> Une nouvelle série thématique à suivre…

29012018

patrimoines meconnus

Me voici de retour pour lancer une petite série thématique, que j’envisageais initialement estivale. Comme je vous avoue trouver de moins en moins de temps à consacrer à ce blog, ce nouveau feuilleton ne sera pas borné dans le temps, et constituera un work in progress à l’issue indéfinie… Cela devrait me permettre de matérialiser mon attachement perpétuel à l’égard du Limousin, et de concilier sans trop de contraintes les différents (et futurs) engagements qui aujourd’hui et demain, occupent et occuperont mes journées…

Par cette invitation à la déambulation, par ce carnet de voyage de proximité, je vais chercher à vous proposer, chers lecteurs, amoureux de Limoges et de cette « terre du milieu » confirmés ou en devenir, mais aussi à vous qui considérez que cette ville n’a que peu de choses à montrer, de regarder différemment le paysage et l’histoire de l’ex-capitale limousine. L’idée est aussi d’en saisir, par cette découverte d’un patrimoine méconnu, les forces cachées et potentiels de développement, à même de garantir une qualité de vie, une curiosité partagée, un dynamisme économique et culturel appréciables. Peut-être décèlerez-vous donc de surcroît dans mon propos – mais ce n’est pas nouveau – une forme d’interpellation des décideurs locaux, une invitation à ce qu’ils prennent en considération ces richesses, ces spécificités*. À l’heure où se joue le sort de lieux cruciaux comme la place de la République ou les bords de Vienne, qui s’apprêtent à changer, renouveler leur visage, et alors que la ville doit trouver sa place dans une région sans doute un peu trop grande pour elle, toutes les occasions me paraissent bonnes pour rappeler combien Limoges et ses alentours détiennent un patrimoine riche et à exploiter, et que chacun doit pouvoir en profiter…

Premier épisode à suivre très prochainement, consacré aux maisons de personnalités historiques, à leur valeur patrimoniale et à leur potentiel touristique.

*A ce titre, cette série prolonge les réflexions et les valeurs que j’ai souhaité défendre avec mes camarades de l’association 55 citoyens pour Limoges dans un dossier thématique consacré au patrimoine urbain de la ville de Limoges, présenté en 2014 à la municipalité, resté lettre morte. Les propositions que je ferai sur mon blog s’inspireront de l’esprit de ce dossier, mais bien entendu je n’engage nullement sans leur assentiment les autres adhérents de l’association, association dont les positions sont régulièrement présentées sur le blog http://55pourlimoges.unblog.fr.




> Mes voeux pour 2018 !

3012018

voeux 2018 simple

Ce message s’adresse à tous ceux qui ont contribué à mon année 2017, à Limoges, à Lille ou ailleurs, et à ceux qui feront un peu de mon année 2018, que je le sache déjà ou que je n’en sois pas encore conscient.

Puisse donc cette année qui s’annonce donner à chacun et chacune d’entre-vous les moyens de mener à bien les projets que vous entendez construire et partager.

Puisse cette année, comme l’année qui s’achève et conformément à mes voeux pour 2017, être une année de bienveillance, sans conditions ni préjugés.

Au-delà, pour cette année 2018 tout particulièrement, je nous souhaite, en toutes circonstances, de trouver les ressources pour déjouer les facilités et les habitudes qui nous entravent, ébranler les certitudes qui méritent de l’être, repousser les convenances qui exigent d’être transgressées, et porter les idées qui gagneraient à prospérer. L’époque exige de nous du lien, de l’inventivité et sans doute un peu d’audace, pour bâtir tout un tas de beaux édifices accueillants. Tâchons pour cela de bien nous entourer, de jouer collectif, et de savoir exprimer aux autres les évidences qui ne paraissent plus toujours en être.
C’est ce que je me souhaite personnellement et plus que jamais pour cette année, et c’est ce que j’espère pour vous tous.

