> Donnons d’autres vies à nos bâtiments !

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grand3236Jusqu’au 28 septembre prochain, se tient à Paris dans les fabuleux espaces de la Cité de l’architecture et du patrimoine, la très belle exposition « Un bâtiment, combien de vies ? », consacrée aux multiples emplois de nos constructions. Quoique relativement restreinte – comptez une petite heure pour en profiter au mieux –, cette exposition très visuelle, enrichie de nombreuses maquettes, a le mérite de dresser un panorama assez riche des opérations réussies de réaffectation fonctionnelle d’infrastructures prétendument arrivées en bout de course.

Alors que jamais les contraintes environnementales et financières n’ont été si importantes, et alors que nous sommes confrontés dans le même temps à un paradoxe technique éthiquement stimulant – on sait tout faire ou presque, mais est-ce une raison pour tout faire réellement ? –, la question de la réutilisation du bâti préexistant bouleverse nos schémas d’action : faut-il sanctuariser notre patrimoine ? Si oui lequel, selon quels principes ? Comment faire du neuf avec du vieux sans donner l’impression de faire « a minima » ? …

IMG_2083 Les résultats, souvent épatants, parlent d’eux-mêmes. Parmi les études de cas, d’anciennes usines devenues logements, des lieux de culte dénués de leur vocation initiale avec brio, d’anciens moulins réinvestis par des bureaux – à Pantin. On retiendra notamment l’ancienne cimenterie que le célèbre Ricardo Bofill a fait sienne de façon époustouflante à Barcelone (cf. photo ci-dessus), l’ancien aéroport de Berlin-Tempelhof que les habitants, consultés, ont préféré transformer en vaste parc périurbain, ou encore l’audacieuse modernisation du nouvel opéra de Lyon, signée Jean Nouvel. Autant d’exemples séduisants pour autant de solutions aux grandes problématiques urbaines que sont la gestion et la reconversion des friches industrielles, la crise du logement ou la densification du bâti.

S’ouvre ainsi un champ des possibles particulièrement vaste, qui doit motiver la créativité des décideurs et de leurs maîtres d’oeuvre – et ce sans pour autant recourir aux plus grandes signatures. Plus loin encore, on remarquera également que certains des travaux présentés dans l’exposition concernent davantage des « liftings » architecturaux que de véritables reconversions : indépendamment de tout jugement de valeur, le cas de la gare de Strasbourg, dont l’austère mais majestueux bâtiment néo-classique a été recouvert d’une bulle de verre, prouve que le patrimoine peut faire pourquoi pas l’objet de réinterprétations contemporaines. Ce qui donne des clés dans la quête de réactivation de l’adhésion sociale aux patrimoines (n’est ce pas le but de toute action d’urbanisme ?). Ainsi, à travers certaines notions plutôt iconoclastes, comme celle du « patrimoine en mouvement », les propos rapportés par certains grands architectes et penseurs de la ville contemporaine donnent de sacrés coups de pied à la frilosité des acteurs institutionnels, qui s’auto-conditionnent bien souvent par force discours sur l’idéal de modernité. Et passent hélas trop souvent à côté de réelles opportunités pour leurs territoires et les populations qui y vivent.

Et si Limoges s’inspirait de ces axes de réflexion ? Dans notre ville, quelques exemples de réhabilitations et de reconversions fonctionnelles, plus ou moins audacieuses et plus ou moins réussies. Du côté des réalisations plutôt louables, citons par exemple l’ancienne usine Royal Limoges, en bord de Vienne, désormais occupée par un McDonald’s (certes…), l’ajout moderniste de la fac de droit rue Turgot, l’ancienne bibliothèque municipale récupérée par le restaurant La Bibliothèque, ou encore une partie des locaux de l’ancien hôpital où s’est installée une aile de la nouvelle BFM – en dépit des scandaleuses destructions dont certains anciens éléments du bâtiment originel ont fait l’objet. Plus discutables sans doute sont la réfection de la caserne de la Visitation, réappropriée par le Conseil départemental qui a assez grossièrement barré la façade classique d’un rez-de-jardin peu élégant, ou le devenir bancaire de l’ancien cinéma Colisée, place Jourdan et de l’ancien bâtiment militaire de la zone Romanet.

