> Revue littéraire : Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas

3122014

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96646Une fois n’est pas coutume (à moins que je propose ponctuellement des petits conseils de lecture, pourquoi pas !), je vous invite à lire – et offrir – le dernier ouvrage de Laurent Bourdelas, une Histoire de Limoges, publié cette année aux éditions Geste et que l’auteur présentera officiellement au café Littéraire ce vendredi (18h).

Si plusieurs ouvrages sur l’histoire de notre ville ont déjà été publiés (comptons parmi eux la formidable « bible » de Jean Levet ou l’ouvrage de référence de Philippe Grandcoing et Jean-Marc Ferrer), ce nouveau livre, préfacé fort maladroitement par Émile-Roger Lombertie et plus subtilement par l’écrivain Éric Faye, doit susciter notre intérêt pour les nouveaux champs de l’histoire et du patrimoine communs qu’il aborde, notamment l’alternance municipale de 2014.

La partie sur l’histoire antique et médiévale, joliment illustrée, sera utile à tous ceux qui souhaitent se réconcilier avec ces pans d’histoire que l’on confond souvent, et a le mérite pour cela de revenir sur les moments où la « grande » Histoire de France a pu s’écrire à Limoges – pensons notamment aux débats autour de l’apostolicité fantasmée de saint Martial, ou au couronnement de Richard Coeur de Lion, duc d’Aquitaine. Laurent Bourdelas actualise ces épisodes anciens en les reliant aux fouilles et découvertes qui ont permis de faire connaître aux contemporains ces richesses désormais matérialisées : les sarcophages et fours à hypocauste, le baptistère Saint-Jean, les reliques épiscopales… Il faut bien ça pour compenser l’éternelle frustration de n’avoir su garder jusqu’à nos jours l’incroyable abbaye Saint-Martial. Les développements sur l’histoire de notre ville à l’époque moderne puis durant la Révolution industrielle et l’Occupation sont également très pédagogiques. On revient avec émotion sur l’expérience des coopératives, le passage des parlementaires belges en 1940, la torture au Petit Quartier du lycée Gay-Lussac.

Dans les parties consacrées à l’époque contemporaine et plus encore, à la fin du XXe siècle, peut-être moins accessibles il faut le dire, l’auteur nous abreuve de nombreuses anecdotes et précisions souvent teintées de ses expériences personnelles, voire de ses engagements, ce qui n’est jamais trop appuyé au sens où cette présence presque physique est assumée et détache avec réussite des faits que l’on tâchera de se réapproprier. Au final, il n’y a qu’une « indicible frontière » entre les faits à valeur universelle et les histoires de copains et de rencontres de ce descendant de Ponticauds (radio, littérature, éducation : tous les piliers de la vie de l’écrivain sont mis en perspective collective !)

Car c’est aussi et avant tout en cela – par l’entremêlement de la biographie d’une ville qui s’ouvre à la modernité sans renier ses héritages, et d’un parcours initiatique puis de l’accomplissement d’homme dans des passions terrestres – que l’ouvrage, entre prose et histoire, apporte sa valeur ajoutée au paysage littéraire déjà bien fourni en ce qui concerne l’Histoire de Limoges. Inspiré par « sa » ville et ses idéaux, Laurent Bourdelas, non sans un peu de nostalgie, a le talent de retracer les portraits des figures de la vie culturelle de Limoges depuis un demi-siècle. L’occasion de faire découvrir à ceux qui l’ignorent encore le rôle prépondérant de la ville, de ses élus (parfois) et de ses citoyens engagés (toujours) dans un renouvellement permanent des idées, objets et lieux d’animation et de création. On revient sur l’épopée du jazz, celle de la radio, la rencontre insoupçonnée entre la capitale des arts du feu et la science-fiction dans les années soixante-dix, l’ouverture pour le moins marquante du centre Jean-Gagnant, le sauvetage du Ciné-Union, et l’on comprend que Limoges a su s’inventer et se réinventer. Éloquent, éclairant, sur le rôle de la culture vivante dans la dynamisation des liens sociaux, où il y a encore fort à faire.

