> Régionales : petit guide à l’usage de l’électeur indécis

4122015

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Capture d’écran 2015-12-04 à 08.18.27Dans trois jours, nous sommes appelés aux urnes pour désigner la toute première mandature de la nouvelle « grande région », Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes. Que ce soit par manque d’intérêt, de temps ou de curiosité, on n’a pas toujours pris la peine de consulter en détail les professions de foi des candidats. Il faut dire que nombre d’entre-elles ne se suffisent à elles-mêmes (c’est par exemple le cas de celle d’Alain Rousset) et qu’il est parfois bon d’aller un peu plus loin, sur internet, pour savoir ce que le ventre de chaque liste (espérons-le pas trop mou) recèle en termes de propositions.

J’ai donc choisi de vous proposer ce tout petit guide qui doit vous permettre d’aiguiller vos choix, du moins de les éclairer, à la lumière des positions prises par l’ensemble des dix listes en présence sur 4 dossiers ou thématiques me paraissant essentiels pour notre région. On verra que ce n’est pas forcément l’avis des candidats en question. Ces thématiques sont :

  • La sollicitation des citoyens dans les prises de décision ;
  • La LGV Poitiers-Limoges ;
  • La politique de préservation et valorisation des espaces naturels ;
  • La politique culturelle.

Rappelons que les professions de foi sont désormais proposées par le Ministère de l’Intérieur en ligne. Regrettons comme le fait Nouvelle Donne sur son site, que ce dispositif ne soit pas davantage porté à la connaissance du grand public…

Avant toute chose, un rappel des forces en présence : 6 listes à gauche, 3 à droite, et une liste d’extrême-droite.

  • Joseph Boussion et Marie Bové (fille de, et ancienne candidate à la candidature EELV) conduisent la liste de la Vague citoyenne, marquée écolo de gauche.
  • Virginie Calmels, 1e adjointe au maire de Bordeaux, conduit une large liste d’union Républicains (ex-UMP), UDI et MoDem.
  • Jacques Colombier est la tête de liste FN-Rassemblement bleu marine.
  • Françoise Coutant, vice-présidente sortante en Poitou-Charentes et déjà candidate écologiste en 2010, porte les couleurs d’EELV.
  • Olivier Dartigolles, élu PCF à Pau, est la tête de liste Front de gauche (PCF, PG, Ensemble)
  • William Douet conduit une liste de l’Union populaire républicaine, mouvement souverainiste et eurosceptique.
  • Guillaume Perchet conduit la liste Lutte ouvrière.
  • Nicolas Pereira est la tête de liste Nouvelle Donne (bien qu’il ne soit que 11e sur la liste départementale de Gironde, preuve que ce parti ne cherche pas à obtenir des élus…)
  • Alain Rousset, président sortant de la région Aquitaine, brigue sa propre succession à la tête d’une liste PS-PRG comprenant notamment ses homologues de Poitou-Charentes (Jean-François Macaire) et du Limousin (Gérard Vandenbroucke).
  • Yvon Setze, enfin, pilote une liste Debout la France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan.

 

  1. Sollicitation des citoyens dans les prises de décision

C’est une revendication majeure de nombre des mouvements politiques créés ces dernières années, notamment autour de l’échéance des élections européennes de 2014 (Nous Citoyens – absent de ce scrutin dans notre région – et Nouvelle Donne pour citer les principaux) : faire de la politique autrement, pour répondre à la défiance croissante à l’égard du fonctionnement des institutions et du personnel politique actuel. Dans la foulée, de nombreuses déclinaisons locales plus ou moins teintées politiquement s’efforcent de relayer ce message et de le traduire en actes concrets. Le refus du cumul de mandats, la nécessaire association du grand public à la prise des décisions, peuvent résonner dans une grande région comme la nôtre, où la perte de proximité est une crainte légitime. Il est donc assez compréhensible de davantage retrouver ces propositions novatrices dans le programme des « petits » partis qui ont bien souvent critiqué la réforme territoriale.