En attendant de vous revoir, et, pourquoi pas, au-delà des mots, de construire quelque chose ensemble, je vous souhaite donc une très belle nouvelle année. Qu’elle puisse vous apporter les satisfactions, professionnelles et personnelles, que vous attendez, et la force de surmonter les difficultés.

Bien amicalement à tous, et je l’espère, à très bientôt, ici en Ariège*, ou ailleurs !

Lucas

* Pour ceux qui l’ignoreraient, je travaille depuis octobre au sein du Pays d’art et d’histoire des Pyrénées cathares, où je m’occupe plus précisément de la thématique du patrimoine industriel. C’est loin, mais c’est beau !




J’ai 10 ans ! Et maintenant ?

5122017

10 ans déjà…

Le 5 septembre 2007, je publiais le tout premier article de ce blog. Sobrement intitulé « Bienvenue ! », il n’avait certes pas encore la tonalité politique que mes écrits prendraient peu après et progressivement, mais il constituait le point de départ d’une aventure personnelle, à la fois numérique et politique.

Il y a donc un peu plus de dix ans. Dix ans d’âge ; une éternité dans le petit monde des blogs, et au-delà, à l’échelle de la société numérique. Alors florissante, dynamique, symptomatique d’une nouvelle façon de créer et prolonger les débats d’idées, la blogosphère semble avoir été progressivement ringardisée par les renouvellements successifs et effrénés des codes de la communication et de la discussion numériques, dont les réseaux sociaux sont la principale incarnation.

En une décennie, la galaxie des blogs limousins s’est effectivement rétractée. Parmi les principales adresses qui à l’époque contribuaient à l’animation des débats politiques avant, pendant et après les périodes électorales, et prolongeaient (voire concurrençaient pour certaines) la presse locale, citons notamment le blog de Tristan Bromet, sans doute le plus actif et le plus riche en révélations, le carnet de Vincent Léonie, les blogs des socialistes la Jeune garde du 87 (ouvert pour les municipales de 2008) ou de Maxime Nègremont, celui du centriste Pascal Appanah, du lycéen Pierre Dumazeau, ou encore ceux des écologistes Cyril Cognéras, Yann Dano et Florent Mignot. Au plus fort de leur activité – les élections de 2008, donc – tous ces blogs généraient plusieurs centaines de visites par jour, de nombreux commentaires, et leur lot régulier d’évocations dans la presse traditionnelle. Il faut bien avouer qu’ils avaient contribué à souligner le manque d’appétence des élus locaux pour la communication numérique : Nadine Rivet, alors élue d’opposition Modem, aujourd’hui devenue adjointe de l’équipe Lombertie, faisait presque figure d’exception (également en tant que femme !), bien que son blog ne rendît plus compte que des résultats du CSP lors des deux dernières années de son existence…

Surf sur la blogosphère- 27122007

 

Aujourd’hui, les blogs survivants sont rares. Le tournant date vraisemblablement de la pré-campagne présidentielle de 2012, qui consacre l’avènement massif des posts Facebook et des tweets dans la communication politique comme dans l’action militante. À cette époque, on s’étonne de l’absence de la plupart des élus locaux du Limousin des réseaux sociaux (décidément le web ne les séduit pas), et c’est déjà la preuve d’un changement d’époque, voire d’une fracture entre deux ères.

Certains des anciens blogueurs limousins ont changé d’horizon ; c’est le cas de Tristan Bromet, qui avait fermé son blog dès la fin 2009, au grand regret de nombreux internautes. Recruté quelques mois chez France 3 Limousin comme chroniqueur, puis parti à Paris où il fut plus récemment au cabinet d’Anne Hidalgo à la mairie, il est depuis quelques mois chef de cabinet de Brigitte Macron à l’Élysée (quel parcours !).