L’Histoire de Limoges de L. Bourdelas, si elle est éminemment politique, n’en est pour autant pas un manifeste partisan, et c’est en ce sens qu’elle est subtile et sensible. On y rend hommage sans pour autant céder à une déférence équivoque. Au final, par ce beau livre, les Limougeauds consacrés feuilletteront sans doute avant tout un album photo presque familial : les amis du Trolley, les amoureux des Anciennes majorettes de la Baule, les anciens de Gay-Lu, les inconditionnels des centres culturels et de la Passerelle, les élèves du conservatoire, qui tous auront plaisir à se reconnaître et se transposer dans les souvenirs et les (jolies) photographies. Les plus jeunes, les nouveaux arrivants ou les simples curieux y trouveront des clés pour comprendre comment Limoges peut et doit engager, avec un peu de courage, de sentiment collectif et de révérence à l’égard des réussites passées, un élan conquérant vers un avenir pas si pessimiste et tout autant riche.

A la fin de la lecture, peut-être un petit pincement au cœur, celui de n’avoir pu connaître les balbutiements démocratiques des ondes limousines, la cave de Charles Caunant, haut lieu de la vie culturelle, la grange de Grossereix et ses expositions, et même le combat pour sauver la rue de la Boucherie. Un sentiment ambigu bien vite remplacé – le livre y contribue dans sa narration des jolies expériences – par la résolution d’œuvrer à la construction d’une ville où il fera de mieux en mieux vivre et où la culture, c’est certain, sera, plus qu’un goût, une valeur commune et transcendante.

Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas, 270 pages. Editions Geste, 2014. (35 €)

Image : (c) Geste Editions.




> Les premiers noms de rue de la mandature Lombertie

28112014

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Capture d’écran 2014-11-28 à 13.51.45Nommer les lieux n’est pas un acte anodin. Certes, cela répond à des impératifs pratiques (l’adressage, le foncier), mais c’est en réalité un acte territorial et politique fondateur (voir ici et ). Parce que les noms matérialisent et institutionnalisent les lieux, d’abord, en validant ou se substituant à l’informel. Ensuite, parce qu’ils reflètent des intentions et des valeurs politiques, voire idéologiques : à Limoges, la foule de résistants, élus socialistes ou céramistes et porcelainiers présents dans les toponymes sont l’expression d’une tradition municipale sur le temps long et de la volonté de vénérer une certaine Histoire par la constitution d’un véritable Panthéon local. Même dans le cas de dénominations a priori inoffensives, quand ils relèvent du repérage pur et dur (une église, un équipement, un cours d’eau), ou qu’ils mettent à l’honneur le bucolique, les noms ne sont jamais neutres, soit parce qu’ils valorisent un projet porté par des élus, soit parce que la mise en lumière d’un objet géographique peut parfois être motivée par des intentions patrimoniales, donc forcément politiques.

Au-delà, les noms sont aussi un médiateur de pratiques sociales, car ils déterminent, sinon orientent des représentations du territoire et des pratiques dans l’espace. D’une part parce que le nom en tant que tel peut être artisan de la création d’un lieu. N’ai-je pas déjà entendu le terminus de la ligne 8 du bus de Limoges appelé phonétiquement « Maljoffre » alors qu’il s’agit bien d’une référence au Maréchal Joffre ? Un nom obscur peut également être mis en lumière à partir du moment où il devient un boulevard ou un carrefour (qui peut réciter la biographie de Nicolas d’Aine, de Denis Dussoubs, expliquer ce que sont les Casseaux, d’où vient le Champ de Juillet ?). D’autre part, le nom est social, et donc culturel, parce que porteur de références, d’idées et idéologies qui peuvent orienter les représentations. Nombreuses sont les villes qui dans la réalisation des lignes de transports collectifs, ont préféré attribuer aux stations des noms poétiques plutôt que de leur donner le nom des quartiers chauds qu’elles rechignaient à honorer afin de contrôler certains déplacements. Les noms inscrivent dans l’aluminium des abribus et la céramique des plaques de rue une certaine vision de la ville.

