> Revue littéraire : Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyoux

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1507-1Sorti au printemps dernier, Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyoux, brosse un portrait de quelques-uns de ces coins de France à la réputation aléatoire. Pari intéressant que d’aborder une nouvelle fois la question des imaginaires géographiques en se confrontant directement à l’expérience du terrain et de la rencontre. Le résultat sera-t-il à la hauteur du défi ?

Elles sont douze à avoir été arbitrairement sélectionnées : Mulhouse, Vesoul, Guéret, Cholet, Vierzon, Cergy, Saint-Nazaire, la vallée de la Fensch, Verdun, Maubeuge, Châtel-Guyon et Draguignan. Vincent Noyoux a choisi, au fil d’une année, de s’y rendre pour vérifier si ce que l’on en dit de plutôt mal – isolement, ennui, laideur, misère… – est vrai. Deux ou trois jours sur place, à chaque fois. L’expérience est bien entendu subjective : certaines contrées ont moins de chance que d’autres au sens où elles seront visitées un jour de pluie, en plein novembre, un jour de fermeture des magasins… Qu’importe. On compte davantage sur l’engagement et la bonne foi du narrateur que sur sa bien-pensance, pour déceler le positif qui sommeille en ces petites cités.

D’emblée, on doute, car les poncifs sont bien présents. Parlant de Mulhouse : « on n’y trouve pas de bars branchés ni d’abbayes classées. (…) On n’y croise aucune célébrité. » (p. 8) Mais rapidement, la subtilité du style dénote le volontarisme de Vincent Noyoux à trouver ce qui peut plaire en ces villes. Non, ce n’est pas dans le guide touristique décalé que donne l’auteur, car celui-ci ne se prive pas de critiquer ce qui ne lui plaît pas. Mais on le sent réellement touché par ces villes dépréciées, et c’est cette sincérité, qui transparaît dans les passages très bien racontés, les émerveillements non feints, les surprises communicatives de ce road trip personnel et attachant, qui nous prouve qu’un a priori peut ne pas résister à qui sait le questionner.

On se délectera d’une sorte d’éloge de la curiosité : Vincent Noyoux se frotte à ce qu’il ne connaît pas, ce dont on parle beaucoup sans chercher plus loin, ce qu’il craint, même. On pense ici à Cergy la banlieusarde : « l’imagination s’enflamme vite et l’on en veut aux journaux télévisés, au rap, aux films brûlots sur la banlieue autant qu’à soi-même de se laisser déborder par cette paranoïa pyromane », p.61. Certes, Vincent Noyoux n’est pas tout à fait un français moyen, il est journaliste de voyage et on se dit que c’est aussi dans son métier et dans son ADN que d’aller à l’encontre de ses préjugés. Mais peu importe, ici, l’aventure personnelle, le défi personnel surpassent largement l’expérience professionnelle car on parle bien moins de patrimoine conventionnel et de crise économique que de rencontres, d’échanges et de petits plaisirs quotidiens. D’ailleurs, n’ose-t-il pas snober la gastronomie locale à Vesoul pour y préférer un étonnant et chaleureux restaurant roumain ? Préférer au discret patrimoine historique choletais les usines Pasquier ou les improbables œuvres d’un artiste contemporain local ? Descendre en règle le musée de l’Hôtel-de-ville de Mulhouse pour préférer se rire de sa déambulation de néophyte entre les voitures du musée de l’Automobile ? Décevant ? Pas du tout ! On parle ici d’un tour de France des villes incomprises : il convient donc de les décrypter, de les amadouer, de les ménager, et en aucun cas de servir une carte postale surannée et bien-pensante. « Mulhouse [et tout ce livre, ndlr], c’est d’abord un grand bras d’honneur à Jean-Pierre Pernaut » (p.12).

ob_6489f7_1Le livre se lit facilement, c’est un dialogue entre l’auteur et son lecteur. Le propos est certes parfois un peu politique, par exemple quand il s’agit de requestionner le modèle de la ville-nouvelle avec Cergy, de regretter les errements de l’économie touristique qui ose vendre une « terrine du Poilu » à Verdun, ou de déplorer l’endormissement des villes évitées par les autoroutes et lâchées par leurs petits commerces. Mais jamais trop, de sorte que le bouquin reste un livre de voyage plutôt plaisant.

Et puis c’est souvent drôle, en tout cas bien assez subtil pour que l’on ne s’offusque pas des railleries de l’auteur : « à quoi ressemble une forêt de sapins quand on lui retire ses sapins ? Probablement à quelque chose comme la Haute-Saône » (p.28) ; « Vesoul (…) ça évoque une ventouse qui n’adhère plus » (p.28) ; « Vierzon est une petite ville de 27 000 âmes située aux portes de la Sologne et aux portes de la Champagne berrichonne. Rester aux portes de tout est le propre des paillassons, mais on ne s’est pas toujours essuyé les pieds sur Vierzon. » (p.92). On pense aussi au film Bienvenue chez les Ch’tis présenté comme « documentaire des plus rigoureux sur la pluviométrie dans le nord de la France » (p. 197), ou à cette pauvre « Maubeuge à la vie nocturne de Pluton » (p. 203).

DSC_0089Et au moment où se dit que non, il va trop loin (Guéret, qui au passage n’est pas la ville la mieux sauvée du livre, comparée à « un œil crevé sur le plus ravissant des visages » (p.43) nous rappelle tristement l’épisode Technikart, et on compatit aussi avec la Fensch quand l’auteur croit voir dans l’encadrement d’une porte la Mort en personne, p. 153), on se rassure en réprimant un sourire à la lecture d’une blague un peu lourdingue sur cette préfecture du nord-est, en se disant que ses habitants se moqueront sans doute aussi gentiment de cette ville du sud-ouest… On rira notamment du festival de blagues absurdes sur Vesoul (p.31). Même quand on peine à trouver des éléments réellement positifs – on pense à la longue et sinistre description de la vallée de la Fensch ou la déprimante présentation de Maubeuge -, la qualité de la propose et l’application à parler des gens, et même à s’effacer derrière leurs pensées à eux, rend belles ces contrées. L’humour, d’ailleurs, permet souvent de relativiser les inconvénients de ces villes et rabat les clichés : « Ce jour-là, il est gris, comme partout ailleurs en cette saison » (p.31).

On rend de discrets hommages à ces citoyens ordinaires, qui se battent pour réhabiliter leurs villes. Des plus attendus : les guides-conférenciers, les commerçants, un blogueur à Vierzon, les Creusois échaudés par la provoc’ parisianiste de Technikart, le chanteur Anis à Cergy… Aux plus improbables : un papetier militaire à Draguignan, un boucher halal fan de fortifications Vauban à Maubeuge, et même les basketteurs américains du club de Cholet.

Capture d’écran 2016-09-25 à 01.07.53L’auteur parvient-il à réhabiliter ces villes ? Sans doute ceux qui n’étaient pas convaincus ne le seront pas bien davantage car ces villes ne recèlent aucun grand monument ou grand festival (l’auteur le dit d’emblée !), mais ceux qui savent lutter contre leur préjugé sauront déceler, entre les lignes, les émotions qui auront animé l’auteur. Ambiance industrielle à Mulhouse ou dans la Fensch, ambiance morbide à Vesoul, immersion picturale et littéraire à Guéret, aventure pleine de risques dans une friche cergyssoise, : on peut aussi comprendre le propos du livre comme un plaidoyer pour une curiosité subtile, ni voyeuriste ni misérabiliste, en somme pour un tourisme différent, alternatif, plus sincère et moins automatique. « On ne juge pas seulement une ville par la qualité de son patrimoine ou de ses espaces verts, mais par une foule de ressentis liés à des détails anodins : une poubelle renversée en pleine rue, le sourire d’une passante, une mauvaise toux attrapée sur une place ventée, le pain trop sec au restaurant. Une bonne séance de cinéma peut sauver un séjour. » (p. 203). Notre pays est « une mosaïque de lieux secondaires, ingrats de prime abord, décevants parfois, mais essentiels. Ils permettent au touriste de respirer, de souffler un peu entre un château et une  »ville d’art et d’histoire ». Ils rappellent surtout que la France a une histoire : telle vallée sinistrée ne l’a pas toujours été ; telle station thermale a connu des jours meilleurs ; tel port a connu un âge d’or. La population est partie, les centres-villes s’étiolent, mais ces lieux ont encore quelque chose à nous dire. Il suffit de savoir les écouter. ». « Un lieu n’est insipide que parce qu’on l’a décidé. » (p. 217)

Photo : le 12:45, M6. La gare de Guéret (L.D., 2015). Cergy (L.D., 2016).




> Revue littéraire : Faut-il pendre les architectes ?, de Philippe Trétiack

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1540-1Par ce titre provocateur, l’auteur pense retranscrire la méfiance, si ce n’est la vive opposition populaire, dont les architectes seraient l’objet en France. Il n’a pas tort à ce sujet, tant ces derniers semblent cristalliser les déboires et les échecs de nos aménagements urbains. L’objectif avoué de l’ouvrage de Philippe Trétiack, architecte de formation et journaliste de métier, est de rappeler combien les architectes ne sont pas les seuls à décider de ce qui fera le visage de nos territoires. C’est un enjeu méritoire.

Dans son ouvrage, publié en 2001 et augmenté d’une postface en 2011, Philippe Trétiack développe un chapitre parmi d’autres de l’incompréhension entre publics et experts, et y insère les décideurs politiques en ce qu’ils doivent être placés face à leur responsabilité éminente (et souvent dramatique, donc) dans les choix architecturaux.

Il s’agit dans un premier temps de rendre justice à une profession souvent incomprise, dont l’image publique, qui souffre déjà du dédain collectif pour la technique, est phagocytée par quelques superstars télégéniques et quelques projets très (trop) emblématiques, quand le gros des troupes galère en bas de l’échelle. Mais Philippe Trétiack tient aussi et surtout à cibler les ratés du milieu, qui contribuent à cette mauvaise image de l’architecture et à sa difficulté à convaincre le grand public : incapacité à communiquer, confusion des genres entres jurys et candidats des concours ou soumission au bon vouloir de certains élus locaux peu sensibles aux subtilités de la création architecturale apparaissent comme les symptômes de cette crise identitaire. Cette plongée dans les coulisses du milieu (les concours, les relations entre architectes…), quoique très cynique, est fort instructive.

De ce fait, on était en droit de s’attendre à une réflexion approfondie sur la démocratisation de l’accès et de la production de la culture, et sur la responsabilité que les responsables politiques détiennent dans ce cercle vicieux de l’incompréhension.

L’auteur rappelle à plusieurs reprises et à juste titre combien l’électoralisme guide l’action de nombre de grands barons, et produit ainsi à tour de bras du clinquant, du kitsch, de l’uniforme (cf. à ce sujet le bon coup de gueule de J.-P. Blais en 2014), voire du médiocre. L’idée centrale, c’est que l’architecture ne peut pas tout, toute seule, et que « parier sur des vérandas ajoutées en façade et de la peinture fraîche sur les pignons pour conjurer le chômage et la violence » (p. 161) ne peut suffire, n’en déplaise à certains.

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L’église de la Sainte-Trinité de Genève, arch. Ugo Brunoni. (c) L.D., 2014

Cependant, la critique politique ébauchée, prometteuse, s’avère décevante car à mon sens trop peu courageuse et explicite.

On désespère au fil des pages de ne trouver davantage de propositions concrètes pour dépasser cet état de fait. À peine l’auteur ose-t-il quelques suggestions, pour certaines très intéressantes il est vrai : insérer une charte de qualité architecturale dans la création des logements sociaux, en finir avec les permis de construire attribués à la seule vue d’esquisses, solliciter les fonds de la Française des Jeux pour financer l’architecture comme cela se fait outre-Manche. Malheureusement, elles sont souvent incantatoires (attirer davantage les architectes dans la fonction publique, prévenir la privatisation des entrées de ville), et leur iconoclasme caricatural et grinçant en devient démagogique (créer une école de la maîtrise d’ouvrage pour rééduquer les élus).

Pire, l’auteur fait part d’une méfiance assez dommageable à l’égard de nombre d’opportunités de résolution. Ainsi, si l’on peut admettre l’idée que la pluridisciplinarité croissante des équipes est peut-être dans certains cas excessivement mondaine, on pourra regretter la défense très frileuse de l’apport de la sociologie ou de la philosophie à la théorie architecturale. On se plaindra encore davantage de l’attaque en règle contre les paysagistes, accusés de théoriser à l’infini sans résultats. Selon l’auteur, les architectes seraient les seuls à se saisir de la virtualité pour penser concrètement le monde réel ! La pensée écologiste, résumée à l’action de quelques « khmers verts » (p. 199), vertement critiqués pour leur soi-disant dogmatisme, est expressément évacuée (mais il faut se souvenir que le livre date de 2001 et que depuis l’architecture durable a fait des progrès). Idem pour les défenseurs du patrimoine, qui iraient à l’encontre de la création – mais là encore, on a avancé depuis dans la réconciliation de la valorisation et de la création ; je pense à la très belle exposition « Un bâtiment, combien de vies ? » présentée à Paris en 2015 et dont j’ai déjà parlé ici, notamment en lien avec les problématiques limougeaudes.

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Traduction aléatoire sur une annonce de chantier, Cerbère (Pyrénées-Orientales). (c) L.D., 2016.

En outre, cibler l’inculture des élus, quand bien même elle est effective, ne me paraît pas bien faire avancer les choses. Beaucoup de progrès ont été faits dans la vulgarisation de l’architecture (on pense à la Cité Chaillot, redoutée par l’auteur, mais aussi aux Centres d’interprétation de l’architecture et du patrimoine mis en place dans les Villes et pays d’art et d’histoire – VPAH – qui manque toujours cruellement à Limoges). On déplorera un certain snobisme, validé par une succession de références d’initiés oscillant entre la private joke, le name dropping et le règlement de comptes ad hominem (il fallait bien un peu de latin dans cette phrase franglaise). En dépit d’un style agréable à lire, le nombre incalculable d’exemples architecturaux étouffe par l’absence de photographies, vraiment pas compensée par les quelques esquisses insérées entre certaines pages. Citer des œuvres qu’on assassine, pourquoi pas, mais sans images, le lecteur qui n’est pas du métier peinera sans doute à se figurer concrètement les réalités de l’architecture et juger les reproches de Philippe Trétiack comme il se doit.

