> Concours photo ‘Limoges vue du train’ : participez, votez !

7102015

Capture d’écran 2015-10-07 à 15.40.06La SNCF organise cette année encore, et jusqu’au 30 octobre prochain un grand concours photo destiné à valoriser les paysages ferroviaires, que nous côtoyons chaque jour lors de nos déplacements, nos déambulations, etc. Trois villes sont sélectionnées, dont Limoges. Les meilleures photos seront exposées dans les villes concernées – Limoges, donc, ainsi qu’Enghien-les-Bains, Montpellier. Pour l’instant, ce sont les limougeauds qui se mobilisent le plus avec plus d’une soixantaine de photos, contre moins de dix pour les deux autres.

Je vous invite donc à participer et voter (l’inscription est simple et rapide), notamment pour la photo que j’ai proposée, Le reflet du symbole, dont vous pouvez également avoir un aperçu ci-contre, et plus globalement l’ensemble des photos proposées pour Limoges.

- Les photos de Limoges
- Ma photo




> Et si finalement, nous étions Aquitains ?

23092015

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Capture d’écran 2015-09-23 à 17.24.14Après le découpage, et la répartition des compétences et leur organisation entre les différentes villes, la détermination du nom de la future (et désormais proche) grande région répondant encore au nom d’Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes peut paraître un passage avant tout symbolique. J’en ai déjà un peu parlé, il se trouve que les symboles sont le reflet des intentions, et par la même occasion porteurs de nombreux autres effets éventuels. La plupart du temps, les noms des lieux décidés à l’époque contemporaine découlent des projections des acteurs qui les dirigent (valoriser le patrimoine, donner une image supposément positive, honorer une tradition ou une personnalité, etc.), et doivent matérialiser une conception du territoire qualifié (productif, attractif, touristique, solidaire…).

C’est à ce titre que les débats concernant le nom de notre nouvelle région vont forcément animer les échanges politiques : qu’on se le dise, le nom, parce qu’il définit et localise, suppose aussi des images, donc des rêves. Il se murmure que les limousins et picto-charentais pousseraient pour « Sud Ouest Atlantique », quand les aquitains se verraient bien garder leur nom. Les premiers ont à gagner en visibilité, passant sous silence par la même occasion, via un recours à la géographie naturelle, une part d’identité du grand voisin soupçonné de vouloir les phagocyter. Dans cette réflexion interviennent l’économie et les intérêts politiques, mais aussi la culture, les identités personnelle et collective… Le tout posant la question suivante : qu’est-ce qui doit déterminer le futur nom ?

La Rencontre des Historiens du Limousin a pris position et développe un argumentaire que l’on peut résumer à : « nous ne devenons pas Aquitains, nous le sommes », ou du moins, « nous le redevenons, et ce n’est une infamie pour personne ». À contre-courant de la position a priori attendue des élus du Limousin, donc, ce groupe de chercheurs rappelle notamment que nous – Limousins – avons longtemps fait partie de ce qui était l’Aquitaine (et pas moins que Bordeaux…), depuis la Gaule Aquitaine jusqu’au duché d’Aquitaine, et que Limoges a été le lieu de couronnement du roi d’Aquitaine Charles l’Enfant et du duc d’Aquitaine Richard Coeur de Lion. En vérité, ce n’est que depuis la constitution des régions contemporaines que l’Aquitaine se réduit artificiellement aux cinq départements que l’on sait, entre le Périgord vert et la Côte basque. Rétablir l’Aquitaine d’avant ne serait donc pas un simple hommage mais une réparation. Rappelons d’ailleurs que le « Limousin » que l’on se vante d’hériter des Lémovices ne couvrait en tant que province que la moitié sud de l’actuelle région, la moitié nord correspondant à la Marche. Un Creusois n’est donc Limousin que depuis quelques décennies !

On comprend ici que les références pluriséculaires peuvent constituer des dénominateurs communs particulièrement pertinents, qui se réclamant d’une réelle profondeur historique et culturelle en plaçant notre patrimoine commun au cœur de la réflexion territoriale, peuvent contribuer à faire de l’humilité une nouvelle variable de l’action… N’est-ce pas séduisant, dans la perspective de renouveler notre modèle démocratique ?

Je dois bien l’avouer, au départ, sans doute piqué dans ma fierté de Limousin se sentant abusé par une réforme tellement brutale – et mal argumentée, et brutalisé par le silence éloquent de certains élus aquitains à l’égard du devenir du futur-ex Limousin, je ne voyais pas pourquoi nous devrions nous soumettre à l’Aquitaine, ses velléités et son nom ! Il faut dire que l’attitude du président sortant d’Aquitaine à notre égard n’a pas toujours été d’une grande classe.

Alors oui, Sud-Ouest Atlantique me semblait être un moindre mal : au moins les Bordelais n’auraient peut-être pas tout gagné « sur nous » ; on gagnerait peut-être en visibilité aux yeux de la capitale, l’évocation maritime avait quelque chose de vivifiant… 

25130Je vous l’accorde, c’est un peu puéril, du moins chauvin, et surtout c’est une position assez contradictoire en ce qui me concerne, moi qui suis le premier à critiquer ces terminologies économistes, « compétitives » et uniformisantes auxquels nos édiles en manque d’inspiration et de pouvoirs nous soumettent régulièrement… J’ose espérer que Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon ne va pas accoucher d’un vilain « Sud de France – Pyrénées » ! (Il me semble qu’un simple « Languedoc » serait assez juste, historiquement, non ?) Georges Frêche et les enfants plus ou moins spirituels et plus ou moins terribles qui lui ont succédé n’ayant eu de cesse depuis sa disparition de décliner à l’infini et à l’overdose la marque Sud de France Car comme on peut le voir ci-contre, c’est bien d’une marque dont il s’agit, ce qui en soi n’est pas un mal, mais qui en termes géographiques s’avère être la preuve d’une financiarisation latente et douteuse de nos territoires, qu’on se le dise. Ah, j’entends que Sud de France, comme Sud Ouest Atlantique, faciliteraient la localisation, drainerait les touristes et les capitaux, donc participerait à l’essor du territoire. Certes, les marques territoriales peuvent être des leviers intéressants dans la dynamisation des territoires – citons l’exemple de la marque Limousin qui permet de fédérer les acteurs économiques dans une même stratégie. Cependant, l’application du marketing au territoire est toujours porteuse de menaces en ce qu’elle n’est pas un catalyseur automatique de richesse pour les populations, et qu’elle pêche encore en matière de démocratie du processus d’invention, de décision et d’animation. En outre, un nombre impressionnant de régions européennes, même petites, même pauvres, porte des dénominations historiques (bien plus pittoresques et poétiques que d’austères Nord, Sud, Est, Ouest), sans que cela n’apparaisse comme un facteur déterminant dans notre capacité à les situer : Bavière, Estrémadure, Brabant wallon, Algarve, Trentin-Haut-Adige, Cornouailles, Frise, Tyrol, Silésie… ce n’est pas si mal, non ?

Donc je me dis finalement, à la lecture de l’argumentaire de la Rencontre des historiens du Limousin, en pensant à Ruedi Baur1 et en repensant à tout ce que j’ai pu étudier cette année passée durant la réalisation de mon mémoire sur les noms de stations de tram (là encore de beaux exemples de stratégies d’uniformisation du paysage toponymique !), qu’ « Aquitaine » est peut-être ce qui a le plus de sens… Donc à nous de nous réapproprier ce que les Girondins, Landais, Périgourdins, Béarnais et autres Basques ne doivent pas confisquer ! Le rappel du glorieux passé historique de Limoges dans cette ancienne entité doit contribuer à nous en convaincre. C’est finalement un choix positivement iconoclaste que celui-là !

Comment finalement se résoudre à abandonner Limousin ? Je l’ai rappelé, le Limousin comme triptyque idéal Corrèze – Creuse – Haute-Vienne est une invention toute récente. Mais surtout, le Limousin survivra au découpage, quand bien même il n’apparaîtrait plus dans le nom de la région, parce qu’il est une notion culturelle et vécue qui n’a pas besoin des limites administratives pour exister. Tout comme Roussillon, Périgord, Béarn ou Anjou ont survécu aux départements, même sans plus exister dans leurs noms.

Ainsi, le vrai enjeu, il faut à mon sens plutôt le voir dans le fonctionnement démocratique de cette future région ; à nous de veiller à ce que le choix d’ « Aquitaine » ne légitime pas une hégémonie bordelaise dans les faits et gestes des représentants que nous élirons en décembre prochain.

Maintenant, à vous de faire connaître votre avis sur www.magranderegion.fr

1 Dans le cadre du cycle de conférences que je contribue à organiser au sein du département de géographie de l’Université de Genève, consacré aux enjeux de la toponymie métropolitaine en Suisse, nous allons sans doute et je l’espère recevoir le designer franco-suisse Ruedi Baur, célèbre pour avoir réalisé la typographie et la signalétique du centre Pompidou, et connu pour tenir un discours assez critique vis-à-vis du recours économiste dans les dénominations et les identités visuelles des territoires, ainsi considérés comme des produits marchands.




> Les premiers noms de rue de la mandature Lombertie

28112014

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Capture d’écran 2014-11-28 à 13.51.45Nommer les lieux n’est pas un acte anodin. Certes, cela répond à des impératifs pratiques (l’adressage, le foncier), mais c’est en réalité un acte territorial et politique fondateur (voir ici et ). Parce que les noms matérialisent et institutionnalisent les lieux, d’abord, en validant ou se substituant à l’informel. Ensuite, parce qu’ils reflètent des intentions et des valeurs politiques, voire idéologiques : à Limoges, la foule de résistants, élus socialistes ou céramistes et porcelainiers présents dans les toponymes sont l’expression d’une tradition municipale sur le temps long et de la volonté de vénérer une certaine Histoire par la constitution d’un véritable Panthéon local. Même dans le cas de dénominations a priori inoffensives, quand ils relèvent du repérage pur et dur (une église, un équipement, un cours d’eau), ou qu’ils mettent à l’honneur le bucolique, les noms ne sont jamais neutres, soit parce qu’ils valorisent un projet porté par des élus, soit parce que la mise en lumière d’un objet géographique peut parfois être motivée par des intentions patrimoniales, donc forcément politiques.

Au-delà, les noms sont aussi un médiateur de pratiques sociales, car ils déterminent, sinon orientent des représentations du territoire et des pratiques dans l’espace. D’une part parce que le nom en tant que tel peut être artisan de la création d’un lieu. N’ai-je pas déjà entendu le terminus de la ligne 8 du bus de Limoges appelé phonétiquement « Maljoffre » alors qu’il s’agit bien d’une référence au Maréchal Joffre ? Un nom obscur peut également être mis en lumière à partir du moment où il devient un boulevard ou un carrefour (qui peut réciter la biographie de Nicolas d’Aine, de Denis Dussoubs, expliquer ce que sont les Casseaux, d’où vient le Champ de Juillet ?). D’autre part, le nom est social, et donc culturel, parce que porteur de références, d’idées et idéologies qui peuvent orienter les représentations. Nombreuses sont les villes qui dans la réalisation des lignes de transports collectifs, ont préféré attribuer aux stations des noms poétiques plutôt que de leur donner le nom des quartiers chauds qu’elles rechignaient à honorer afin de contrôler certains déplacements. Les noms inscrivent dans l’aluminium des abribus et la céramique des plaques de rue une certaine vision de la ville.

Ces décisions sont donc éminemment politiques ; voilà pourquoi il est intéressant, éclairant de les étudier et de revendiquer un droit de regard, voire de jugement. Dans cet article du Populaire, l’an dernier, on découvrait comment les odonymes (les noms de rues, donc), étaient décidés à Limoges. Comme dans les autres communes, le maire conserve cet apanage, acte presque régalien qu’il entend faire valider par un conseil municipal en général bien avisé de le suivre. Ainsi, les choix de toponymes effectués sous la mandature d’Alain Rodet, reflètent à la fois une tradition bien limougeaude – les noms de porcelainiers, de résistants – mais aussi les goûts de l’ancien maire pour le jazz, de notoriété publique.