Ces décisions sont donc éminemment politiques ; voilà pourquoi il est intéressant, éclairant de les étudier et de revendiquer un droit de regard, voire de jugement. Dans cet article du Populaire, l’an dernier, on découvrait comment les odonymes (les noms de rues, donc), étaient décidés à Limoges. Comme dans les autres communes, le maire conserve cet apanage, acte presque régalien qu’il entend faire valider par un conseil municipal en général bien avisé de le suivre. Ainsi, les choix de toponymes effectués sous la mandature d’Alain Rodet, reflètent à la fois une tradition bien limougeaude – les noms de porcelainiers, de résistants – mais aussi les goûts de l’ancien maire pour le jazz, de notoriété publique.

La nouvelle majorité municipale a déjà mis en œuvre son entreprise de territorialisation politique par la dénomination de nouvelles voies. La lecture attentive des derniers compte-rendus des conseils municipaux est en cela révélatrice. On apprend ainsi que le nouveau conseil a d’ores et déjà proposé des noms aux nouvelles voies issues de l’urbanisation continue de la périphérie limougeaude : « la Grande-Pièce » vient bien logiquement donner un nom à la Voie de liaison nord. Deux émailleurs – Alain Grafeuil et Roger Duban – se voient honorés par deux nouvelles voies dans le secteur de la Bastide. C’est déjà en soi un acte politique, par l’hommage rendu à une profession emblématique de la ville qui fera de nouveau l’objet d’une Biennale re-créée par Philippe Pauliat-Defaye. Le nom de la résistante Germaine Tillion, récemment décédée, est également attribué à une allée toute neuve à Grossereix. Peut-être moins consensuel, le professeur Bernard Descottes, figure émérite du CHU disparue il y a peu, très proche de l’UMP et de l’association Haute-Vienne Alternance dont Emile-Roger Lombertie est un porteur, est également honoré par une voie traversant l’enceinte de l’hôpital.

Capture d’écran 2014-11-28 à 13.54.06Fait original : certains lieux déjà nommés changent de nom, dans un élan de féminisation que d’aucuns pourront apprécier. C’est le cas de l’école du Grand-Treuil, qui porte dorénavant le nom de l’institutrice Odette Couty, martyre d’Oradour. C’est aussi le cas de la rampe Haute-Vienne, qui prend le nom de Jeanne Villepreux-Power, naturaliste du XIXe siècle installée en Limousin, au nom du doublon avec la rue et la place du même nom, et sans doute de l’envie de valoriser une personnalité pionnière et évocatrice de la grandeur du Limousin au-delà de ses encore-frontières. Citons encore la place des Justes parmi les nations, juste devant le musée de la Résistance. Il est intéressant de noter que le nom de la nageuse Claude Mandonnaud, active dans les années 1970 et sélectionnée aux Jeux olympiques, consacre à la fois une rue de Limoges, remportée par la droite, et une salle du futur centre aquatique, porté par la majorité de gauche à l’agglomération, preuve que certaines personnalités, quand elles incarnent une grandeur (passée) de notre territoire, peuvent susciter l’admiration collective. C’est également là que l’on comprend que les débats autour des noms peuvent parfois cristalliser les conflits de mémoire et les appropriations symboliques de personnalités aux qualités posthumes tantôt fédératrices, tantôt partisanes (les villes communistes où celles gagnées par des maires FN dans les années 1990 en sont des exemples). Peut-être peut-on aussi y voir un exemple opératoire du nom comme outil de récupération d’un édifice public d’ampleur, qui pour l’opposition comme la majorité, incarne un potentiel de développement, de validation stratégique (et de reconquête).

Enfin, les stratégies employées pour décider des noms – associer le public ? ou préférer une décision sur un coin de table ? – sont également bien souvent révélatrices d’une certaine idée de la démocratie participative. S’il n’est pas forcément toujours nécessaire de discuter le nom des personnalités ainsi mises en valeur dans l’espace public, je pense qu’il faut considérer l’acte de nommer un lieu comme une responsabilité collective, par la force que le toponyme exerce sur les représentations collectives et le sentiment d’appartenance, notamment. Pourquoi ne pas faire de l’acte de nommer les lieux un laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques de participation populaire, qui ne soit plus réduite à sa fonction uniquement légitimante de l’action politique institutionnelle ? Pourquoi ne pas intégrer ces discussions à l’agenda des futurs conseils de quartier ?

