> Donnons d’autres vies à nos bâtiments !

9072015

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grand3236Jusqu’au 28 septembre prochain, se tient à Paris dans les fabuleux espaces de la Cité de l’architecture et du patrimoine, la très belle exposition « Un bâtiment, combien de vies ? », consacrée aux multiples emplois de nos constructions. Quoique relativement restreinte – comptez une petite heure pour en profiter au mieux –, cette exposition très visuelle, enrichie de nombreuses maquettes, a le mérite de dresser un panorama assez riche des opérations réussies de réaffectation fonctionnelle d’infrastructures prétendument arrivées en bout de course.

Alors que jamais les contraintes environnementales et financières n’ont été si importantes, et alors que nous sommes confrontés dans le même temps à un paradoxe technique éthiquement stimulant – on sait tout faire ou presque, mais est-ce une raison pour tout faire réellement ? –, la question de la réutilisation du bâti préexistant bouleverse nos schémas d’action : faut-il sanctuariser notre patrimoine ? Si oui lequel, selon quels principes ? Comment faire du neuf avec du vieux sans donner l’impression de faire « a minima » ? …

IMG_2083 Les résultats, souvent épatants, parlent d’eux-mêmes. Parmi les études de cas, d’anciennes usines devenues logements, des lieux de culte dénués de leur vocation initiale avec brio, d’anciens moulins réinvestis par des bureaux – à Pantin. On retiendra notamment l’ancienne cimenterie que le célèbre Ricardo Bofill a fait sienne de façon époustouflante à Barcelone (cf. photo ci-dessus), l’ancien aéroport de Berlin-Tempelhof que les habitants, consultés, ont préféré transformer en vaste parc périurbain, ou encore l’audacieuse modernisation du nouvel opéra de Lyon, signée Jean Nouvel. Autant d’exemples séduisants pour autant de solutions aux grandes problématiques urbaines que sont la gestion et la reconversion des friches industrielles, la crise du logement ou la densification du bâti.

S’ouvre ainsi un champ des possibles particulièrement vaste, qui doit motiver la créativité des décideurs et de leurs maîtres d’oeuvre – et ce sans pour autant recourir aux plus grandes signatures. Plus loin encore, on remarquera également que certains des travaux présentés dans l’exposition concernent davantage des « liftings » architecturaux que de véritables reconversions : indépendamment de tout jugement de valeur, le cas de la gare de Strasbourg, dont l’austère mais majestueux bâtiment néo-classique a été recouvert d’une bulle de verre, prouve que le patrimoine peut faire pourquoi pas l’objet de réinterprétations contemporaines. Ce qui donne des clés dans la quête de réactivation de l’adhésion sociale aux patrimoines (n’est ce pas le but de toute action d’urbanisme ?). Ainsi, à travers certaines notions plutôt iconoclastes, comme celle du « patrimoine en mouvement », les propos rapportés par certains grands architectes et penseurs de la ville contemporaine donnent de sacrés coups de pied à la frilosité des acteurs institutionnels, qui s’auto-conditionnent bien souvent par force discours sur l’idéal de modernité. Et passent hélas trop souvent à côté de réelles opportunités pour leurs territoires et les populations qui y vivent.

Et si Limoges s’inspirait de ces axes de réflexion ? Dans notre ville, quelques exemples de réhabilitations et de reconversions fonctionnelles, plus ou moins audacieuses et plus ou moins réussies. Du côté des réalisations plutôt louables, citons par exemple l’ancienne usine Royal Limoges, en bord de Vienne, désormais occupée par un McDonald’s (certes…), l’ajout moderniste de la fac de droit rue Turgot, l’ancienne bibliothèque municipale récupérée par le restaurant La Bibliothèque, ou encore une partie des locaux de l’ancien hôpital où s’est installée une aile de la nouvelle BFM – en dépit des scandaleuses destructions dont certains anciens éléments du bâtiment originel ont fait l’objet. Plus discutables sans doute sont la réfection de la caserne de la Visitation, réappropriée par le Conseil départemental qui a assez grossièrement barré la façade classique d’un rez-de-jardin peu élégant, ou le devenir bancaire de l’ancien cinéma Colisée, place Jourdan et de l’ancien bâtiment militaire de la zone Romanet.