La nouvelle majorité municipale a déjà mis en œuvre son entreprise de territorialisation politique par la dénomination de nouvelles voies. La lecture attentive des derniers compte-rendus des conseils municipaux est en cela révélatrice. On apprend ainsi que le nouveau conseil a d’ores et déjà proposé des noms aux nouvelles voies issues de l’urbanisation continue de la périphérie limougeaude : « la Grande-Pièce » vient bien logiquement donner un nom à la Voie de liaison nord. Deux émailleurs – Alain Grafeuil et Roger Duban – se voient honorés par deux nouvelles voies dans le secteur de la Bastide. C’est déjà en soi un acte politique, par l’hommage rendu à une profession emblématique de la ville qui fera de nouveau l’objet d’une Biennale re-créée par Philippe Pauliat-Defaye. Le nom de la résistante Germaine Tillion, récemment décédée, est également attribué à une allée toute neuve à Grossereix. Peut-être moins consensuel, le professeur Bernard Descottes, figure émérite du CHU disparue il y a peu, très proche de l’UMP et de l’association Haute-Vienne Alternance dont Emile-Roger Lombertie est un porteur, est également honoré par une voie traversant l’enceinte de l’hôpital.

Capture d’écran 2014-11-28 à 13.54.06Fait original : certains lieux déjà nommés changent de nom, dans un élan de féminisation que d’aucuns pourront apprécier. C’est le cas de l’école du Grand-Treuil, qui porte dorénavant le nom de l’institutrice Odette Couty, martyre d’Oradour. C’est aussi le cas de la rampe Haute-Vienne, qui prend le nom de Jeanne Villepreux-Power, naturaliste du XIXe siècle installée en Limousin, au nom du doublon avec la rue et la place du même nom, et sans doute de l’envie de valoriser une personnalité pionnière et évocatrice de la grandeur du Limousin au-delà de ses encore-frontières. Citons encore la place des Justes parmi les nations, juste devant le musée de la Résistance. Il est intéressant de noter que le nom de la nageuse Claude Mandonnaud, active dans les années 1970 et sélectionnée aux Jeux olympiques, consacre à la fois une rue de Limoges, remportée par la droite, et une salle du futur centre aquatique, porté par la majorité de gauche à l’agglomération, preuve que certaines personnalités, quand elles incarnent une grandeur (passée) de notre territoire, peuvent susciter l’admiration collective. C’est également là que l’on comprend que les débats autour des noms peuvent parfois cristalliser les conflits de mémoire et les appropriations symboliques de personnalités aux qualités posthumes tantôt fédératrices, tantôt partisanes (les villes communistes où celles gagnées par des maires FN dans les années 1990 en sont des exemples). Peut-être peut-on aussi y voir un exemple opératoire du nom comme outil de récupération d’un édifice public d’ampleur, qui pour l’opposition comme la majorité, incarne un potentiel de développement, de validation stratégique (et de reconquête).

Enfin, les stratégies employées pour décider des noms – associer le public ? ou préférer une décision sur un coin de table ? – sont également bien souvent révélatrices d’une certaine idée de la démocratie participative. S’il n’est pas forcément toujours nécessaire de discuter le nom des personnalités ainsi mises en valeur dans l’espace public, je pense qu’il faut considérer l’acte de nommer un lieu comme une responsabilité collective, par la force que le toponyme exerce sur les représentations collectives et le sentiment d’appartenance, notamment. Pourquoi ne pas faire de l’acte de nommer les lieux un laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques de participation populaire, qui ne soit plus réduite à sa fonction uniquement légitimante de l’action politique institutionnelle ? Pourquoi ne pas intégrer ces discussions à l’agenda des futurs conseils de quartier ?

Lors du dernier conseil municipal, a été évoquée la perspective de nouvelles re-nominations, à suivre de près. La preuve que l’équipe Lombertie a pleinement revêtu les habits – à ce sujet du moins – de l’acteur territorial.

-> Voir aussi : l’historique des dénominations de voies depuis 2006.

Photo : (c) L.D., 2012. / Capture d’écran retransmission CM 19/11, mairie de Limoges.




Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !




> 6 monuments limousins chez Stéphane Bern

17092014

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DSC_0518Diffusée quotidiennement depuis le 25 août dernier, l’émission Le monument préféré des Français, présentée par Stéphane Bern, mettra six édifices limousins à l’honneur dans le numéro de demain, jeudi 18 septembre. L’émission délivrera le classement des votes en ligne des internautes, et il s’agira de savoir qui de l’abbaye d’Aubazine, le moulin du Got, le château de Coussac-Bonneval, le château de Boussac, la gare de Limoges-Bénédictins ou le château de Rochechouart, « affrontera » dans l’émission en prime-time de samedi les monuments vainqueurs dans les autres régions métropolitaines.