Lors du dernier conseil municipal, a été évoquée la perspective de nouvelles re-nominations, à suivre de près. La preuve que l’équipe Lombertie a pleinement revêtu les habits – à ce sujet du moins – de l’acteur territorial.

-> Voir aussi : l’historique des dénominations de voies depuis 2006.

Photo : (c) L.D., 2012. / Capture d’écran retransmission CM 19/11, mairie de Limoges.




Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !




La fausse bonne idée d’un nouveau dossier Porcelaine de Limoges à l’UNESCO

6102014

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lombertieIl y a quelques jours, on apprenait que la mairie de Limoges, par la voix d’Emile-Roger Lombertie, ambitionnait de proposer à nouveau la porcelaine de Limoges à une candidature française à la labellisation « Patrimoine culturel immatériel de l’humanité ». Et ce conformément aux promesses de campagne du candidat élu. Derrière cette preuve de détermination et cette audace, se cache néanmoins un combat perdu d’avance et à mon sens décalé des vrais enjeux, qu’il s’agisse du défi de la protection du patrimoine immatériel d’une part, ou d’autre part de celui du soutien à un secteur économique concurrencé.

N’est pas immatériel qui veut !

Car le label du patrimoine culturel immatériel, comme son nom l’indique deux fois, doit préserver et valoriser les savoir-faire (« immatériel ») davantage que les productions à grande échelle, fussent-elle d’excellence, et donc ménager la dimension sociale et sociétale (« culturel ») des pratiques. Bien davantage que la production qui peut émaner de ces traditions, parfois en dissociation totale de la pratique traditionnelle vécue. Ainsi, le label octroyé aux Ostensions vient remarquer les pratiques sociales liées aux commémorations, aux processions, au rapport à la croyance et à la place de ces événements dans la vie quotidienne et l’identité locale et collective. A Marrakech, on a labellisé « l’espace culturel de la place Jemaa el-Fna » (les sociabilités, les pratiques collectives, et donc l’ambiance qui en découle) et non les murs, façades et sols de l’espace, qui eux pourraient faire l’objet d’une labellisation plus classique comme en sont bénéficiaires le Vieux-Lyon, le Mont Saint-Michel ou les chemins de Saint-Jacques. Autre cas : la labellisation de l’art du tracé dans la charpenterie française ne vient pas soutenir financièrement les entreprises de charpenterie française par rapport aux autres. C’est dans cette nuance que résident, hélas, les instrumentalisations du label.

Le péril de la Porcelaine est bien plus économique que culturel

LOGO  unesco patrimoine immateriel coulDans son interview récente à France 3 Limousin, le maire entretient à ce titre la confusion : « Il est important que nous recommencions le travail pour la reconnaissance de la porcelaine au patrimoine mondial de l’UNESCO, et deuxième chose, que nous défendions la Ville et la porcelaine de Limoges comme des marques déposées partout sur la planète ». On peut saluer le volontarisme et l’ambition du maire, mais on fera remarquer que les délais d’instruction des dossiers, et la concurrence croissante des dossiers venus d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie – c’est bien normal compte-tenu de leur sous-représentation – amenuisent fortement les chances des dossiers français. Surtout, on s’interroge sur la dimension incantatoire et la portée légèrement mercantile de cette déclaration. On remarquera que M. Lombertie, en vérité, mélange deux défis : celui du soutien à des produits, donc une filière économique d’exception et porteuse de renommée d’une part, qu’il a dû saisir dans son voyage récent en Chine, et celui d’une protection des savoir-faire et donc d’un patrimoine immatériel. Si ces missions sont complémentaires et indissociables, ce n’est pas par les mêmes remèdes que l’on en garantira la réussite. Et cette confusion entre savoir-faire et production est une erreur couramment commise dans l’animation et la défense des labels UNESCO. C’est par exemple le cas du repas gastronomique des Français, labellisé en 2010 et auquel l’UNESCO menace de retirer le titre si l’Etat continue de préférer la valorisation commerciale à la dimension culturelle – but initial.

