvient que la petite taille et le nom de notre Limousin n’ont semble-t-il jamais posé souci sur la scène européenne, comme le martelait Robert Savy et comme a dû s’en rendre compte son successeur à la présidence de région. M. Denanot ne pense-t-il pas qu’il existe des alternatives à ces deux faux bons choix ?

« Aquitaine », choix défendu par la Rencontre des historiens du Limousin, m’a paru initialement plutôt pertinent : rappelons une nouvelle fois que le terme d’ « Aquitaine » existait bien avant que la région administrative du même nom ne se le voie réservé il y a un demi-siècle, qu’il englobait le Poitou, les Charentes, le Limousin (et même jusqu’à l’Auvergne), et que ce choix allait même jusqu’à rendre justice sans le dire trop fort à Limoges, cité où furent couronnés les ducs d’Aquitaine. Cependant, je pense avoir réalisé que la pertinence historique, fut-elle scientifiquement et culturellement indéniable, ne saurait à elle-seule justifier le choix d’un toponyme contemporain et susciter l’adhésion du plus grand nombre. Nous autres, habitants du XXIe siècle, n’avons-nous pas d’ailleurs, dans ce bouleversement historique qu’est la réforme territoriale, un droit à la re-création toponymique ? C’est peut-être à tort que nous nous sentons dépossédés par cette « Aquitaine » (encore une fois, c’était ce que je disais précédemment, « Aquitaine » nous appartient à tous), mais ce sentiment, parce qu’il est légitime, ne peut-il pas justifier le choix d’un véritable nouveau nom ?

Ainsi, « Aquitaine » ne peut apparemment servir de dénominateur commun ; l’imposer serait amplifier la fronde. Je crains toutefois que « Nouvelle-Aquitaine » ne soit pas mieux.

Vous allez me dire girouette, mais j’ai dans un second temps pensé que « Nouvelle-Aquitaine » ne serait pas si mal : on nuançait l’annexion en associant l’historicité d’ « Aquitaine » à l’avenir, on voulait ouvrir une page commune aux territoires nouvellement associés. Mais voilà, le mot « Nouvelle » aura été pris pour une tentative de gommage de l’ancien, du passé, de la mémoire. Dans le contexte que nous traversons, ce serait difficile à accepter. Imposer un « nouveau » est d’ailleurs souvent douteux ; cela cache souvent un malaise, une difficulté à gérer un moment, un passage, sinon une fébrilité à transformer une promesse en réussite (ne me demandez pas pourquoi, je pense d’un coup au « Nouveau Parti Anticapitaliste »). Se dire « nouveau » ne suffit pas à engager un nouvel élan. Sans compter que cette appellation ne peut se prévaloir elle seule d’un assentiment collectif, si l’on se réfère au vote en ligne qui plaçait en tête Aquitaine aux côtés de ses dérivés, sans préférence explicite à « Nouvelle-Aquitaine ».

En outre, je m’étonne que plusieurs aient fait observer que la Nouvelle-Zélande ou la Nouvelle-Calédonie, avaient continué d’exister sous ces noms même des siècles après leur baptême. C’est juste. Mais si ces appellations sont bien entendu aujourd’hui tout à fait rentrées dans notre vocabulaire et ne souffrent a priori plus aucune contestation – qui se souvient que la Nouvelle-Calédonie doit son nom par la similitude apparente de ses paysages avec ceux de l’Ecosse ? – doit-on rappeler qu’elles ont toutes été le fruit de conquêtes ou explorations à visées coloniales ? Je ne tiens pas ici à relancer le glissant débat sur les bienfaits hypothétiques de la colonisation, mais justifier le choix de « Nouvelle Aquitaine » en invoquant ces exemples me semble au moins aussi discutable que d’en appeler au « Sud-Ouest Atlantique » au nom de la visibilité internationale. Parler de « Nouvelle Aquitaine » reviendrait à faire du Limousin et de Poitou-Charentes une découverte des explorateurs bordelais ?! On aurait cherché à prouver qu’annexion il n’y avait pas, c’eût été raté. Paf, tout est à refaire.