J’ai participé en juin dernier au tournage à la gare de Limoges (j’en parlais déjà ici). J’en tire une expérience enrichissante et très plaisante, puisque m’ayant permis de découvrir les souterrains, les combles, le toit de la gare.

Rendez-vous demain à partir de 17h sur France 2 ! ;)

Mise à jour : l’émission sera finalement diffusée vendredi 19 septembre, 17h sur France 2.

Pas de droits sur l'album 292098




> Et si Wikipédia vous aidait à redécouvrir votre région ?

9092014

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Souvent décriée pour la qualité et la pertinence très aléatoires de ses articles et des informations qu’elle délivre, la plus célèbre des encyclopédies en ligne a pourtant un rôle à jouer dans la médiatisation des territoires. En proposant des articles de plus en plus détaillés, divers et certifiés, elle œuvre pour la connaissance… et la reconnaissance des territoires. Des territoires qui, par leurs faibles moyens politiques ou économiques, paraissaient handicapés par les lois impitoyables du marché mais peuvent voir dans la démocratisation du web un vecteur de révélation.

Capture d’écran 2014-09-09 à 12.36.09Riche de plus d’1,5 million d’articles à ce jour, la version francophone de Wikipédia s’étoffe chaque jour des contributions des internautes, qui pour certains, participent à la constitution d’une véritable bible fonctionnelle sur une diversité impensable de sujets – politique, botanique, sport, cinéma, informatique, philosophie, astronomie, mode, ethnographie, économie… Les territoires ne sont pas en reste : fiches recensant les monuments historiques, liste de quartiers et rues, circonscriptions électorales, stations de transports en commun, peuplent les listings de contributions.

Car Wikipédia, c’est aussi une foule de contributeurs anonymes qui pour étayer la crédibilité de leur travail, avec sérieux, méthode et hiérarchie, compulsent et extraient de la bibliographie du sujet qu’ils auront choisi, toutes les informations utiles à la rédaction des articles. Tantôt la monographie de référence sur un auteur, tantôt le répertoire d’objets classés par le ministère de la Culture. Autant de sources potentielles qui permettent d’améliorer la réputation équivoque du site, et d’en faire un outil incontournable et grand public. Un site très fréquenté qui certes ne remplace aucune recherche mais permet simplement de mieux les orienter et de donner des états de l’art, aperçus exhaustifs de la recherche ou de la connaissance sur tel ou tel sujet. Une sorte d’« embrayeur démocratique », en somme, auquel veillent les « Wikipédiens » organisés en interne comme IRL (« in real life »), non sans heurts et débats, en administrateurs, groupes locaux, bureaucrates (!) et autres surveillants du web pour tous. Des qualifications « Articles de qualité » ou « Bons articles » aiguillent les internautes vers les travaux les plus avancés et les plus vérifiés, à l’aune de leurs sources, de leur représentativité, de la diversité des apports, de leur syntaxe, mais aussi de leur illustration. Car Wikipédia est aussi un grand projet de mise en image des connaissances sur le monde. Un projet qui fédère là-encore les photographes, des plus chevronnés au plus amateurs.

Capture d’écran 2014-09-09 à 12.29.55Chaque mois de septembre, Wikimédia France, la société qui gère Wikipédia en France et les projets annexes, organise un grand concours de photographies devant enrichir les articles traitant du patrimoine et des territoires de clichés inédits et explicites. Tout le monde peut participer. « Wiki Loves Monuments », en parallèle des Journées européennes du patrimoine qui cette année mettront à l’honneur le patrimoine naturel et culturel, en appelle donc à tous, dans toutes les régions, pour donner un visage au patrimoine de proximité et ainsi, à la fois, faire de Wikipédia un guide de découverte fiable, neutre et sérieux des richesses de France et de Navarre (et au-delà, car c’est un projet international), et faire de l’internaute un véritable acteur et non plus un simple consommateur, agent d’acquiescement référendaire.

Pour aller plus loin et avoir une autre image de Wikipédia :







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