Le modernisme ne doit bien évidemment pas donner droit à tous les autodafés ; c’est hélas un réflexe assez commun à Limoges (usine Heyraud supprimée au profit d’un centre Saint-Martial manquant d’âme, immeuble Faure condamné par la cité judiciaire, maison Lacaux menacée, fours à porcelaine négligés…), et cet état de fait doit changer ! On sera donc très attentifs au devenir de l’ancienne clinique du Colombier, promise aux étudiants, de l’ancienne école d’institutrices de la rue François Perrin, et à l’avancée des travaux dans l’ex-Eurodif, futur Fonds régional d’art contemporain s’annonçant prometteur.

Mais pas plus que les négligences ou fautes de goût déjà citées, l’aspect controversé de certains travaux ne doit brider l’audace et l’inventivité. Parallèlement, l’idéal de la patrimonialisation ne doit pas faire le jeu de l’inertie. Attention à ne pas jouer les conservateurs obtus : un patrimoine vit aussi par sa réinvention ! En somme, il s’agit dans la valorisation de trouver un juste milieu entre optimisation et hommage, et de ne pas sombrer dans le nombrilisme et l’ethno-centrisme du XXIe siècle.

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Quelques exemples de sites dont une reconversion paraît à étudier :

  • la friche industrielle Wattelez (cf. ci-contre), sur les bords de la Vienne, à l’entrée du Palais-sur-Vienne, et dont l’impact environnemental est hélas notoire ;
  • la caserne Mareeau, dont la formidable emprise à deux pas du centre-ville doit motiver de vrais projets cohérents et socialement ancrés ;
  • les locaux abrités par la rampe des Bénédictins, entre la cité des Coutures et les voies ferrées : des espaces au potentiel très important (sachant notamment que l’un des locaux communique directement avec le passage souterrain de la gare via la fameuse rue fantôme utilisée par la Wehrmacht) ;
  • l’ancien Présidial, bâtiment de qualité hélas abandonné à son sort et aux stigmates du temps ;
  • l’ancien Hôtel de commandement militaire, place Jourdan, dont on sait désormais qu’il n’accueillera sans doute jamais d’antenne du musée d’Orsay…

Des pistes, il y en a ! De l’audace, il en faut !




> LGV et réforme territoriale : triste chronique du libéralisme désincarné appliqué aux territoires

10022015

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En janvier, j’ai pu assister à la conférence que donnait Robert Savy sur les enjeux locaux de la réforme territoriale, désormais adoptée par le Parlement, et consacrant d’ici quelques mois la disparition de l’entité administrative « Limousin ».

Si je n’avais que douze ans en 2004, à la date de son départ de la tête du Conseil régional, et donc de son retrait politique, Robert Savy reste pour moi une figure majeure et respectable de la vie politique locale. Une figure amène et bonhomme certes, mais aussi et surtout l’incarnation d’une volonté, d’une certaine idée de la fonction d’homme politique, entre exigence morale et engagement au service de la collectivité. Les commentaires de la salle comble abondaient d’ailleurs dans ce sens.

L’ancien homme fort du PS local, alerte et volontiers taquin, cogne gentiment mais sûrement sur les décisions de ses camarades. Son désengagement de la vie politique active doit aider. Peu importe. Robert Savy, qui n’a pas vécu que de la chose publique, loin s’en faut (cf. sa carrière au Conseil d’Etat et à l’université), continue de distiller des analyses aussi justes que percutantes. Ayant eu plusieurs fois l’occasion de s’étendre dans les médias régionaux sur les conséquences néfastes que cette réforme de la carte des régions augurait pour le futur-ex Limousin, il en déplore une fois de plus la dimension extrêmement libérale et injonctive. Et continue de s’inquiéter, à raison je le pense, du grand flou concernant les compétences – et donc les conséquences en termes d’emplois, de ressources financières et de représentation politique.

