> Ces trésors que Limoges ignore encore un peu trop…

27062013

> Ces trésors que Limoges ignore encore un peu trop... dans Actualité locale expressVous avez peut-être pu vous procurer le numéro de L’Express consacré aux « trésors cachés de Limoges », il y a deux semaines. Vous y avez peut-être découvert des lieux et édifices inconnus jusqu’alors. Et vous en avez peut-être déduit, à la lumière et à l’instar de ces révélations, que Limoges devait fourmiller de ces trésors méconnus mais pourtant prometteurs. Deux défis sont sous-entendus par ce supplément documentaire. Le premier, l’équilibre entre considération et valorisation du patrimoine et aménagement et développement urbain. Le second, c’est de bien comprendre qu’au-delà de ces richesses du patrimoine bâti et matériel, Limoges semble regorger de potentiels tout autant cachés mais réels, qu’elle se doit de valoriser, pour elle, ses habitants et sa relation avec l’extérieur.

Il y a quinze jours, donc, le magazine L’Express faisait paraître, dans son supplément local limougeaud, un encart spécialement consacré à la capitale régionale et ses « trésors cachés ». Une initiative intéressante, permettant de faire la lumière sur certains angles méconnus du patrimoine local, et donc, pourquoi pas, d’inciter à un regard plus insistant et plus original sur des éléments qui font l’originalité de la ville. Cette originalité s’incarne d’une part par la très grande diversité, voire disparité des richesses patrimoniales, tant en époques qu’en aspect. Beaucoup de voyageurs et observateurs le remarquent, et ce n’est pas forcément un mal que de voir se côtoyer architecture contemporaine et bâti séculaire quand la cohabitation est harmonieusement négociée. D’autre part, Limoges se distinguerait – et ce n’est pas toujours heureux – par le caractère méconnu et insoupçonné de ce patrimoine. Car si des efforts ont été récemment fournis dans la mise en valeur de certains éléments jusqu’alors minimisés ou mal connus, beaucoup reste à faire (on pense au patrimoine archéologique antique ou au patrimoine industriel).

Le patrimoine, un outil au service de la cohésion sociale

De ces idées jaillit le défi majeur de la gestion du patrimoine : savoir le définir, l’apprécier à sa juste valeur et déterminer les objectifs et intérêts finaux de son appropriation, trouver le bon équilibre entre valorisation et aménagements, avec ce que cela peut supposer en terme de développement touristique et économique, mais aussi en ce qui concerne de réelles promesses sur le bien-être social, la cohésion des populations au-delà de leurs différences. Parvenir à déceler l’intérêt d’une valorisation sur un site sans tomber dans les travers de la muséification, savoir négocier l’inclusion d’éléments patrimoniaux dans un quartier pour en faire un symbole sinon un repère spatial vecteur d’harmonie paysagère et évocateur d’appropriation populaire, ce sont des enjeux majeurs pour faire des quartiers et des villes des espaces où il fait bon vivre et exercer une activité, de façon collective.

fourmontjovis-300x192 dans Aménagement du territoireLe magazine a cru bon parler de certains monuments visitables mais connus (le souterrain de la Règle, la rue de la Boucherie) ou bien moins (le cimetière de Louyat, les thermes de la villa gallo-romaine de Brachaud), et parfois – ce qui est encore plus intéressant – bien moins accessibles, dont le sort est de ce fait délaissé voire ignoré. C’est le cas du campanile de la gare, fermé pour raisons de sécurité depuis 2007, de la crypte Saint-Martial, ouverte et fouillée mais peu avenante, ou des fours à porcelaine subsistants, qui exception faite de celui des Casseaux, dépérissent petit à petit alors qu’ils sont le symbole physique du passé industriel de Limoges. Cette visibilité momentanée doit pouvoir sensibiliser ne serait-ce qu’un peu le lecteur au devenir de pans entiers de notre histoire, de nos références partagées. Autant de supports de cohésion sociale et de dynamisme économique et culturel. Et de fierté, aussi, cela compte…

Un discours politique volontaire et positif et une mobilisation collective au service de l’émergence de fiertés et de secteurs porteurs et salutaires

Mais beaucoup de potentiels restent ignorés ou sous-exploités. