Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !




> Mobilisation à la faculté des lettres et des sciences humaines de Limoges

22042013

> Mobilisation à la faculté des lettres et des sciences humaines de Limoges dans Actualité locale blim

Les étudiants de la Faculté des lettres et des sciences humaines de Limoges (FLSH) sont remontés. La cause ? Une volonté annoncée par l’administration de l’Université de fermer d’ici peu les bibliothèques de section de la faculté, ces petites unités qui proposent aux étudiants et enseignants, au sein des bâtiments où sont dispensés les cours la documentation et les conditions nécessaires à la recherche. Si les défenseurs de cette idée estiment que l’intégration de ces fonds à la bibliothèque universitaire optimisera les démarches de travail, nombre d’étudiants et personnels s’insurgent contre une décision qu’ils jugent inutile et symptomatique d’une Université qui se trompe de combat dans la quête de l’efficience et de l’économie… J’ai souhaité donner la parole à des étudiants qui ont fait leur ce combat contre une tentation aux « logiques financières » d’un enseignement supérieur pourtant tellement indispensable.

dsc_8379-200x300 dans Culture

Riche de plusieurs de ces petites bibliothèques, l’Université de Limoges et en l’occurrence la FLSH a entamé il y a plusieurs années un transfert progressif des fonds documentaires des différentes filières vers la bibliothèque universitaire (BU), au nom du confort et du professionnalisme de ses personnels, quand seuls des étudiants tuteurs et des enseignants fréquentent les bibliothèques de section. Dans sa réponse aux inquiétudes des étudiants, la direction de la faculté insiste en effet sur « la mission de service public » que les employés accomplissent « avec beaucoup de compétence et de conscience professionnelle ». De ça, les étudiants ne doutent pas, mais estiment que ce n’est pas l’intérêt du débat et de leur mobilisation. Très concernés, ils disposent d’un argumentaire assez précis. Marie Toulisse, étudiante en L3 Lettres classiques, sait de quoi elle parle : les ouvrages en question sont essentiels pour « produire mémoires et thèses », et leur relégation « dans les profondeurs des archives de la BU » revient pour elle à une disparition inavouée. Le collectif de défense des bibliothèques explique : « le projet, censé transformer nos bibliothèques en  »espaces de travail », ce qu’ils sont déjà, va en réalité déplacer nos livres dans la BU, où ils seront l’objet de désherbage. Le désherbage, en bibliothèque, signifie le redéploiement des collections: autrement dit, nos livres seront placés en magasin, placés sur les étagères de la BU, mais pour beaucoup, ils seront bradés ou jetés à la poubelle. » Faisant allusion à des livres « rares et précieux », de fait encombrants quand l’on cherche la rapidité du reclassement, les étudiants prévoient avec agacement que « la BU n’a ni le temps ni les moyens de conserver, étiqueter et informatiser les milliers d’ouvrages que nous possédons. Beaucoup vont disparaître du circuit et les étudiants n’y auront plus accès. » Et n’hésitent pas à parler de « massacre » annoncé.

La colère a commencé à gronder il y a quelques semaines déjà, mais ne s’est réellement matérialisée qu’en avril, en dépassant le cadre des départements, individuellement, pour s’afficher en compte twitter, page Facebook, pétitions (434 signatures sur la pétition en ligne), échanges de courriels et même un article dans Le Populaire du centre. Les étudiants engagés dans une lutte corps et âmes pour sauver les bibliothèques de recherche ont en effet investi tous les champs possibles de la communication pour présenter le plus clairement possible leurs revendications. Ils se sont constitués en collectif, une structure qui se donne pour objectif de répondre au mieux aux arguments de l’administration, qui face à cette mobilisation peut-être inattendue, a tenu au droit de réponse et à réaffirmer son souhait du dialogue constructif et de l’apaisement. La période actuelle de vacances semble forcer une pause dans le débat – il serait peut-être exagéré de parler d’affrontement, la dimension locale de l’enjeu forçant sans doute la mesure. Pour autant, la détermination demeure. Au courriel envoyé par la direction de la faculté, le collectif, qui entend y répondre point par point, avance ses vérités (« Malgré toute sa bonne volonté, la BU n’est pas extensible à l’infini »), craint pour le devenir d’une partie des fonds et déplore l’absence totale de concertation sur le sujet. Au-delà, il déplore même une tentation de la désinformation : non, des ouvrages ont déjà été rendus inaccessibles, et quoi qu’il en soit, c’est bien de cadres idoines de travail dont on privera les étudiants, étant donné notamment que les personnels de la BU, en dépit de leur bonne volonté, ne sont pas spécialisés sur les ouvrages dont ils auront alors la charge.