 Parmi ces blogueurs historiques, d’autres demeurent actifs à Limoges ; ils ont parfois pris un peu de distance vis-à-vis de l’engagement partisan, parfois au contraire l’ont fait perdurer, voire fructifier. Vincent Léonie a pris une autre dimension politique, puisqu’il est aujourd’hui adjoint au maire de Limoges en charge des questions d’urbanisme. Maxime Nègremont est élu municipal d’Isle. Cyril Cognéras, ancien conseiller municipal, parmi les pionniers (blog ouvert en 2006), continue d’alimenter son site, où politique et écriture se côtoient toujours. S’il garde ses sympathies pour la gauche alternative, Florent Mignot a pris quelque distance avec l’engagement partisan depuis sa dernière candidature aux départementales en binôme avec l’insoumise Marie Labat. Cette dernière, connue autant pour son activité d’auteure de polars que ses récentes participations aux scrutins locaux, est une des figures de cette nouvelle génération de militants connectés, de fait pas forcément plus jeune mais certainement pas moins engagée. Quelques rares élus incarnent ce mouvement : Laurence Pache, ex-élue régionale creusoise, ou Danielle Soury, sa camarade insoumise élue à Limoges, ont renouvelé le paysage en ouvrant leurs blogs respectifs. Le blog Limoges Reconquête, héritier de la Jeune garde, distille aussi, quoique de façon fort épisodique, les espoirs d’une gauche locale encore atomisée, et atone… Ponctuellement, au gré des scrutins, quelques blogs éclosent puis s’éteignent – on se souvient notamment des « portraits cachés » de Cyril Marchan lors de la campagne municipale de 2014, ou plus loin de l’expérience avortée de « Libre à Limoges », magazine papier et web alternatif d’opposition à la majorité Rodet…

C’est une évidence, la blogosphère n’est plus ce qu’elle était. Les rares blogs encore actifs sur Limoges parlent avant tout de patrimoine et de belles photographies (« Limoges passionnément » par exemple). Désormais, l’actualité politique vit donc largement sur Facebook ou Twitter : outre Marie Labat, c’est largement sur les réseaux sociaux que s’expriment les élus et militants comme Emile-Roger Lombertie (le maire de Limoges dispose aussi d’un « carnet »), Gérard Vandenbroucke, Philippe Reilhac, Marie-Anne Robert-Kerbrat, Guillaume Guérin, Pierre-Edouard Pialat, Stéphane Bobin… Certains sont actifs sur plusieurs fronts, et croisent les engagements : on pense aux parutions régulières de Laurent Bourdelas, qui mêlent toujours de façon engagée actualité culturelle et histoire locale, ou encore à celles de Vincent Brousse, non dénuées d’humour.

Les échanges sur ces réseaux sont sans doute plus vifs, probablement plus vivants… mais pas forcément plus sincères. Le pire côtoie le meilleur. Surtout, ils sont plus éphémères. Les traces ne subsistent pas, vite remplacées par l’actualité du lendemain. On peut en ressentir de la nostalgie, mais désormais sans doute s’informe-t-on et débat-on autrement. Les réseaux sociaux ont en partie aboli les hiérarchies sociales, culturelles, ce qui n’est pas un mal en soi. Ils paraissent plus paritaires, aussi, saluons-le. De manière générale, ils semblent aujourd’hui essentiels pour des décideurs décidés à renouer avec leurs administrés. Ils ont facilité le développement de mouvements citoyens alternatifs soucieux de bousculer les pesanteurs et de donner un petit coup de fouet au débat public (55 citoyens pour Limoges en est un exemple évident). Mais sans doute n’y a t-on pas toujours gagné en sérénité… Le web n’est pas une fin en soi !

De mon côté aussi, les publications se sont faites plus rares – et en même temps plus denses et toujours plus « localistes ».

Si je devais revenir sur quelques moments marquants de cette expérience, sans doute pourrais-je citer :

2008-2012 blog

Sur un plan plus statistique, mon blog c’est

  • 538 articles publiés, essentiellement entre 2007 et 2013 j’en conviens.
  • 808 commentaires (modeste, j’en conviens aussi), dont 28 sur la page de description personnelle (merci pour votre soutien!)
  • Plus de 430 000 visites (mais il s’agit de chiffres à prendre avec bien des pincettes…)

Ce sont aussi quelques lecteurs que je sais avoir été réguliers, même sur une période ancienne.

