> Revue littéraire : Oradour après Oradour, de D. Danthieux et Ph. Grandcoing

23122015

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C’est d’un ouvrage historique et local dont je souhaitais vous parler pour cette troisième « revue littéraire ». Paru en tout début d’année 2015 dans la jolie collection « Approches » des éditions Culture & patrimoine en Limousin, l’Oradour après Oradour de Dominique Danthieux et Philippe Grandcoing s’attèle à un monument de notre paysage mémoriel et patrimonial régional. Les auteurs en conviennent d’emblée et sans peine, tant on a déjà écrit sur Oradour : il serait sans doute vain, au pire cela relèverait-il de l’indécence, que de proposer un énième ouvrage racontant le déroulement du massacre. C’est donc avec beaucoup d’attention qu’il convient de s’intéresser à ce nouveau travail qui entend traiter de l’« après », les décennies de la mémoire qui ont suivi 1944 jusqu’à aujourd’hui.

La présentation s’articule autour de trois verbes qui matérialisent chacun un aspect de la gestion technico-politique de cet « après » et de l’intellectualisation post-traumatique : « conserver », « reconstruire », « commémorer ».

Trois principaux éléments de valeur ajoutée me semblent transparaître à la lecture du livre :

  1. Une histoire inédite de l’après-10 juin, ou comment rendre justice à l’Oradour des survivants.

Atout principal de cet ouvrage, on apprend beaucoup de choses sur ces décennies de l’après, jusqu’ici assez largement occultées par l’historiographie et qui sont pourtant autant que le jour du massacre des éléments constitutifs de l’événement, en ce sens qu’ils donnent à voir sa réception, et permettent d’en comprendre l’assimilation collective, qu’elle soit politique ou sociale. Redonner une visibilité à cette période, c’est aussi rendre justice à ceux qui l’ont subie, comme ceux qui ont permis sa construction : habitants et techniciens.

On apprend notamment que le programme de conservation des ruines, décidé dans la précipitation et l’émotion que le contexte très particulier de la Reconstruction exigeait, a été confié à un fils d’érudit local et qu’il a fait l’objet d’une véritable mise en scène des décombres, à la hauteur du drame, devant ancrer durablement la douleur et le recueillement dans le paysage local (ainsi, la fameuse voiture du Dr Desourteaux n’est pas la sienne, mais une voiture tirée des décombres…).

C’est une course contre-la-montre qui a été lancée dans les premiers mois après le massacre, pour prévenir l’effondrement de pans de murs qui n’étaient évidemment pas conçus pour résister aux aléas du temps dans l’état de délabrement qu’était le leur après l’incendie. Certains murs menaçant de s’effondrer ont dès le début été remontés en pierres saines. Le village-martyr fera l’objet de véritables mesures d’exception. Ainsi, le classement du bourg au titre des Sites (loi de 1930) sera vite remplacé par un classement de l’ensemble du bourg aux Monuments historiques, gage de meilleurs moyens pour assurer la préservation des vestiges, et c’est bien par un acte législatif des députés et non un acte administratif comme c’est de rigueur que le classement sera promulgué.

L’ouvrage évoque explicitement la difficulté de vivre à Oradour après, pour ceux qui n’ont pas connu le drame et qui de fait n’appartiennent pas à cette communauté de deuil. « Oradour se mue en un lieu hors du temps, sans autre référent mémoriel que le 10 juin 1944 » (p. 66) ; les rues ne portent initialement pas de nom, exception faite de l’avenue centrale « du 10 juin 1944 », et il faut attendre les années 1990 pour que véritablement la vie reprenne de façon plus légère, ordinaire en somme. Mais en rappelant d’emblée que les maisons du nouveau bourg ont servi d’entraînement à des jeunes architectes qui ensuite ont rebâti Royan, les auteurs, en plus de redonner une visibilité à ce temps particulier de l’événement et d’inscrire Oradour dans le paysage national de la Reconstruction, contribuent à désacraliser quelque peu et de façon je le crois bénéfique cette période : la vie ne s’est pas arrêtée à Oradour.

  1. Village-martyr, village-symbole

L’ouvrage me semble également d’un intérêt majeur dans son traitement d’Oradour comme d’un objet politique, dimension déjà traitée notamment dans l’évocation des suites du procès de Bordeaux et de la polémique concernant l’amnistie des Malgré-nous alsaciens, mais qui ici s’approfondit par l’évocation de l’architecture et de l’aménagement comme relevant d’un projet politique. On comprend combien le village-martyr puis le nouveau village sont érigés en symboles de la reconstruction politique de la nation et de la réaffirmation de l’identité nationale bafouée par les années d’Occupation. On apprend par exemple que le débat sur la conservation des ruines est ancien et complexe, et que les différents programmes successifs de préservation des vestiges, y compris les plus récents, sont très largement motivés par le souci de la Nation de ménager les sensibilités et de contribuer à la sauvegarde d’un dispositif de matérialisation d’une mémoire collective. On apprend également qu’Oradour fut très largement présenté, notamment par le général de Gaulle, comme un symbole du martyre d’une France unanimement résistante, mythe sur lequel l’historiographie est depuis revenue.