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Une proposition alternative qui avait du sens, exception faite sans doute d’Auvergne-Limousin. (M. Bodlore-Penlaez, pour Geobreizh.com)

Après un résumé assez critique des dernières mesures des récentes et futures réformes territoriales du gouvernement (notamment autour des métropoles, des nouveaux cantons et de la refonte des intercommunalités, dans une approche résolument concurrentielle), voici les idées majeures de son intervention.

Leitmotiv de son propos : la taille des régions – et donc le redécoupage ainsi imposé – est un mauvais argument. Le Limousin n’a jamais véritablement souffert de cela pour proposer des projets et se faire entendre dans les institutions européennes. Parler de « modèle européen » pour changer la taille des régions est une hypocrisie : il existe de toutes petites régions dans d’autres pays d’Europe, qui fonctionnent très bien – et l’on peut également penser à des régions gigantesques qui ont bien plus de mal à peser. Bien évidemment, Robert Savy a à cœur d’invoquer de façon positive son action à la tête de la Région. Non sans un brin de vanité sans doute, mais les mots sonnent forts. En filigrane, on aura compris la critique du fameux modèle idéal allemand, qui ne doit pas être comparé tel quel. Émerge à ce sujet la critique du lassant réflexe de révérence, encombrant et inapproprié, à l’égard du voisin allemand. En vérité, – et c’est là que la comparaison allemande pourrait être signifiante – le vrai débat concerne bien les compétences et les moyens. Or à ce jour, c’est encore très vague. Au final, Robert Savy parle d’une « réforme en trompe l’oeil », qui prétend s’attaquer à de vrais sujets (économies, simplification…) mais qui ne touche réellement qu’à une carte et qui « fait semblant » de renforcer véritablement les Régions. L’évocation qu’il fait des réussites du Limousin sert à appuyer l’idée précédente : les politiques d’accueil des nouvelles populations, le soutien au haut débit, l’amélioration des transports ferroviaires, les collaborations avec d’autres régions concernant l’Université ou le POLT, seraient autant d’exemples de la capacité du Limousin à être acteur plein et entier, indépendamment de ses modestes superficie et démographie.

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R. Savy et F. Hollande (A. Jocard, AFP)

Évoquant les conséquences directes de cette nouvelle organisation, Robert Savy nourrit des inquiétudes quant à l’emploi public en Limousin – inquiétude rassurée au moins en partie depuis par les garanties apportées par Marylise Lebranchu promettant une sanctuarisation des effectifs. En revanche, en ce qui concerne le quotidien vécu, la place de Limoges dans la future organisation des services de la grande région, la conduite de politiques garantissant des liens futurs entre Bordeaux et Limoges, le devenir des marges creusoise et corrézienne, on ne peut que s’en remettre à l’espoir… qui en politique n’est pas une garantie de réussite ! En bref, le propos de l’ancien président de région s’inscrit dans une lecture assez désolée du sort réservé au centre de la France, abandonné au mythe répétitif de la « diagonale du vide ».

Concernant l’idée d’un Limousin comme fait culturel, politique et social : certains intervenants ont fait valoir que cette identité ne disparaîtrait pas – ce que je pense aussi, mais R. Savy a souligné que les spécificités (difficultés comme réussites) du Limousin risquaient d’être effacées / ignorées par la fusion et l’intégration dans un nouveau grand ensemble (notamment par la dilution des statistiques, ce à quoi je n’avais pas pensé, il est vrai). Tout dépendra de la politique de proximité menée par la nouvelle région. Là encore, l’espoir.

Enfin, quelle représentation politique des territoires limousins ? Les élus limousins ne représenteront que 13 % des élus de la future grande région. Un intervenant, lors de la conférence, a réagi en faisant remarquer qu’après tout, c’était cohérent car fonction de la part de la population limousine dans le total. R. Savy a répliqué que tout dépendait de l’échelle de prise en compte, ce qui a fait écho à ses propos sur l’existence culturelle, politique, sociale du Limousin… et surtout brandi de nouvelles inquiétudes quant à la visibilité des problématiques sociales et économiques des territoires limousins.

On ressortait de cette riche intervention partagé entre la conviction d’avoir touché les vraies limites de la réforme, et le désarroi de ne pas en être bien rassurés. Quoi qu’il en soit, convaincus que le problème de cette réforme, au-delà des incertitudes qu’elle véhicule, reposait sur des considérations bien plus politiques que pragmatiques, et que par conséquent il posait de véritables questions d’ordre moral (proximité, légitimité, transparence, dialogue…) autour de l’absence de réelle prise en compte des êtres ! Le libéralisme débridé et désincarné appliqué aux territoires poserait donc des problèmes moraux ?

 

 

holande et DUPDans le même temps, l’adoption « surprise » de la Déclaration d’Utilité Publique – terme lourd de sens – de la Ligne à grande vitesse Limoges-Poitiers, est un autre coup dur porté à la fois au sens de l’action de nos élus, aussi légitimes soient-ils, et à la vision de l’aménagement du territoire que se devraient de défendre ces mêmes représentants du peuple.

Désavouée par la quasi-totalité des élus locaux et nationaux, décriée et condamnée par la totalité des rapports réalisés depuis deux ans par des collectifs et des organismes attachés à défendre l’intérêt public et la responsabilité financière et sociale, cette LGV a beau être morte-née, elle n’en réclame pas moins des financements en amont ! Certes les rails ne seront sans doute jamais posés – faute de moyens et de soutiens –, en attendant, grâce à la DUP, les expropriations et surtout les fameuses études aspirent quantité de subsides, qui n’iront pas ailleurs ! Les recours déposés par les associations et les collectivités concernées, au nom du bon sens et du véritable intérêt général, sont eux-aussi autant de « maux nécessaires » gourmands en temps et en argent, qui n’iront pas alimenter de vrais projets bénéfiques – POLT notamment…

Réforme territoriale ; fantasme entretenu du tout-TGV : ces deux événements lourds de conséquences sont pour moi révélateurs de la soumission de l’intérêt général de ceux qui possèdent tout à ceux qui aimeraient posséder un peu. Au-delà des grands mots parfois caricaturaux, ils témoignent des grands maux de notre démocratie : le triomphe de l’image et du symbole sur le sens profond, de l’immédiateté, de l’injonction au résultat, fut-il biaisé, de l’illusion de l’objectivité. Des mots et maux qui enseignés, médiatisés, et colportés mécaniquement donnent libre cours aux rancœurs, aux envies, aux luttes de pouvoir permanentes et aux discours convenus de certains responsables aspirant à nous gouverner.

Je crois important de rappeler et insister sur le fait que déplorer ces deux événements ne revient pas à brandir le rêve de l’autogestion, le mythe du citoyen-président, la démagogie de l’élite des « tous pourris », l’appel à la décroissance – quand bien même nombre des réflexions des tenants de cet idéal devraient être considérés avec plus de crédit. Non, ce propos s’inscrit dans un plaidoyer pour une démocratie représentative régénérée, renouvelée dans ses institutions par ceux qui les incarnent par leurs revendications et leur existence-même – les citoyens.

Contrairement à ce que d’aucuns prévoyaient, spécialistes et chroniqueurs béats (bétas ?) sans doute grisés par un idéal de modernité fondé sur le productivisme et la quête du meilleur chiffre, les technologies de l’an 2000 n’ont pas signé la victoire de l’immatériel sur les territoires – c’est le sens indirect et certes « politicien » du propos de Robert Savy sur les élus hors-sol. Remodelés, mis en concurrence et bien souvent malmenés, quoique toujours inventifs, ces territoires doivent relever des défis bien souvent supérieurs à leurs moyens. Que faire ? Écouter et lire les initiatives locales qui bien souvent, très loin de l’angélisme qu’on les accuse de seriner, portent en elles les germes d’un nouveau modèle démocratique, celui du partage, du durable, de la considération mutuelle, de l’ascenseur social.