Pour autant, par quoi d’autre pouvons-nous remplacer l’indigeste « ALPC », heureusement provisoire, pour qualifier au mieux notre grand territoire ? Je n’ai pas de proposition miraculeuse. Cependant, ne parlons-nous pas de « grande région » depuis des mois pour qualifier ce grand territoire ? N’est-ce pas dans sa grandeur que la région saura tous nous accueillir, nous réunir ?

« Grande Aquitaine », voilà un terme qui fait de Limousin et de Poitou-Charentes les facteurs de transformation de la simple Aquitaine en une grande région solidaire et fédératrice. Sans l’un de ses trois piliers, ALPC serait vraiment « à poil », boiteuse, une sorte de « moyenne région » en somme. Alors osons affirmer cette grandeur, qui sera autant celle des plages atlantiques, des forêts limousines, des montagnes pyrénéennes, que celle de nos ambitions et de notre souci d’avancer ensemble…

« Aquitaine » n’était pas tenable.
« Nouvelle-Aquitaine » ? Bof.
« Sud-Ouest Atlantique », laissons-ça au tourisme (à la rigueur).
Je vote – non sans réserves – pour « Grande Aquitaine ».

Et comme l’a présenté de façon humoristique le site buzzfeed, le Limousin n’aura pas besoin d’exister en tant qu’appellation administrative officielle pour continuer à exister en tant que territoire culturel, social et politique ! Pour finir, voilà quatre choix emblématiques, plus ou moins symboliques, qui me semblent essentiels pour concrétiser cet espoir et dissiper les malentendus :

  • nommer une grande rue de Limoges « avenue du Limousin » ;
  • exiger jusqu’au bout que la DRAF soit bien installée à Limoges ;
  • engager une véritable réflexion sur la modernisation d’un triangle ferroviaire Bordeaux-Limoges-Poitiers ;
  • préparer un projet d’extension du Parc naturel régional Périgord-Limousin au département voisin de la Charente, pour que le point d’intersection des trois anciennes régions passe du statut de pôle d’inaccessibilité à celui de point de convergence (j’y reviendrai).

« Grande Aquitaine », un terme qui chiffonnera peut-être les historiens, mais qui me semble à ce jour le plus à même de concilier nos mémoires contrariées et nos consciences échaudées.

Crédit photo : captures Google Street View, panneaux d’entrée des régions Aquitaine (sur l’A89 en venant de Brive), Limousin (sur la RN 141 en venant d’Angoulême) et Poitou-Charentes (sur l’A83 en venant de Nantes).




> Revue littéraire : Régions à la découpe, de P. Orcier

16032016

revuelitt

IMG_2571

À la toute fin 2015, alors que l’on s’apprêtait à élire les premiers élus de nos régions redécoupées, paraissait un petit ouvrage original, Régions à la découpe. Ce livre signé Pascal Orcier, est en fait un atlas – et c’est en ce sens qu’il est très accessible –, riche de très nombreuses cartes présentant les innombrables découpages que notre pays a subi ou aurait pu subir.

Venu ponctuer près de deux années de débats houleux sur le découpage des nouvelles régions, son bien fondé et ses effets supposés, ce petit opuscule ne cherche toutefois pas spécialement à montrer en quoi la dernière réforme territoriale aurait pu s’organiser autrement (l’auteur ose tout juste présenter une proposition alternative en fin d’ouvrage).