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
*** « Les citoyens pourront débattre des grands travaux et de tout ce qui peut affecter l’environnement et leur vie quotidienne via les Initiatives Citoyennes Régionales », sortent d’interpellations publiques collectives sur les compétences de la région, à préciser toutefois. Engagement aussi pour un référendum citoyen sur le nom de la région et pour des budgets participatifs. Les élus s’engagent également à être transparents (attention au double sens, tout de même !), à refuser le cumul et à soutenir les passages en régie publique de l’eau et de l’énergie. Sans oublier un audit partiellement citoyen de la dette régionale et une protection des lanceurs d’alertes au Conseil régional. 4 piliers sur 10 consacrés à la thématique, en plus d’une charte éthique : pas mal !
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
* Exception faite de l’engagement déjà louable au non-cumul, V. Calmels ne propose pas de mesure sur le sujet.
Jacques COLOMBIER
FN
* Si le FN s’insurge contre les « barons contaminés par la folie des grandeurs », aucune autre proposition concrète et salutaire sur ce qui feront de ses élus des élus responsables et ouverts.
Françoise COUTANT
EELV
*** Le dernier des 15 piliers du pacte de Françoise Coutant concerne la mise en place de « mécanismes de participation directe pour les citoyens » et la garantie d’un « débat public sur tout projet structurant avec notamment l’instauration de conseils citoyens décentralisés et d’un droit à l’interpellation », notamment via des « délégués territoriaux à la participation citoyenne » où l’expertise d’usage sera le maître-mot. Alléchant mais sans doute difficile à mettre en place… Sur le programme complet, d’autres idées : une réunion publique annuelle où les élus rendent leurs comptes, le recours massif à l’open data et la protection des lanceurs d’alertes.
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
** O. Dartigolles souligne combien la réforme territoriale semble mettre à mal la proximité et l’équité territoriale. Le 11e engagement de la liste promet de redonner aux citoyens « les moyens de contrôle, d’expertise et d’interpellation de l’assemblée régionale ». Bien, mais on aimerait savoir comment.
William DOUET
UPR
** La liste avance le référendum local d’initiative populaire et l’organisation régulière de référendums sur les projets d’aménagement et les mesures anti-pollution. Elle rêve aussi d’une gestion « transparente et économe » et espère pouvoir « moraliser la vie politique locale ». Rien que ça !
Guillaume PERCHET
LO
  Aucune proposition concrète.
Nicolas PEREIRA
ND
*** La méthode politique est au cœur du programme de Nouvelle Donne, et constitue un des trois axes de la campagne régionale. La rémunération des élus conditionnée à leur présence, l’interdiction du cumul et la création de jurys citoyens tirés au sort « co-décisionnaires » de certains grands projets sont avancées par la liste de N. Pereira, dans l’esprit de la charte Anticor. Autre idée iconoclaste : la consultation des citoyens par les élus avant de s’engager pour les élections sénatoriales.
Alain ROUSSET
PS-PRG
** La liste Rousset s’engage sur douze « + » : + de culture, + de formation, + de proximité… mais à première vue, pas de démocratie. En dépit d’une timide revendication d’ouverture à la société civile, c’est plutôt sur le programme complet qu’il faut aller trouver quelques propositions volontaristes : une assemblée consultative de citoyens, un observatoire de la transparence de la fusion régionale et un conseil régional des jeunes (seule liste à reprendre cette initiative portée par la région Limousin depuis dix ans).
Yvon SETZE
DLF
** Payer les élus en fonction de leur présence et de leur travail et diminuer le budget communication, suspendre tout mis en examen, exclure tout condamné. Si les deux premières sont sans doute un peu démagogiques, les deux suivantes devraient convaincre. Des positions attendues de la part d’un parti se voulant « anti système » qui clame haut et fort l’ancrage « société civile » de ses candidats.

 

  1. LGV Poitiers-Limoges

Il est devenu le serpent de mer régional. Lancé dans l’optimisme et la relative concorde par un débat public en 2006, le projet de LGV a pris du plomb dans l’aile à la mesure que les avis négatifs des responsables politiques (région Poitou-Charentes en 2011, élus socialistes creusois en 2013) et des divers commissions et organismes se sont succédés. Depuis 2012, de nombreux freins ont ainsi été formulés : commission Duron, rapport de la Cour des Comptes, désaveu de la FNAUT et du Conseil d’Etat, refus de financement européen, dans un contexte de scepticisme croissant concernant la rentabilité du projet-mère, la LGV Tours-Bordeaux. L’adoption de la Déclaration d’utilité publique au début de l’année 2015 avait constitué une petite surprise, mais avait été mise sur le compte d’un « fait du prince » qui en soi ne pourrait apporter les garanties d’un financement très loin d’être bouclé. Fardeau financier en puissance, la LGV est forcément dans les débats, mais de façon beaucoup plus taboue qu’en 2010, d’autant que le changement d’échelle de la région semble occasionner un bouleversement de l’ordre des priorités .