Le modernisme ne doit bien évidemment pas donner droit à tous les autodafés ; c’est hélas un réflexe assez commun à Limoges (usine Heyraud supprimée au profit d’un centre Saint-Martial manquant d’âme, immeuble Faure condamné par la cité judiciaire, maison Lacaux menacée, fours à porcelaine négligés…), et cet état de fait doit changer ! On sera donc très attentifs au devenir de l’ancienne clinique du Colombier, promise aux étudiants, de l’ancienne école d’institutrices de la rue François Perrin, et à l’avancée des travaux dans l’ex-Eurodif, futur Fonds régional d’art contemporain s’annonçant prometteur.

Mais pas plus que les négligences ou fautes de goût déjà citées, l’aspect controversé de certains travaux ne doit brider l’audace et l’inventivité. Parallèlement, l’idéal de la patrimonialisation ne doit pas faire le jeu de l’inertie. Attention à ne pas jouer les conservateurs obtus : un patrimoine vit aussi par sa réinvention ! En somme, il s’agit dans la valorisation de trouver un juste milieu entre optimisation et hommage, et de ne pas sombrer dans le nombrilisme et l’ethno-centrisme du XXIe siècle.

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Quelques exemples de sites dont une reconversion paraît à étudier :

  • la friche industrielle Wattelez (cf. ci-contre), sur les bords de la Vienne, à l’entrée du Palais-sur-Vienne, et dont l’impact environnemental est hélas notoire ;
  • la caserne Mareeau, dont la formidable emprise à deux pas du centre-ville doit motiver de vrais projets cohérents et socialement ancrés ;
  • les locaux abrités par la rampe des Bénédictins, entre la cité des Coutures et les voies ferrées : des espaces au potentiel très important (sachant notamment que l’un des locaux communique directement avec le passage souterrain de la gare via la fameuse rue fantôme utilisée par la Wehrmacht) ;
  • l’ancien Présidial, bâtiment de qualité hélas abandonné à son sort et aux stigmates du temps ;
  • l’ancien Hôtel de commandement militaire, place Jourdan, dont on sait désormais qu’il n’accueillera sans doute jamais d’antenne du musée d’Orsay…

Des pistes, il y en a ! De l’audace, il en faut !




> Des citoyens candidats aux élections départementales !

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Vous ne voterez pas dimanche.

Ou alors, vous ne savez pas pour qui voter.

Ou encore, vous vous dites que vous allez certainement voter « utile », sans illusions…

Ou même, vous n’êtes pas inscrits sur les listes et ça vous est bien égal.

Vous êtes désabusés, quoi qu’il en soit. Déçu, blessé.

Un instant. Juste quelques minutes. Pas longtemps.

Et si… des citoyens lambda, enseignants, commerçants, demandeurs d’emploi, étudiants…, hors du système politique fatigué, bref des citoyens comme vous, faisaient le choix de casser les codes et, se disant que les choses ne peuvent pas rester figées et à ce point démoralisantes, se présentaient à vos suffrages ? Des candidats tout neufs. Oh, ils ne sont pas providentiels ces candidats. Ils ne révolutionneront rien, que ce soit clair. Et ce n’est pas parce qu’ils se disent « indépendants » qu’ils n’ont pas de convictions marquées. Non non. Simplement, ils se sont dits qu’ensemble, ils pouvaient à leur toute petite échelle incarner la preuve que tout à chacun a légitimité à ouvrir les débats. À montrer que chaque citoyen a légitimité à interpeler ses élus, à proposer des idées, à dire que ça ne va pas bien, et que lui, par son expérience de vie, peut contribuer à améliorer les choses.

Des citoyens candidats aux élections départementales. Au nom de quoi ? De ce statut de citoyen, si dévoyé, instrumentalisé, et pour autant fondement de notre démocratie. Le pouvoir n’est-il pas censé être celui du peuple ? Mais les élections départementales, pourquoi ? Le département, échelle de proximité par excellence, bien que son avenir soit flou, est l’acteur de la politique sociale, des collèges, du développement culturel, associatif et économique… c’est dire s’il est au cœur de notre quotidien ! Alors mobilisons-nous !