Merci à tous ceux qui depuis le début ou depuis plus récemment, ou plus ponctuellement, ont suivi les débats et les idées qui ont émaillé l’actualité, en même temps qu’ils ont rythmé (et ont été rythmés !) par mes successives pérégrinations, en Suisse et à Lille notamment. De l’adolescence à l’âge adulte…

Mon quotidien a changé. Depuis octobre, j’habite en Ariège où je m’occupe désormais de patrimoine industriel. Je n’ai pas quitté le Limousin pour autant ; comme « toujours », j’y reviens autant que possible, toujours animé par le même attachement à ce territoire riche de ce qu’il ne sait pas toujours… Assez logiquement, mes nouvelles obligations, un nouveau mode de vie, m’invitent à modifier l’utilisation de cet espace, déjà un peu délaissé dernièrement. Pour éviter de revenir une fois encore sur mes propos, je n’annoncerai pas la suspension de ce blog. Sans doute y publierai-je encore, au gré de mes engagements, de mes passions, de ma sensibilité aussi. Patrimoine et politique continueront, je l’espère et le souhaite, de s’y mêler. Soit dit en passant, l’essentiel de mes activités est accessible via cet espace annexe, qui condense publications et engagements associatifs et plus personnels.

A bientôt, et merci encore aux quelques irréductibles qui par fidélité ou par hasard, passeront par ici. :-)




> #2017, épisode 1 : Rencontre-débat avec Michèle Rivasi

3112016

bandeau2017

Des primaires aux législatives, mon regard subjectif sur les campagnes électorales de 2017.
Episode 1 : rencontre-débat avec Michèle Rivasi, candidate de la primaire EELV, à la Maison de l’écologie régionale à Lille (2 novembre 2016).

DSC_0267-compressorBon, je sors de ma première rencontre-débat politique avec Michèle Rivasi. J’y allais sans trop de certitudes, seulement motivé par ma réelle admiration pour cette femme pas comme les autres et ses combats tellement vitaux qu’ils m’en ont sorti de ma torpeur pré-électorale.

On s’est retrouvés à seulement sept ou huit, quelques militants écolos « vieux de la vieille » et deux ou trois sympathisants non-encartés. On boit un peu de bière bio, certains monopolisent la parole, on me redemande plusieurs fois si je suis à EELV, c’est lassant, j’ai du mal à causer, mais ce n’est pas méchant. Et surtout, Michèle Rivasi, quoique parfois un peu trop techno pour moi, est captivante. Je la suis depuis que je l’ai entendue parler de déchets nucléaires (en Limousin on sait ce que c’est). L’élue écolo de Hénin-Beaumont présente ce soir, l’ « autre Marine », Marine Tondelier, assure carrément dans le rôle de l’animatrice pétillante, inclusive et convaincue, qui rappelle de façon implicite la nécessité de parler clairement aux gens, de leur faire comprendre que l’écologie concerne tout le monde, bon sang.

Ca fait un moment que je ne crois plus en la Providence incarnée (je crois que je n’y ai jamais cru, exception faite de ma passion fulgurante et un peu immature pour Ségolène), mais Michèle Rivasi a l’immense mérite de s’intéresser à tout ce qui concerne le plus grand nombre : la santé, les lobbies et leur impact sur notre quotidien, la bêtise du libre-échange, l’alimentation, le cadre de vie… Plusieurs fois elle revient sur la nécessité d’associer les gens à partir du monde associatif. C’est encore assez incantatoire mais ça me plaît quand même. On perd quand même pas mal de temps sur le cannabis qui en dépit de son intérêt (dans les débats de société) ne me semble pas être l’alpha et l’oméga de la campagne.