Enfin, alors que le livre s’était donné pour objectif de cibler la responsabilité des politiques dans le « drame » architectural, on s’étonne de ne trouver presque aucune piste de réflexion sur une plus grande intégration du savoir d’usage et de la parole habitante dans les projets – ce n’était pas encore « à la mode » et peut-être est-ce là l’explication. Là encore, nous avons fait du chemin depuis 2001, mais la mise à jour effectuée en fin d’ouvrage en 2011 par l’auteur ne permet pas de nuancer la « force d’inertie » d’un secteur associatif qui pratique le « racket » (p. 69), et va jusqu’à enfoncer le clou du mépris en évoquant l’« insupportable pouvoir de nuisance des associations de quartier » (p. 203).

Le livre est hélas parfois peu élégant quand il s’agit notamment d’évoquer la relative discrétion des femmes architectes, dont « résulte une absence de sensualité » (!) (p. 47) et qui paraissent pouvoir se démarquer avant tout par leur look, régulièrement évoqué au fil des pages. L’auteur nous perd parfois dans des enchaînements d’études de cas trop peu détaillées et dans des formules à l’emporte-pièce, sans toutefois nous ennuyer complètement.

Les pamphlets ont leur intérêt, mais celui de Philippe Trétiack ne me convainc que partiellement tant la diatribe est théâtrale et je le crains, peu accessible. Tant et si bien que les hommages effectués à l’égard de quelques rares confrères ou élus en paraîtraient au mieux maladroits, au pire suspects. Plaisamment peu parisianiste (nombreux exemples pris en Province), le livre aurait pu insister sur ce qui fait la spécificité des projets évoqués dans les régions et sur ce qu’ils peuvent apporter à la réflexion globale. « Il n’est de grand architecte qu’associé à un grand maître d’ouvrage » (p. 176). Admettons. Et après : pour qui ? avec qui ?

Que l’on soit conservateur ou non, il y a donc du bon et du moins bon dans cet ouvrage à saluer pour ce qu’il donne à voir des relations houleuses entre le pouvoir et ses bâtisseurs, mais qui gagnerait à être complété d’une réflexion plus positive. Dommage que la mise à jour de 2011 n’y parvienne que trop peu. Si seulement cet ouvrage pouvait avoir convaincu les sceptiques de l’intérêt d’une pratique architecturale généreuse, ni trop régionaliste ni aseptisée, qui requestionne en profondeur notre mécanisme démocratique…

> Faut-il pendre les architectes ? de Philippe Trétiack, Points, 2001 (rééd. 2011), 217 p. (8,30 €)




> Revue littéraire : Manifeste du Tiers paysage, de Gilles Clément

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S’il demeure peu connu du grand public, Gilles Clément est sans doute l’un des paysagistes français contemporains les plus réputés, titulaire de la chaire annuelle de création artistique au Collège de France en 2011-2012, professeur à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles à partir de 1979, lauréat du Prix du Paysage en 1998. Né dans l’Indre, il est établi dans la Creuse depuis quarante ans et puise largement dans ce territoire les réflexions qui nourrissent ensuite son travail de jardinier.

Impliqué autant dans des projets opérationnels que dans la production permanente d’une réflexion sur la place et le rôle des sociétés humaines dans les processus naturels, Gilles Clément est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages dont l’objectif commun est de rendre accessible au plus grand nombre ces théories et expériences, toutes critiques à l’égard des divagations de notre société contemporaine, productiviste et court-termiste.

Il ne cesse de rappeler l’homme à un brin de modestie, en soulignant combien lutter contre les équilibres biologiques est vain et funeste. On retient notamment de son action la conceptualisation de trois concepts-clés, tous liés à cette idée d’un jardinier-observateur : celui du « jardin en mouvement » (penser le jardin comme un lieu où le concepteur travaille au maximum en accord avec le va-et-vient naturel des espèces) celui du « jardin planétaire » (l’idée que le monde est un jardin, que chaque être humain en est le garant et en est donc responsable), et enfin celui du « tiers-paysage » (tout espace végétal qui n’est ni cultivé, ni forestier), qui a fait l’objet du Manifeste dont je parle ici.

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Si cet ouvrage a une résonance locale particulièrement forte, c’est parce que le concept de « tiers-paysage » naît d’une expérimentation menée au début des années 2000 pour le compte du Centre international d’art et du paysage de Vassivière. On peut d’ailleurs découvrir au printemps la Prairie fleurie qu’il a conçue au sein du parc des sculptures, et qui matérialise à la fois les concepts du « jardin en mouvement » et du Tiers-paysage. Gilles Clément est d’ailleurs un acteur engagé localement. Candidat en position non-éligible sur la section creusoise de la liste Europe Ecologie lors des élections régionales de 2010, présent lors du rassemblement Alternatiba à Limoges en septembre dernier, il a marqué de sa présence les différentes saisons de l’Université rurale du paysage du Pays Ouest Creuse, dont j’ai déjà salué l’approche résolument innovante, et dont il était le parrain. Au gré de plusieurs conférences passionnantes, il avait pu faire part au public combien le paysage et la richesse biologique du Limousin devaient inspirer notre curiosité et favoriser notre humilité vis-à-vis de cette nature qui nous englobe.

Dans cet ouvrage, paru il y a déjà douze ans, l’auteur-scientifique défend avant tout et ardemment les espaces délaissés – friches, bords de route, lisières de champs … – comme des havres de biodiversité. L’existence même de ces lieux de marges peu ou pas convoités (car peu sûrs, isolés, inaccessibles, foncièrement ou financièrement peu intéressants), est donc un salut pour cette biodiversité dont on évoque de plus en plus souvent le péril. Le propos est nécessairement politique – la définition du Tiers-paysage est d’ailleurs mise en parallèle de celle du Tiers-Etat, groupe majoritaire mais méprisé et plein de ressource – ; Gilles Clément cible les limites de l’ultralibéralisme en ce que ce système soumet la diversité naturelle à la rentabilité. Or c’est faire preuve d’un court-termisme coupable que de privilégier la seconde à la première, qui n’a pas attendu que nous mettions en place nos systèmes économiques bancals et inégalitaires pour exister. Privilégier la richesse naturelle permet donc de réconcilier l’action de l’homme et le salut de notre planète en mettant fin à la spirale infernale qui chaque année mène à la disparition de nombre d’espèces vivantes et hypothèque chaque jour davantage le devenir de notre civilisation.

On comprend donc que le Tiers-paysage peut constituer le laboratoire de cette civilisation de la réconciliation. « Un espace de vie privé de Tiers-paysage serait comme un esprit privé de l’inconscient. Cette situation parfaite, sans démon, n’existe dans aucune culture connue ».