UNESCO : un label plutôt pour l’émail ?

Monsieur Lombertie, dans sa déclaration télévisuelle, s’en moque – et c’est dommageable, mais souvenons-nous qu’en 2011, les autorités limougeaudes alors en place, autour d’un dossier largement piloté par Bernardaud, avaient subi une déconvenue quand l’Etat, sur suggestion de l’UNESCO, avait abandonné la candidature de la porcelaine au prestigieux label. Était reproché au document un souci trop fort accordé au devenir commercial par rapport aux enjeux artisanaux et culturels. Pressés il faut le dire par une concurrence déloyale – sur fond de délocalisations hasardeuses et de soupçons de dumping –, les acteurs locaux, on peut le comprendre, avaient mis toutes leurs forces et leurs espoirs dans la bataille pour la reconnaissance internationale des défis de l’industrie porcelainière par le biais d’un label culturel, peu adapté à ces enjeux il faut le dire avant tout économiques. Car si la porcelaine de Limoges est un patrimoine, elle est aujourd’hui bien moins ancrée dans la tradition vécue et sociale que ne peut l’être l’émail de Limoges, qui lui vit encore grâce aux petits artisans qui s’évertuent à transmettre leurs savoirs (cf. la maison de l’Email, et la renaissance bienvenue de la Biennale), et qui bien plus que la porcelaine mériterait un label venant valoriser les savoirs et la transmission d’un héritage. Or, la condition sine qua non d’une labellisation, c’est bien « l’importance subjective qu’a telle ou telle pratique pour la communauté qui la maintient en vie » selon Cécile Duvelle, responsable du label. L’importance est là, mais quelle communauté la maintient en vie ? Celle des industriels ne suffit pas.

Une IGP pour la porcelaine : un vrai combat !

Il n’est bien entendu pas question de nier la dimension patrimoniale et culturelle de la porcelaine – l’existence du conservatoire des arts et techniques Lachaniette ou la mise en place des Routes de la porcelaine peut le rappeler. Mais cette vocation patrimoniale est aujourd’hui surtout le fait des murs (les fours ou les usines) et des représentations (retourner son assiette chez un hôte). En somme, le défi pour ce fleuron de notre industrie et ce symbole de notre rayonnement international et pluriséculaire réside davantage, à mon sens, dans la défense de son rang, de sa qualité intrinsèque et de ses conditions de production sur un marché mondial qui n’a rien à voir avec le contexte de son âge d’or. Comme semble l’avoir compris M. Lombertie ! Mais il va sans dire que la Ville aurait dans ce cas tout intérêt à soutenir les perspectives de soutien politique aux acteurs locaux et à la production régionale, notamment par le biais du projet d’extension des IGP aux produits manufacturés. Une appellation géographiquement ancrée qui elle aurait de véritables conséquences en termes juridiques, quand un label UNESCO privilégie la notoriété ou le risque de disparition comme moteurs de sauvegarde.

Une porcelaine protégée par une IGP, un émail valorisé par un label Unesco. Engageons-nous derrière ces deux chantiers en en comprenant bien la divergence d’objectifs, c’est la meilleure façon d’honorer ces deux réussites locales !




> 6 monuments limousins chez Stéphane Bern

17092014

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DSC_0518Diffusée quotidiennement depuis le 25 août dernier, l’émission Le monument préféré des Français, présentée par Stéphane Bern, mettra six édifices limousins à l’honneur dans le numéro de demain, jeudi 18 septembre. L’émission délivrera le classement des votes en ligne des internautes, et il s’agira de savoir qui de l’abbaye d’Aubazine, le moulin du Got, le château de Coussac-Bonneval, le château de Boussac, la gare de Limoges-Bénédictins ou le château de Rochechouart, « affrontera » dans l’émission en prime-time de samedi les monuments vainqueurs dans les autres régions métropolitaines.