En sortant, sur le coup, je suis un peu déçu. Je n’ai pas su quelle était la position de Michèle Rivasi sur les défauts de notre démocratie et sur la participation citoyenne, sur l’éducation, sur l’aménagement du territoire, et je ne suis pas encore totalement convaincu de la capacité de cette candidature à dépasser le cadre racorni des vieux partis – en dépit de son intention de le faire, mais l’énergie dégagée par ces échanges et la foi avérée et rappelée toute la soirée en les bonnes initiatives du terrain me poussent à y croire encore un peu…

Surtout, je me dis que ce sur quoi je n’ai pas pu me faire d’avis, eh bien c’est peut-être à moi d’aller le proposer sur la plateforme participative que les écolos ont mise en place pour enrichir les propositions ? Tiens, de la participation, de l’apaisement, de l’humilité, du collectif, pas mal ça. Je ne me suis tout de même inscrit à cette primaire tant décriée pour rien. Assumons. > #2017, épisode 1 : Rencontre-débat avec Michèle Rivasi dans Perso 1f642 Attendons de voir, et, qui sait, d’agir ?




> Réfugiés : merci à France 3 Midi-Pyrénées

27102016

Réaction au communiqué de la rédaction de France 3 Midi-Pyrénées suite au torrent de commentaires haineux suscité par l’arrivée des réfugiés en France.

Merci à France 3 Midi-Pyrénées de sortir de sa réserve journalistique pour exprimer tout son dégoût vis-à-vis des messages de haine que suscite l’arrivée des réfugiés dans cette région (comme ici, cf. reportage de France 3 Limousin hier), et lancer un cri du coeur ô combien salutaire.

La désespérance des citoyens français, aussi légitime soit-elle, et si elle appelle bien entendu des réponses politiques et sociales urgentes, ne me semble aucunement pouvoir justifier les appels aux meurtre, honteux amalgames sur le terrorisme et autres vociférations complotistes. Migrer ne peut être une joie, surtout dans ces conditions, quand il s’agit de fuir une patrie aimée devenue terre de mort. Ces réfugiés sont des êtres humains, bon sang ! Rien ne saurait justifier ce déferlement d’animosité. Est-ce trop demander que de partager un peu de l’indulgence que nous accordons plus volontiers à nos concitoyens, à ces hommes et femmes qui n’ont pas eu la chance de naître en terre de paix ? Plus que jamais nous devons nous rappeler que notre dénominateur commun par excellence, par delà nos douleurs et nos frustrations, c’est notre humanité. Bien plus que par respect dune tradition d’accueil effective quoique par plusieurs fois reniée, la France doit prendre sa part dans cette opération humanitaire au nom d’une charité dont d’aucuns s’arrogent le monopole de façon souvent bien vulgaire. L’identité judéo-chrétienne de notre bon vieux pays, n’est-ce pas aussi porter l’amour et la tolérance ?
 
Puissions-nous tous trouver en cette année électorale qui s’annonce, l’intelligence collective et l’humanité (oui, toujours) de penser en tant que citoyens conscients de la fragilité de l’existence, et à même de penser nos actes en hommes et femmes de paix, intérieure et extérieure (suivez mon regard).



> Revue littéraire : Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyoux

25092016

revuelitt

1507-1Sorti au printemps dernier, Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyoux, brosse un portrait de quelques-uns de ces coins de France à la réputation aléatoire. Pari intéressant que d’aborder une nouvelle fois la question des imaginaires géographiques en se confrontant directement à l’expérience du terrain et de la rencontre. Le résultat sera-t-il à la hauteur du défi ?

Elles sont douze à avoir été arbitrairement sélectionnées : Mulhouse, Vesoul, Guéret, Cholet, Vierzon, Cergy, Saint-Nazaire, la vallée de la Fensch, Verdun, Maubeuge, Châtel-Guyon et Draguignan. Vincent Noyoux a choisi, au fil d’une année, de s’y rendre pour vérifier si ce que l’on en dit de plutôt mal – isolement, ennui, laideur, misère… – est vrai. Deux ou trois jours sur place, à chaque fois. L’expérience est bien entendu subjective : certaines contrées ont moins de chance que d’autres au sens où elles seront visitées un jour de pluie, en plein novembre, un jour de fermeture des magasins… Qu’importe. On compte davantage sur l’engagement et la bonne foi du narrateur que sur sa bien-pensance, pour déceler le positif qui sommeille en ces petites cités.