Par l’évocation de quelques polémiques moins médiatisées – notamment celle qui a entouré la statue « Aux martyrs d’Oradour » d’Apel les Fenosa, très critiquée par les locaux à sa réalisation puis cachée dans les réserves de musée avant de revenir au village –, en rappelant combien le Centre de la mémoire s’est vu assigner le rôle de relais entre devoir de mémoire injonctif et « devoir d’Histoire » plus pédagogique, ou en s’interrogeant sur la capacité à vivre le souvenir autrement que par le prisme des témoins de première main, les auteurs soulignent combien le processus de symbolisation de l’événement ne se fait pas sans heurts et doit faire l’objet d’une réflexion permanente et transgénérationnelle, dans un délicat équilibre entre distance et compassion.

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  1. Oradour comme objet territorial : la spatialité comme ressource

Enfin, cela en découle, l’ouvrage propose – sans véritablement le nommer ainsi – un traitement de la spatialité et du rôle de l’emprise spatiale du village dans son rôle territorial à une échelle plus vaste et dans ses effets symboliques. Autrement dit, comment le village, dans sa réalité physique (ses murs, ses ruines, ses chemins, sa silhouette, ses lieux de recueillement), est présenté en « ressource territoriale », c’est-à-dire en outil favorisant l’énonciation et la réalisation d’un projet dans l’espace. Oradour-martyr « sert » un dessein. Les auteurs le montrent de deux manières.

D’une part en évoquant la dimension géographique de « l’après », ou comment les opérations d’urbanisme contribuent à la fabrication idéelle et matérielle de l’objet « Oradour » tel que nous le connaissons aujourd’hui, prouvant que tout acte politique s’inscrit dans une matérialité spatiale. À savoir que l’aménagement post-événement est un moteur du façonnement d’Oradour tel que nous en avons conscience aujourd’hui : Oradour sans la fixation des ruines, sans sa signalétique, sans son agencement paysager, sans son mémorial rouillé, ne serait pas cet Oradour.

D’autre part en évoquant quoique très timidement le rôle de l’espace comme de ce qui pourrait relever du « dispositif » au sens foucaldien, c’est-à-dire exprimer combien Oradour (l’idée comme l’objet) est réapproprié depuis 70 ans dans l’action et les discours politiques locaux par différents moyens d’agencement spatial et à différentes fins d’organisation sociale et politique. Parlons par exemple de la sanctuarisation, de l’expropriation et de l’extra-territorialisation du site par sa « nationalisation » et sa « décommunalisation » devant façonner un statut de mémorial inviolable. Parlons aussi de la régionalisation du corps des architectes dans une optique de régionalisation de l’esthétique de ce projet national, ou de la conception du nouvel espace public dans la détermination des lieux de sociabilité. Citons aussi l’utilisation de la nouvelle église et de son esthétique contemporaine dans la perspective d’une rechristianisation sociale d’un territoire limousin peu connu pour sa piété. Evoquons enfin la construction d’une haute lanterne des morts par l’Association des familles des victimes pour s’opposer au martyrium souterrain de l’Etat. La mobilisation d’Oradour est un phénomène récurrent, permanent.

Avant de parcourir cet ouvrage richement documenté, j’espérais vivement pouvoir déceler une lecture politique voire critique – au sens « neutre » du terme – du processus de patrimonialisation et de symbolisation d’Oradour, tel qu’il est formalisé et déployé en Limousin de nos jours par les médias comme les élus, et que l’on peut notamment assimiler à quelques phénomènes médiatiques percutants, tels la marotte électorale de la terre de résistance (on se souvient que la liste Front de gauche à Limoges en 2014 avait osé présenter une de ses candidates sous l’expression « témoin du massacre d’Oradour »). À ce sujet, je reste un peu sur ma faim, il est vrai. J’avais toutefois bien conscience qu’avancer des réflexions de ce type peut s’avérer glissant à peine soixante-dix ans après la Libération, et ce alors que prolonger ces débats peut et doit s’avérer essentiel dans la bonne traduction du principe de devoir de mémoire. Une fois la lecture de l’ouvrage terminée, je dois bien avouer regretter qu’aucun géographe n’ait encore développé à ma connaissance un véritable travail de réflexion sur la territorialité d’Oradour, et sur la façon dont les acteurs locaux comme nationaux, quoique bien intentionnés, usent parfois maladroitement d’Oradour comme d’une ressource d’action et de discours. Il reste beaucoup à dire sur l’aménagement paysager d’Oradour, sur son utilisation dans la publicité, la communication institutionnelle, la signalisation routière, la cartographie…

Peut-être n’était-ce pas l’objet de cet ouvrage, qui demeure toutefois extrêmement intéressant et a le très grand mérite de nous apprendre encore des choses sur Oradour. Mais il reste donc encore beaucoup à dire sur les effets et les enjeux d’Oradour. Puissent des générations de chercheurs en sciences sociales y parvenir, et ainsi oeuvrer dans le plus grand respect des souvenirs et la plus grande justesse à l’égard des vivants, à l’objectivation des outils d’un devoir de mémoire cohérent et efficace.