Il s’agit en vérité de la relativiser en la replaçant dans un contexte historique de dizaines de découpages successifs, non sans un brin de sentimentalisme il est vrai, avec ces belles cartes colorées qui rappellent les tableaux d’école. Il s’agit aussi de comparer cette dernière réforme aux découpages imaginés par des acteurs plus discrets mais tout autant prégnants dans notre quotidien, comme les chercheurs mais aussi les entreprises. Si ce n’est pas une belle preuve de l’invalidité de la théorie un temps consacrée des ultra-libéraux qui pensaient que la mondialisation signerait la fin des territoires ! Car dans les faits, l’homme spatial (coucou Lussault) ne peut s’empêcher de découper et recouper son environnement duquel il entend extraire la légitimité de son pouvoir, et sur lequel il doit structurer sa présence pour optimiser son action. N’est-on pas l’élu d’un groupe, donc d’une circonscription, d’une entité, avant d’être un représentant légitime de la République ? Un commercial ne cherche-t-il pas à rationaliser l’écoulement de sa production sur une aire de chalandise adaptée à ses moyens ? Un écologue peut-il vraiment prétendre gérer des milliers de kilomètres carrés d’espaces naturels sans se passer d’un découpage qui bornera l’aire d’autorité de son expertise vis-à-vis de son homologue et voisin ? Les législations, les autorités, les finances s’appuient bien sur des cadres délimités.

Le livre se « découpe » en quatre parties. La première, conventionnelle, est consacrée à la construction de notre territoire national. On apprendra sans doute peu de choses, mais on prendra conscience que le Limousin était déjà Aquitain du temps des Gaulois, et on ne se lassera pas de la carte des 130 départements français du Premier Empire, où Rome, Hambourg, Amsterdam et Barcelone étaient comme Limoges, Tulle ou Guéret, des préfectures de départements. La deuxième fait non sans nostalgie la part belle à nos aires culturelles (langue, gastronomie, architecture, éducation, politique). La troisième, cœur du propos, passe en détail tous les découpages délibérés et institutionnels. Outre les découpages administratifs de base, on en connaît un certain nombre : au détour des panneaux, des courriers officiels et des attentes téléphoniques, on a dû déjà se rendre compte que l’on donnait son sang en Aquitaine-Limousin, que nos finances publiques étaient vérifiées en Centre-Limousin, que notre compte Caisse d’Epargne était Auvergnat-Limousin. La dernière, celle des utopies, évoque certaines idées jamais concrétisées, des projets révolutionnaires au rapport Balladur, nous apprenant par exemple que le géographe Jean-Marie Miossec rêvait pas plus tard qu’en 2008 d’un projet intéressant de redécoupage égalitariste des régions mais aussi des départements, qui aurait rattaché la Charente limousine, le Lot et la Dordogne au Limousin (tiens tiens, j’avais presque esquissé l’idée il y a sept ans).

Si les petits commentaires de l’auteur, en bas de chaque carte, éclairent le contexte et les raisons de tel ou tel découpage, un petit regret, du moins se plait-on à en rêver : on serait tout de même bien content d’avoir à côté de chaque carte le témoignage du responsable du découpage en question venant justifier et défendre son bricolage ! Ici la direction de Système U qui rapproche la Haute-Vienne du grand Sud, là celle de Casino qui nous place en Vallée du Rhône, ou bien les éditeurs du guide Michelin qui nous ont toujours unis au Berry. Entre projections économistes, nostalgiques et visionnaires, peut-être comprendrait-on davantage quelles sont les valeurs, les idéologies et les représentations qui, au-delà de la chimère du « rationnel » et de l’ « objectif », rabâchée à longueur d’interviews télévisées, animent nos décideurs.

On apprendra enfin que, concernant notre nouvelle grande région, quelques-uns semblent en avoir anticipé les contours : les autorités de la IVe République avec leurs régions économiques de 1948, l’administration pénitentiaire et les éditions Hachette, qui sont les trois acteurs présentés dans l’ouvrage dont le découpage prenait déjà la forme de la région ALPC !

Régions à la découpe intéressera tous ceux que le grand cirque de la dernière réforme territoriale a passionné, mais aussi tous ceux qui aiment se poser des questions sur la justification de telle ou telle limite. Y apporter des réponses, voire, mais puisse cet ouvrage au moins contribuer à entretenir notre curiosité collective, et placer un peu de géographie entre les mains de chacun.