Dans la campagne, ce sont donc globalement les clivages habituels sur le sujet qui transparaissent :

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
? La liste exprime vivement son refus des projets de LGV, pour des raisons financières évidentes, mais omet de citer celle de Poitiers-Limoges…
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
Oui mais Se voulant sans doute « pragmatique » mais ce faisant exprimant une position plutôt opportuniste si l’on consulte les avis de ses camarades de l’ex-UMP, la candidate de la droite et du centre exprime son vif scepticisme quant à l’avenir des projets de LGV, notamment la Bordeaux-Toulouse. Et si elle soutient la LGV Poitiers-Limoges, c’est du bout des lèvres, au nom de l’intérêt strictement limousin, en reconnaissant que son financement sera compliqué (« La LGV Poitiers-Limoges a elle aussi obtenu une déclaration d’utilité publique, mais je crains que ce projet ne voit jamais le jour », disait-elle en septembre). Un positionnement ambigu difficile à assumer : aucune mention aux LGV dans la profession de foi, alors que le soutien aux projets routiers est évident…
Jacques COLOMBIER
FN
Non Autrefois favorable au projet (il le soutenait officiellement en 2010), le Front national estime désormais officieusement qu’il n’est plus tenable financièrement mais ne l’a pas inscrit dans son programme. Il préconise l’amélioration du réseau existant pour y faire circuler des trains à 200 km/h – qui des moyens ?
Françoise COUTANT
EELV
Non Très explicite, la tête de liste EELV réaffirme la position des écologistes depuis le début du projet, à savoir sa vive opposition à un projet présenté comme non rentable, inéquitable et ne pouvant se concilier à la défense des transports du quotidien (TER et ligne POLT).
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
Non S’insurgeant de façon peut-être un peu grandiloquente contre la métropolisation et la concurrence, la liste Front de gauche ne mentionne pas la LGV dans sa profession de foi, mais l’on sait son engagement contre ce type de projets, qu’il a rappelé à plusieurs reprises en meeting et dans la presse.
William DOUET
UPR
? Aucune mention à la LGV.
Guillaume PERCHET
LO
? Comme à son habitude, la liste Lutte Ouvrière esquive le débat et renonce à prendre position sur les sujets concrets qui intéressent les électeurs (« Je ne vous suivrai pas dans votre invitation à décliner régionalement la manière dont  la bourgeoisie veut faire payer la crise de son économie », clame-t-il dans une réponse au questionnaire de l’association Transport Développement Intermodalité Environnement – TDIE).
Nicolas PEREIRA
ND
? Aucune mention à la LGV, mais certains colistiers ont exprimé leur opposition au financement de tels projets.
Alain ROUSSET
PS-PRG
Oui mais Alain Rousset rassemble sur sa liste des militants socialistes de tous les départements ; or, l’on sait que le PS est sans doute le parti le plus divisé sur la question. En Creuse ou dans la Vienne, ils sont globalement opposés, alors qu’ils sont nettement plus favorables en Haute-Vienne et Corrèze. Les autres départements s’en moquant très certainement, même si l’opposition aux nouvelles lignes est affirmée par plusieurs socialistes girondins comme le député Savary. Alors que tous les signaux sont au rouge concernant les projets régionaux (Tours-Bordeaux décriée pour son partenariat public-privé, Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax pour leur coût faramineux) on comprend que la LGV ne soit pas un argument de choc du programme du président sortant. Dans sa longue réponse – 18 pages – au questionnaire de TDIE, le candidat Rousset ne l’évoque jamais ! L’anticipation d’un échec annoncé ?
Yvon SETZE
DLF
? Aucune mention à la LGV, mais il a exprimé son opposition lors d’un débat télévisé à Bordeaux.

 

  1. Politique de préservation et valorisation des espaces naturels

N’en déplaise aux défenseurs de la COP21, l’environnement reste, avec la politique culturelle, pourtant essentielle, le parent pauvre des débats politiques. Dans les médias, à peine mobilise-t-on l’argument de la première région agricole de France, de son potentiel forestier, et de son double et prometteur appui sur une façade maritime et deux massifs montagneux. Riche d’un parc national (Pyrénées), de 2 parcs naturels marins (Gironde-Charente, Bassin d’Arcachon), de 4 parcs naturels régionaux (Marais Poitevin, Landes de Gascogne, Périgord-Limousin, Millevaches) et de 30 réserves naturelles, la grande région est également spécifique par la diversité importante de ses paysages et milieux naturels. Quid des propositions des candidats en matière de valorisation de ce patrimoine et de protection de la biodiversité ?

