Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !




> 6 monuments limousins chez Stéphane Bern

17092014

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DSC_0518Diffusée quotidiennement depuis le 25 août dernier, l’émission Le monument préféré des Français, présentée par Stéphane Bern, mettra six édifices limousins à l’honneur dans le numéro de demain, jeudi 18 septembre. L’émission délivrera le classement des votes en ligne des internautes, et il s’agira de savoir qui de l’abbaye d’Aubazine, le moulin du Got, le château de Coussac-Bonneval, le château de Boussac, la gare de Limoges-Bénédictins ou le château de Rochechouart, « affrontera » dans l’émission en prime-time de samedi les monuments vainqueurs dans les autres régions métropolitaines.

J’ai participé en juin dernier au tournage à la gare de Limoges (j’en parlais déjà ici). J’en tire une expérience enrichissante et très plaisante, puisque m’ayant permis de découvrir les souterrains, les combles, le toit de la gare.

Rendez-vous demain à partir de 17h sur France 2 ! ;)

Mise à jour : l’émission sera finalement diffusée vendredi 19 septembre, 17h sur France 2.

Pas de droits sur l'album 292098




> Réforme territoriale : et si on parlait « pratique politique » ?

3072014

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Capture d’écran 2014-07-03 à 10.50.58On parle de réforme territoriale. Le problème, c’est que ce projet en l’état n’a pas grand-chose pour convaincre.

Le débat ne se concentre qu’autour de limites dont personne ne veut, et qui semblent avoir été décidées de façon arbitraire. Je ne peux m’empêcher le parallèle osé mais amusant avec le découpage du Tarn-et-Garonne, qui selon la légende, serait fruit d’un décalquage de la main de Napoléon Ier sur une carte de France. Je n’en suis pas à comparer François Hollande à l’Empereur, mais j’ai la triste impression que les autorités actuelles, poussées par la crise de confiance et les désaccords entre les différentes ailes du PS, ont confondu « prise de décision » et « imposition de décision ». A moins que François Hollande, à qui l’on a tant reproché de n’avoir pas su troquer son costume d’élu local pour celui de chef de l’Etat, s’imagine encore président du conseil général de Corrèze et que par conséquent, il se trouve à lui seul autant légitime pour trancher que les milliers d’élus locaux qui sont eux directement et sur le plan pratique concernés par la réforme.

Sur quoi devraient donc s’appuyer ces nouvelles limites ? A mon sens, la dimension culturelle est importante mais pas déterminante. Je suis personnellement militant de l’allocation de moyens supplémentaires pour la valorisation et la reconnaissance des cultures régionales et minoritaires. Mais je pense que cet enjeu n’est pas forcément celui qui doit motiver la réunion des régions. Nous sommes culturellement plus proches de l’Auvergne que de Poitiers, mais quels sont nos liens directs et physiques avec Clermont ? D’autant que la dimension culturelle et identitaire, si elle repose sur des références communes, ne me semble pas assez partagée à ce jour pour en devenir un facteur de choix central, sinon déterminant. Autrement dit, faire de l’Occitanie le déterminant des futures régions est illusoire. De surcroît, remarquons que les projets culturels ne paraissent pas tant souffrir des inerties administratives. Ainsi, les parcs naturels régionaux existent bien de part et d’autre de frontières régionales ; ailleurs, le sentiment catalan perdure bien du côté français de la frontière sans que les collaborations avec Barcelone en soient freinées autrement que par la frontière étatique ; la comparaison toutes proportions gardées pourrait se faire entre la Charente limousine et Limoges. En revanche, dans une région rurale, enclavée, dépréciée et désertée par ces jeunes comme la nôtre, la détermination de potentialités de développement socio-économique (donc d’emploi, de projets porteurs) me semble une priorité, qui elle pourrait façonner les nouveaux découpages et a fortiori favoriser à nouveau le dynamisme culturel. Si l’on voulait bien prendre la mesure de cette réforme, en acceptant d’éclater les régions. Et pourquoi pas, redéfinir les limites départementales héritées de temps de parcours en cheval, rappelons-le.
Cette réforme néglige l’avis du peuple. A mon avis, le référendum est un piège, auquel Hollande ne doit pas céder (on voit mal de toute façon comment il pourrait accéder à cette requête qui se transformerait en plébiscite contre lui). En effet : comment concilier les avis des citoyens selon les régions dont les contextes sont très différents ? Comment faire d’un « oui » ou d’un « non » une réponse constructive et nuancée ? Non, le référendum comme l’a préconisé le Sénat est une impasse. Mais pourquoi ne pas organiser des véritables concertations locales, des cycles d’échanges qui associent non seulement les élus locaux, les citoyens volontaires, assurément, mais aussi les acteurs du monde économique, associatif, et, bon sang, du milieu universitaire ! Ne reproduisons pas la bêtise de 1962.

Les compétences des futures régions ? On n’en parle peu, alors qu’elles seront au cœur du quotidien des citoyens. Et quand bien même on avance le démantèlement des départements dont les compétences seraient reprises par les nouveaux chefs de file que seraient la région et l’intercommunalité, on n’en résout pas davantage la lapalissade qui fait que l’on supprime dans le même temps la clause de compétences générales… La création en doublon des chefs de file ne serait-elle pas un effet d’annonce pour étayer l’aspect faussement novateur de cette réforme bancale ? Et quid de la perte de proximité potentielle ? Comment les transports ou les projets micro-économiques de la Combraille pourraient-ils être bien gérés par Bordeaux, qui a d’ores et déjà annoncé par la voix de ses grands élus qu’elle accepterait le Limousin… sans s’en occuper !
Quid du mode de désignation des élus ? Extrêmement flou et arbitraire. Ce qui est embêtant alors que l’on déplore la perte de confiance des citoyens en leurs représentants. Le seuil des 150 élus régionaux sera préjudiciable aux territoires ruraux peu peuplés. Combien de représentants la Creuse enverra-t-elle à Bordeaux ? Si peu, que cela en résumera parfaitement mais dramatiquement le message que le gouvernement envoie aux territoires ruraux.

Enfin, sujet majeur : en quoi cette réforme garantirait effectivement des économies ? Je souscris en ce point à la totalité de la déclaration de l’ancien président du Conseil régional du Limousin, Robert Savy, qui s’exprimait voilà quelques jours dans les colonnes du Populaire du centre. Celui-ci rappelait le flou étonnamment entretenu autour des modalités et des arguments concrets qui seraient susceptibles de nous convaincre du bien-fondé comptable de cette révolution territoriale. Et qui pour essayer de le prouver ?

Il y a quelques jours, Le Nouvel Observateur a présenté les 8 plus gros gaspillages ou 8 plus grosses aberrations de projets construits ou en cours de construction dans les régions. Des projets dont l’échec serait à mettre sur le compte de la superposition des échelons territoriaux (la proximité des deux grands aéroports de Lyon et Grenoble, l’incapacité des élus savoyards à s’accorder sur le financement du train vers Genève, l’échec du musée du cinéma à Angoulême, les frais incroyables de transports des élus d’Île-de-France). A la lecture de ces échecs, de ces projets fous et finalement complètement bancals, que la réforme territoriale doit empêcher, j’ai remarqué que plus que les limites des régions, c’étaient leurs élus et leurs pratiques qui étaient mis en cause.

Et je me suis donc demandé : plus que de réforme territoriale, qui telle qu’elle est menée ne convaincra jamais, et n’apparaît pas comme garantie absolue d’économies recherchées, plus que de réforme territoriale, donc, n’est-ce pas d’une réforme de la pratique politique, dont il faudrait parler ? Je ne suis évidemment pas en train d’abonder dans le sens du « tous les mêmes », ou « tous pourris », soyez-en certains. Ce ne sont donc pas les hommes et les femmes que je mets en cause, mais bien le cumul des mandats dans le temps, l’habitude de l’exercice du pouvoir, les familiarités qui au fil du temps transforment les relations démocratiques en copinages néfastes pour la transparence des décisions et rendent impossibles la prise de recul et la remise en question nécessaires au respect de l’intérêt général et de la cohérence des projets d’aménagement.

Ainsi, ma réforme à moi – car oui j’en propose une -, elle s’articulerait en trois points :

  • Respect de la souveraineté citoyenne et organisation de véritables débats en région, avec contributions réelles des acteurs de la vie quotidienne (élus, mais aussi monde économique, associatif, culturel, universitaire), qui permettraient de proposer des découpages réellement efficaces, les moins polémiques possibles, et surtout, appuyés sur des réalités concrètes. Le report sans ménagement des élections et la précipitation de cette réforme sont un joli pied de nez à la démocratie locale.
  • Respect du principe de solidarité des territoires, et non fuite en avant vers la concurrence débridée entre les grosses métropoles, une métropolisation qui transformerait nos régions rurales en marges complètement anonymes et délaissées (les exemples catastrophiques de la métropole de Lyon, de la réforme des cantons ou du seuil de 20.000 habitants dans les futures intercommunalités toujours aussi peu incarnées, sont éloquents). Ce principe assurerait un découpage en phase avec les représentations et les pratiques de tout un chacun.
  • Réforme profonde de la pratique politique, par l’interdiction stricte du cumul dans le temps Certes, les lois ne font pas tout, mais elles peuvent contribuer à changer les réflexes d’action et de pensée. Prenons également la peine de tout penser ensemble : pourquoi les cantons ne sont-ils pas fusionnés dans l’intercommunalité ? Et comme le faisait très justement remarquer un de mes camarades du Forum citoyen des jeunes limousins, pourquoi ne pas avoir intégré dans la réflexion les périmètres des Pays, ces territoires de projets créés sous Jospin qui ont le mérite d’associer les communes autour de véritables stratégies de développement durable ? Cette réforme ne supprime pas des échelons : elle les multipliera et les complexifiera.

Si ces principes n’étaient effectivement et finalement pas respectés, voilà quelles en seraient les conséquences pour notre territoire :

  • Un territoire éclaté, alors qu’il a un destin commun, celui d’une région enclavée et encore méprisée dont les atouts sont pourtant nombreux. Et que pour l’instant, rien ne garantisse la réussite d’une réunion de la Creuse à l’Auvergne (dont elle demeurera une marge), ou de la Corrèze à Midi-Pyrénées ou Aquitaine.
  • Une capitale régionale reléguée et oubliée : je rappelle que Limoges, ancienne cité industrielle, vit essentiellement de l’administration, qu’elle perdra au moins en grande partie si le Limousin devient une frange de la future grande région Sud Ouest qu’on nous promet. Certes, il est de la responsabilité des élus, réforme ou pas, que de créer les conditions d’une relance économique des anciens pôles industriels, mais tout ne peut se faire d’un claquement de doigts, et encore moins si le gouvernement joue dans l’autre sens.
  • Des infrastructures toujours plus délaissées, anéantissant toujours davantage la possibilité de construire des projets en milieu rural et périurbain et d’y bénéficier de services de proximité performants ; une situation aggravée par l’adaptation consentie des élus au système ultra-libéral, et par le fétichisme persistant de certains de ces élus pour le fantôme trompeur qu’est la LGV, dont la déclaration d’utilité publique pourrait se transformer en affirmation de mort publique d’ici peu.

Quelles solutions ? Evidemment, que chacun réaffirme son statut de citoyen. Sans conservatismes, mais avec conviction, avec revendication ! Et ça, je vous le dis, ça ne passe pas par l’abstention, ou par le rejet de la politique ; au contraire ! Car la réforme du politique passera par le politique ! Elle se fera de l’intérieur ! Elle se fera si chacun de nous commence à s’engager, et participe de la refondation d’un système à bout de souffle. Ce dont on ne peut pas se satisfaire, et qui oblige beaucoup les jeunes, plus que jamais, et quelle que soit la préférence politique.




> Les mille conditions à la LGV Poitiers-Limoges

1072013

> Les mille conditions à la LGV Poitiers-Limoges dans Actualité locale bamnagement

La semaine dernière, alors que tout le monde s’émouvait des conclusions imminentes de la commission Duron enterrant le projet de LGV Poitiers-Limoges, après plusieurs semaines d’incertitude, je participais à un des mini-débats organisés par la Ville de Limoges dans le cadre de l’exposition Limoges 2025*. La rencontre « Limoges ville-capitale », animée par Jean-Pierre Limousin, était l’occasion de revenir sur le sujet brûlant de la LGV et de requestionner la confiance aveugle dans la réalisation du projet polémique qui est celle des élus socialistes haut-viennois. Si mon sentiment vis-à-vis du projet demeure divers, j’estime en fait que la LGV ne peut fonctionner qu’à de très (trop ?) nombreuses conditions.

La rencontre à laquelle j’étais inscrit, animée par Jean-Pierre Limousin, président du CESER et de la CCI mais aussi de l’association de promotion du TGV Paris-Limoges-Brive, permettait d’aborder le thème de « ville capitale ». Autrement dit, savoir quelle place donner à Limoges dans le contexte national et international de mise en concurrence des territoires, de métropolisation (poids croissant des fonctions de commandement et d’organisation des villes métropoles nationales et régionales) et aussi en filigrane de déterritorialisation progressive des activités dans le cadre de la mondialisation, qui accorde de plus en plus d’importance à la présence numérique.