Dans les arguments des uns et des autres, on sent parfois poindre une certaine lassitude vis-à-vis de certaines pratiques propres aux secrétariats. Mais plus que d’un agaçant mais commun imbroglio administratif, que l’on retrouve partout, c’est bien aux valeurs véhiculées par ce type de considérations que les étudiants veulent s’en prendre. Le sujet semble de ce fait plus ou moins politique. Le transfert des fonds dans le Service commun de documentation (le réseau des BU de l’Université, ndla) répond à une injonction ministérielle de 2011… A ce titre, il semble bien révélateur d’une certaine conception de l’Université, et en ce sens il dépasse le devenir des bibliothèques de section. C’est en tout cas ce qu’estiment les étudiants que j’ai pu interroger, qui pensent certainement que ce n’est pas la fermeture simple de ces bibliothèques qui condamnera l’enseignement supérieur, mais bien tout un ensemble de décisions néfastes dont celle-ci n’est qu’une petite facette, mais non moins emblématique. Marie fait allusion à d’autres menaces qui pèsent sur l’Université : « des filières sont menacées de fermeture car on trouve trop peu d’inscrits sur les listes », preuve que la malaise est plus large et les préoccupations intégrées à des enjeux plus globaux sur l’ambition que l’on voudra bien avoir sur l’Université du XXIe siècle. Catégorique, le collectif déclare donc qu’avec une telle ambition, « l’Université met un prix sur la culture et le savoir ». Et de dire non sans amertume :« l‘Université, depuis quelques années, dicte sa conduite selon un chiffrage méticuleux. Or, l’éducation ne se chiffre pas. Les investissements dans des bibliothèques ne se chiffrent pas. Ce sont des investissements sur l’avenir, et la valeur intellectuelle, humaine et culturelle n’est pas une valeur que l’on mesure en euros. […] Le fait que l’on parle de la  »performance » des universités est extrêmement révélateur à ce sujet. » Ainsi, si réunir les fonds dans une seule unité ne condamnera pas la recherche, c’est toute l’image de l’Université qu’ils désirent qui s’en trouvera atteinte. Attachés à ce qu’ils estiment être une richesse dans un établissement qui se doit de « promouvoir l’égalité des chances et l’égalité des étudiants à l’accès à la culture » et « promouvoir le savoir, la curiosité intellectuelle, la pensée critique », les étudiants pensent que c’est bien également à ses « valeurs » que la fermeture portera « un coup violent ». Et loin d’eux l’idée de vouer aux gémonies leur université de proximité, dont ils louent et ont conscience des « grands atouts », à savoir le « suivi personnalisé des étudiants, des équipes pédagogiques impliquées, une atmosphère chaleureuse ». On semble comprendre que les étudiants ne sont pas là pour défendre leur intérêt personnel, mais qu’ils voient aussi plus loin, prenant en considération autant leur devenir que celui des générations suivantes qui auront à cœur de bénéficier d’un enseignement de proximité, dans un établissement à taille humaine, parfaitement adapté à leurs attentes, leur ouvrant de nouveaux horizons et permettant une bonne transition entre l’enseignement secondaire et le monde professionnel…

bs-br-faceook-300x200 dans Haute-VienneCe débat semble susciter des vocations à l’engagement citoyen, et c’est tout à l’honneur de la faculté ! Marie, qui ose encore « espérer que [l'Université] a conscience que son but ultime dépasse l’intérêt purement économique », s’est surprise à prendre parti. Cette question « [lui a] permis de [se] sentir plus impliquée dans la vie étudiante et plus citoyenne également ». A l’heure où le destin à moyen terme de l’enseignement supérieur à Limoges, en particulier celui des lettres et sciences humaines dont les effectifs sont à la baisse, est plutôt flou, celle qui se destine à l’enseignement « [a] l’impression de ne pas agir seulement pour [elle] mais aussi pour les étudiants qui viendront après [elle] ». Et de rajouter, déterminée, convaincue mais peut-être un peu désabusée : « c’est la conception de l’éducation qui est en jeu dans ce débat ». Cela rejoint les propos de ces étudiants embauchés en tuteurs dans les bibliothèques de section, qui éludent leurs préoccupations financières personnelles que leur engagement aurait pu motiver, en parlant de ces espaces « pour [lesquels ils ont] effectué de nombreuses heures en-deçà de nos heures payées » par « amour des livres » et de leur cadre d’études. Cette affirmation n’est-elle pas trop appréciable, à l’heure où l’on a de cesse de pointer du doigt le désintérêt des jeunes générations pour la culture, et quand l’éducation semble avoir été érigée en grande cause du mandat présidentiel ?