Photo : L.D., 2016

Régions à la découpe, de Pascal Orcier, Atlande, 143 pages (19 €)
→ Accès aux autres articles de la Revue littéraire




> Adieu Sophie Dessus

16032016

bdcs.bmp

Sophie_Dessus-320x320

Sophie Dessus (1955-2016). Une élue de convictions pugnace, respectée et appréciée.

Je ne connaissais pas personnellement Sophie Dessus. Au-delà de sa présence médiatique (et pas simplement aux côtés de Jacques Chirac), je me souviens simplement l’avoir vue à Davignac, tout juste élue députée de Corrèze. Son dynamisme emportait tout… Femme à poigne et courageuse. Il en restera de belles choses, des combats, des réalisations, des valeurs. Hommage.

Photo : François Burgevin.




> Le TGV Brive-Lille est mort. Vive… ?

10032016

bamnagement.bmp

Capture d’écran 2016-03-10 à 00.34.56

Je suis contre le tout-TGV, évidemment, et pour la modernisation du POLT, de façon tout autant évidente, ayant déjà pu le développer sur ce blog. Cependant, la liaison Brive-Lille, qui disparaîtra d’ici quelques semaines, était une liaison TGV différente, qui bien que ne roulant pas à vitesse TGV avait le mérite de relier le Limousin et le Centre au réseau à grande vitesse européen (vers Strasbourg, la Belgique et Londres), tout en s’épargnant le transfert dans Paris entre Austerlitz et Gare du Nord. Ce TGV qui n’en était pas totalement un avait davantage un rôle de « désenclaveur », donc d’Intercités ! Cette assignation pouvait se débattre, mais elle souligne au mois les lacunes de notre desserte Intercités effective. Quoi qu’il arrive, en l’absence d’un POLT à 100% de son efficacité, en effet nous perdons gros.

On nous rappelle que cette liaison était déficitaire et surtout utilisée entre Lille et Roissy, que le TGV n’est pas un service public et qu’il se doit d’être rentable. On peut être en désaccord avec ce principe mais c’est un fait !

En dépit du lancement d’une pétition, pour l’instant au succès modeste, ce TGV est probablement perdu, car il n’est clairement pas dans les clous financiers des responsables (Région ALPC, Région Centre, Région IDF, Région Nord-Picardie, Etat (car la SNCF ne peut rien sans l’Etat)). Ici les responsabilités sont partagées il me semble. Les élus régionaux, au mieux indignés, au pire résignés, ne pourront probablement pas renverser la tendance. Pour trouver les 4 millions d’euros supplémentaires à apporter pour continuer de perfuser cette liaison, peut-être aurait-il fallu pour cela requestionner l’engagement financier mortifère et tristement infini pour cette chimère qu’est la LGV Poitiers-Limoges.

Plus de huit ans après son lancement, le TGV Brive-Lille s’apprête donc à quitter la scène. Manifester sa déception est une chose, promouvoir l’après en est une autre, à laquelle il convient de s’atteler sans trop tarder. Le combat en faveur du POLT me paraît essentiel dans l’optique d’un maintien du Limousin et du centre de la France dans un semblant de réseau national à vocation européenne. Bien qu’ayant perdu depuis la suppression de l’Elipsos de nuit pour Barcelone toute dimension internationale, la gare de Limoges-Bénédictins doit pouvoir se réaffirmer comme pôle majeur à l’échelle de la France, par sa position centrale de carrefour entre Atlantique et Massif central, Paris et Bassin aquitain. Pour que ces vœux ne demeurent pas pieux, il s’agit dès à présent de militer de la façon la plus active et collective qui soit pour un projet global de rénovation du POLT, et au-delà pour la (re)création d’un vrai réseau Intercités à haut niveau de fréquence qui puisse à moyen terme compenser largement la perte du Brive-Lille.