Quelle folle aventure que celle dans laquelle nous nous sommes lancés ! Folle, intense, mais réfléchie ! Si nous nous engageons tous à titre personnel – une association ne saurait financer une campagne – c’est bien dans la foulée des dossiers thématiques présentés par 55 citoyens pour Limoges sur le patrimoine et les mobilités. D’autres suivront. Des dossiers qui sont le fruit de notre passion pour notre ville, de notre envie d’apporter notre petite contribution au débat public, oh oui, le public, le bien commun, ces idées auxquelles nous souhaitons croire, encore.

Nous ne voulons pas additionner nos voix à celles qui crient que les politiques sont tous les mêmes, et qu’il ne sert plus à rien de voter. C’est donc là le sens de notre engagement, que d’aucuns jugeront insensé et démagogique. Reposons-nous la question bon sang : qu’est-ce qui doit motiver l’engagement pour la collectivité ? Le compte en banque ? Non. Le fait d’être bien né ? Non plus. Le fait d’être en odeur de sainteté avec une fédération parisienne qui se substitue bien trop souvent à l’intérêt général des citoyens sur le terrain ? Sûrement pas ! Pas plus que l’âge, l’origine, l’héritage… Halte à la professionnalisation de la politique ! L’expérience, ça se construit si l’on ose donner leurs chances à d’autres personnes, d’autres visions, d’autres parcours de vie.

Cet article est également une occasion de répondre à certaines attaques et accusations infondées. Non, nous ne sommes pas le sous-marin du Front national. Nos membres sont des sympathisants de toutes tendances républicaines, marqués par des engagements associatifs, humanitaires, syndicaux, qui tous sont placés sous le signe de la lutte contre les inégalités, les injustices et les préjugés. Non, notre engagement, aussi dérisoire puisse-t-il paraître aux yeux de certains adeptes du cumul, n’est pas bêtement motivé par la rancœur contre un parti qui n’aurait pas su satisfaire nos ambitions de pouvoir.

Je vous propose ci-joint de prendre connaissance de notre circulaire de campagne.

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Ainsi qu’un exemplaire de notre tract, que nous distribuons actuellement en ville. Vous y retrouvez les grands axes de notre programme :

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Notre programme également ici :

- ne pas cumuler plusieurs mandats politiques.
- consulter la population, comme cela a déjà été fait dans d’autres territoires, en cas de grand projet engageant des dépenses importantes pour le département (LGV, centre aquatique de Saint-Pardoux, grands équipements routiers…).
- revenir sur la décision autoritaire qui écarte les jeunes majeurs des dispositifs d’aides.
- soutenir toutes les initiatives citoyennes qui favorisent le bien vivre ensemble sur un territoire commun (budget participatif, participation aux commissions, soutien aux entreprises solidaires et aux associations locales, création de micro-crèches).
- organisation d’Ateliers participatifs sur les services publics (rencontres dans les cantons entre élus et citoyens pour définir les besoins)
- ou encore : refonte du festival « La culture au grand jour » (élargissement des thématiques), création d’un Conseil départemental des jeunes…

Nos candidats :

Canton de Limoges-4 La Bastide-Beaune-Beaubreuil :
Titulaires : Stéphane BOBIN (technicien audiovisuel) et Geneviève LEBLANC (enseignante)
Remplaçants : Lucas DESTREM (étudiant) et Elisabeth SOUTENET (demandeur d’emploi)

Canton de Limoges-6 Centre-ville :
Titulaires : Muriel JASNIAK-LASKAR (commerçante) et Philippe PASQUET (employé La Poste)
Remplaçants : Adrien LAUMONNIER-NADAL (étudiant) et Françoise LEFLAIVE (retraitée, militante associative)

Dans quel canton votez-vous ?  Cliquez sur « Calques » en haut de la page, puis sur « Cantons » dans le bandeau à gauche.

Bien entendu, rien ne remplace le contact et l’échange en direct, en chair et en os. Si nos moyens humains et financiers ne nous ont pas permis d’organiser des meetings et de louer des salles – si ça encore c’est pas une preuve que le système démocratique est ficelé avant tout pour les grosses écuries…, nous vous donnons quand même rendez-vous toute la semaine au détour des marchés et des rues des deux cantons ! Ce sera l’occasion d’échanger sur nos priorités et vos attentes pour le département.