Mais dès lors, est introduite une controverse qu’il s’agit de négocier. En effet, on souhaite assurer la préservation de ces espaces délaissés, riches réservoirs de biodiversité, qui par définition sont mouvants, relatifs, éphémères, indécis. La solution brandie par certains sera de préserver certaines de ces friches, de ne plus les considérer comme espaces en creux mais comme espaces spécifiquement valorisés, ménagés, voire aménagés. On pense notamment au réflexe de plus en plus introduit dans les méthodes de jardinage, qui est de soustraire certaines zones enherbées de la fauche (à Limoges, le service des espaces verts citait d’ailleurs Gilles Clément dans sa documentation). Plus loin, on évoquera le cas des tourbières, lieux humides et fluctuants, plus-tout-fait-prés, pas-encore-forêts, qui ne devaient leur existence qu’au maintien de l’élevage, qui sont désormais sanctuarisées par des réserves naturelles où une exploitation très précise du lieu en garantit la sauvegarde. Mais ne peut-on penser que cette patrimonialisation des espaces fragiles va à l’encontre de l’insaisissable, du flou, du fluctuant ? Le fait de sanctuariser et d’artificialiser un « entre-deux-états » ne nie-t-il pas la possibilité de ces mouvements naturels ?

Gilles Clément résout cet apparent paradoxe : il s’agit en fait de refonder complètement notre façon d’aménager l’espace en nous remettant au niveau de la nature, en cessant de prétendre la dominer et en choisissant de « faire avec » plutôt que d’exploiter. En somme, décloisonnons et acceptons délibérément de faire du partiel, du temporaire, cessons d’accumuler et d’hypothéquer, car il en va de la survie de l’ensemble des éléments naturels dont nous ne sommes qu’un composant.

Si l’on a dans un premier temps du mal à cerner l’avis de l’auteur sur la stratégie patrimoniale adoptée par nombre d’écologues, exploitants forestiers et aménageurs depuis la fin du XXe siècle (prône-t-il la fin de la politique du patrimoine naturel telle qu’elle est menée actuellement ?), l’idée apparaît plus claire en fin d’ouvrage : Gilles Clément défend la création d’ « espaces de Tiers-paysage de grande dimension afin de couvrir l’étendue des espèces capables d’y vivre et de s’y reproduire ».

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On comprend avoir à faire à un propos éminemment post-capitaliste, plutôt décroissant, qui défend l’harmonie du vivant, sans hiérarchies mais sans angélisme : l’homme conserve un rôle essentiel de garant de cet équilibre ! En militant pour le « non-aménagement », en signant cet éloge de la friche, de l’imprévu, de l’indécision, Gilles Clément bouleverse donc nombre de schémas solidement ancrés dans les réflexes d’action des responsables politiques. Mais il le fait en rappelant que tous êtres vivants confondus, nous sommes soumis à la même finitude et que c’est dans notre intérêt à tous que d’aller dans le même sens. Loin d’être punitive, l’approche de Gilles Clément appelle en vérité l’homme à faire preuve de bon sens en se vouant à la créativité naturelle des flux et comportements biologiques et en considérant le génie naturel comme le génie du vivant, le même qui nous permet de naître, vivre, et bâtir nos sociétés. À traduire en actes ! Dans les derniers paragraphes de son Manifeste, l’auteur propose d’ailleurs des pistes concrètes appelant à « enseigner les moteurs de l’évolution comme on enseigne les langues, les sciences, les arts » et à « [nous] confronter […] aux [...] cultures planétaires […] dont les fondements reposent sur un lien fusionnel entre l’homme et la nature ». Nous ne cessons de dire que nous sommes tous dans le même bateau, alors (non)-agissons en conséquence et donnons vie à une civilisation du vivant réconcilié.

> Manifeste du Tiers paysage, de Gilles Clément, Sens&Tonka, 2014, 80 pages (9,50 €)
Première édition : Sujet/Objet, 2004. Egalement librement accessible sur le site de Gilles Clément.

Photos : Le jardin du musée du Quai Branly, réal. et photo. Gilles Clément (photo en copyleft) ; Un tiers paysage limougeaud, près de Landouge (L. Destrem, 2014).




> Vers un label Capitale française de la culture ?

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L’ancien directeur du festival d’Avignon, Bernard Faivre d’Arcier, défend dans une tribune parue dans Télérama le principe d’une « Capitale française de la culture » tous les deux ou trois ans. Un concept qui paraît éculé et qui pourtant me semble prometteur, s’il peut concerner les villes de moins de 200 000 habitants, s’il encourage bien un mouvement de décentralisation culturelle et politique, s’il associe les universités et le monde de l’entreprise, et s’il permet une juste participation du grand public à un événement dans lequel il pourrait se retrouver et trouver fierté et reconnaissance. N’est-ce pas aussi un peu le rôle de la culture ?

Alors que le magazine prépare cette année ces « Etats généreux de la Culture », grand débat se voulant participatif devant énoncer des priorités en matière d’accès à la culture et de démocratisation de sa gouvernance, cette idée est a priori un peu tarte à la crème tant le concept des nouveaux labels semblait avoir été éprouvé. À titre d’exemple, je crains que l’inflation des métropoles labellisées French Tech ne soit qu’un gage donné aux « petites » métropoles qui ont peu face aux grandes qui ont déjà beaucoup.

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Les agglomérations susceptibles de candidater. (Carte : L.D., 2016).

Ici toutefois, le concept est différent, et c’est ce qui me convainc. L’idée d’une Capitale française tous les deux ou trois ans, dans une ville de 100 ou 200 000 habitants, me paraît garantir l’attention sur un écosystème particulier à chaque fois, limitant ainsi les effets pervers d’une féroce concurrence. Et ce concept me semble tout à fait pertinent dans une stratégie de rééquilibrage territorial à rebours des positions anti-rurales ambiantes, comme dans l’optique d’une réconciliation nationale autour d’un projet collectif et positif, générateur de retombées économiques comme d’émulation intellectuelle.

Au moins trois constats ou positions retiennent mon attention et me font adhérer à la démarche :

  • le fait que l’argumentation prenne acte de la sur-représentation parisienne dans les grands projets événementiels auxquels la France candidate (JO, Expo universelle) et dans les grands projets d’aménagement d’intérêt national (Grand Paris). Voilà enfin l’occasion de valider et prolonger le timide élan de décentralisation culturelle enclenché par le Louvre-Lens et le Centre Pompidou-Metz. Ici, on irait plus loin en inscrivant au cœur des petites et moyennes métropoles de province un événement fédérateur susceptible d’attirer attention et investissements pérennes. L’enjeu est majeur pour un système de décision culturelle qui, peut-être encore davantage que les systèmes politique ou économique, souffre d’un réel parisianisme. Alors, dans cet élan, peut-être pourrait-on penser qu’un nouveau mouvement de décentralisation, moins matériel et plus « philosophique », toucherait de façon salutaire les élites de notre pays. Nous pouvons l’espérer : l’un des critères du projet est d’associer un grand équipement culturel parisien à la candidature provinciale.
  • Organiser un événement susceptible de rassembler entreprises, universités et institutions publiques dans un territoire où, modeste taille oblige, les connexions ne sont pas forcément aussi efficaces que dans les plus grandes villes. Outre le fait qu’il rende justice aux collectivités volontaires dans le domaine de la culture en donnant une visibilité nationale voire européenne à leurs projets, il permettrait d’associer l’ensemble des « forces vives du territoire » à cette dynamique. N’est-ce pas le meilleur moyen de lutter contre les préjugés et de contrer les tristes perspectives qui s’annoncent pour nos universités ? N’est-ce pas un bel appel aux investissements ? Un territoire qui valorise la culture est un territoire accueillant !
  • Le fait que parmi les critères d’éligibilité, interviennent la « durabilité » ou la « participation citoyenne ». Des critères éminemment importants en ces temps troubles où les incertitudes se multiplient autant sur notre capacité à anticiper l’avenir que sur notre volonté de renouveler en profondeur notre démocratie bien fatiguée. C’est à ce titre que le concept de Capitale française de la culture diffère des Capitales européennes de la Culture : en ne soumettant pas la relation de proximité et les effets sur le long terme à l’idéal de rayonnement et à l’effervescence de la fête.

Il s’agira toutefois d’être prudent. En plus de ne pas tomber dans la surenchère financière, il conviendra également et impérativement de prévenir les autres potentielles dérives des grands événements culturels, qui d’ailleurs bien souvent ne sont pas étrangères aux dérapages budgétaires : entre-soi favorisant l’exclusion et le cloisonnement social, privilège des grands noms au détriment des créateurs locaux, usage d’un marketing débridé, infrastructures et investissements sans lendemains ni réutilisation possible, sur-domination de l’urbain dans les projets et territoires mobilisés (Marseille-Provence 2013 avait cependant réussi à intégrer l’ensemble des Bouches-du-Rhône dans son dispositif, notamment par le biais d’une grande randonnée périurbaine).

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Enfin, il me semble essentiel que les villes honorées par ce label ne soient pas déjà les grosses locomotives des flux culturels français. Je retiens avec intérêt le fait que les anciennes capitales européennes de la culture (Avignon, Lille, Aix-Marseille) soient retirées de la liste des impétrantes, au moins dans un premier temps. De la même manière, il me semblerait incongru et peu productif de propulser une ville comme Nantes, dont le tissu culturel très dynamique ne me paraît pas en attente d’une telle reconnaissance. Faisons donc de ce label un agent de mise en commun des énergies créatives, qui puisse humaniser un peu cette métropolisation dont on aimerait qu’elle soit un peu moins fracassante…

Capture d’écran 2016-07-20 à 14.54.18Limoges a toute sa place dans ce projet. Riche d’une histoire culturelle et artistique enviable de l’abbaye Saint-Martial aux Francophonies, bénéficiant en dépit des difficultés budgétaires d’un réseau d’acteurs culturels dynamiques (présence d’une école nationale supérieure d’art, centres culturels municipaux et théâtres privés, créateurs dans les domaines de l’émail ou de la porcelaine ou tous ceux mis en exergue par les PechaKucha, festivals de qualité), la ville et l’ensemble du territoire auraient beaucoup à gagner : émergence d’un projet positif et porteur pour une ville en mal d’image, effet d’entraînement sur l’aménagement urbain (l’art peut investir nos rues) et – on est en droit de l’espérer – les relations ferroviaires, relance du pôle d’enseignement supérieur, multiples occasions de projets d’éducation populaire et de projets pédagogiques pour les écoles… Nos élus sauront-ils faire preuve de la perspicacité nécessaire pour engager Limoges dans ce processus ? Toutefois n’attendons pas tout d’eux : c’est aussi à nous, citoyens, de faire nôtre ce projet, de le faire connaître et de le rendre convaincant !

Il va sans dire que certains grands édiles en quête de reconnaissance politique et avides de compétition métropolitaine auront à cœur de se saisir de cette idée et de rivaliser d’annonces à peine électoralistes. Il sera donc nécessaire que, dans l’esprit de ces Etats généreux de la Culture, la société civile des « créatifs », et au-delà l’ensemble de la société civile, se saisissent de ce projet pour en faire une perspective résolument co-construite. Déjà formulée il y a quelques années et depuis (et récemment) activement étudiée et débattue par les chercheurs, experts de l’urbain et élus de grandes villes susceptibles de pouvoir candidater, cette proposition pourrait être étudiée par le gouvernement cet été. Quoi qu’il arrive, elle doit être inscrite à l’agenda de la prochaine campagne présidentielle.

Loin de la position tristement caricaturale distillée par le Chef de l’Etat et son Premier ministre à l’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin en 2014, il s’agirait ici non sans artifices de consacrer les acteurs culturels dans le rôle politique que l’on devrait toujours leur reconnaître : celui d’oeuvrer au service du bien vivre-ensemble des populations dans leurs territoires, même en Province !

Photos : Visuel du sentier de grande randonnée périurbaine GR2013, mis en place par des artistes dans le cadre de Marseille-Provence 2013 (c) Lola Duval. - Urbaka à Limoges, 27 juin 2015 (L.D.).




> France 3 et la musique trad : la caricature à heure de grande écoute

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Capture d’écran 2016-03-31 à 02.09.56La télé peut être un formidable outil de vulgarisation et de découverte. Encore faut-il en user correctement. France 3 Limousin s’est livrée à un exercice prometteur : donner une place et un peu de lumière aux musiques traditionnelles du Limousin, patrimoine vivant mais discret de notre région. Mais le résultat est tout autre. La faute à un mauvais montage, déontologiquement discutable, hélas pas tant inattendu.

Vendredi dernier, dans le journal du soir, Louis Roussel et Angélique Martinez évoquent en fin de programme des initiatives musicales locales. Françoise Etay, directrice du département de musique traditionnelle du Conservatoire à rayonnement régional de Limoges, est l’invitée en plateau. Rappelons que le Conservatoire de Limoges est le premier de cette taille à avoir accueilli en son sein un département tout entier consacré à ces musiques, au sortir de la vague de regain du folk, en 1987. A l’époque, entre autres programmes, France Culture consacrait une heure à un reportage proposé par Thierry Lamireau, que je vous invite à réécouter. Aujourd’hui, le département existe toujours. Et même si la musique trad du Limousin n’a pas l’audience et la visibilité de ses voisines bretonne ou auvergnate, où des exécutifs régionaux plus volontaires et des artistes plus grand public ont sans doute soutenu la démocratisation de ces musiques pourtant très ancrées dans notre histoire commune, la détermination des élèves et des enseignants limougeauds demeure intacte.

Revenons en 2016, sur France 3 Limousin. Le reportage n’est plus en rediffusion libre depuis ce jeudi 31 mars, mais j’ai pris soin d’en conserver la trace en notant les interventions. [Edit 09/04 : la vidéo est en ligne sur Youtube !]