Des pistes, il y en a. Certaines collectivités – rares il est vrai – ont des moyens conséquents. Soumises à l’avatar de la compétition territoriale qu’est l’individualisme, elles ne consentent que par la loi à une péréquation il est vrai souvent mal comprise car mal expliquée au grand public. Cette incompréhension peut être dépassée si l’on garantit une véritable réciprocité de bénéfices : les territoires mieux dotés pourraient profiter de ces fonds pour lancer des programmes expérimentaux, pourvoyeurs d’emplois et de visibilité, qui une fois stabilisés, pourraient être plus facilement adaptés et reproduits dans et pour les territoires en difficulté. Mobilisant au passage l’énergie des entreprises locales, du tissu associatif et des universités, à grand renfort de nouvelles méthodes de participation. Ces programmes pourraient autant concerner la transition énergétique, les services publics, les nouvelles mobilités, l’accès à la culture…

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La Réserve citoyenne relancée au profit de l’Education nationale. Un exemple de l’utilité concrète de l’expérience et de l’engagement quotidiens au service d’une société qui fonctionne mieux.

Pour y arriver ? De l’écoute, de l’audace, et de la proximité. Dans les organes de décision, à renouveler, une plus juste représentativité des forces créatrices, invisibles, groupes minoritaires ou « minorés » – jeunes, étrangers, chercheurs – mais aussi cette grande majorité silencieuse que l’école, l’entreprise, les associations doivent retrouver. Et certes, il faut un peu d’argent – il y en a ! Le libéralisme n’est pas une science objective, c’est une vision politique – merci Bernard Maris. S’en remettre aux dieux de la régulation automatique, ce n’est pas s’en remettre à la transcendance d’une hypothétique Loi naturelle, mais bien imposer un schéma totalement subjectif, intéressé et terriblement contre-productif. Penser collectif, ce n’est pas se dépouiller pour les autres, mais bien faire preuve d’humanité au sens le plus large, premier et dépassionné du terme. Celui qui cherche à garantir à chacun le même droit d’aspirer à être et agir.

Ce qui est vrai avec les hommes est vrai avec les territoires. Si invoquer l’égalité des territoires et chercher à l’appliquer est évidemment un vœu pieux particulièrement et inutilement consommateur de temps et d’énergies, s’en remettre sans critiques et sans débats à l’implacabilité et la violence de la concurrence des territoires serait dévastateur. Autant en termes d’effets sur les populations, que de conséquences sur le rapport entre élus et citoyens.




> Fusillade de Charlie-Hebdo – Rassemblement, ce soir 19h place de la République

7012015

Quand la presse est attaquée, c’est tout ce qui nous est cher, toutes nos valeurs, l’humanité même, qui l’est. Rassemblement ce soir 19h, place de la République, comme il se doit, pour répondre pacifiquement à l’horreur, contre la barbarie, le fanatisme, pour la liberté…

Pour les victimes de la fusillade au siège de Charlie Hebdo

Pour la démocratie, la paix, la liberté,

Rassemblement ce soir

19h

Place de la République

à Limoges

Le Club de la presse du Limousin appelle à un autre rassemblement

demain matin, 10h30, parc V. Thuillat (vêtus de noir).

N.B. : la Préfecture est informée du rassemblement de ce soir.




> Revue littéraire : Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas

3122014

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96646Une fois n’est pas coutume (à moins que je propose ponctuellement des petits conseils de lecture, pourquoi pas !), je vous invite à lire – et offrir – le dernier ouvrage de Laurent Bourdelas, une Histoire de Limoges, publié cette année aux éditions Geste et que l’auteur présentera officiellement au café Littéraire ce vendredi (18h).

Si plusieurs ouvrages sur l’histoire de notre ville ont déjà été publiés (comptons parmi eux la formidable « bible » de Jean Levet ou l’ouvrage de référence de Philippe Grandcoing et Jean-Marc Ferrer), ce nouveau livre, préfacé fort maladroitement par Émile-Roger Lombertie et plus subtilement par l’écrivain Éric Faye, doit susciter notre intérêt pour les nouveaux champs de l’histoire et du patrimoine communs qu’il aborde, notamment l’alternance municipale de 2014.