Alors, vous pourriez voter pour nous, non ? Allez, en toute humilité… un peu d’audace ! ;-)

Ah, et aussi, je vous donne rendez-vous après la campagne pour venir nous retrouver lors de nos réunions hebdomadaires ! 55 citoyens pour Limoges est avant tout une association ouverte à toutes les bonnes volontés, tous ceux qui veulent contribuer, sans forcément vouloir se présenter à une élection, à leur échelle, à construire des projets de proximité et de développement pour Limoges et sa région ! Les seules conditions ? Aimer cette ville envers et contre tout, et aimer les gens qui la font, bon sang !




> Les premiers noms de rue de la mandature Lombertie

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Capture d’écran 2014-11-28 à 13.51.45Nommer les lieux n’est pas un acte anodin. Certes, cela répond à des impératifs pratiques (l’adressage, le foncier), mais c’est en réalité un acte territorial et politique fondateur (voir ici et ). Parce que les noms matérialisent et institutionnalisent les lieux, d’abord, en validant ou se substituant à l’informel. Ensuite, parce qu’ils reflètent des intentions et des valeurs politiques, voire idéologiques : à Limoges, la foule de résistants, élus socialistes ou céramistes et porcelainiers présents dans les toponymes sont l’expression d’une tradition municipale sur le temps long et de la volonté de vénérer une certaine Histoire par la constitution d’un véritable Panthéon local. Même dans le cas de dénominations a priori inoffensives, quand ils relèvent du repérage pur et dur (une église, un équipement, un cours d’eau), ou qu’ils mettent à l’honneur le bucolique, les noms ne sont jamais neutres, soit parce qu’ils valorisent un projet porté par des élus, soit parce que la mise en lumière d’un objet géographique peut parfois être motivée par des intentions patrimoniales, donc forcément politiques.

Au-delà, les noms sont aussi un médiateur de pratiques sociales, car ils déterminent, sinon orientent des représentations du territoire et des pratiques dans l’espace. D’une part parce que le nom en tant que tel peut être artisan de la création d’un lieu. N’ai-je pas déjà entendu le terminus de la ligne 8 du bus de Limoges appelé phonétiquement « Maljoffre » alors qu’il s’agit bien d’une référence au Maréchal Joffre ? Un nom obscur peut également être mis en lumière à partir du moment où il devient un boulevard ou un carrefour (qui peut réciter la biographie de Nicolas d’Aine, de Denis Dussoubs, expliquer ce que sont les Casseaux, d’où vient le Champ de Juillet ?). D’autre part, le nom est social, et donc culturel, parce que porteur de références, d’idées et idéologies qui peuvent orienter les représentations. Nombreuses sont les villes qui dans la réalisation des lignes de transports collectifs, ont préféré attribuer aux stations des noms poétiques plutôt que de leur donner le nom des quartiers chauds qu’elles rechignaient à honorer afin de contrôler certains déplacements. Les noms inscrivent dans l’aluminium des abribus et la céramique des plaques de rue une certaine vision de la ville.

Ces décisions sont donc éminemment politiques ; voilà pourquoi il est intéressant, éclairant de les étudier et de revendiquer un droit de regard, voire de jugement. Dans cet article du Populaire, l’an dernier, on découvrait comment les odonymes (les noms de rues, donc), étaient décidés à Limoges. Comme dans les autres communes, le maire conserve cet apanage, acte presque régalien qu’il entend faire valider par un conseil municipal en général bien avisé de le suivre. Ainsi, les choix de toponymes effectués sous la mandature d’Alain Rodet, reflètent à la fois une tradition bien limougeaude – les noms de porcelainiers, de résistants – mais aussi les goûts de l’ancien maire pour le jazz, de notoriété publique.

La nouvelle majorité municipale a déjà mis en œuvre son entreprise de territorialisation politique par la dénomination de nouvelles voies. La lecture attentive des derniers compte-rendus des conseils municipaux est en cela révélatrice. On apprend ainsi que le nouveau conseil a d’ores et déjà proposé des noms aux nouvelles voies issues de l’urbanisation continue de la périphérie limougeaude : « la Grande-Pièce » vient bien logiquement donner un nom à la Voie de liaison nord. Deux émailleurs – Alain Grafeuil et Roger Duban – se voient honorés par deux nouvelles voies dans le secteur de la Bastide. C’est déjà en soi un acte politique, par l’hommage rendu à une profession emblématique de la ville qui fera de nouveau l’objet d’une Biennale re-créée par Philippe Pauliat-Defaye. Le nom de la résistante Germaine Tillion, récemment décédée, est également attribué à une allée toute neuve à Grossereix. Peut-être moins consensuel, le professeur Bernard Descottes, figure émérite du CHU disparue il y a peu, très proche de l’UMP et de l’association Haute-Vienne Alternance dont Emile-Roger Lombertie est un porteur, est également honoré par une voie traversant l’enceinte de l’hôpital.