Capture d’écran 2016-03-10 à 00.31.33

Je vous renvoie vers la proposition hautement intéressante que plusieurs élus régionaux EELV avaient formulé en 2013, à savoir le projet DesTrainsPourTous, proposition alternative richement argumentée à l’échelle du grand centre de la France, consistant en une modernisation des voies existantes, la création de quelques déviations ferroviaires, permettant de remédier en même temps, et à bien moindre coût que la LGV, aux trois « déceptions ferroviaires » majeures du Limousin : la déliquescence du POLT, le complexe de la grande vitesse, la fracture des liaisons transversales. Le projet permet en effet de relier Limoges à Lyon en 3h40 via Vierzon, mais aussi Paris-Limoges en 2h20 en utilisant notamment une nouvelle branche POLT à 250km/h entre Orléans, Pithiviers et Paris, qui se connecterait à Orly… et qui par ce biais pourrait remettre en place une liaison Limoges-Orly-Marne la Vallée-Lille (et donc par extension offrir des correspondances vers l’Est de la France, le Benelux et l’Allemagne).

Apostrophée sur Twitter sur le sujet, Françoise Coutant, chef de file des écologistes au Conseil régional et vice-présidente de la région ALPC, répondait de façon légèrement désabusée…

C’est ce que je fais mais le combat est rude et les décideurs pas toujours très réactifs et conscients des enjeux https://t.co/2ZwJOewsfR

— Françoise Coutant (@Fcoutant) 9 Mars 2016

Il est donc grand temps de nous retrouver autour de projets cohérents, et de les pousser très fortement à la concrétisation, d’où qu’ils viennent. En voici un ! Et il faudra bien davantage que l’ »intransigeance » des élus locaux pour obtenir, plus qu’une réparation, une juste considération.

Photos : Le TGV de Brive entre en gare de Limoges le 8 février dernier (L.D.) – Carte du projet THNS Des trains pour tous.




> Régionales : des limites du scrutin à deux tours ?

10122015

brgionales1.png

francoise-coutant-et-alain-rousset_3433038_800x400

Une fois les larmes et cotillons du premier tour ramassés, on ne parle que de ça : les tractations du second tour. Ou l’enjeu des bonnes places sur la bonne liste et des ubuesques cumuls mathématiques de voix. Avec leur lot d’alliances contre-productives, de désistements et stratégies guerrières anti-démocratiques et irrespectueuses de l’électeur. Une vraie fatalité.

L’avantage supposé de ce mode de scrutin à deux tours est de favoriser la mise en place de réelles majorités plurielles à même de proposer des programmes de gestion dans la durée – c’est le sens de la mise en place de ce système. Ce processus en deux temps a aussi le mérite de mobiliser l’attention sur deux scrutins en un, donc de potentiellement stimuler une participation civique déjà atone. Mis en place pour les élections régionales de 2004, le système à deux tours a été décidé après le choc des élections de 1998, qui, vote proportionnel intégral oblige, avaient vu de faibles majorités se dessiner et plusieurs présidents sortants de l’UDF négocier le soutien des élus FN pour maintenir leur présence à la tête des exécutifs. De ce séisme politique avait donc découlé la volonté de préserver la stabilité des assemblées régionales et de pérenniser les politiques menées.

Quand l’entre-deux-tours devient une caricature de démocratie…

Mais ce système est pervers : voter deux fois en huit jours peut également constituer un facteur de découragement et de désintérêt pour des citoyens déjà tristement peu motivés par l’enjeu, on l’a vu. Surtout, le faible laps de temps entre le premier tour et le dépôt des listes pour le second tour (48h) force des négociations hâtives, dont la dramaturgie est accentuée par l’emballement médiatique que l’on sait. Ceci contribuant à faire de ce qui devrait être un temps de réflexion une véritable course contre-la-montre à l’effet moralement discutable et de laquelle sont logiquement évacués les véritables enjeux et propositions de fond. On l’entend souvent dans les médias, une fois le premier tour expédié, « commence un autre scrutin ». Cela sous-entend que l’on va enfin passer aux choses sérieuses, ranger les seconds couteaux pour enfin voir s’affronter les duellistes professionnels. Dans les faits, du vent, de l’image forte et malheureusement peu de débats de fond. Comment ne pas comprendre le désarroi de l’électeur devant ce qui figure la caricature de la réflexion politique, alors qu’elle devrait en être l’essence ? L’émulation politique escomptée est difficile à trouver.