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
** Tourisme durable, aide à l’installation agricole, soutien à l’agriculture responsable : des positions volontaires quoique relativement symboliques. L’opposition formelle aux fermes-usines est avancée, mais rien de très concret sur les espaces naturels en tant que tels.
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
* « Organiser un partage harmonieux des espaces naturels » entre chasseurs, pêcheurs et agriculteurs. Est-ce là une évocation de l’écologie réaliste et « non-punitive » prônée habituellement par la droite ? Et quid des autres usagers (touristes, riverains…) ?
Jacques COLOMBIER
FN
  Grand absent du programme du FN. « Manger français », au-delà de la démagogie qui conduit une telle proposition, n’est pas un gage de circuit court et de soutien aux filières agricoles les plus respectueuses de l’environnement local…
Françoise COUTANT
EELV
*** De très nombreuses propositions sur le sujet. La liste propose de mettre en place un Schéma régional de cohérence écologique qui traduira en actes à l’échelle de la grande région la protection de la biodiversité via les trames bleue et verte. Au programme, de nouvelles réserves naturelles et un soutien accru aux parcs naturels régionaux existants et en projet : des outils dont on connaît l’intérêt éducatif, scientifique, culturel et même économique, en plus de leur richesse écologique. Un grand plan d’éducation à l’environnement complète ce dispositif assez riche.
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
* Le soutien aux circuits courts et à l’agriculture paysanne sous-tendent la politique environnementale que la liste mettrait en place.
William DOUET
UPR
* Une proposition concrète : le subventionnement des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). La lutte contre les pollutions est aussi au programme, mais de façon évasive.
Guillaume PERCHET
LO
  Rien là non plus.
Nicolas PEREIRA
ND
* Economies d’énergie dans la construction et l’entretien du bâti et circuits courts sont au cœur du programme de Nouvelle Donne, mais les espaces naturels ne sont pas évoqués.
Alain ROUSSET
PS-PRG
* 20% de bio dans les lycées, une qualité de vie et un « environnement à préserver », une puissance « forestière », et la promesse de 20 000 emplois dans l’environnement : là encore, on aimerait en savoir davantage…
Yvon SETZE
DLF
* « Mise en valeur des atouts et spécificités de notre littoral et de nos campagnes ». Cela sent bon le patrimoine régional, mais pas de mesures concrètes et aucune allusion à la durabilité et à la transversalité des politiques. Tout de même une mention au soutien aux circuits courts, décidément rare position quasi-unanime dans cette campagne.

 

  1. Politique culturelle

Oser un programme culturel peut se réaliser de différentes manières : à longueur de journée, les candidats parlent de défendre la culture, dans une posture souvent assez protectrice et archaïque, mais la culture c’est aussi un investissement, un projet positif, un soutien et un encouragement à la création, au transfert de compétences, à l’éducation… La politique culturelle, peut-être encore davantage que l’environnement en ces temps de crises qui poussent à des hiérarchisations malheureuses, est oubliée ou négligée dans nombre de programmes.

Joseph BOUSSION
Vague citoyenne
** « La culture c’est la vie », proclame haut et fort la liste. En détail, une formule choc et une opposition « au béton des grands temples métropolitains » (on aimerait comprendre : s’agit-il de bloquer les projets de grandes salles pourtant rarement financés par les régions ?). La création d’un service public des arts et de la culture (quelle relation aux FRAC ?) et un soutien aux intermittents du spectacles sont avancés.
Virginie CALMELS
LR-UDI-MoDem
* Signe à mon avis pas anodin : la culture n’est même pas mentionnée dans les « autres piliers économiques » de la région à développer. C’est une acception identitaire de la culture que V. Calmels évoque : la « défense » de la culture est son 10e engagement (« soutenir la culture », d’accord mais qu’est-ce donc ? La création ? Les musées ?…). L’accès aux langues régionales est évoqué sans être développé, alors qu’il existe plusieurs moyens d’y parvenir…
Jacques COLOMBIER
FN
  Le FN a fait parler de lui en adressant une lettre aux artistes en Nord-Picardie. Ne soyons pas dupes, le parti de M. Le Pen propose une vision de la culture relativement étriquée et idéologique, même si la démocratisation de l’accès à la culture et de la pratique culturelle est un débat essentiel.
Françoise COUTANT
EELV
** Entre autres propositions relativement incantatoires (soutenir les ateliers d’artistes et leur ouverture au public, soutien aux emplois culturels dans les lycées), d’autres idées plus concrètes : un fonds d’aide à la création, un Pass cultures jeunes, et l’inscription de la grande région dans l’Office public de la langue occitane.
Olivier DARTIGOLLES
Front de gauche
  La culture ne fait partie d’aucun des 12 engagements de la liste du Front de gauche. Etonnant.
William DOUET
UPR
* « Développer les activités périscolaires de découverte du patrimoine historique » : cette proposition étonnante ne surprend pas si l’on prend conscience de la proximité idéologique de la liste avec celle de DLF. Une position intéressante dans sa dimension éducative, mais qui ne paraît se suffire à elle-même… La culture, ce n’est pas que les belles pierres, non ?
Guillaume PERCHET
LO
  Toujours rien…
Nicolas PEREIRA
ND
* ND propose un « soutien aux scènes locales et à la diversité culturelle » pour éviter les déserts culturels dans la grande région.
Alain ROUSSET
PS-PRG
** « + de culture », d’accord, mais dans les faits ? La liste d’A. Rousset promet de maintenir le soutien budgétaire de la région à ce secteur et de créer une Conférence Territoriale Culture (qu’est-ce ?) et s’engage sans s’étendre sur « 100 000 parcours d’émancipation culturelle » pour les jeunes de la région. Un engagement novateur : le soutien aux langues régionales (basque et occitan). Et un coup de pouce appréciable à la création via un Fonds Créatif Territorial. Mais tout cela manque de vulgarisation…
Yvon SETZE
DLF
* Une silhouette d’église dans le programme : c’est également une vision localiste, patrimoniale et matérielle de la culture qui est promue à DLF. Pas de mesures concrètes.