Capture d’écran 2014-11-28 à 13.54.06Fait original : certains lieux déjà nommés changent de nom, dans un élan de féminisation que d’aucuns pourront apprécier. C’est le cas de l’école du Grand-Treuil, qui porte dorénavant le nom de l’institutrice Odette Couty, martyre d’Oradour. C’est aussi le cas de la rampe Haute-Vienne, qui prend le nom de Jeanne Villepreux-Power, naturaliste du XIXe siècle installée en Limousin, au nom du doublon avec la rue et la place du même nom, et sans doute de l’envie de valoriser une personnalité pionnière et évocatrice de la grandeur du Limousin au-delà de ses encore-frontières. Citons encore la place des Justes parmi les nations, juste devant le musée de la Résistance. Il est intéressant de noter que le nom de la nageuse Claude Mandonnaud, active dans les années 1970 et sélectionnée aux Jeux olympiques, consacre à la fois une rue de Limoges, remportée par la droite, et une salle du futur centre aquatique, porté par la majorité de gauche à l’agglomération, preuve que certaines personnalités, quand elles incarnent une grandeur (passée) de notre territoire, peuvent susciter l’admiration collective. C’est également là que l’on comprend que les débats autour des noms peuvent parfois cristalliser les conflits de mémoire et les appropriations symboliques de personnalités aux qualités posthumes tantôt fédératrices, tantôt partisanes (les villes communistes où celles gagnées par des maires FN dans les années 1990 en sont des exemples). Peut-être peut-on aussi y voir un exemple opératoire du nom comme outil de récupération d’un édifice public d’ampleur, qui pour l’opposition comme la majorité, incarne un potentiel de développement, de validation stratégique (et de reconquête).

Enfin, les stratégies employées pour décider des noms – associer le public ? ou préférer une décision sur un coin de table ? – sont également bien souvent révélatrices d’une certaine idée de la démocratie participative. S’il n’est pas forcément toujours nécessaire de discuter le nom des personnalités ainsi mises en valeur dans l’espace public, je pense qu’il faut considérer l’acte de nommer un lieu comme une responsabilité collective, par la force que le toponyme exerce sur les représentations collectives et le sentiment d’appartenance, notamment. Pourquoi ne pas faire de l’acte de nommer les lieux un laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques de participation populaire, qui ne soit plus réduite à sa fonction uniquement légitimante de l’action politique institutionnelle ? Pourquoi ne pas intégrer ces discussions à l’agenda des futurs conseils de quartier ?

Lors du dernier conseil municipal, a été évoquée la perspective de nouvelles re-nominations, à suivre de près. La preuve que l’équipe Lombertie a pleinement revêtu les habits – à ce sujet du moins – de l’acteur territorial.

-> Voir aussi : l’historique des dénominations de voies depuis 2006.

Photo : (c) L.D., 2012. / Capture d’écran retransmission CM 19/11, mairie de Limoges.




> La gare de Limoges chez Stéphane Bern : les enjeux du patrimoine à la télé

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Capture d’écran 2014-07-05 à 10.05.14Il y a quelques jours, il m’a été donné la chance de participer à un tournage télévisuel, à la gare de Limoges-Bénédictins, pour le compte de l’émission « Le monument préféré des Français », qui sera présentée à la rentrée par Stéphane Bern sur France 2.

Sollicité par l’intermédiaire de mon blog, j’ai apparemment intéressé l’équipe de tournage pour le rôle de « fil rouge » que j’allais devoir endosser pour cette expérience. Autrement dit, celui du visiteur privilégié, à qui l’on octroierait le droit très privé de découvrir ces lieux méconnus de la gare, ceux qui ne sont jamais ouverts au public. Grâce à Christine Payen (SNCF), l’historien Pascal Plas, le responsable du « Buffet de Limoges » Alain Guillout, ou encore Eric Boutaud de l’office de tourisme, j’ai pu découvrir la gare sous un autre angle, et j’ai ainsi pu monter dans le campanile au-dessus des horloges, découvrir les travaux de restauration du dôme après sa destruction par le feu en 1998, ou encore arpenter le fameux souterrain autrefois réservé à la Wehrmacht. Des privilèges dont la valeur était pour moi encore plus élevée compte-tenu de mon vif attachement à ce monument et à sa protection.

Le principe de l’émission se calque sur celui du Village préféré des Français, dont la 3e édition a été diffusée tout dernièrement sur France 2. Dans chaque région métropolitaine, 6 monuments sont pré-sélectionnés, et seront présentés dans des émissions quotidiennes en fin d’après-midi. Les internautes peuvent voter pour celui qu’ils préfèrent (un par région) ; celui qui dans chacune des 22 régions aura recueilli le plus de votes obtiendra le droit de « participer » à la dernière émission en prime-time, qui décomptera les monuments ainsi plébiscités et pourra proclamer lequel d’entre-eux est le « préféré des Français ».

DSC_0453Si les votes sont hélas déjà clos – soyez certains que je vous aurais sinon vivement engagé à aller faire votre choix -, je n’en espère pas moins que les Limougeauds et visiteurs auront su reconnaître en la gare de Limoges le plus bel ambassadeur de notre région. Car au-delà de ce goût actuel pour les classements que d’aucuns ont peine à comprendre, je pense que le véritable enjeu de ces programmes – et c’est tout à leur honneur – est bien de replacer au cœur de nos débats l’enjeu de la protection et de la valorisation du patrimoine, une responsabilité collective. La culture n’est pas un enjeu « secondaire » que la crise et les exigences financières devraient reléguer au rang de distraction, ou même de privilège des classes aisées. La culture n’est pas une « thématique », elle n’est pas un dossier isolé et obscur que seuls les spécialistes ou les artistes pourraient défendre. Non, la culture, et avec elle, la défense du patrimoine et la valorisation touristique de ces atouts peuvent entraîner derrière elles l’ensemble de la société dans un élan productif, tant sur le plan économique, que social. Elle est un pilier transversal du vivre-ensemble et du développement durable des territoires, qui participe de l’exercice des relations sociales, de l’apaisement des tensions et de la relance de notre économie. Puissent ces programmes participer de l’affirmation de ces principes ! Car non, les voir comme un dispositif sensationnaliste et de fait réducteur est une facilité : par leur popularité, leur esthétisme, ces programmes participent de la construction d’un paysage mental duquel naissent les sentiments d’appartenance et les attachements ; cette géographie des « belles images » a des atouts dans la conscientisation collective des richesses variées de nos territoires et des enjeux de sa défense.

DSC_0387Parions ainsi que cette émission favorisera d’autant plus la réappropriation par chacun de ce patrimoine monumental, et que par extension elle accélèrera la réouverture au public d’un campanile sécurisé, qui offre sans doute la plus belle vue qui soit sur Limoges. Parions aussi que cette prise de conscience servira d’embrayeur à la protection du « petit patrimoine » qui jalonne nos rues et nos quartiers, et qui autant que les grands bâtiments, est l’expression d’une histoire et d’une culture partagées.

De mon côté, cette participation n’a fait que renforcer mon affection pour Limoges et mon envie d’en défendre et valoriser la diversité patrimoniale. Rendez-vous à la rentrée pour la diffusion !

Découvrez l’ALBUM PHOTO DU TOURNAGE :

Tournage France 2 Gare des Bénédictins
Album : Tournage France 2 Gare des Bénédictins

45 images
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Un grand merci à l’équipe de tournage, et à tous les participants qui m’ont permis de passer deux journées exaltantes.




> Ces trésors que Limoges ignore encore un peu trop…

27062013

> Ces trésors que Limoges ignore encore un peu trop... dans Actualité locale expressVous avez peut-être pu vous procurer le numéro de L’Express consacré aux « trésors cachés de Limoges », il y a deux semaines. Vous y avez peut-être découvert des lieux et édifices inconnus jusqu’alors. Et vous en avez peut-être déduit, à la lumière et à l’instar de ces révélations, que Limoges devait fourmiller de ces trésors méconnus mais pourtant prometteurs. Deux défis sont sous-entendus par ce supplément documentaire. Le premier, l’équilibre entre considération et valorisation du patrimoine et aménagement et développement urbain. Le second, c’est de bien comprendre qu’au-delà de ces richesses du patrimoine bâti et matériel, Limoges semble regorger de potentiels tout autant cachés mais réels, qu’elle se doit de valoriser, pour elle, ses habitants et sa relation avec l’extérieur.