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Poitiers, Limoges, Brive… ces trois villes veulent-elles réellement travailler ensemble ? (c) Association TGV PLB

Si la très faible participation citoyenne – deux citoyens lambda – à cette rencontre est déjà un problème en soi – Jean-Pierre Limousin confiait lui-même sa déception et ses interrogations concernant les moyens d’assurer une démocratie participative vivante –, on pouvait également se demander ce qui avait pu motiver la programmation de ces rencontres ô combien intéressantes en plein milieu de la journée en semaine… Passons. Le sujet a forcément dérivé sur le sujet de la ligne à grande vitesse. Pour M. Limousin, l’intérêt de la LGV est à trouver dans l’impératif de rééquilibrage du grand Sud-Ouest que Limoges soit d’incarner par rapport à Bordeaux et Toulouse, et plus largement assurer la survie et la relance d’un Limousin bien moins dynamique que ses voisins occidentaux. Impératif qui ne peut s’effectuer que dans l’association métropolitaine de Poitiers et Limoges, qui ensemble incarneraient un pôle urbain concurrent et compétitif d’environ 300 000 habitants. Tout cela s’appuyant sur la bonne intégration de Poitiers aux réseaux d’échanges existants, sur l’intérêt qu’elle aurait à ne pas suivre Orléans et Tours dans l’étouffement parisien, ainsi que sur la notoriété sous-estimée mais réelle des noms de « Limoges » et du « Limousin » à l’étranger, notamment en Asie. Ce nouveau binôme Poitiers-Limoges aurait ainsi la nouvelle capacité de peser dans les décisions d’aménagement et la captation des richesses et des flux de toutes sortes, ceux-ci étant ensuite réinvestis dans la dynamisation du territoire annexe. Présenté ainsi, on en serait presque convaincu, la LGV serait un atout pour la ville et la campagne. Restait tout de même à « régler » plusieurs sujets majeurs : convaincre les acteurs picto-charentais, élus et citoyens, de leur intérêt à s’associer avec le Limousin, prouver la pertinence économique du projet, assurer la réussite du passage du concept théorique à l’application territoriale, avec ses spécificités et ses limites, et enfin en convaincre les populations. Je vais y revenir.

L’extrême-confiance de Jean-Pierre Limousin, Alain Rodet ou Jean-Paul Denanot pourrait même passer pour suspecte, certains y voyant la trahison de quelques doutes dans leur relation de confiance avec l’exécutif suprême, d’autres une attitude bornée et déconnectée des réalités, voire électoraliste, de mauvaise augure dans la perspective d’une revalorisation de l’image de l’acteur politique, tant attendue. C’est encore un autre sujet.

Au-delà de l’aspect économique, la LGV est encore bien loin d’avoir prouvé sa pertinence en terme de projets partagés entre Limousin et Poitou-Charentes, alors que la synergie Limoges-Poitiers est jugée essentielle…

En définitive, pour moi, la LGV Poitiers-Limoges n’est pas un projet uniformément et forcément néfaste. Mais au-delà des polémiques liées à la façon dont les études préliminaires ont été menées depuis 2006, elle n’a de pertinence que si l’on « oublie » l’inoubliable. Autrement dit, des facteurs qui peuvent paraître annexes mais qui mettent en lumière les brèches de la conduite du projet et en sont tout bonnement la condition de succès. Pour l’instant, ces facteurs inoubliables demeurent occultés. Et ainsi, la LGV fonctionnera si l’on continue de les occulter :

  • La LGV fonctionnera si l’on oublie la situation des finances publiques – mais qui le peut ? – du côté de l’Etat mais aussi des collectivités, de plus en plus appelées à mettre la main au porte-monnaie mais en pleine incertitude à l’heure d’un nouvel acte de décentralisation bien confus. Mais on ne peut pas l’occulter.
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie aussi le fait que désormais, l’Etat ne peut hélas que difficilement se permettre de financer à lui seul les grands projets. C’est regrettable mais c’est un fait, et si l’on peut évidemment critiquer l’attitude de Ségolène Royal dans ce qu’elle tient de l’obstination, du caractère personnel et d’une mauvaise appréciation d’un territoire potentiellement partenaire mais sous-estimé – le Limousin –, voire d’une certaine condescendance, on se doit de comprendre sa réticence à engager le financement du projet. C’est regrettable mais on ne peut l’occulter.
  • La LGV fonctionnera si l’on parvient à dépasser les divergences de vue des habitants du Limousin et du Poitou-Charentes, et en particulier de leurs élus. Si l’on conditionne la réussite du projet à la synergie entre Poitiers et Limoges, comme l’avance Jean-Pierre Limousin, comment compter sur la concorde pour l’instant très partielle des élus des deux régions, puisqu’à ce jour, autant le Conseil régional de Poitou-Charentes que le Conseil général de la Vienne (sans oublier les réserves croissantes des élus corréziens) se montrent sceptiques vis-à-vis de cette future ligne. Je pense aussi à l’existence de projets collectivement portés, et à l’existence de structures formelles et institutionnelles de partages de projets, d’ambitions pour les deux régions.
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie que la SNCF et l’Etat n’ont pas seulement rechigné à engager la modernisation de la ligne POLT avant la LGV pour des raisons d’adhésion pure à la grande vitesse, mais aussi compte-tenu des incertitudes portées par l’ouverture du rail français à la concurrencerendant périlleux le financement massif en faveur d’une adaptation des voies aux 220 km/h si ce n’est plus la SNCF qui demain à le monopole de la gestion des trains. En ces temps où rarement le modèle socio-économique n’aura été remis en cause, on ne peut l’oublier.
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie également le fait que la défense de ce projet fait bien écho à l’aura nostalgisante du sigle TGV,  évocateur de promesses de développement des territoires, et que donc la défense de ce projet tient au moins en partie d’un fantasme compréhensible mais un peu vain des populations locales un peu frustrées de n’avoir pu bénéficier du formidable espoir de dynamisme apporté par les LGV Est européenne, Atlantique ou Méditerranée, et d’attendre une concrétisation d’un projet évoqué depuis trente ans. Il y a du fantasme dans cette quête de la grande vitesse, symbole de la puissance française du XXe siècle. D’aucuns y assimileront le Concorde…
  • La LGV fonctionnera si l’on oublie enfin que la LGV n’est pas automatiquement un vecteur de développement intégral et lissé des territoires, étant donné l’effet tunnel indubitablement provoqué par de telles infrastructures, qui profitent avant tout aux terminus (Poitiers et surtout Limoges). En effet, les effets bénéfiques aux territoires environnants, s’ils sont possibles (il faut quand même le dire), ne sont garantis que si l’on associe l’arrivée de la grande vitesse à d’autres chantiers, pour autant de nouvelles conditions à la pertinence du chantier…
La LGV ne peut et ne doit fonctionner que si elle est mise en complémentarité de la modernisation des axes ferroviaires et routiers annexes. Or, financièrement, peut-on se le permettre ?

st-sulpice-lauriere dans Corrèze

En effet, outre l’impératif bien douteux d’occulter tous ces points, il conviendrait au promoteur de la LGV d’assurer la complémentarité des projets d’aménagement et de considérer les obstacles techniques après les éléments moraux et politiques. A l’infaisable moral, à ces oublis manifestes auxquels les défenseurs du projet souscrivent sans hésitation, ajoutons ce qui pour l’instant est malheureusement peu brandi dans les débats et arguments, ces idées qui font donc pour le moment figure d’infaisables techniques et financiers alors qu’elles ne le sont pas, qu’elles conditionnent le succès de la LGV et qu’elles paraissent bien plus utiles au développement territorial :

  • la modernisation des axes routiers majeurs, à la fois condition au développement des territoires, au désenclavement du centre de la France et à la sécurisation de secteurs dangereux : la RN 147 vers Poitiers, la RN 79 vers Mâcon, la RN 21 vers Périgueux ;
  • l’électrification de la ligne Limoges-Guéret, et le réaménagement de la gare de Saint-Sulpice-Laurière de sorte à ce que le demi-tour des trains n’y soit plus obligatoire (suppression du point de rebroussement), ce qui améliorerait l’intégration de la préfecture creusoise au réseau national, mais qui aurait pu faire profiter à la Creuse de l’effet grande vitesse et au-delà d’impulser de nouvelles liaisons « grandes lignes » entre l’est et l’ouest de la France. Ces deux points ont eux-mêmes été évoqués par Jean-Pierre Limousin, qui y voit l’occasion manquée des Creusois de soutenir la LGV.
  • Et évidemment la modernisation de la ligne POLT, au nom de l’équité des territoires prônée par le gouvernement Ayrault.

Beaucoup de conditions, donc. Si la LGV ne se fait pas, ces conditions n’en demeureront pas moins des outils de développement à étudier sérieusement, car elles ne sont pas conditionnées à la grande vitesse, elles. Si elle se fait, comme le soutient mordicus M. Limousin, alors au-delà d’un « fait du Prince » un peu déroutant, elle n’en demandera pas moins de toute urgence la réalisation des projets annexes et complémentaires que j’ai cités. Mais pourra-t-on – financièrement, techniquement, moralement – se le permettre ?

*Cet exercice de prospective sur les perspectives attendant notre ville dans les prochaines années, critiqué pour son tempo, à quelques mois des municipales, et son message, vu comme partisan, est encore accessible aux citoyens jusqu’à la fin de semaine, à la Bfm de Limoges.  




> Les Trophées du Développement durable : un appel collectif au courage et à l’engagement

12042013

> Les Trophées du Développement durable : un appel collectif au courage et à l'engagement dans Actualité locale binitiativelocale

Ce samedi 6 avril avait lieu de façon officielle la remise des prix des tout premiers Trophées du Développement Durable en Limousin, venant valoriser des initiatives innovantes en faveur du développement durable. Ouvert aux collectivités, entreprises, établissements d’enseignement et associations de la région entre novembre et février dernier, ce concours lancé par le Conseil régional des jeunes et organisé avec le soutien capital de la Région Limousin et de ses services, l’ADEME et la DREAL, a recueilli 49 dossiers souvent originaux et la plupart du temps pertinents. L’occasion de lancer collectivement un appel au courage, à la responsabilité et à l’engagement. Celui des jeunes – c’est primordial – mais pas seulement.

crj-trophee-dev-durable-560x285-1-dc775-300x152 dans Aménagement du territoireLes lauréats des quatre catégories d’acteurs ont été désignés par un jury réuni en mars. Ils ont été choisis parmi l’ensemble des dossiers provenant des trois départements, de communes aussi diverses que Cosnac, Gentioux-Pigerolles, Cognac-la-Forêt, Ussel ou Evaux-les-Bains, de tous types d’acteurs ont été enregistrées, preuves que la communication autour du projet s’est bien effectuée, et que l’écho est particulièrement favorable dans des zones vues à tort comme « reculées » mais en somme très concernées et sensibilisés

  • Pour la catégorie Collectivités, la mairie d’Ayen, en Corrèze, à travers son projet municipal de développement durable et notamment l’implication des jeunes de la commune dans cette démarche, par le biais des écoles dont le souci d’une approche intergénérationnelle a été salué, et dont la politique a été largement pilotée par un jeune en service civique par la suite embauché en CDD par la mairie ;
  • Pour la catégorie Établissement d’enseignement, le lycée Jean Favard de Guéret, en Creuse, qui a conduit des actions concrètes, participatives, pédagogiques et incitatives visant à la réduction des consommations énergétiques ;
  • Pour la catégorie Entreprises, la ferme des « Douceurs de la Xaintrie » à Goulles, en Corrèze, pour l’ensemble de ses méthodes de travail et finalités associant production responsable, éducation à l’environnement, et souci de transversalité sectorielle de l’approche avec la sollicitation de jeunes en BTS à Neuvic ;
  • Pour la catégorie Associations, l’association Nature Limousin de Chamberet, encore en Corrèze, et sa Rando Limousine VTT, manifestation sportive éco-responsable ;
  • Le trophée Coup de Coeur a été attribué au lycée agricole Pisani de Naves, près de Tulle, dont une classe emmenée par une enseignante en lettres volontaire a présenté ses plaidoiries en faveur de l’environnement, inspirées de célèbres discours historiques…

trophees-dd2-300x199 dans CorrèzePoint d’orgue du projet lancé en 2011 par la commission Environnement-Transport du Conseil régional des jeunes, cette journée spéciale venait clore la Semaine du développement durable en Limousin, dont elle était l’événement phare. La journée a également permis de mettre en relation des acteurs des trois départements et de tous milieux socio-professionnels, et de médiatiser un peu plus des sujets capitaux en ces temps de doutes sur notre modèle économique, écologique et social.

La bonne humeur était de mise, avec l’aimable participation de la compagnie « Du grenier au jardin », qui a agrémenté de façon pertinente et amusante ce moment grâce à des sketches appropriés à la thématique du développement durable. L’occasion de susciter des interrogations sur ce sujet dont on parle beaucoup mais dont on ne saisit pas forcément toujours la diversité des implications et des échelles d’application.