Photo : Oradour, le nouveau village. (c) L.D., 2011.

> Oradour après Oradour, de Dominique Danthieux et Philippe Grandcoing, Culture et patrimoine en Limousin, 132 pages (24 €)




> Quelques suggestions pour les Journées du patrimoine

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JEP 2015Ce week-end auront lieu les 32e Journées européennes du patrimoine. Un rendez-vous incontournable d’éducation populaire et de sensibilisation à la richesse de nos territoires.

« Patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir » : très juste mais a priori incongrue est la thématique choisie cette année. En effet, notre tout jeune siècle a-t-il eu le temps de produire des patrimoines ? Assurément, si l’on considère bien le patrimoine de façon proactive – et c’est ce qu’induit l’intitulé de cette année : salles de spectacles, musées, infrastructures de transports et industries, centre-ville réhabilités, mais aussi découvertes scientifiques, productions culturelles ou innovations techniques ; tout ce que nous avons déjà produit depuis quinze ans est le fruit de nos héritages, de nos relations, de nos aspirations, et à ce titre le produit de notre culture. Il en est déjà le témoignage et le sera encore davantage pour les générations en devenir. Penser la valorisation et la préservation de ces productions, c’est donc faire preuve d’humilité et d’un sens de la durabilité qui plus que jamais doit nous habiter. Toute période enfante son patrimoine : halte aux relectures hasardeuses qui sous couvert de modes esthétiques, d’impératifs économiques et/ou politiques voudraient que l’on valorise telle époque ou tel style au détriment d’autres. Le patrimoine – comme le paysage d’ailleurs –, ce n’est pas (que) le culte du beau, du grandiose, du dispendieux, du lucratif. C’est aussi et avant tout le reflet de notre société, dans sa simplicité, dans sa banalité, dans son utilitarisme aussi. Comme l’ont été les grands monuments que nous glorifions aujourd’hui. À ce tire, le patrimoine industriel ou résidentiel, le patrimoine immatériel (notamment linguistique), les paysages « ordinaires », doivent faire l’objet de toute notre attention. Puissions-nous en entretenir la conscience, en cela relayés et soutenus par les acteurs stratégiques que sont l’école et les médias.

À la lecture du programme annuel des JEP en Limousin – du moins sur Limoges –, un peu de déception tout de même. En effet, trop peu d’éléments de notre histoire très récente seront accessibles au grand public. Sans doute sommes-nous encore écrasés par la solennité du « vieux » et traditionnel (mais indispensable) patrimoine des châteaux et des églises, dont la sauvegarde est un combat permanent et sans fin. Sans doute aussi les sites de ce « patrimoine du temps présent » sont encore trop fonctionnels, englués dans une barbante quotidienneté et des règles de sécurité un peu trop strictes, pour qu’on les appréhende comme des lieux de visite le week-end.

On pourra regretter que davantage d’usines ne se joignent pas au mouvement, qu’Urêka, le musée de la mine d’uranium de Bessines, ne propose pas des interventions sur l’après-mine et la dimension sociale de l’exploitation controversée de ce minerai aux effets ambivalents, que le Limousine Park, centre de découverte de la viande bovine ouvert cet été au pôle de Lanaud, ne surfe pas sur l’occasion pour faire parler de lui, que les projets de réaménagement de Limoges ne soient pas davantage intégrés à une réflexion sur le devenir du patrimoine à l’époque contemporaine, que le patrimoine universitaire – bâtiments et projets de recherche – ne soit pas davantage mis en avant (on salue quand même l’ouverture du Centre européen de la céramique), que la STCL et la SNCF n’aient pas ouvert leurs entrepôts, et que l’aspect démocratique du patrimoine ne soit pas plus souligné… On pourra enfin verser une larme sur l’absence des jardins sonores de la Borie, mais c’est une autre histoire…

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Mais venons-y, tout de même de belles opportunités. Citons :