 

En commentaire final, quelques remarques :

  • Le regret qu’à gauche du PS, quatre listes idéologiquement proches ou du moins conciliables se présentent chacune indépendamment…
  • Un ras-le-bol à l’égard du programme FN, basique « copier-coller » d’un manifeste national…
  • Déception concernant le programme PS, dont les propositions sont distillées à l’économie.
  • On remarquera que la liste Front de gauche fait grande place au Limousin : Laurence Pache et Stéphane Lajaumont, tous deux élus sortants respectivement en Creuse et Haute-Vienne, sont présentés comme les deux principaux colistiers d’Olivier Dartigolles. Un moyen de compenser l’ancrage très austral de la tête de liste, élu palois ?
  • Et une interrogation persistante à l’égard de l’UPR et de ses 9 000 supposés adhérents…

Décidez bien ! ;-)




> Concours photo ‘Limoges vue du train’ : participez, votez !

7102015

Capture d’écran 2015-10-07 à 15.40.06La SNCF organise cette année encore, et jusqu’au 30 octobre prochain un grand concours photo destiné à valoriser les paysages ferroviaires, que nous côtoyons chaque jour lors de nos déplacements, nos déambulations, etc. Trois villes sont sélectionnées, dont Limoges. Les meilleures photos seront exposées dans les villes concernées – Limoges, donc, ainsi qu’Enghien-les-Bains, Montpellier. Pour l’instant, ce sont les limougeauds qui se mobilisent le plus avec plus d’une soixantaine de photos, contre moins de dix pour les deux autres.

Je vous invite donc à participer et voter (l’inscription est simple et rapide), notamment pour la photo que j’ai proposée, Le reflet du symbole, dont vous pouvez également avoir un aperçu ci-contre, et plus globalement l’ensemble des photos proposées pour Limoges.

- Les photos de Limoges
- Ma photo




> Et si finalement, nous étions Aquitains ?

23092015

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Capture d’écran 2015-09-23 à 17.24.14Après le découpage, et la répartition des compétences et leur organisation entre les différentes villes, la détermination du nom de la future (et désormais proche) grande région répondant encore au nom d’Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes peut paraître un passage avant tout symbolique. J’en ai déjà un peu parlé, il se trouve que les symboles sont le reflet des intentions, et par la même occasion porteurs de nombreux autres effets éventuels. La plupart du temps, les noms des lieux décidés à l’époque contemporaine découlent des projections des acteurs qui les dirigent (valoriser le patrimoine, donner une image supposément positive, honorer une tradition ou une personnalité, etc.), et doivent matérialiser une conception du territoire qualifié (productif, attractif, touristique, solidaire…).

C’est à ce titre que les débats concernant le nom de notre nouvelle région vont forcément animer les échanges politiques : qu’on se le dise, le nom, parce qu’il définit et localise, suppose aussi des images, donc des rêves. Il se murmure que les limousins et picto-charentais pousseraient pour « Sud Ouest Atlantique », quand les aquitains se verraient bien garder leur nom. Les premiers ont à gagner en visibilité, passant sous silence par la même occasion, via un recours à la géographie naturelle, une part d’identité du grand voisin soupçonné de vouloir les phagocyter. Dans cette réflexion interviennent l’économie et les intérêts politiques, mais aussi la culture, les identités personnelle et collective… Le tout posant la question suivante : qu’est-ce qui doit déterminer le futur nom ?

La Rencontre des Historiens du Limousin a pris position et développe un argumentaire que l’on peut résumer à : « nous ne devenons pas Aquitains, nous le sommes », ou du moins, « nous le redevenons, et ce n’est une infamie pour personne ». À contre-courant de la position a priori attendue des élus du Limousin, donc, ce groupe de chercheurs rappelle notamment que nous – Limousins – avons longtemps fait partie de ce qui était l’Aquitaine (et pas moins que Bordeaux…), depuis la Gaule Aquitaine jusqu’au duché d’Aquitaine, et que Limoges a été le lieu de couronnement du roi d’Aquitaine Charles l’Enfant et du duc d’Aquitaine Richard Coeur de Lion. En vérité, ce n’est que depuis la constitution des régions contemporaines que l’Aquitaine se réduit artificiellement aux cinq départements que l’on sait, entre le Périgord vert et la Côte basque. Rétablir l’Aquitaine d’avant ne serait donc pas un simple hommage mais une réparation. Rappelons d’ailleurs que le « Limousin » que l’on se vante d’hériter des Lémovices ne couvrait en tant que province que la moitié sud de l’actuelle région, la moitié nord correspondant à la Marche. Un Creusois n’est donc Limousin que depuis quelques décennies !