La partie sur l’histoire antique et médiévale, joliment illustrée, sera utile à tous ceux qui souhaitent se réconcilier avec ces pans d’histoire que l’on confond souvent, et a le mérite pour cela de revenir sur les moments où la « grande » Histoire de France a pu s’écrire à Limoges – pensons notamment aux débats autour de l’apostolicité fantasmée de saint Martial, ou au couronnement de Richard Coeur de Lion, duc d’Aquitaine. Laurent Bourdelas actualise ces épisodes anciens en les reliant aux fouilles et découvertes qui ont permis de faire connaître aux contemporains ces richesses désormais matérialisées : les sarcophages et fours à hypocauste, le baptistère Saint-Jean, les reliques épiscopales… Il faut bien ça pour compenser l’éternelle frustration de n’avoir su garder jusqu’à nos jours l’incroyable abbaye Saint-Martial. Les développements sur l’histoire de notre ville à l’époque moderne puis durant la Révolution industrielle et l’Occupation sont également très pédagogiques. On revient avec émotion sur l’expérience des coopératives, le passage des parlementaires belges en 1940, la torture au Petit Quartier du lycée Gay-Lussac.

Dans les parties consacrées à l’époque contemporaine et plus encore, à la fin du XXe siècle, peut-être moins accessibles il faut le dire, l’auteur nous abreuve de nombreuses anecdotes et précisions souvent teintées de ses expériences personnelles, voire de ses engagements, ce qui n’est jamais trop appuyé au sens où cette présence presque physique est assumée et détache avec réussite des faits que l’on tâchera de se réapproprier. Au final, il n’y a qu’une « indicible frontière » entre les faits à valeur universelle et les histoires de copains et de rencontres de ce descendant de Ponticauds (radio, littérature, éducation : tous les piliers de la vie de l’écrivain sont mis en perspective collective !)

Car c’est aussi et avant tout en cela – par l’entremêlement de la biographie d’une ville qui s’ouvre à la modernité sans renier ses héritages, et d’un parcours initiatique puis de l’accomplissement d’homme dans des passions terrestres – que l’ouvrage, entre prose et histoire, apporte sa valeur ajoutée au paysage littéraire déjà bien fourni en ce qui concerne l’Histoire de Limoges. Inspiré par « sa » ville et ses idéaux, Laurent Bourdelas, non sans un peu de nostalgie, a le talent de retracer les portraits des figures de la vie culturelle de Limoges depuis un demi-siècle. L’occasion de faire découvrir à ceux qui l’ignorent encore le rôle prépondérant de la ville, de ses élus (parfois) et de ses citoyens engagés (toujours) dans un renouvellement permanent des idées, objets et lieux d’animation et de création. On revient sur l’épopée du jazz, celle de la radio, la rencontre insoupçonnée entre la capitale des arts du feu et la science-fiction dans les années soixante-dix, l’ouverture pour le moins marquante du centre Jean-Gagnant, le sauvetage du Ciné-Union, et l’on comprend que Limoges a su s’inventer et se réinventer. Éloquent, éclairant, sur le rôle de la culture vivante dans la dynamisation des liens sociaux, où il y a encore fort à faire.

L’Histoire de Limoges de L. Bourdelas, si elle est éminemment politique, n’en est pour autant pas un manifeste partisan, et c’est en ce sens qu’elle est subtile et sensible. On y rend hommage sans pour autant céder à une déférence équivoque. Au final, par ce beau livre, les Limougeauds consacrés feuilletteront sans doute avant tout un album photo presque familial : les amis du Trolley, les amoureux des Anciennes majorettes de la Baule, les anciens de Gay-Lu, les inconditionnels des centres culturels et de la Passerelle, les élèves du conservatoire, qui tous auront plaisir à se reconnaître et se transposer dans les souvenirs et les (jolies) photographies. Les plus jeunes, les nouveaux arrivants ou les simples curieux y trouveront des clés pour comprendre comment Limoges peut et doit engager, avec un peu de courage, de sentiment collectif et de révérence à l’égard des réussites passées, un élan conquérant vers un avenir pas si pessimiste et tout autant riche.