  • la découverte du périmètre de l’Aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine (AVAP) qu’Eymoutiers met en place actuellement autour de son centre ancien. Une bonne opportunité pour découvrir et comprendre les mécanismes de la protection du patrimoine à l’heure où l’on nous parle de durabilité et de transversalité des approches (samedi, 15h – tel. 05.55.69.57.60).
  • la belle alliance des contrastes de la Médiathèque Giraudoux de Bellac, entre classicisme et contemporain (samedi, 10h-16h, 05.55.68.12.79).
  • la visite de l’usine textile Broussaud des Cars, un bon moyen de soutenir le Made in Limousin (samedi : visites à 10h30 et 14h30, 05.55.36.90.90).
  • une exposition et des visites pour comprendre l’opération en cours de réaménagement de la place du 8 mai à Cieux (samedi a-m, 05.55.68.12.79).
  • comme les années précédentes, la grande mosquée de Limoges ouvre ses portes aux visiteurs (samedi et dimanche, 10h-13h, 15h-19h).
  • … tout comme France 3 Limousin, un incontournable des JEP qu’il faut avoir visité ne serait-ce qu’une fois, histoire d’approcher ses idoles du JT régional et de présenter une météo presque vraie devant l’écran vert (samedi, 10h-17h, sur inscription : il y a du monde en général)…
  • … et les Distilleries du centre, toujours à Limoges, parmi les dernières du genre dans une ville connue pour ses nombreuses anciennes brasseries, où il est possible de comprendre les processus de fabrication des alcools artisanaux… et même de les déguster (samedi 9h-12h, 14h-18h, 05.55.77.23.57).
  • En attendant son déménagement prometteur rue Charles-Michels, le FRAC Limousin vous attend encore dans les anciens chais de la coopérative de l’Union de Limoges pour une visite commentée de l’exposition « Fantômes dans la machine », demain et dimanche à 16h.
  • À Panazol, la médiathèque municipale propose samedi une journée thématique consacrée au « mail art », ou « art postal », avec au programme une expo (aux horaires d’ouverture), une conférence par Rémy Pénard à 14h30 et un atelier à 15h30 (05.19.99.40.41)
  • plus loin et côté nature, il est encore possible de découvrir la surprenante île de Chaillac, plus grande des îles sur la Vienne, entre Saint-Junien et Saillat-sur-Vienne, où cohabitent une faune et une flore riches, une potière et des agriculteurs, dans un cadre exceptionnel agrémenté d’un parcours d’interprétation.
  • Riche programme également au centre d’art contemporain de Vassivière, avec entre autres un atelier artistique pour enfants dans la structure gonflable de Hans Walter Muller (sur inscription, dimanche 14h45), et une rencontre avec l’équipe en résidence au château, composée des architectes de « Bureau mécanique » et des graphistes de « J’aime beaucoup ce que vous faites », avant une dégustation de vin (samedi, 17h). (05.55.69.27.27).
  • Enfin, ce samedi a lieu en parallèle le festival Rêves en place autour de la place de la Cathédrale à Limoges : au programme, jeux, concerts, bal, animations diverses… L’objectif : remettre l’espace public au cœur d’une conception festive, onirique (de fait), conviviale et solidaire.

Chez nos voisins limousins, il y aussi de quoi faire, avec en Corrèze :

  • à Brive, une balade à vélo commentée sur les transformations récentes de la cité gaillarde, dimanche à 10h30, avec le CAUE, Brive Ville Cyclable et les archives municipales (belle collaboration !).
  • exposition, performances (ce soir 19h et demain 14h) et visites du lieu de création artistique Le Garage, également à Brive (05.55.88.80.81).
  • toujours à Brive, le Studio Musiques actuelles de la rue Cassan accueillera les visiteurs et leur proposera notamment des répétitions et des démonstrations d’enregistrement (samedi 10h-12h, 14h-19h et dimanche 14h-18h).
  • le pôle accordéon, à Tulle, ouvre ses portes sur réservation demain et dimanche après-midi (14h-18h, 05.55.20.28.28), pour présenter cet instrument indissociable de la ville sous des jours contemporains…
  • la cité administrative Montalat, dite le « gratte-ciel de Tulle », qui marque singulièrement la skyline de la préfecture corrézienne, est ouverte à la visite commentée (demain à 14h, 15h, 16h, 17h, réservez avant cet après-midi 16h, 05.55.20.55.02).
  • dimanche à 15h, dans le cadre de la programmation du Pays d’art et d’histoire Ventadour Hautes terres corréziennes, une conférence-visite se tiendra à Neuvic sur le patrimoine XXIe et le rôle de notre regard sur le patrimoine dans sa compréhension, en plein dans la thématique de l’année (05.87.31.00.57).
  • le toujours riche et épatant programme du Pays d’art et d’histoire Vézère-Ardoise, avec notamment la visite d’un chantier de maison en paille à Saint-Bonnet-l’Enfantier (samedi et dimanche 14h-17h). Également dans ce cadre, à Vigeois, le spécialiste de la toponymie occitane Yves Lavalade tiendra une conférence sur ce sujet inépuisable et essentiel pour comprendre l’histoire de nos communes (ce soir, 20h30, Centre culturel) (05.55.84.95.66).
  • et aussi le viaduc des Rochers noirs, à Soursac, sur la Luzège, mis en lumière par Des racines et des ailes, chef d’oeuvre oublié de l’ingénierie ferroviaire, accessible librement de 9h à 19h tout le week-end.

Enfin, en Creuse :

  • grâce à l’Office de tourisme de la vallée des Peintres, il sera possible de s’introduire dans la cartonnerie désaffectée de la Celle-Dunoise, où la vie s’est arrêtée au 27 avril 1999 (sur réservation, demain 10h, 11h, 14h, 15h, 05.55.89.24.61).
  • demain à 10h30, il sera possible de comprendre la construction urbaine de Guéret, de ses origines à nos jours (sur inscription, 05.55.52.14.29).
  • Jean-Louis Paties ouvre son atelier de taille de pierre à Saint-Léger-le-Guérétois, tout près des anciennes grandes carrières du Maupuy (05.55.52.56.44).
  • le CAUE 23 propose un circuit décalé des églises du Plateau autour de Felletin, en covoiturage et pique-nique dans le sac à dos, au départ de l’Office de tourisme à 10h, et jusqu’à 17h (05.55.64.54.60).
  • le domaine agricole de Banizette, à La Nouaille, toujours en activité depuis le XVe siècle, propose des visites guidées demain et dimanche à 15h, 16h15 et 17h30.
  • à Toulx-Sainte-Croix, le chantier de restauration du lavoir d’hiver initié par l’association Pierres en marches sera accessible (samedi 10h-17h, dimanche 11h-17h). Il sera même possible de participer dimanche (9h30-17h, 15 €) à un stage de construction d’un mur en pierres sèches, et ainsi de se confronter concrètement aux enjeux du patrimoine vivant !