On comprend ici que les références pluriséculaires peuvent constituer des dénominateurs communs particulièrement pertinents, qui se réclamant d’une réelle profondeur historique et culturelle en plaçant notre patrimoine commun au cœur de la réflexion territoriale, peuvent contribuer à faire de l’humilité une nouvelle variable de l’action… N’est-ce pas séduisant, dans la perspective de renouveler notre modèle démocratique ?

Je dois bien l’avouer, au départ, sans doute piqué dans ma fierté de Limousin se sentant abusé par une réforme tellement brutale – et mal argumentée, et brutalisé par le silence éloquent de certains élus aquitains à l’égard du devenir du futur-ex Limousin, je ne voyais pas pourquoi nous devrions nous soumettre à l’Aquitaine, ses velléités et son nom ! Il faut dire que l’attitude du président sortant d’Aquitaine à notre égard n’a pas toujours été d’une grande classe.

Alors oui, Sud-Ouest Atlantique me semblait être un moindre mal : au moins les Bordelais n’auraient peut-être pas tout gagné « sur nous » ; on gagnerait peut-être en visibilité aux yeux de la capitale, l’évocation maritime avait quelque chose de vivifiant… 

25130Je vous l’accorde, c’est un peu puéril, du moins chauvin, et surtout c’est une position assez contradictoire en ce qui me concerne, moi qui suis le premier à critiquer ces terminologies économistes, « compétitives » et uniformisantes auxquels nos édiles en manque d’inspiration et de pouvoirs nous soumettent régulièrement… J’ose espérer que Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon ne va pas accoucher d’un vilain « Sud de France – Pyrénées » ! (Il me semble qu’un simple « Languedoc » serait assez juste, historiquement, non ?) Georges Frêche et les enfants plus ou moins spirituels et plus ou moins terribles qui lui ont succédé n’ayant eu de cesse depuis sa disparition de décliner à l’infini et à l’overdose la marque Sud de France Car comme on peut le voir ci-contre, c’est bien d’une marque dont il s’agit, ce qui en soi n’est pas un mal, mais qui en termes géographiques s’avère être la preuve d’une financiarisation latente et douteuse de nos territoires, qu’on se le dise. Ah, j’entends que Sud de France, comme Sud Ouest Atlantique, faciliteraient la localisation, drainerait les touristes et les capitaux, donc participerait à l’essor du territoire. Certes, les marques territoriales peuvent être des leviers intéressants dans la dynamisation des territoires – citons l’exemple de la marque Limousin qui permet de fédérer les acteurs économiques dans une même stratégie. Cependant, l’application du marketing au territoire est toujours porteuse de menaces en ce qu’elle n’est pas un catalyseur automatique de richesse pour les populations, et qu’elle pêche encore en matière de démocratie du processus d’invention, de décision et d’animation. En outre, un nombre impressionnant de régions européennes, même petites, même pauvres, porte des dénominations historiques (bien plus pittoresques et poétiques que d’austères Nord, Sud, Est, Ouest), sans que cela n’apparaisse comme un facteur déterminant dans notre capacité à les situer : Bavière, Estrémadure, Brabant wallon, Algarve, Trentin-Haut-Adige, Cornouailles, Frise, Tyrol, Silésie… ce n’est pas si mal, non ?

Donc je me dis finalement, à la lecture de l’argumentaire de la Rencontre des historiens du Limousin, en pensant à Ruedi Baur1 et en repensant à tout ce que j’ai pu étudier cette année passée durant la réalisation de mon mémoire sur les noms de stations de tram (là encore de beaux exemples de stratégies d’uniformisation du paysage toponymique !), qu’ « Aquitaine » est peut-être ce qui a le plus de sens… Donc à nous de nous réapproprier ce que les Girondins, Landais, Périgourdins, Béarnais et autres Basques ne doivent pas confisquer ! Le rappel du glorieux passé historique de Limoges dans cette ancienne entité doit contribuer à nous en convaincre. C’est finalement un choix positivement iconoclaste que celui-là !

Comment finalement se résoudre à abandonner Limousin ? Je l’ai rappelé, le Limousin comme triptyque idéal Corrèze – Creuse – Haute-Vienne est une invention toute récente. Mais surtout, le Limousin survivra au découpage, quand bien même il n’apparaîtrait plus dans le nom de la région, parce qu’il est une notion culturelle et vécue qui n’a pas besoin des limites administratives pour exister. Tout comme Roussillon, Périgord, Béarn ou Anjou ont survécu aux départements, même sans plus exister dans leurs noms.