Il y a quinze jours, donc, le magazine L’Express faisait paraître, dans son supplément local limougeaud, un encart spécialement consacré à la capitale régionale et ses « trésors cachés ». Une initiative intéressante, permettant de faire la lumière sur certains angles méconnus du patrimoine local, et donc, pourquoi pas, d’inciter à un regard plus insistant et plus original sur des éléments qui font l’originalité de la ville. Cette originalité s’incarne d’une part par la très grande diversité, voire disparité des richesses patrimoniales, tant en époques qu’en aspect. Beaucoup de voyageurs et observateurs le remarquent, et ce n’est pas forcément un mal que de voir se côtoyer architecture contemporaine et bâti séculaire quand la cohabitation est harmonieusement négociée. D’autre part, Limoges se distinguerait – et ce n’est pas toujours heureux – par le caractère méconnu et insoupçonné de ce patrimoine. Car si des efforts ont été récemment fournis dans la mise en valeur de certains éléments jusqu’alors minimisés ou mal connus, beaucoup reste à faire (on pense au patrimoine archéologique antique ou au patrimoine industriel).

Le patrimoine, un outil au service de la cohésion sociale

De ces idées jaillit le défi majeur de la gestion du patrimoine : savoir le définir, l’apprécier à sa juste valeur et déterminer les objectifs et intérêts finaux de son appropriation, trouver le bon équilibre entre valorisation et aménagements, avec ce que cela peut supposer en terme de développement touristique et économique, mais aussi en ce qui concerne de réelles promesses sur le bien-être social, la cohésion des populations au-delà de leurs différences. Parvenir à déceler l’intérêt d’une valorisation sur un site sans tomber dans les travers de la muséification, savoir négocier l’inclusion d’éléments patrimoniaux dans un quartier pour en faire un symbole sinon un repère spatial vecteur d’harmonie paysagère et évocateur d’appropriation populaire, ce sont des enjeux majeurs pour faire des quartiers et des villes des espaces où il fait bon vivre et exercer une activité, de façon collective.

fourmontjovis-300x192 dans Aménagement du territoireLe magazine a cru bon parler de certains monuments visitables mais connus (le souterrain de la Règle, la rue de la Boucherie) ou bien moins (le cimetière de Louyat, les thermes de la villa gallo-romaine de Brachaud), et parfois – ce qui est encore plus intéressant – bien moins accessibles, dont le sort est de ce fait délaissé voire ignoré. C’est le cas du campanile de la gare, fermé pour raisons de sécurité depuis 2007, de la crypte Saint-Martial, ouverte et fouillée mais peu avenante, ou des fours à porcelaine subsistants, qui exception faite de celui des Casseaux, dépérissent petit à petit alors qu’ils sont le symbole physique du passé industriel de Limoges. Cette visibilité momentanée doit pouvoir sensibiliser ne serait-ce qu’un peu le lecteur au devenir de pans entiers de notre histoire, de nos références partagées. Autant de supports de cohésion sociale et de dynamisme économique et culturel. Et de fierté, aussi, cela compte…

Un discours politique volontaire et positif et une mobilisation collective au service de l’émergence de fiertés et de secteurs porteurs et salutaires

Mais beaucoup de potentiels restent ignorés ou sous-exploités. Le patrimoine linguistique et artistique autour de la culture occitane écrite et orale en est un que je trouve parlant ! Mais on peut aussi penser aux sujets qui sont davantage des « patrimoines en devenir », des marques de fabrique à créer et à dynamiser, des niches d’excellence en puissance (excellence environnementale, transports en commun, lecture publique, etc.). Des opportunités ont su être saisies dans les domaines de l’eau, du luxe, du droit de l’environnement ou de la francophonie. Gardons-le en tête et soutenons les efforts dans le temps et dans les discours ! Evidemment, il convient d’agir en mobilisant les bons outils et les bons arguments, en écartant récupérations politiques, réécritures historiques et artificialisation des traditions. Limoges (et je parle ici de la ville et de ses populations, bien au-delà des seuls édiles), n’a pas encore bien pris la mesure de toutes ses richesses, et même si en plusieurs points elle est sur la bonne voie, les discours ambiants et les inerties parfois observés sont la preuve que les efforts ne sont jamais assez poursuivis et, surtout, jamais assez partagés ! Et ce partage par tous, il passe à la fois par la mise en place d’outils de démocratie de proximité et par la prise de conscience des riverains.