Louis Roussel : « (…) et on s’intéresse à la musique traditionnelle. »

Angélique Martinez : « Oui et de nombreux orchestres existent dans notre région, ils font vivre un patrimoine musical souvent méconnu. On en parle dans un instant avec notre invitée, Françoise Etay, responsable des musiques traditionnelles au Conservatoire de Limoges. »

Jusque là tout va bien. Si on ne revient pas sur le fait établi que ce patrimoine est en effet relativement méconnu par le grand public, on se satisfait de voir que justice s’apprête à être rendue aux groupes qui font de cet héritage une pratique vivante et actuelle (c’est ce qui différencie la tradition du folklore, soit dit en passant). Justice aussi pour le Conservatoire – qu’on nomme et que l’on convie en la personne de sa responsable, c’est un point important : on comprend que l’institution publique accorde une place à cette culture. Cela voudrait donc signifier qu’elle est d’intérêt général et qu’elle nous regroupe potentiellement.

S’en suit un reportage sur la fanfare des « Gueules sèches ». Ce groupe historique (94 ans, on nous le rappelle) a du talent et du mérite, c’est entendu, mais on saisit mal la transition. Les premières images et propos introductifs du reportage insistent d’ailleurs sur le costume des musiciens. Cela aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. La suite du reportage est plus bienveillante et fidèle : on montre en quoi la formation consacre l’intergénérationnel, l’amateurisme (au sens positif du terme !), le partage, la solidarité, les rencontres… Fin du reportage, retour en plateau avec Françoise Etay. Sans autre transition ni commentaire. C’est à se demander si le reportage ne restait pas en magasin, ou si le responsable de l’orchestre n’a pas fait faux bond aux journalistes sur le plateau de l’émission.

A.M. : « Françoise Etay bonsoir, merci d’être avec nous. Alors les musiques traditionnelles sont peu médiatisées. Au Conservatoire de Limoges, 200 personnes sont inscrites au département des musiques traditionnelles. Comment expliquez-vous cet engouement, s’il y a un engouement ? »

F.E. : « Je pense que les musiques traditionnelles sont attractives en elles-mêmes, par leur matière musicale, c’est-à-dire que ce sont des musiques dynamiques, et des musiques de partage aussi. Des musiques qu’on joue pour un public qu’on voit, qu’on touche, avec lequel on vit des soirées de danse, de bal… Et ça compte beaucoup, je pense, pour la motivation des gens qui se lancent dans l’apprentissage d’un instrument. »

En dépit des éléments lancés tous azimuts par la présentatrice, le décor est planté par Françoise Etay. Sans attendre non plus un monument de vulgarisation culturelle, on s’attend donc à voir un reportage qui illustrera autant que les « Gueules sèches » l’ont fait, combien la musique traditionnelle rassemble et enthousiasme les publics qui la connaissent. Et donc, combien cette intervention télévisée doit dissiper la « méconnaissance ».

L.R. : « Alors quels types d’instruments sont enseignés dans votre département au Conservatoire, des instruments oubliés ? »

F.E. : « Pas oubliés de tous (rires collectifs), puisqu’on n’a pas besoin de faire de publicité… »

L.R. : « Oubliés des plus jeunes ? »

F.E. : « (…) Les gens qui participent au bal ne les ont pas oubliés, on a violon, on a vielle à roue, on a aussi danse, on a chant, on a culture musicale, on a des ensembles, de l’occitan. »

L.R. : « Donc y’en a pour tous les goûts. »

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Ça se durcit. Voilà le moment classiquement attendu où ressurgissent les vieux poncifs.Françoise Etay s’accroche et combat les caricatures (trop) attendues.

A.M. : « En Limousin on a beaucoup de bals, de concerts le week-end. Est-ce que vous pensez que ça contribue à faire venir ces 200 personnes tous les ans dans votre département ? »

F.E. : « Oui, c’est des musiques qui s’entretiennent, par le contact avec le public. Je pense qu’il y a à peu près en moyenne deux trois bals – peut-être plus – dans la région, tous les week-ends. »

Angélique Martinez semble un brin plus positive et donc iconoclaste que son collègue. L’objectif est bien d’aider l’invitée à aller au bout de sa démonstration, c’est plutôt sain pour une invitation télé régionale, censée valoriser les initiatives locales, non ?

Mais là, patatra. Le frêle mais prometteur échafaudage s’effondre. Alors que Françoise Etay apparaît de nouveau à l’écran pour développer sa réponse, une incrustation sur l’écran se greffe à côté d’elle, présentant sans aucun texte d’appoint un cercle de danseurs plutôt âgés (ce n’est pas un mal en soi mais on attendait la preuve de la diversité des 200 élèves). De surcroît, dans une petite salle, sans public. On nous montre donc un groupe folklorique, et non un groupe de musique traditionnelle. Encore un rappel de la distinction – merci Wikipédia : « elle se différencie de la musique dite folklorique car elle ne vise pas à montrer le passé d’une musique (avec costumes, etc.), mais à faire vivre les musiques appartenant à un patrimoine de culture populaire dans l’actualité : chaque groupe ou musicien peut s’approprier la musique à sa manière, en cela influencé par son environnement culturel et social, et la faire vivre. Les trois concepts essentiels dans la définition de la musique traditionnelle sont donc l’ancrage socio-culturel géographique, la transmission et la re-création. »

L’absence de changement d’attitude chez Françoise Etay nous fait comprendre qu’elle ne voit pas les mêmes images. Encore pire. Les questions continuent toutefois. Bien que maladroites, elles sont plutôt intéressantes et pertinentes, c’est ce qui contribue une fois encore au décalage criard et pathétique.

L.R. : « Il y a des musiques spécifiques au Limousin ? Des bourrées limousines… »

A.M. : « Un vrai patrimoine ! »

F.E. : « Oui, oui, un vrai patrimoine, peut-être plus que dans le répertoire, dans la façon dont il a été joué. Je pense que ce qui colore particulièrement notre patrimoine, c’est une certaine dynamique. »

L.R. : « Le style limousin ? »

F.E. : « Oui, je pense que le style limousin est plus dynamique que celui des régions voisines (rires collectifs). »

L.R. : « On va pas s’en plaindre ! »

F.E. : « … et c’est souvent plus rapide aussi, pour ce qui est de la bourrée. »

A.M. : « Alors en revanche, tout le monde n’apprécie pas cette musique traditionnelle, est-ce que vous pensez que ce patrimoine est menacé aujourd’hui ? »

F.E. : « On a des avis différents sur la question. Je pense que le Conservatoire et notre département ont contribué à conserver beaucoup de choses, je dis ça en toute modestie, mais c’est une chose qu’on m’a souvent dite. On a quand même attiré… On a des jeunes qui potentiellement peuvent venir de toute la France, c’est parce qu’ils veulent approfondir cette pratique, et après eux ils iront rejouer dans d’autres régions, ce qui fait que notre patrimoine est assez connu des spécialistes. »

Jeu de questions-réponses assez logique, ambiance très cordiale. Françoise Etay insiste sur ce qui fait l’originalité et l’attrait de notre musique traditionnelle. Ne manque plus qu’une illustration !