Dans ce climat de tension et de réactions exacerbées, les psychodrames et engagements sans lendemain sont légion : sans s’épancher davantage sur le cas d’école Masseret dans le Grand Est, plus localement on se souvient encore aux régionales de 2010 de l’échec en Limousin de la fusion entre les listes Denanot et Terre de gauche, en raison d’un désaccord irréconciliable de positionnement de candidats du NPA sur la liste départementale du second tour en Haute-Vienne. Du côté des socialistes, on avait attribué cet arrêt des négociations au refus de l’engagement à soutenir le budget régional. Mais le problème était bien ailleurs. Était-ce le moment d’engager de telles discussions ? Quelque chose de bénéfique aurait-il réellement pu aboutir sur un coin de table en quelques heures ? La divergence des positions constatée tout au long de la mandature laisse penser que cette alliance aurait été de toute façon vouée à l’échec. Ailleurs, on a souvenir aux municipales de 2014 à Limoges du désastreux accord entre la liste Terre de gauche de Gilbert Bernard et la liste du maire sortant Alain Rodet. Ce dernier, acculé par le succès au premier tour des listes contestataires d’Emile-Roger Lombertie et de Vincent Gérard, avait accepté sans trop de conviction le principe de la gratuité des transports publics, défendu par le Front de gauche, sans plus le défendre une fois l’élection passée. On avait compris que les différends ne pourraient se régler artificiellement dans la précipitation et que là aussi l’enjeu était ailleurs, dans le fond des propositions. Bien entendu, loin de nous l’idée d’attribuer à un mode de scrutin tous les déboires de notre système démocratique et de l’inadaptation notoire des partis politiques à la réalité de notre société, mais ce scrutin théâtral ne me paraît pouvoir contribuer en pas grand chose à la revalorisation de nos débats d’idées.

De la fragilité des fusions efficaces

La perspective d’un second tour semble hélas cristalliser l’intérêt des états-majors autour de celui-ci, et écrase les petits partis cantonnés au premier tour, qui d’entrée de jeu se voient assigner un rôle de pittoresque mais inutile figurant. Ceux qui par bonheur ont passé les 5 % vont pouvoir se compromettre, se contorsionner, dans le meilleur des cas instiller dans le programme du « fusionneur » quelques idées portées avec courage au premier tour et qui auront hélas trop souvent valeur de caution morale pour la liste majoritaire.

Les fusions sont effectivement parfois peu efficaces. Si l’on ne doute pas du travail des élus écologistes au sein de la majorité du Conseil régional du Limousin ces cinq dernières années, on peine à citer des exemples de leur valeur ajoutée durant la mandature. Il faut dire que le soutien continu des socialistes au projet de LGV, l’inaudibilité des positions écologistes sur la réforme territoriale et la pugnacité parallèle de l’opposition de gauche de Limousin Terre de gauche ont davantage marqué les esprits et mis en doute la pertinence d’une fusion entre PS et écologistes au soir du premier tour des régionales de 2010. Dans un autre registre, si la fusion entre la liste Lombertie et la liste Coinaud en 2014 a permis la victoire de l’opposition et qu’elle ne semble souffrir d’aucune contestation ouverte et officielle à ce jour, on se souvient qu’elle s’est faite dans la précipitation la plus totale, M. Lombertie reprenant in extenso, sans nuances et non sans électoralisme le programme de Pierre Coinaud. Dès lors, l’UMP semblait avoir acheté six ans de silence et d’acceptation tacite des projets officiels des élus UDI-MoDem, d’autant plus lourds à assumer pour les centristes que Limoges Métropole, promise à M. Coinaud, est restée à gauche, et que les rares adjoints qui semblent véritablement avoir l’oreille du maire sont tous ex-UMP et sont à l’origine des positions très droitières de la municipalité. Pour la sincérité et la valeur ajoutée de l’alliance, on repassera…

 

Le tour unique, un remède à la défiance politique ?