Espérons finalement que l’an prochain, d’autres patrimoines du XXIe siècle soient mis à l’honneur plus nombreux, et que pour les éditions suivantes, il ne soit plus besoin de justifier que notre petit siècle est déjà un producteur incessant de patrimoines !

Toutes les coordonnées et tous les renseignements utiles sont disponibles dans le programme complet sur le site de la DRAC Limousin.




> Donnons d’autres vies à nos bâtiments !

9072015

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grand3236Jusqu’au 28 septembre prochain, se tient à Paris dans les fabuleux espaces de la Cité de l’architecture et du patrimoine, la très belle exposition « Un bâtiment, combien de vies ? », consacrée aux multiples emplois de nos constructions. Quoique relativement restreinte – comptez une petite heure pour en profiter au mieux –, cette exposition très visuelle, enrichie de nombreuses maquettes, a le mérite de dresser un panorama assez riche des opérations réussies de réaffectation fonctionnelle d’infrastructures prétendument arrivées en bout de course.

Alors que jamais les contraintes environnementales et financières n’ont été si importantes, et alors que nous sommes confrontés dans le même temps à un paradoxe technique éthiquement stimulant – on sait tout faire ou presque, mais est-ce une raison pour tout faire réellement ? –, la question de la réutilisation du bâti préexistant bouleverse nos schémas d’action : faut-il sanctuariser notre patrimoine ? Si oui lequel, selon quels principes ? Comment faire du neuf avec du vieux sans donner l’impression de faire « a minima » ? …

IMG_2083 Les résultats, souvent épatants, parlent d’eux-mêmes. Parmi les études de cas, d’anciennes usines devenues logements, des lieux de culte dénués de leur vocation initiale avec brio, d’anciens moulins réinvestis par des bureaux – à Pantin. On retiendra notamment l’ancienne cimenterie que le célèbre Ricardo Bofill a fait sienne de façon époustouflante à Barcelone (cf. photo ci-dessus), l’ancien aéroport de Berlin-Tempelhof que les habitants, consultés, ont préféré transformer en vaste parc périurbain, ou encore l’audacieuse modernisation du nouvel opéra de Lyon, signée Jean Nouvel. Autant d’exemples séduisants pour autant de solutions aux grandes problématiques urbaines que sont la gestion et la reconversion des friches industrielles, la crise du logement ou la densification du bâti.

S’ouvre ainsi un champ des possibles particulièrement vaste, qui doit motiver la créativité des décideurs et de leurs maîtres d’oeuvre – et ce sans pour autant recourir aux plus grandes signatures. Plus loin encore, on remarquera également que certains des travaux présentés dans l’exposition concernent davantage des « liftings » architecturaux que de véritables reconversions : indépendamment de tout jugement de valeur, le cas de la gare de Strasbourg, dont l’austère mais majestueux bâtiment néo-classique a été recouvert d’une bulle de verre, prouve que le patrimoine peut faire pourquoi pas l’objet de réinterprétations contemporaines. Ce qui donne des clés dans la quête de réactivation de l’adhésion sociale aux patrimoines (n’est ce pas le but de toute action d’urbanisme ?). Ainsi, à travers certaines notions plutôt iconoclastes, comme celle du « patrimoine en mouvement », les propos rapportés par certains grands architectes et penseurs de la ville contemporaine donnent de sacrés coups de pied à la frilosité des acteurs institutionnels, qui s’auto-conditionnent bien souvent par force discours sur l’idéal de modernité. Et passent hélas trop souvent à côté de réelles opportunités pour leurs territoires et les populations qui y vivent.

Et si Limoges s’inspirait de ces axes de réflexion ? Dans notre ville, quelques exemples de réhabilitations et de reconversions fonctionnelles, plus ou moins audacieuses et plus ou moins réussies. Du côté des réalisations plutôt louables, citons par exemple l’ancienne usine Royal Limoges, en bord de Vienne, désormais occupée par un McDonald’s (certes…), l’ajout moderniste de la fac de droit rue Turgot, l’ancienne bibliothèque municipale récupérée par le restaurant La Bibliothèque, ou encore une partie des locaux de l’ancien hôpital où s’est installée une aile de la nouvelle BFM – en dépit des scandaleuses destructions dont certains anciens éléments du bâtiment originel ont fait l’objet. Plus discutables sans doute sont la réfection de la caserne de la Visitation, réappropriée par le Conseil départemental qui a assez grossièrement barré la façade classique d’un rez-de-jardin peu élégant, ou le devenir bancaire de l’ancien cinéma Colisée, place Jourdan et de l’ancien bâtiment militaire de la zone Romanet.

Le modernisme ne doit bien évidemment pas donner droit à tous les autodafés ; c’est hélas un réflexe assez commun à Limoges (usine Heyraud supprimée au profit d’un centre Saint-Martial manquant d’âme, immeuble Faure condamné par la cité judiciaire, maison Lacaux menacée, fours à porcelaine négligés…), et cet état de fait doit changer ! On sera donc très attentifs au devenir de l’ancienne clinique du Colombier, promise aux étudiants, de l’ancienne école d’institutrices de la rue François Perrin, et à l’avancée des travaux dans l’ex-Eurodif, futur Fonds régional d’art contemporain s’annonçant prometteur.

Mais pas plus que les négligences ou fautes de goût déjà citées, l’aspect controversé de certains travaux ne doit brider l’audace et l’inventivité. Parallèlement, l’idéal de la patrimonialisation ne doit pas faire le jeu de l’inertie. Attention à ne pas jouer les conservateurs obtus : un patrimoine vit aussi par sa réinvention ! En somme, il s’agit dans la valorisation de trouver un juste milieu entre optimisation et hommage, et de ne pas sombrer dans le nombrilisme et l’ethno-centrisme du XXIe siècle.

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Quelques exemples de sites dont une reconversion paraît à étudier :

  • la friche industrielle Wattelez (cf. ci-contre), sur les bords de la Vienne, à l’entrée du Palais-sur-Vienne, et dont l’impact environnemental est hélas notoire ;
  • la caserne Mareeau, dont la formidable emprise à deux pas du centre-ville doit motiver de vrais projets cohérents et socialement ancrés ;
  • les locaux abrités par la rampe des Bénédictins, entre la cité des Coutures et les voies ferrées : des espaces au potentiel très important (sachant notamment que l’un des locaux communique directement avec le passage souterrain de la gare via la fameuse rue fantôme utilisée par la Wehrmacht) ;
  • l’ancien Présidial, bâtiment de qualité hélas abandonné à son sort et aux stigmates du temps ;
  • l’ancien Hôtel de commandement militaire, place Jourdan, dont on sait désormais qu’il n’accueillera sans doute jamais d’antenne du musée d’Orsay…

Des pistes, il y en a ! De l’audace, il en faut !




> Revue littéraire : Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas

3122014

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96646Une fois n’est pas coutume (à moins que je propose ponctuellement des petits conseils de lecture, pourquoi pas !), je vous invite à lire – et offrir – le dernier ouvrage de Laurent Bourdelas, une Histoire de Limoges, publié cette année aux éditions Geste et que l’auteur présentera officiellement au café Littéraire ce vendredi (18h).

Si plusieurs ouvrages sur l’histoire de notre ville ont déjà été publiés (comptons parmi eux la formidable « bible » de Jean Levet ou l’ouvrage de référence de Philippe Grandcoing et Jean-Marc Ferrer), ce nouveau livre, préfacé fort maladroitement par Émile-Roger Lombertie et plus subtilement par l’écrivain Éric Faye, doit susciter notre intérêt pour les nouveaux champs de l’histoire et du patrimoine communs qu’il aborde, notamment l’alternance municipale de 2014.

La partie sur l’histoire antique et médiévale, joliment illustrée, sera utile à tous ceux qui souhaitent se réconcilier avec ces pans d’histoire que l’on confond souvent, et a le mérite pour cela de revenir sur les moments où la « grande » Histoire de France a pu s’écrire à Limoges – pensons notamment aux débats autour de l’apostolicité fantasmée de saint Martial, ou au couronnement de Richard Coeur de Lion, duc d’Aquitaine. Laurent Bourdelas actualise ces épisodes anciens en les reliant aux fouilles et découvertes qui ont permis de faire connaître aux contemporains ces richesses désormais matérialisées : les sarcophages et fours à hypocauste, le baptistère Saint-Jean, les reliques épiscopales… Il faut bien ça pour compenser l’éternelle frustration de n’avoir su garder jusqu’à nos jours l’incroyable abbaye Saint-Martial. Les développements sur l’histoire de notre ville à l’époque moderne puis durant la Révolution industrielle et l’Occupation sont également très pédagogiques. On revient avec émotion sur l’expérience des coopératives, le passage des parlementaires belges en 1940, la torture au Petit Quartier du lycée Gay-Lussac.

Dans les parties consacrées à l’époque contemporaine et plus encore, à la fin du XXe siècle, peut-être moins accessibles il faut le dire, l’auteur nous abreuve de nombreuses anecdotes et précisions souvent teintées de ses expériences personnelles, voire de ses engagements, ce qui n’est jamais trop appuyé au sens où cette présence presque physique est assumée et détache avec réussite des faits que l’on tâchera de se réapproprier. Au final, il n’y a qu’une « indicible frontière » entre les faits à valeur universelle et les histoires de copains et de rencontres de ce descendant de Ponticauds (radio, littérature, éducation : tous les piliers de la vie de l’écrivain sont mis en perspective collective !)

Car c’est aussi et avant tout en cela – par l’entremêlement de la biographie d’une ville qui s’ouvre à la modernité sans renier ses héritages, et d’un parcours initiatique puis de l’accomplissement d’homme dans des passions terrestres – que l’ouvrage, entre prose et histoire, apporte sa valeur ajoutée au paysage littéraire déjà bien fourni en ce qui concerne l’Histoire de Limoges. Inspiré par « sa » ville et ses idéaux, Laurent Bourdelas, non sans un peu de nostalgie, a le talent de retracer les portraits des figures de la vie culturelle de Limoges depuis un demi-siècle. L’occasion de faire découvrir à ceux qui l’ignorent encore le rôle prépondérant de la ville, de ses élus (parfois) et de ses citoyens engagés (toujours) dans un renouvellement permanent des idées, objets et lieux d’animation et de création. On revient sur l’épopée du jazz, celle de la radio, la rencontre insoupçonnée entre la capitale des arts du feu et la science-fiction dans les années soixante-dix, l’ouverture pour le moins marquante du centre Jean-Gagnant, le sauvetage du Ciné-Union, et l’on comprend que Limoges a su s’inventer et se réinventer. Éloquent, éclairant, sur le rôle de la culture vivante dans la dynamisation des liens sociaux, où il y a encore fort à faire.

L’Histoire de Limoges de L. Bourdelas, si elle est éminemment politique, n’en est pour autant pas un manifeste partisan, et c’est en ce sens qu’elle est subtile et sensible. On y rend hommage sans pour autant céder à une déférence équivoque. Au final, par ce beau livre, les Limougeauds consacrés feuilletteront sans doute avant tout un album photo presque familial : les amis du Trolley, les amoureux des Anciennes majorettes de la Baule, les anciens de Gay-Lu, les inconditionnels des centres culturels et de la Passerelle, les élèves du conservatoire, qui tous auront plaisir à se reconnaître et se transposer dans les souvenirs et les (jolies) photographies. Les plus jeunes, les nouveaux arrivants ou les simples curieux y trouveront des clés pour comprendre comment Limoges peut et doit engager, avec un peu de courage, de sentiment collectif et de révérence à l’égard des réussites passées, un élan conquérant vers un avenir pas si pessimiste et tout autant riche.

A la fin de la lecture, peut-être un petit pincement au cœur, celui de n’avoir pu connaître les balbutiements démocratiques des ondes limousines, la cave de Charles Caunant, haut lieu de la vie culturelle, la grange de Grossereix et ses expositions, et même le combat pour sauver la rue de la Boucherie. Un sentiment ambigu bien vite remplacé – le livre y contribue dans sa narration des jolies expériences – par la résolution d’œuvrer à la construction d’une ville où il fera de mieux en mieux vivre et où la culture, c’est certain, sera, plus qu’un goût, une valeur commune et transcendante.

Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas, 270 pages. Editions Geste, 2014. (35 €)

Image : (c) Geste Editions.




> Les premiers noms de rue de la mandature Lombertie

28112014

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Capture d’écran 2014-11-28 à 13.51.45Nommer les lieux n’est pas un acte anodin. Certes, cela répond à des impératifs pratiques (l’adressage, le foncier), mais c’est en réalité un acte territorial et politique fondateur (voir ici et ). Parce que les noms matérialisent et institutionnalisent les lieux, d’abord, en validant ou se substituant à l’informel. Ensuite, parce qu’ils reflètent des intentions et des valeurs politiques, voire idéologiques : à Limoges, la foule de résistants, élus socialistes ou céramistes et porcelainiers présents dans les toponymes sont l’expression d’une tradition municipale sur le temps long et de la volonté de vénérer une certaine Histoire par la constitution d’un véritable Panthéon local. Même dans le cas de dénominations a priori inoffensives, quand ils relèvent du repérage pur et dur (une église, un équipement, un cours d’eau), ou qu’ils mettent à l’honneur le bucolique, les noms ne sont jamais neutres, soit parce qu’ils valorisent un projet porté par des élus, soit parce que la mise en lumière d’un objet géographique peut parfois être motivée par des intentions patrimoniales, donc forcément politiques.

Au-delà, les noms sont aussi un médiateur de pratiques sociales, car ils déterminent, sinon orientent des représentations du territoire et des pratiques dans l’espace. D’une part parce que le nom en tant que tel peut être artisan de la création d’un lieu. N’ai-je pas déjà entendu le terminus de la ligne 8 du bus de Limoges appelé phonétiquement « Maljoffre » alors qu’il s’agit bien d’une référence au Maréchal Joffre ? Un nom obscur peut également être mis en lumière à partir du moment où il devient un boulevard ou un carrefour (qui peut réciter la biographie de Nicolas d’Aine, de Denis Dussoubs, expliquer ce que sont les Casseaux, d’où vient le Champ de Juillet ?). D’autre part, le nom est social, et donc culturel, parce que porteur de références, d’idées et idéologies qui peuvent orienter les représentations. Nombreuses sont les villes qui dans la réalisation des lignes de transports collectifs, ont préféré attribuer aux stations des noms poétiques plutôt que de leur donner le nom des quartiers chauds qu’elles rechignaient à honorer afin de contrôler certains déplacements. Les noms inscrivent dans l’aluminium des abribus et la céramique des plaques de rue une certaine vision de la ville.