D’emblée, on doute, car les poncifs sont bien présents. Parlant de Mulhouse : « on n’y trouve pas de bars branchés ni d’abbayes classées. (…) On n’y croise aucune célébrité. » (p. 8) Mais rapidement, la subtilité du style dénote le volontarisme de Vincent Noyoux à trouver ce qui peut plaire en ces villes. Non, ce n’est pas dans le guide touristique décalé que donne l’auteur, car celui-ci ne se prive pas de critiquer ce qui ne lui plaît pas. Mais on le sent réellement touché par ces villes dépréciées, et c’est cette sincérité, qui transparaît dans les passages très bien racontés, les émerveillements non feints, les surprises communicatives de ce road trip personnel et attachant, qui nous prouve qu’un a priori peut ne pas résister à qui sait le questionner.

On se délectera d’une sorte d’éloge de la curiosité : Vincent Noyoux se frotte à ce qu’il ne connaît pas, ce dont on parle beaucoup sans chercher plus loin, ce qu’il craint, même. On pense ici à Cergy la banlieusarde : « l’imagination s’enflamme vite et l’on en veut aux journaux télévisés, au rap, aux films brûlots sur la banlieue autant qu’à soi-même de se laisser déborder par cette paranoïa pyromane », p.61. Certes, Vincent Noyoux n’est pas tout à fait un français moyen, il est journaliste de voyage et on se dit que c’est aussi dans son métier et dans son ADN que d’aller à l’encontre de ses préjugés. Mais peu importe, ici, l’aventure personnelle, le défi personnel surpassent largement l’expérience professionnelle car on parle bien moins de patrimoine conventionnel et de crise économique que de rencontres, d’échanges et de petits plaisirs quotidiens. D’ailleurs, n’ose-t-il pas snober la gastronomie locale à Vesoul pour y préférer un étonnant et chaleureux restaurant roumain ? Préférer au discret patrimoine historique choletais les usines Pasquier ou les improbables œuvres d’un artiste contemporain local ? Descendre en règle le musée de l’Hôtel-de-ville de Mulhouse pour préférer se rire de sa déambulation de néophyte entre les voitures du musée de l’Automobile ? Décevant ? Pas du tout ! On parle ici d’un tour de France des villes incomprises : il convient donc de les décrypter, de les amadouer, de les ménager, et en aucun cas de servir une carte postale surannée et bien-pensante. « Mulhouse [et tout ce livre, ndlr], c’est d’abord un grand bras d’honneur à Jean-Pierre Pernaut » (p.12).

ob_6489f7_1Le livre se lit facilement, c’est un dialogue entre l’auteur et son lecteur. Le propos est certes parfois un peu politique, par exemple quand il s’agit de requestionner le modèle de la ville-nouvelle avec Cergy, de regretter les errements de l’économie touristique qui ose vendre une « terrine du Poilu » à Verdun, ou de déplorer l’endormissement des villes évitées par les autoroutes et lâchées par leurs petits commerces. Mais jamais trop, de sorte que le bouquin reste un livre de voyage plutôt plaisant.

Et puis c’est souvent drôle, en tout cas bien assez subtil pour que l’on ne s’offusque pas des railleries de l’auteur : « à quoi ressemble une forêt de sapins quand on lui retire ses sapins ? Probablement à quelque chose comme la Haute-Saône » (p.28) ; « Vesoul (…) ça évoque une ventouse qui n’adhère plus » (p.28) ; « Vierzon est une petite ville de 27 000 âmes située aux portes de la Sologne et aux portes de la Champagne berrichonne. Rester aux portes de tout est le propre des paillassons, mais on ne s’est pas toujours essuyé les pieds sur Vierzon. » (p.92). On pense aussi au film Bienvenue chez les Ch’tis présenté comme « documentaire des plus rigoureux sur la pluviométrie dans le nord de la France » (p. 197), ou à cette pauvre « Maubeuge à la vie nocturne de Pluton » (p. 203).