A la fin de la lecture, peut-être un petit pincement au cœur, celui de n’avoir pu connaître les balbutiements démocratiques des ondes limousines, la cave de Charles Caunant, haut lieu de la vie culturelle, la grange de Grossereix et ses expositions, et même le combat pour sauver la rue de la Boucherie. Un sentiment ambigu bien vite remplacé – le livre y contribue dans sa narration des jolies expériences – par la résolution d’œuvrer à la construction d’une ville où il fera de mieux en mieux vivre et où la culture, c’est certain, sera, plus qu’un goût, une valeur commune et transcendante.

Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas, 270 pages. Editions Geste, 2014. (35 €)

Image : (c) Geste Editions.




> Les premiers noms de rue de la mandature Lombertie

28112014

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Capture d’écran 2014-11-28 à 13.51.45Nommer les lieux n’est pas un acte anodin. Certes, cela répond à des impératifs pratiques (l’adressage, le foncier), mais c’est en réalité un acte territorial et politique fondateur (voir ici et ). Parce que les noms matérialisent et institutionnalisent les lieux, d’abord, en validant ou se substituant à l’informel. Ensuite, parce qu’ils reflètent des intentions et des valeurs politiques, voire idéologiques : à Limoges, la foule de résistants, élus socialistes ou céramistes et porcelainiers présents dans les toponymes sont l’expression d’une tradition municipale sur le temps long et de la volonté de vénérer une certaine Histoire par la constitution d’un véritable Panthéon local. Même dans le cas de dénominations a priori inoffensives, quand ils relèvent du repérage pur et dur (une église, un équipement, un cours d’eau), ou qu’ils mettent à l’honneur le bucolique, les noms ne sont jamais neutres, soit parce qu’ils valorisent un projet porté par des élus, soit parce que la mise en lumière d’un objet géographique peut parfois être motivée par des intentions patrimoniales, donc forcément politiques.

Au-delà, les noms sont aussi un médiateur de pratiques sociales, car ils déterminent, sinon orientent des représentations du territoire et des pratiques dans l’espace. D’une part parce que le nom en tant que tel peut être artisan de la création d’un lieu. N’ai-je pas déjà entendu le terminus de la ligne 8 du bus de Limoges appelé phonétiquement « Maljoffre » alors qu’il s’agit bien d’une référence au Maréchal Joffre ? Un nom obscur peut également être mis en lumière à partir du moment où il devient un boulevard ou un carrefour (qui peut réciter la biographie de Nicolas d’Aine, de Denis Dussoubs, expliquer ce que sont les Casseaux, d’où vient le Champ de Juillet ?). D’autre part, le nom est social, et donc culturel, parce que porteur de références, d’idées et idéologies qui peuvent orienter les représentations. Nombreuses sont les villes qui dans la réalisation des lignes de transports collectifs, ont préféré attribuer aux stations des noms poétiques plutôt que de leur donner le nom des quartiers chauds qu’elles rechignaient à honorer afin de contrôler certains déplacements. Les noms inscrivent dans l’aluminium des abribus et la céramique des plaques de rue une certaine vision de la ville.

Ces décisions sont donc éminemment politiques ; voilà pourquoi il est intéressant, éclairant de les étudier et de revendiquer un droit de regard, voire de jugement. Dans cet article du Populaire, l’an dernier, on découvrait comment les odonymes (les noms de rues, donc), étaient décidés à Limoges. Comme dans les autres communes, le maire conserve cet apanage, acte presque régalien qu’il entend faire valider par un conseil municipal en général bien avisé de le suivre. Ainsi, les choix de toponymes effectués sous la mandature d’Alain Rodet, reflètent à la fois une tradition bien limougeaude – les noms de porcelainiers, de résistants – mais aussi les goûts de l’ancien maire pour le jazz, de notoriété publique.