Photo aérienne : (c) Google : le four de l’avenue Montjovis.




> À Brive, deux projets de développement durable urbain

30032013

> À Brive, deux projets de développement durable urbain dans Actualité locale binitiativelocale

La sous-préfecture de Corrèze voit deux projets de développement durable se finaliser. L’un ,piloté par la municipalité de Philippe Nauche, consiste en une opération de reconversion urbaine d’un ancien garage en centre d’art contemporain ; l’autre, fruit d’un partenariat séduisant entre divers acteurs, en la réalisation d’un jardin-potager vertical, premier du genre en France. Deux bons exemples qui associés dans une politique urbaine innovante où les piliers de la durabilité seraient pleinement associés dans la transversalité, pourraient donner des idées pour les villes de demain, quelle que soit leur taille.

garage-mac-300x115 dans Aménagement du territoire

Le Garage MAC (pour « Moteur d’Art Contemporain »), se partagera entre un espace d’exposition et d’autres espaces voués à la rencontre entre public et artistes, et sera constitué au cœur d’un ensemble partiellement labellisé « Patrimoine XXe Siècle », racheté il y a cinq ans par la Ville de Brive. L’initiative est d’autant plus intéressante qu’elle émane d’une volonté politique. Or, on a conscience plus que jamais de l’importance de l’appropriation par l’acteur public local des opérations de renouvellement urbain, au-delà des programmes « habituels » de logement. L’intervention d’une municipalité sur ces questions est un bon signal en faveur d’une reconquête de l’espace public au service des populations, par le biais de la dynamisation culturelle et de la valorisation patrimoniale. La gratuité du site et sa localisation entre le centre-ville et la gare devraient jouer pour lui. Les enfants ont été associés à travers l’enfouissement d’une capsule temporelle qui ne sera ouverte que dans cinquante ans. Le Limousin, déjà en pointe en ce qui concerne la création artistique contemporaine, avec les sites et manifestations du réseau Cinq/25, bien répartis sur le territoire régional, verra donc dès la fin de l’année 2013 la naissance d’une nouvelle structure, cette fois-ci urbaine.

potager-vertical-brive-300x206 dans CorrèzeDans le quartier de Tujac, à l’ouest de Brive, c’est un potager vertical qui a été mis en place cette semaine. Organisé sur une surface de huit mètres sur douze, cet espace vient compléter une offre déjà importante en matière de jardins durables : jardins pédagogiques, jardin d’insertion, jardins familiaux, déjà présents dans la ville. La pérennité du jardin, les semis, les récoltes, tout cela sera assuré par l’entretien des riverains, et ce travail poursuivi doit aussi servir les échanges intergénérationnels autant que les repas préparés à partir des légumes ainsi plantés.

A l’instar du projet du Garage MAC qui a vu un concessionnaire s’engager comme mécène du projet, le potager vertical a été permis par l’association d’acteurs différents mais rassemblés dans la même optique : l’office de Brive Habitat, le centre socio-culturel Jacques Cartier et la scène conventionnée des Treize Arches ont conjointement porté cette idée, œuvre du paysagiste Michel Boulcourt, artisan des jardins de Chaumont-sur-Loire, et des services municipaux. Une œuvre participative, également, puisque les riverains de la ZUP de Tujac étaient volontairement conviés à la mise en place pratique de l’ensemble. La participation citoyenne vise à faire prendre conscience aux habitants de leur « utilité » au service du collectif, et même avant tout à leur redonner leur statut de citoyen, trop souvent dévoyé par l’inadaptation des politiques urbaines concernant la démocratie locale. Une prise de conscience qui peut aboutir autant sur un engagement fort des populations au service de la cité et de leur mise à contribution dans l’élaboration de politiques adaptées à leurs attentes et aux territoires.

Photo : Brivemag.fr / Les Treize Arches







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