L.R. : « Merci Françoise Etay d’être venue sur ce plateau nous présenter votre travail au Conservatoire de Limoges. Restez avec nous. »

On y vient ! On va découvrir les élèves, les bals, le discours des familles séduites par le trad, celui de ceux qui ne le connaissent pas encore mais pourraient s’y retrouver, ceux qui écoutent Nolwenn Leroy depuis longtemps sans savoir qu’elle ne serait rien sans Alan Stivell ou les sœurs Goadec, ceux qui écoutent Jean-Jacques Goldman, Véronique Sanson ou Olivia Ruiz et se souviendront que la vielle à roue habille leurs albums sans en faire des objets archéologiques. Las. C’est désormais un « gros plan sur un groupe folklorique régional ». Pas d’introduction, toujours pas de transition. Et surtout pas d’illustration. On va nous montrer « L’Eglantino do Lemouzi », qui semble là-encore devoir avant tout sa présence au journal par sa fondation en 1933 (presque aussi bien que les « Gueules sèches » !)

L.R. : « (…) cette troupe participe à maintenir les traditions grâce à ses costumes et ses danses. L’Eglantino do Lemozi est devenue une référence ! »

Mais… référence de quoi ? Françoise Etay apparaît subrepticement une dernière fois dans le champ, puis le reportage est lancé. On ne la verra plus, même si on lui a demandé de rester !

Voix off : « Les acteurs de ce groupe foklorique prennent un malin plaisir à revêtir la blouse, le tablier ou bien encore la coiffe, le fameux barbichet pour les dames. Chaque danse, chaque chant est un retour dans l’histoire des gens d’ici. L’Eglantio do Lemozi est une espèce de mémoire vivante des traditions du pays. »

Ou comment favoriser la confusion. Qu’est-ce qu’une mémoire vivante ? De l’histoire de quelles générations parle-t-on ? En quoi est-ce faire preuve de malin plaisir que de revêtir les costumes d’antan, sinon jouer à se déguiser ?

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Christiane Rabret : « C’était les danses qui égayaient les soirées, les veillées (…) ça donnait un peu de joie je pense. Et puis les bourrées, ça se fait aussi je pense pendant dans les veillées. »

Voix off : « Lors des répétitions, si l’ambiance est forcément légère, l’implication des danseurs et danseuses est totale. Une fausse note malgré tout : l’absence de jeunes adeptes, ce qui pourrait un jour, peut-être, remettre en cause la pérennité de la troupe. »

Jean-Louis Bardou : « Pour les faire venir, bon on essaye bien, mais, c’est pas… Est-ce que c’est pas pour eux, une coutume, une tradition ? C’est à nous aussi d’aller vers eux. Mais bon, c’est très difficile quand même d’avoir des jeunes. »

Voix off : « Au rythme de deux répétitions par semaine, L’Eglantino do Lemozi prépare activement ses prochains spectacles. Ils sont programmés partout en France. »

Et la dernière intervention de Louis Roussel, se voulant sans doute connivente, consacre définitivement l’assmilation journalistique entre l’interview et le reportage : « Démonstration du style limousin ! ».

Les trois erreurs du plateau télé

L’échec du message initial, et donc de la séquence toute entière, s’appuie en fin de compte sur trois erreurs.

1. On a montré ce que les gens attendaient de voir. Avec ce reportage qui associe explicitement l’interview de F. Etay et le groupe folkorique, la « musique traditionnelle » reste associée à une époque, une génération, mais aussi et surtout un message réducteur : montrer la tradition comme cliché d’une époque donnée (disons la première moitié du XXe siècle). Une conception potentiellement moins incluante que la véritable définition de la tradition, qui en soi est mouvante, relative et donc adaptée à tous et de tout temps. Sur Internet, on retrouve des discussions animées sur le sujet, où l’on comprend très bien que le folklore a acquis une connotation péjorative à partir du moment où il s’est revendiqué comme représentation figée d’une tradition, et non comme expression vivante et incarnée de cette tradition. Ici, l’enseignement de la musique traditionnelle du Conservatoire est donc assimilé à une commémoration assez caricaturale d’un passé révolu (encore une fois ce n’est pas un mal, mais ce n’était pas du tout le propos de F. Etay qui a construit sa présentation sur le thème du partage et de la création !). En plus d’être fausse sur le plan ethnographique et culturel, la présentation télé l’est aussi sur le plan moral et factuel car les musiciens de l’Eglantino do Lemouzi n’appartiennent pas au Conservatoire de Limoges !

2. On a nié le message initial, rendant totalement incompréhensible le propos de l’invitée, mais aussi le rôle de la télévision locale… et même celui des musiciens folkloriques ! En effet, Françoise Etay parle d’une pratique publique, collective, accueillante, novatrice et unique par son dynamisme, alors qu’on met en image l’inverse. La télévision est censée valoriser un patrimoine, une réussite méconnue, une richesse locale ; or, si on insiste sur les 200 élèves, sur les instruments propres au Conservatoire de Limoges, pourquoi ne les voit-on pas et y préfère-t-on une image d’Epinal ? Enfin, les musiciens folkloriques de l’Eglantino sont les autres victimes du reportage, il faut le dire. Si personne ne les a sans doute forcés à concéder les menaces qui pèsent sur le devenir de leur formation, pourquoi les avoir assignés à cette illustration très (trop) attendue, qui ne les sert en rien et ne peut que renforcer la caricature ? Cet enchaînement plateau-reportage est donc contradictoire.

3. Moralement, le résultat questionne l’honnêteté du produit télévisuel, en mettant en parallèle de façon relativement cavalière, sans commentaire ni écrit ni oral, les propos de l’invitée, qui s’est efforcée de montrer en quoi la musique traditionnelle pouvait concerner tout un chacun, et ceux des musiciens folkoriques ne sachant plus quels mots trouver pour déplorer l’absence de considération des jeunes – et au-delà du grand public – à leur égard. L’intervention finale du présentateur consacrant définitivement cette indélicatesse. Le propos de Françoise Etay a donc été assez grossièrement et doublement ridiculisé, par la contradiction de fond tout juste évoquée, et par le procédé de montage peu sincère et déontologiquement limite.

Le résultat est terriblement contre-productif. On voulait prouver la musique traditionnelle comme ouverte, rassembleuse, optimiste ? C’est raté ! Or, des jeunes, il y en a ! Des groupes dynamiques, il y en a ! Des festivals ouverts à tous, il y en a !

Des jeunes (et pas que) dans un bal trad en Haute-Vienne, septembre 2015.

Des jeunes (et pas que) dans un bal trad en Haute-Vienne, septembre 2015. (c) L. D.

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Balaviris 2015 à Eymoutiers.