Si tous sont d’accord pour saluer la bonne volonté de la plupart des acteurs en présence, et réclamer une discussion plus qu’un affrontement, ils semblent aussi partager le même avis sur les fausses bonnes idées et les faux combats sur lesquels s’engagent les équipes dirigeantes, qui pour eux n’ont pas perçu la richesse que constituent les BS dans la dimension socialisante de la recherche. Les tuteurs insistent d’ailleurs sur ce point, parachevant la démonstration de la multifonctionnalité de ces lieux en péril : « Les enseignants savent que la bibliothèque est un point de rencontre et de liaison avec les étudiants, et nous servons d’intermédiaires, les enseignants nous transmettant des exercices que nous faisons faire aux étudiants en difficulté afin de les aider à reprendre pied. Nous sommes aussi des interfaces entre les étudiants et les enseignants vers qui ils n’osent pas toujours se retourner, notamment les premières années de licence. » Dans leur discours, et à partir de ces propos, transparaît l’effarement, voire l’évidence que l’administration ne peut pas défendre un tel projet sans état d’âme. L’incompréhension réciproque s’est-elle à ce point installée ? Une concertation s’impose. Des enseignants ont déjà fait part de leur soutien aux étudiants mobilisés. Selon une expression décidément à la mode, les étudiants qui m’ont répondu semblent déterminés à ne rien lâcher. Marie avance que « le débat doit porter sur la façon de maintenir les bibliothèques à moindres frais et non pas sur une possible fermeture de celles-ci ». Le collectif conclue : « nous espérons et appelons de nos vœux l’annulation de cette décision nocive ».




> La nouvelle médiathèque de Panazol, un outil au service de la ville durable

18032013

> La nouvelle médiathèque de Panazol, un outil au service de la ville durable dans Actualité locale bculture

dsc_7510-300x200 dans Aménagement du territoire

Jeudi dernier avait lieu l’inauguration officielle de la toute nouvelle médiathèque municipale de Panazol. Presque six mois après son ouverture effective, ce très bel édifice a pu profiter du passage dans la région de Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, lequel a su trouver des mots adéquats pour exprimer combien la société toute entière devait se retrouver autour de ces lieux publics, aux deux sens du terme, celui de la propriété comme celui de l’ouverture aux publics les plus nombreux et divers possibles. Il en va de la durabilité de nos villes et de notre quotidien au sein de celles-ci.

Panazol méritait bien mieux que son ancienne bibliothèque en sous-sol, austère et peu adaptée aux demandes d’une population de 10 000 habitants. Le mal est désormais réparé, et le nouveau bâtiment s’inscrit bien dans le paysage urbain, dominant le parc de la Beausserie de ses grilles ouvragées, oeuvre d’Isabelle Braud, qui n’ont pas beaucoup à envier aux plus beaux des moucharabiehs… L’architecture intérieure est elle aussi une réussite ; tout est fait et agencé pour que les visiteurs et lecteurs soient accueillis de façon optimale et aient envie de fréquenter assidûment cet espace.

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Le président Bartolone, à l’aise et sans notes, a eu un discours très remarqué dans lequel il a mis en évidence l’application française à faire de l’espace public l’espace de rencontre, l’outil de cohésion sociale, celui où les générations apprennent les unes sur les autres et ou chacun a conscience de la différence d’autrui, mais aussi et surtout de l’impératif de dépasser les craintes et de faire de ces différences des richesses. Un discours trop enjoué et vivant pour qu’il puisse être réduit à sa dimension stylistique ou politicienne. Une rhétorique efficace. Claude Bartolone plaçait son propos en creux des approches anglo-saxonnes, où c’est autour de l’espace privé, franchisé, celui du centre commercial par exemple, que s’articulent et s’entretiennent les relations sociales. Avec ce que cela peut impliquer en terme de rapport à l’acteur politique et à la démocratie, mais aussi de repli sur soi et de consumérisme.

Cette ambition de redonner toute sa place à l’espace public me semble très intéressante si elle est au mieux intégrée à un projet global de politique municipale (puisque l’on parle de ville, ici). Les déplacements urbains, l’intégration des établissements scolaires, l’organisation des installations de loisirs et des parcours sportifs, mais aussi de façon plus transversale encore, la reconquête par les piétons et les riverains de la rue trop longtemps abandonnée à la voiture : tout cela a avoir avec une bonne gestion des espaces publics. Au service d’une ville où il fait bon vivre et travailler. Ce n’est pas une incantation, mais c’est ce qui doit redéfinir – si l’on y travaille sérieusement et méthodiquement – de véritables politiques urbains multisectorielles et pluriactorielles, où l’ensemble des acteurs et des activités seraient considérées conjointement à travers une même finalité, celle de la durabilité.