Ces décisions sont donc éminemment politiques ; voilà pourquoi il est intéressant, éclairant de les étudier et de revendiquer un droit de regard, voire de jugement. Dans cet article du Populaire, l’an dernier, on découvrait comment les odonymes (les noms de rues, donc), étaient décidés à Limoges. Comme dans les autres communes, le maire conserve cet apanage, acte presque régalien qu’il entend faire valider par un conseil municipal en général bien avisé de le suivre. Ainsi, les choix de toponymes effectués sous la mandature d’Alain Rodet, reflètent à la fois une tradition bien limougeaude – les noms de porcelainiers, de résistants – mais aussi les goûts de l’ancien maire pour le jazz, de notoriété publique.

La nouvelle majorité municipale a déjà mis en œuvre son entreprise de territorialisation politique par la dénomination de nouvelles voies. La lecture attentive des derniers compte-rendus des conseils municipaux est en cela révélatrice. On apprend ainsi que le nouveau conseil a d’ores et déjà proposé des noms aux nouvelles voies issues de l’urbanisation continue de la périphérie limougeaude : « la Grande-Pièce » vient bien logiquement donner un nom à la Voie de liaison nord. Deux émailleurs – Alain Grafeuil et Roger Duban – se voient honorés par deux nouvelles voies dans le secteur de la Bastide. C’est déjà en soi un acte politique, par l’hommage rendu à une profession emblématique de la ville qui fera de nouveau l’objet d’une Biennale re-créée par Philippe Pauliat-Defaye. Le nom de la résistante Germaine Tillion, récemment décédée, est également attribué à une allée toute neuve à Grossereix. Peut-être moins consensuel, le professeur Bernard Descottes, figure émérite du CHU disparue il y a peu, très proche de l’UMP et de l’association Haute-Vienne Alternance dont Emile-Roger Lombertie est un porteur, est également honoré par une voie traversant l’enceinte de l’hôpital.

Capture d’écran 2014-11-28 à 13.54.06Fait original : certains lieux déjà nommés changent de nom, dans un élan de féminisation que d’aucuns pourront apprécier. C’est le cas de l’école du Grand-Treuil, qui porte dorénavant le nom de l’institutrice Odette Couty, martyre d’Oradour. C’est aussi le cas de la rampe Haute-Vienne, qui prend le nom de Jeanne Villepreux-Power, naturaliste du XIXe siècle installée en Limousin, au nom du doublon avec la rue et la place du même nom, et sans doute de l’envie de valoriser une personnalité pionnière et évocatrice de la grandeur du Limousin au-delà de ses encore-frontières. Citons encore la place des Justes parmi les nations, juste devant le musée de la Résistance. Il est intéressant de noter que le nom de la nageuse Claude Mandonnaud, active dans les années 1970 et sélectionnée aux Jeux olympiques, consacre à la fois une rue de Limoges, remportée par la droite, et une salle du futur centre aquatique, porté par la majorité de gauche à l’agglomération, preuve que certaines personnalités, quand elles incarnent une grandeur (passée) de notre territoire, peuvent susciter l’admiration collective. C’est également là que l’on comprend que les débats autour des noms peuvent parfois cristalliser les conflits de mémoire et les appropriations symboliques de personnalités aux qualités posthumes tantôt fédératrices, tantôt partisanes (les villes communistes où celles gagnées par des maires FN dans les années 1990 en sont des exemples). Peut-être peut-on aussi y voir un exemple opératoire du nom comme outil de récupération d’un édifice public d’ampleur, qui pour l’opposition comme la majorité, incarne un potentiel de développement, de validation stratégique (et de reconquête).

Enfin, les stratégies employées pour décider des noms – associer le public ? ou préférer une décision sur un coin de table ? – sont également bien souvent révélatrices d’une certaine idée de la démocratie participative. S’il n’est pas forcément toujours nécessaire de discuter le nom des personnalités ainsi mises en valeur dans l’espace public, je pense qu’il faut considérer l’acte de nommer un lieu comme une responsabilité collective, par la force que le toponyme exerce sur les représentations collectives et le sentiment d’appartenance, notamment. Pourquoi ne pas faire de l’acte de nommer les lieux un laboratoire d’expérimentation de nouvelles pratiques de participation populaire, qui ne soit plus réduite à sa fonction uniquement légitimante de l’action politique institutionnelle ? Pourquoi ne pas intégrer ces discussions à l’agenda des futurs conseils de quartier ?

Lors du dernier conseil municipal, a été évoquée la perspective de nouvelles re-nominations, à suivre de près. La preuve que l’équipe Lombertie a pleinement revêtu les habits – à ce sujet du moins – de l’acteur territorial.

-> Voir aussi : l’historique des dénominations de voies depuis 2006.

Photo : (c) L.D., 2012. / Capture d’écran retransmission CM 19/11, mairie de Limoges.




Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !







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