Ainsi, le vrai enjeu, il faut à mon sens plutôt le voir dans le fonctionnement démocratique de cette future région ; à nous de veiller à ce que le choix d’ « Aquitaine » ne légitime pas une hégémonie bordelaise dans les faits et gestes des représentants que nous élirons en décembre prochain.

Maintenant, à vous de faire connaître votre avis sur www.magranderegion.fr

1 Dans le cadre du cycle de conférences que je contribue à organiser au sein du département de géographie de l’Université de Genève, consacré aux enjeux de la toponymie métropolitaine en Suisse, nous allons sans doute et je l’espère recevoir le designer franco-suisse Ruedi Baur, célèbre pour avoir réalisé la typographie et la signalétique du centre Pompidou, et connu pour tenir un discours assez critique vis-à-vis du recours économiste dans les dénominations et les identités visuelles des territoires, ainsi considérés comme des produits marchands.




> Les premiers noms de rue de la mandature Lombertie

28112014

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Capture d’écran 2014-11-28 à 13.51.45Nommer les lieux n’est pas un acte anodin. Certes, cela répond à des impératifs pratiques (l’adressage, le foncier), mais c’est en réalité un acte territorial et politique fondateur (voir ici et ). Parce que les noms matérialisent et institutionnalisent les lieux, d’abord, en validant ou se substituant à l’informel. Ensuite, parce qu’ils reflètent des intentions et des valeurs politiques, voire idéologiques : à Limoges, la foule de résistants, élus socialistes ou céramistes et porcelainiers présents dans les toponymes sont l’expression d’une tradition municipale sur le temps long et de la volonté de vénérer une certaine Histoire par la constitution d’un véritable Panthéon local. Même dans le cas de dénominations a priori inoffensives, quand ils relèvent du repérage pur et dur (une église, un équipement, un cours d’eau), ou qu’ils mettent à l’honneur le bucolique, les noms ne sont jamais neutres, soit parce qu’ils valorisent un projet porté par des élus, soit parce que la mise en lumière d’un objet géographique peut parfois être motivée par des intentions patrimoniales, donc forcément politiques.

Au-delà, les noms sont aussi un médiateur de pratiques sociales, car ils déterminent, sinon orientent des représentations du territoire et des pratiques dans l’espace. D’une part parce que le nom en tant que tel peut être artisan de la création d’un lieu. N’ai-je pas déjà entendu le terminus de la ligne 8 du bus de Limoges appelé phonétiquement « Maljoffre » alors qu’il s’agit bien d’une référence au Maréchal Joffre ? Un nom obscur peut également être mis en lumière à partir du moment où il devient un boulevard ou un carrefour (qui peut réciter la biographie de Nicolas d’Aine, de Denis Dussoubs, expliquer ce que sont les Casseaux, d’où vient le Champ de Juillet ?). D’autre part, le nom est social, et donc culturel, parce que porteur de références, d’idées et idéologies qui peuvent orienter les représentations. Nombreuses sont les villes qui dans la réalisation des lignes de transports collectifs, ont préféré attribuer aux stations des noms poétiques plutôt que de leur donner le nom des quartiers chauds qu’elles rechignaient à honorer afin de contrôler certains déplacements. Les noms inscrivent dans l’aluminium des abribus et la céramique des plaques de rue une certaine vision de la ville.

Ces décisions sont donc éminemment politiques ; voilà pourquoi il est intéressant, éclairant de les étudier et de revendiquer un droit de regard, voire de jugement. Dans cet article du Populaire, l’an dernier, on découvrait comment les odonymes (les noms de rues, donc), étaient décidés à Limoges. Comme dans les autres communes, le maire conserve cet apanage, acte presque régalien qu’il entend faire valider par un conseil municipal en général bien avisé de le suivre. Ainsi, les choix de toponymes effectués sous la mandature d’Alain Rodet, reflètent à la fois une tradition bien limougeaude – les noms de porcelainiers, de résistants – mais aussi les goûts de l’ancien maire pour le jazz, de notoriété publique.