J’ai participé en juin dernier au tournage à la gare de Limoges (j’en parlais déjà ici). J’en tire une expérience enrichissante et très plaisante, puisque m’ayant permis de découvrir les souterrains, les combles, le toit de la gare.

Rendez-vous demain à partir de 17h sur France 2 ! ;)

Mise à jour : l’émission sera finalement diffusée vendredi 19 septembre, 17h sur France 2.

Tournage France 2 Gare des Bénédictins
Album : Tournage France 2 Gare des Bénédictins

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> Et si Wikipédia vous aidait à redécouvrir votre région ?

9092014

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Souvent décriée pour la qualité et la pertinence très aléatoires de ses articles et des informations qu’elle délivre, la plus célèbre des encyclopédies en ligne a pourtant un rôle à jouer dans la médiatisation des territoires. En proposant des articles de plus en plus détaillés, divers et certifiés, elle œuvre pour la connaissance… et la reconnaissance des territoires. Des territoires qui, par leurs faibles moyens politiques ou économiques, paraissaient handicapés par les lois impitoyables du marché mais peuvent voir dans la démocratisation du web un vecteur de révélation.

Capture d’écran 2014-09-09 à 12.36.09Riche de plus d’1,5 million d’articles à ce jour, la version francophone de Wikipédia s’étoffe chaque jour des contributions des internautes, qui pour certains, participent à la constitution d’une véritable bible fonctionnelle sur une diversité impensable de sujets – politique, botanique, sport, cinéma, informatique, philosophie, astronomie, mode, ethnographie, économie… Les territoires ne sont pas en reste : fiches recensant les monuments historiques, liste de quartiers et rues, circonscriptions électorales, stations de transports en commun, peuplent les listings de contributions.

Car Wikipédia, c’est aussi une foule de contributeurs anonymes qui pour étayer la crédibilité de leur travail, avec sérieux, méthode et hiérarchie, compulsent et extraient de la bibliographie du sujet qu’ils auront choisi, toutes les informations utiles à la rédaction des articles. Tantôt la monographie de référence sur un auteur, tantôt le répertoire d’objets classés par le ministère de la Culture. Autant de sources potentielles qui permettent d’améliorer la réputation équivoque du site, et d’en faire un outil incontournable et grand public. Un site très fréquenté qui certes ne remplace aucune recherche mais permet simplement de mieux les orienter et de donner des états de l’art, aperçus exhaustifs de la recherche ou de la connaissance sur tel ou tel sujet. Une sorte d’« embrayeur démocratique », en somme, auquel veillent les « Wikipédiens » organisés en interne comme IRL (« in real life »), non sans heurts et débats, en administrateurs, groupes locaux, bureaucrates (!) et autres surveillants du web pour tous. Des qualifications « Articles de qualité » ou « Bons articles » aiguillent les internautes vers les travaux les plus avancés et les plus vérifiés, à l’aune de leurs sources, de leur représentativité, de la diversité des apports, de leur syntaxe, mais aussi de leur illustration. Car Wikipédia est aussi un grand projet de mise en image des connaissances sur le monde. Un projet qui fédère là-encore les photographes, des plus chevronnés au plus amateurs.

Capture d’écran 2014-09-09 à 12.29.55Chaque mois de septembre, Wikimédia France, la société qui gère Wikipédia en France et les projets annexes, organise un grand concours de photographies devant enrichir les articles traitant du patrimoine et des territoires de clichés inédits et explicites. Tout le monde peut participer. « Wiki Loves Monuments », en parallèle des Journées européennes du patrimoine qui cette année mettront à l’honneur le patrimoine naturel et culturel, en appelle donc à tous, dans toutes les régions, pour donner un visage au patrimoine de proximité et ainsi, à la fois, faire de Wikipédia un guide de découverte fiable, neutre et sérieux des richesses de France et de Navarre (et au-delà, car c’est un projet international), et faire de l’internaute un véritable acteur et non plus un simple consommateur, agent d’acquiescement référendaire.

Pour aller plus loin et avoir une autre image de Wikipédia :







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