triangulaire.png

Souvenirs…

De ces constats émane l’idée que revenir au scrutin proportionnel à un tour peut incarner une partie de la solution à la défiance. Plus de second tour, plus de cirque de l’entre-deux-tours, plus d’ « appels à voter » grandiloquents. On se concentre sur l’essentiel et l’on s’efforce de proposer son projet global dès le début, sans stratégies de divulgation mal intentionnées. On s’épargne également ce phénomène de « tractations » tellement obscur aux yeux des citoyens – à juste titre, et qui caricature terriblement le débat public et jette un doute coupable sur la sincérité de l’engagement des fusionnés du second tour – c’est le cas par exemple des listes du rassemblement citoyen écolo-Parti de gauche en Rhône-Alpes–Auvergne, dont le ralliement au PS Jean-Jack Queyranne a été vertement critiqué par certaines figures de la gauche radicale. Mais renoncer à la fusion signifiait une absence du futur conseil.

Justement, un des maux de la démocratie française est la difficulté pour les petits partis d’être représentés dans les instances de gouvernement. Revenir à un tour unique de scrutin éviterait l’éviction des conseils régionaux de listes pourtant représentatives. Si maintenir la barre des 5% à l’échelle régionale comme seuil minimal d’entrée au Conseil me semble justifié*, l’éviction des assemblées des listes ayant dépassé ces 5% mais n’ayant pas pu ou pas souhaité fusionner au second tour et donc assurer leur présence me semble constituer une anomalie démocratique. Les électeurs qui se sont prononcés pour une liste donnée au premier tour, fut-elle inconciliable avec une autre au second tour, ont tout autant que les autres et sans conditions un droit à la représentation. Lors de ce scrutin, plusieurs listes créditées de plus de 5% ont pour diverses raisons signé leur absence du Conseil régional en renonçant à toute fusion. C’est notamment le cas des listes de Debout la France en Île-de-France où Nicolas Dupont-Aignan était tête de liste (6,6 %) et Bourgogne–Franche-Comté (5,2 %), ou en Bretagne de la liste régionaliste de Christian Troadec (6,7 %) et de la liste écologiste de René Louail (6,7 %), le cas des désistements socialistes en PACA et Nord–Picardie relevant d’un phénomène très spécifique. L’idée étant de ne pas nuire à la constitution de majorités solides, la solution de la prime majoritaire à la liste arrivée en tête serait maintenue. Mais de cette plus juste façon de mener le combat politique peut naître une meilleure considération de ce qu’est l’engagement électoral.

Espérons que cette année, l’alliance entre la liste d’Alain Rousset et celle de Françoise Coutant (EELV), conditionnée à une stratégie d’évitement ambigu au sujet de la LGV (on ne la finance pas, du moins pas avec le budget de la Région, ndla), pourtant encore promise par le candidat socialiste, ne se transforme pas en fardeau pour des écologistes sans doute de bonne foi mais tellement inaudibles ces dernières années. Souhaitons leur bon courage et tout le succès possible. Il en va de la crédibilité du programme promis. Pour cela, il faudra que chacun fasse preuve de responsabilité, d’humilité et de pédagogie à l’égard des citoyens qu’il entend représenter et des défis qu’il doit relever dans le sens de l’intérêt général. Car au final, bien plus que d’une réforme du scrutin, c’est bien d’une réforme morale et politique dont les citoyens sont demandeurs.

* Certes le Front de gauche en région ALPC a dépassé les 5 % dans cinq des 12 départements (les trois du Limousin ainsi que la Dordogne et les Landes) et pourrait logiquement prétendre dans ces derniers à une représentation élue… mais nous sommes bien dans un scrutin régional ! On peut rétorquer qu’à l’échelle du seul Limousin, leur entrée au Conseil régional aurait été garantie, mais ceci est un autre débat… qui hélas n’a pas été mené démocratiquement, convenons-en.

Photo : F. Cottereau, Sud Ouest.







Mascara |
ARBIA |
hors-micro |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | joaniz
| FO Assurances 77
| Info33