> Un nouveau blog…

11052011

J’aurai au moins réussi à tenir une de mes promesses. Le modeste projet que j’annonçais à demi-mots associant histoire et culture est lancé : il s’agit d’un blog proposant de très courts commentaires (et non de véritables critiques) sur différentes chansons francophones ou non (et à terme, des films je l’espère) du XXe siècle, ayant toutes comme point commun celui d’évoquer des évènements historiques aussi divers que la Guerre Froide, la Libération de Paris ou les attentats du 11 septembre.

Vous pouvez dès à présent y jeter un petit coup d’oeil, par curiosité (pour le moment, cinq chansons seulement, mais cela s’étoffera avec le temps). Merci à vous !

Voici le lien : [ici]




> Retour sur les Césars

27022011

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Catherine Deneuve joue bien dans Potiche. Mais l’Académie des César aurait commis une grande erreur, dans la mesure de celle qui l’avait vu couronner Isabelle Adjani l’an passé, en lui attribuant le trophée. Et félicitons-nous ainsi de voir la jeune et pétillante (c’est le moins que l’on puisse dire) Sara Forestier. Inoubliable dans le rôle qui l’avait révélée en 2005, celui de la jeune adolescente de Saint-Denis, du film d’Abdellatif Kechiche, L’Esquive. Remarquable dans la prestation tout en paroles, en cris et en rires qu’elle livre dans Le nom des gens, petite perle comique du cinéma français cette année où Jospin fait une apparition savoureuse en idole dépassée.

Le gotha du cinéma a aussi pu rendre hommage à Roman Polanski, qui après une année plus que mouvementée, a pu remporter son troisième César du meilleur réalisateur sous le regard bienveillant du ministre de la Culture, un de ses soutiens de poids. Notons toutefois que le film en question, The Ghost Writer, était sans doute un de meilleurs de l’année.

Des hommes et des dieux, qui repartent avec la César du meilleur film, auront permis à Michael Lonsdale de remporter sa première statuette à presque 80 ans. « Ah te voilà, petit coquin… », murmurait malicieusement l’acteur à son trophée amplement mérité pour son interprétation on ne peut plus criante d’humanité de frère Luc.

En dehors de deux petites allusions de la part de François Cluzet sur les intermittents et de Xavier Beauvois sur la politique de Brice Hortefeux, ainsi que les vannes d’Antoine de Caunes sur les goûts culturels du président, pass de grands coups d’éclats politiques pendant cette soirée : ni Pascale Ferran, ni Agnès Jaoui n’étaient là.

En somme, une soirée bien lisse et bien longue, mais cela reste un bon divertissement, qui mérite le détour pour les quelques belles et émouvantes séquences qu’on y trouve chaque année. Merci à Sara Forestier, Michael Lonsdale, pour leurs belles paroles, à Jodie Foster et Jean Rochefort pour leur « classe » et à Xavier Beauvois et Michel Leclerc pour leurs films.




> Deux nouveaux ouvrages sur Limoges et la Haute-Vienne

19052009

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livreslimoges.pngDeux nouveaux livres consacrés à l’histoire et la culture locales viennent de paraître. Leur qualité et leur intérêt me poussent à vous les conseiller.

A l’occasion de ses 150 ans, la CCI de Limoges – Haute-Vienne a fait réaliser un ouvrage qui revient sur l’histoire de l’économie, de l’industrie, le développement du département, à grands renforts d’images, de témoignages. Du très beau travail, puisque même les plus récalcitrants aux affaires commerciales et industrielles devraient trouver quantité d’informations et d’explications intéressantes dans ce livre, qui en plus permet d’avoir un aperçu fidèle de l’évolution de la Haute-Vienne et de Limoges à travers son économie, en revenant sur les divers évènements qui ont jalonné et fait cette histoire (la gare, les cités ouvrières, l’A20, Bellegarde, la LGV, …).

> 150 ans d’avenir, Pascal Plas et Clotilde Druelle-Korn, Editions Un, deux… quatre, 19€

L’autre ouvrage a été réalisé à partir du dossier de candidature que la ville de Limoges a envoyé au ministère de la Culture en 2007, dans l’optique d’une labellisation « Ville d’Art et d’Histoire ». Seize mois après l’obtention de cette fameuse appellation, qui devrait changer à court terme pas mal de choses pour le développement et la signalisation touristique de la ville - j’en avais parlé ici - , le dossier a été repensé en un livre très complet et très intéressant, agréable à feuilleter, qui propose un dense mais clair panorama de l’architecture, de l’histoire et de l’urbanisme limougeaud. On y parle de thèmes aussi variés que passionnants (l’émail, la rénovation des façades, le cimetière de Louyat, le fleurissement, les jumelages, Augustoritum, …)

Limoges, ville d’art et d’histoire, AD&D, 25€







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