La nouvelle majorité municipale a déjà mis en œuvre son entreprise de territorialisation politique par la dénomination de nouvelles voies. La lecture attentive des derniers compte-rendus des conseils municipaux est en cela révélatrice. On apprend ainsi que le nouveau conseil a d’ores et déjà proposé des noms aux nouvelles voies issues de l’urbanisation continue de la périphérie limougeaude : « la Grande-Pièce » vient bien logiquement donner un nom à la Voie de liaison nord. Deux émailleurs – Alain Grafeuil et Roger Duban – se voient honorés par deux nouvelles voies dans le secteur de la Bastide. C’est déjà en soi un acte politique, par l’hommage rendu à une profession emblématique de la ville qui fera de nouveau l’objet d’une Biennale re-créée par Philippe Pauliat-Defaye. Le nom de la résistante Germaine Tillion, récemment décédée, est également attribué à une allée toute neuve à Grossereix. Peut-être moins consensuel, le professeur Bernard Descottes, figure émérite du CHU disparue il y a peu, très proche de l’UMP et de l’association Haute-Vienne Alternance dont Emile-Roger Lombertie est un porteur, est également honoré par une voie traversant l’enceinte de l’hôpital.

Capture d’écran 2014-11-28 à 13.54.06Fait original : certains lieux déjà nommés changent de nom, dans un élan de féminisation que d’aucuns pourront apprécier. C’est le cas de l’école du Grand-Treuil, qui porte dorénavant le nom de l’institutrice Odette Couty, martyre d’Oradour. C’est aussi le cas de la rampe Haute-Vienne, qui prend le nom de Jeanne Villepreux-Power, naturaliste du XIXe siècle installée en Limousin, au nom du doublon avec la rue et la place du même nom, et sans doute de l’envie de valoriser une personnalité pionnière et évocatrice de la grandeur du Limousin au-delà de ses encore-frontières. Citons encore la place des Justes parmi les nations, juste devant le musée de la Résistance. Il est intéressant de noter que le nom de la nageuse Claude Mandonnaud, active dans les années 1970 et sélectionnée aux Jeux olympiques, consacre à la fois une rue de Limoges, remportée par la droite, et une salle du futur centre aquatique, porté par la majorité de gauche à l’agglomération, preuve que certaines personnalités, quand elles incarnent une grandeur (passée) de notre territoire, peuvent susciter l’admiration collective. C’est également là que l’on comprend que les débats autour des noms peuvent parfois cristalliser les conflits de mémoire et les appropriations symboliques de personnalités aux qualités posthumes tantôt fédératrices, tantôt partisanes (les villes communistes où celles gagnées par des maires FN dans les années 1990 en sont des exemples). Peut-être peut-on aussi y voir un exemple opératoire du nom comme outil de récupération d’un édifice public d’ampleur, qui pour l’opposition comme la majorité, incarne un potentiel de développement, de validation stratégique (et de reconquête).

Enfin, les stratégies employées pour décider des noms – associer le public ? ou préférer une décision sur un coin de table ? – sont également bien souvent révélatrices d’une certaine idée de la démocratie participative. S’il n’est pas forcément toujours nécessaire de discuter le nom des personnalités ainsi mises en valeur dans l’espace public, je pense qu’il faut considérer l’acte de nommer un lieu comme une responsabilité collective, par la force que le toponyme exerce sur les représentations collectives et le sentiment d’appartenance, notamment. Pourquoi ne pas faire de l’acte de nommer les lieux un laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques de participation populaire, qui ne soit plus réduite à sa fonction uniquement légitimante de l’action politique institutionnelle ? Pourquoi ne pas intégrer ces discussions à l’agenda des futurs conseils de quartier ?

Lors du dernier conseil municipal, a été évoquée la perspective de nouvelles re-nominations, à suivre de près. La preuve que l’équipe Lombertie a pleinement revêtu les habits – à ce sujet du moins – de l’acteur territorial.

-> Voir aussi : l’historique des dénominations de voies depuis 2006.

Photo : (c) L.D., 2012. / Capture d’écran retransmission CM 19/11, mairie de Limoges.




Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !







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