La nouvelle majorité municipale a déjà mis en œuvre son entreprise de territorialisation politique par la dénomination de nouvelles voies. La lecture attentive des derniers compte-rendus des conseils municipaux est en cela révélatrice. On apprend ainsi que le nouveau conseil a d’ores et déjà proposé des noms aux nouvelles voies issues de l’urbanisation continue de la périphérie limougeaude : « la Grande-Pièce » vient bien logiquement donner un nom à la Voie de liaison nord. Deux émailleurs – Alain Grafeuil et Roger Duban – se voient honorés par deux nouvelles voies dans le secteur de la Bastide. C’est déjà en soi un acte politique, par l’hommage rendu à une profession emblématique de la ville qui fera de nouveau l’objet d’une Biennale re-créée par Philippe Pauliat-Defaye. Le nom de la résistante Germaine Tillion, récemment décédée, est également attribué à une allée toute neuve à Grossereix. Peut-être moins consensuel, le professeur Bernard Descottes, figure émérite du CHU disparue il y a peu, très proche de l’UMP et de l’association Haute-Vienne Alternance dont Emile-Roger Lombertie est un porteur, est également honoré par une voie traversant l’enceinte de l’hôpital.

Capture d’écran 2014-11-28 à 13.54.06Fait original : certains lieux déjà nommés changent de nom, dans un élan de féminisation que d’aucuns pourront apprécier. C’est le cas de l’école du Grand-Treuil, qui porte dorénavant le nom de l’institutrice Odette Couty, martyre d’Oradour. C’est aussi le cas de la rampe Haute-Vienne, qui prend le nom de Jeanne Villepreux-Power, naturaliste du XIXe siècle installée en Limousin, au nom du doublon avec la rue et la place du même nom, et sans doute de l’envie de valoriser une personnalité pionnière et évocatrice de la grandeur du Limousin au-delà de ses encore-frontières. Citons encore la place des Justes parmi les nations, juste devant le musée de la Résistance. Il est intéressant de noter que le nom de la nageuse Claude Mandonnaud, active dans les années 1970 et sélectionnée aux Jeux olympiques, consacre à la fois une rue de Limoges, remportée par la droite, et une salle du futur centre aquatique, porté par la majorité de gauche à l’agglomération, preuve que certaines personnalités, quand elles incarnent une grandeur (passée) de notre territoire, peuvent susciter l’admiration collective. C’est également là que l’on comprend que les débats autour des noms peuvent parfois cristalliser les conflits de mémoire et les appropriations symboliques de personnalités aux qualités posthumes tantôt fédératrices, tantôt partisanes (les villes communistes où celles gagnées par des maires FN dans les années 1990 en sont des exemples). Peut-être peut-on aussi y voir un exemple opératoire du nom comme outil de récupération d’un édifice public d’ampleur, qui pour l’opposition comme la majorité, incarne un potentiel de développement, de validation stratégique (et de reconquête).

Enfin, les stratégies employées pour décider des noms – associer le public ? ou préférer une décision sur un coin de table ? – sont également bien souvent révélatrices d’une certaine idée de la démocratie participative. S’il n’est pas forcément toujours nécessaire de discuter le nom des personnalités ainsi mises en valeur dans l’espace public, je pense qu’il faut considérer l’acte de nommer un lieu comme une responsabilité collective, par la force que le toponyme exerce sur les représentations collectives et le sentiment d’appartenance, notamment. Pourquoi ne pas faire de l’acte de nommer les lieux un laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques de participation populaire, qui ne soit plus réduite à sa fonction uniquement légitimante de l’action politique institutionnelle ? Pourquoi ne pas intégrer ces discussions à l’agenda des futurs conseils de quartier ?

Lors du dernier conseil municipal, a été évoquée la perspective de nouvelles re-nominations, à suivre de près. La preuve que l’équipe Lombertie a pleinement revêtu les habits – à ce sujet du moins – de l’acteur territorial.

-> Voir aussi : l’historique des dénominations de voies depuis 2006.

Photo : (c) L.D., 2012. / Capture d’écran retransmission CM 19/11, mairie de Limoges.




Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !




> 6 monuments limousins chez Stéphane Bern

17092014

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DSC_0518Diffusée quotidiennement depuis le 25 août dernier, l’émission Le monument préféré des Français, présentée par Stéphane Bern, mettra six édifices limousins à l’honneur dans le numéro de demain, jeudi 18 septembre. L’émission délivrera le classement des votes en ligne des internautes, et il s’agira de savoir qui de l’abbaye d’Aubazine, le moulin du Got, le château de Coussac-Bonneval, le château de Boussac, la gare de Limoges-Bénédictins ou le château de Rochechouart, « affrontera » dans l’émission en prime-time de samedi les monuments vainqueurs dans les autres régions métropolitaines.

J’ai participé en juin dernier au tournage à la gare de Limoges (j’en parlais déjà ici). J’en tire une expérience enrichissante et très plaisante, puisque m’ayant permis de découvrir les souterrains, les combles, le toit de la gare.

Rendez-vous demain à partir de 17h sur France 2 ! ;)

Mise à jour : l’émission sera finalement diffusée vendredi 19 septembre, 17h sur France 2.

Tournage France 2 Gare des Bénédictins
Album : Tournage France 2 Gare des Bénédictins

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