Triste exemple des effets dévastateurs de l’image quand elle est considérée comme preuve en soi. Le totalitarisme de l’image, meilleur engrais des préjugés, aurait-il encore de beaux jours devant lui ? Il n’est pas ici question d’accuser ad hominem les présentateurs du journal et de mettre en cause leur bonne foi – accordons-leur sans rancune le bénéfice du doute. Sans la justifier, la faible médiatisation de la musique traditionnelle peut expliquer la grande maladresse du montage. En dépit de quelques remarques encourageantes, les présentateurs ont-ils eux-mêmes changé d’avis sur la question traitée par le reportage ? On craint que non, plombés par les images qu’ils ont diffusées. Plus triste est l’impact potentiel sur le grand public, qui ne sera certainement pas incité à sauver l’Eglantino, pas plus qu’il ne sera curieux d’aller voir si le Conservatoire parvient à cultiver autre chose que de l’entre-soi. Plus grave encore : que pensera-t-il de l’intérêt de financer publiquement ces musiques ?

Je repense à France Trad, cette parodie de chaîne de télé que mon amie Claire et moi avions mise en œuvre (dans nos têtes) pour nous prouver combien le trad était aussi un truc de jeunes. Je repense, plus en amont, à tous ceux qui ont porté le renouveau du folk, dans les années 70 et 80, quand ces musiques héritées, revivifiées, remodelées, étaient pourtant plus que n’importe quelle autre musique la quintessence de la jeunesse, du renouveau. Et je me dis qu’il y a encore du chemin à parcourir pour le faire admettre. Ce plateau télé était une occasion en or pour montrer que le trad est une musique du présent. Que d’énergie faudra-t-il pour compenser l’effet de cette séquence bien malheureuse !

La moindre des choses ? Un reportage honnête et contextualisé au département de musique traditionnelle du Conservatoire de Limoges !

Ci-joint, le courrier que j’ai envoyé ce jour à France 3 Limousinfichier pdf 

Bravo tout de même à Françoise Etay qui avait pu saisir une rare occasion de présenter le travail du Conservatoire à heure de grande écoute et de tenter de rétablir certaines vérités !

EDIT : en l’absence de réponse, relance effectuée le 4 juillet 2016.




> Revue littéraire : Régions à la découpe, de P. Orcier

16032016

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À la toute fin 2015, alors que l’on s’apprêtait à élire les premiers élus de nos régions redécoupées, paraissait un petit ouvrage original, Régions à la découpe. Ce livre signé Pascal Orcier, est en fait un atlas – et c’est en ce sens qu’il est très accessible –, riche de très nombreuses cartes présentant les innombrables découpages que notre pays a subi ou aurait pu subir.

Venu ponctuer près de deux années de débats houleux sur le découpage des nouvelles régions, son bien fondé et ses effets supposés, ce petit opuscule ne cherche toutefois pas spécialement à montrer en quoi la dernière réforme territoriale aurait pu s’organiser autrement (l’auteur ose tout juste présenter une proposition alternative en fin d’ouvrage).

Il s’agit en vérité de la relativiser en la replaçant dans un contexte historique de dizaines de découpages successifs, non sans un brin de sentimentalisme il est vrai, avec ces belles cartes colorées qui rappellent les tableaux d’école. Il s’agit aussi de comparer cette dernière réforme aux découpages imaginés par des acteurs plus discrets mais tout autant prégnants dans notre quotidien, comme les chercheurs mais aussi les entreprises. Si ce n’est pas une belle preuve de l’invalidité de la théorie un temps consacrée des ultra-libéraux qui pensaient que la mondialisation signerait la fin des territoires ! Car dans les faits, l’homme spatial (coucou Lussault) ne peut s’empêcher de découper et recouper son environnement duquel il entend extraire la légitimité de son pouvoir, et sur lequel il doit structurer sa présence pour optimiser son action. N’est-on pas l’élu d’un groupe, donc d’une circonscription, d’une entité, avant d’être un représentant légitime de la République ? Un commercial ne cherche-t-il pas à rationaliser l’écoulement de sa production sur une aire de chalandise adaptée à ses moyens ? Un écologue peut-il vraiment prétendre gérer des milliers de kilomètres carrés d’espaces naturels sans se passer d’un découpage qui bornera l’aire d’autorité de son expertise vis-à-vis de son homologue et voisin ? Les législations, les autorités, les finances s’appuient bien sur des cadres délimités.

Le livre se « découpe » en quatre parties. La première, conventionnelle, est consacrée à la construction de notre territoire national. On apprendra sans doute peu de choses, mais on prendra conscience que le Limousin était déjà Aquitain du temps des Gaulois, et on ne se lassera pas de la carte des 130 départements français du Premier Empire, où Rome, Hambourg, Amsterdam et Barcelone étaient comme Limoges, Tulle ou Guéret, des préfectures de départements. La deuxième fait non sans nostalgie la part belle à nos aires culturelles (langue, gastronomie, architecture, éducation, politique). La troisième, cœur du propos, passe en détail tous les découpages délibérés et institutionnels. Outre les découpages administratifs de base, on en connaît un certain nombre : au détour des panneaux, des courriers officiels et des attentes téléphoniques, on a dû déjà se rendre compte que l’on donnait son sang en Aquitaine-Limousin, que nos finances publiques étaient vérifiées en Centre-Limousin, que notre compte Caisse d’Epargne était Auvergnat-Limousin. La dernière, celle des utopies, évoque certaines idées jamais concrétisées, des projets révolutionnaires au rapport Balladur, nous apprenant par exemple que le géographe Jean-Marie Miossec rêvait pas plus tard qu’en 2008 d’un projet intéressant de redécoupage égalitariste des régions mais aussi des départements, qui aurait rattaché la Charente limousine, le Lot et la Dordogne au Limousin (tiens tiens, j’avais presque esquissé l’idée il y a sept ans).

Si les petits commentaires de l’auteur, en bas de chaque carte, éclairent le contexte et les raisons de tel ou tel découpage, un petit regret, du moins se plait-on à en rêver : on serait tout de même bien content d’avoir à côté de chaque carte le témoignage du responsable du découpage en question venant justifier et défendre son bricolage ! Ici la direction de Système U qui rapproche la Haute-Vienne du grand Sud, là celle de Casino qui nous place en Vallée du Rhône, ou bien les éditeurs du guide Michelin qui nous ont toujours unis au Berry. Entre projections économistes, nostalgiques et visionnaires, peut-être comprendrait-on davantage quelles sont les valeurs, les idéologies et les représentations qui, au-delà de la chimère du « rationnel » et de l’ « objectif », rabâchée à longueur d’interviews télévisées, animent nos décideurs.

On apprendra enfin que, concernant notre nouvelle grande région, quelques-uns semblent en avoir anticipé les contours : les autorités de la IVe République avec leurs régions économiques de 1948, l’administration pénitentiaire et les éditions Hachette, qui sont les trois acteurs présentés dans l’ouvrage dont le découpage prenait déjà la forme de la région ALPC !

Régions à la découpe intéressera tous ceux que le grand cirque de la dernière réforme territoriale a passionné, mais aussi tous ceux qui aiment se poser des questions sur la justification de telle ou telle limite. Y apporter des réponses, voire, mais puisse cet ouvrage au moins contribuer à entretenir notre curiosité collective, et placer un peu de géographie entre les mains de chacun.

Photo : L.D., 2016

Régions à la découpe, de Pascal Orcier, Atlande, 143 pages (19 €)
→ Accès aux autres articles de la Revue littéraire







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