DSC_0089Et au moment où se dit que non, il va trop loin (Guéret, qui au passage n’est pas la ville la mieux sauvée du livre, comparée à « un œil crevé sur le plus ravissant des visages » (p.43) nous rappelle tristement l’épisode Technikart, et on compatit aussi avec la Fensch quand l’auteur croit voir dans l’encadrement d’une porte la Mort en personne, p. 153), on se rassure en réprimant un sourire à la lecture d’une blague un peu lourdingue sur cette préfecture du nord-est, en se disant que ses habitants se moqueront sans doute aussi gentiment de cette ville du sud-ouest… On rira notamment du festival de blagues absurdes sur Vesoul (p.31). Même quand on peine à trouver des éléments réellement positifs – on pense à la longue et sinistre description de la vallée de la Fensch ou la déprimante présentation de Maubeuge -, la qualité de la propose et l’application à parler des gens, et même à s’effacer derrière leurs pensées à eux, rend belles ces contrées. L’humour, d’ailleurs, permet souvent de relativiser les inconvénients de ces villes et rabat les clichés : « Ce jour-là, il est gris, comme partout ailleurs en cette saison » (p.31).

On rend de discrets hommages à ces citoyens ordinaires, qui se battent pour réhabiliter leurs villes. Des plus attendus : les guides-conférenciers, les commerçants, un blogueur à Vierzon, les Creusois échaudés par la provoc’ parisianiste de Technikart, le chanteur Anis à Cergy… Aux plus improbables : un papetier militaire à Draguignan, un boucher halal fan de fortifications Vauban à Maubeuge, et même les basketteurs américains du club de Cholet.

Capture d’écran 2016-09-25 à 01.07.53L’auteur parvient-il à réhabiliter ces villes ? Sans doute ceux qui n’étaient pas convaincus ne le seront pas bien davantage car ces villes ne recèlent aucun grand monument ou grand festival (l’auteur le dit d’emblée !), mais ceux qui savent lutter contre leur préjugé sauront déceler, entre les lignes, les émotions qui auront animé l’auteur. Ambiance industrielle à Mulhouse ou dans la Fensch, ambiance morbide à Vesoul, immersion picturale et littéraire à Guéret, aventure pleine de risques dans une friche cergyssoise, : on peut aussi comprendre le propos du livre comme un plaidoyer pour une curiosité subtile, ni voyeuriste ni misérabiliste, en somme pour un tourisme différent, alternatif, plus sincère et moins automatique. « On ne juge pas seulement une ville par la qualité de son patrimoine ou de ses espaces verts, mais par une foule de ressentis liés à des détails anodins : une poubelle renversée en pleine rue, le sourire d’une passante, une mauvaise toux attrapée sur une place ventée, le pain trop sec au restaurant. Une bonne séance de cinéma peut sauver un séjour. » (p. 203). Notre pays est « une mosaïque de lieux secondaires, ingrats de prime abord, décevants parfois, mais essentiels. Ils permettent au touriste de respirer, de souffler un peu entre un château et une  »ville d’art et d’histoire ». Ils rappellent surtout que la France a une histoire : telle vallée sinistrée ne l’a pas toujours été ; telle station thermale a connu des jours meilleurs ; tel port a connu un âge d’or. La population est partie, les centres-villes s’étiolent, mais ces lieux ont encore quelque chose à nous dire. Il suffit de savoir les écouter. ». « Un lieu n’est insipide que parce qu’on l’a décidé. » (p. 217)

EDIT : fichier pdf La contribution du Populaire qui rend justice à la vie étudiante guérétoise. :-)

Photo : le 12:45, M6. La gare de Guéret (L.D., 2015). Cergy (L.D., 2016).







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