Il est toujours bon de rappeler que le développement durable demande une action transversale, et doit permettre de promouvoir un développement économique tout en assurant le bien-être des populations et le respect des équilibres naturels. Les différents intervenants en présence étaient là pour rappeler combien une transition globale de la société portée par tous les habitants, quels que soient leur âge, leur origine, leur activité, vers la durabilité, était essentielle. On aura pu saluer les mots très justes des deux élus régionaux présents, Jean-Bernard Damiens et Sylvie Vaugelade, respectivement sur les enjeux du développement durable et la justesse des actions du Conseil régional des jeunes, mais aussi les mots de soutien de l’ADEME et de la DREAL.

Au nom de toute la commission organisatrice du projet, j’ai estimé que nous pouvions d’ores et déjà nous féliciter d’avoir pu organiser un tel concours. Ainsi, à notre échelle, nous aurons – je l’espère – contribué à sensibiliser encore davantage les mentalités aux très nombreuses modalités, articulations et transpositions locales du développement durable. Mais nous espérons également que nous aurons contribué à faire prendre conscience des potentiels de notre région dans l’instauration de nouvelles méthodes de production, de nouvelles façons de vivre-ensemble. Et à montrer en quoi le Limousin était riche de secteurs porteurs et prometteurs, de concepteurs, de personnalités optimistes et déterminées à faire du développement durable non seulement un moyen de protéger la planète et ses occupants, mais aussi une fin : instaurer un nouveau modèle évocateur de progrès. Nous espérons que nous aurons aussi pu convaincre de l’engagement des jeunes sur ces questions. Nous croyons que rien ne se fera sans une jeunesse sensible et engagée sur ces enjeux, une jeunesse qui se sent concernée par le devenir collectif, et qui saura faire comprendre que les modalités de la durabilité ne sont ni une punition, ni une utopie.

trophees-dd1-300x199 dans CreuseJ’ai tenu à souligner que cette réussite des Trophées doit enjoindre chacun de nous à plus de courage. Car au-delà de l’inventivité, de la responsabilité, du sens du collectif dont nous devons tous avoir conscience, c’est bien encore le courage qui doit motiver le développement durable. Une société qui oublie son passé, qui renie son héritage, est une société vouée à l’échec. Mais une société qui rechigne à réinventer ses codes, ses façons d’agir, par simple peur de l’avenir, par complaisance dans l’inertie, par attachement forcené à des réussites révolues ou des idéaux obsolètes, n’a pas compris les enjeux qui s’imposent à elle. Les trop nombreux échecs des politiques environnementales internationales et des grands sommets accouchant de souris sont trop frustrants. A toutes les échelles, sur tous les territoires, ruraux comme urbains, et entre tous ces territoires, nous avons plus que jamais besoin de l’audace, du courage de tous les acteurs du monde politique, associatif, économique, culturel, et de tous les citoyens, quelles que soit leur éducation, leur origine, leur condition. Nous avons besoin que chacun aille susciter l’intérêt de l’autre pour le développement durable. Je crois qu’en Limousin, nous « sommes dans le coup » !

Fort de cette expérience collective, de ce riche enseignement, de la réussite de l’initiative et du soutien indispensable de nombreux partenaires, conforté par le prix coup de cœur que le Ministère  de l’Écologie, du Développement durable et de l’Energie a décerné à son initiative, le Conseil régional des jeunes nous semble d’ores et déjà motivé pour reconduire, l’an prochain, les Trophées. Même si chacun est conscient que c’est le jour où ce type de manifestations deviendra obsolète que l’on pourra se féliciter d’avoir enfin renouvelé nos conceptions et nos méthodes vis-à-vis du monde qui nous entoure et nous « héberge »…

Nous en avons appelé à ce que chacun, à sa mesure, dans son quotidien, dans son lieu de travail, dans son lieu de vacances, en famille, avec ses amis, ses collègues, prenne toute la mesure de l’impératif du développement durable, et transmette ce message à son entourage. Tous ensemble, si l’on perçoit combien le développement durable est déclinable à toutes les échelles, dans tous les secteurs, et à chaque moment, sans alarmisme inutile mais sans concession, nous pouvons faire en sorte que le monde de demain ne sera pas si noir qu’on veut bien nous le laisser penser.

N.B. : Cet article est en grande partie une copie de l’article publié sur le blog du Conseil régional des jeunes, rédigé par moi-même et corrigé par Chantal Piquet, animatrice du Conseil régional des jeunes. Y sont également intégrées des bribes de mon discours de remerciements. A nouveau, tous mes remerciements spécialement adressés à mes collègues du Conseil régional des jeunes, soutiens et co-constructeurs du projet, en particulier O. Luypaert, F. Astier, J. Bocabeille, aux représentants des services de la Région (Ch. Milcent, A. Durand, C. Le Normand, N. Dubernard-Nègre et en particulier Ch. Piquet), de l’ADEME (B. Brac et P. Delbancut) et de la DREAL (V. Lagrange et M.-J. Le Castrec).

Photos : Les élèves du lycée Edgar Pisani de Naves / Le maire et des jeunes d’Ayen venus en délégation recevoir leur trophée, (c) Région Limousin




> À Brive, deux projets de développement durable urbain

30032013

> À Brive, deux projets de développement durable urbain dans Actualité locale binitiativelocale

La sous-préfecture de Corrèze voit deux projets de développement durable se finaliser. L’un ,piloté par la municipalité de Philippe Nauche, consiste en une opération de reconversion urbaine d’un ancien garage en centre d’art contemporain ; l’autre, fruit d’un partenariat séduisant entre divers acteurs, en la réalisation d’un jardin-potager vertical, premier du genre en France. Deux bons exemples qui associés dans une politique urbaine innovante où les piliers de la durabilité seraient pleinement associés dans la transversalité, pourraient donner des idées pour les villes de demain, quelle que soit leur taille.

garage-mac-300x115 dans Aménagement du territoire

Le Garage MAC (pour « Moteur d’Art Contemporain »), se partagera entre un espace d’exposition et d’autres espaces voués à la rencontre entre public et artistes, et sera constitué au cœur d’un ensemble partiellement labellisé « Patrimoine XXe Siècle », racheté il y a cinq ans par la Ville de Brive. L’initiative est d’autant plus intéressante qu’elle émane d’une volonté politique. Or, on a conscience plus que jamais de l’importance de l’appropriation par l’acteur public local des opérations de renouvellement urbain, au-delà des programmes « habituels » de logement. L’intervention d’une municipalité sur ces questions est un bon signal en faveur d’une reconquête de l’espace public au service des populations, par le biais de la dynamisation culturelle et de la valorisation patrimoniale. La gratuité du site et sa localisation entre le centre-ville et la gare devraient jouer pour lui. Les enfants ont été associés à travers l’enfouissement d’une capsule temporelle qui ne sera ouverte que dans cinquante ans. Le Limousin, déjà en pointe en ce qui concerne la création artistique contemporaine, avec les sites et manifestations du réseau Cinq/25, bien répartis sur le territoire régional, verra donc dès la fin de l’année 2013 la naissance d’une nouvelle structure, cette fois-ci urbaine.

potager-vertical-brive-300x206 dans CorrèzeDans le quartier de Tujac, à l’ouest de Brive, c’est un potager vertical qui a été mis en place cette semaine. Organisé sur une surface de huit mètres sur douze, cet espace vient compléter une offre déjà importante en matière de jardins durables : jardins pédagogiques, jardin d’insertion, jardins familiaux, déjà présents dans la ville. La pérennité du jardin, les semis, les récoltes, tout cela sera assuré par l’entretien des riverains, et ce travail poursuivi doit aussi servir les échanges intergénérationnels autant que les repas préparés à partir des légumes ainsi plantés.

A l’instar du projet du Garage MAC qui a vu un concessionnaire s’engager comme mécène du projet, le potager vertical a été permis par l’association d’acteurs différents mais rassemblés dans la même optique : l’office de Brive Habitat, le centre socio-culturel Jacques Cartier et la scène conventionnée des Treize Arches ont conjointement porté cette idée, œuvre du paysagiste Michel Boulcourt, artisan des jardins de Chaumont-sur-Loire, et des services municipaux. Une œuvre participative, également, puisque les riverains de la ZUP de Tujac étaient volontairement conviés à la mise en place pratique de l’ensemble. La participation citoyenne vise à faire prendre conscience aux habitants de leur « utilité » au service du collectif, et même avant tout à leur redonner leur statut de citoyen, trop souvent dévoyé par l’inadaptation des politiques urbaines concernant la démocratie locale. Une prise de conscience qui peut aboutir autant sur un engagement fort des populations au service de la cité et de leur mise à contribution dans l’élaboration de politiques adaptées à leurs attentes et aux territoires.

Photo : Brivemag.fr / Les Treize Arches







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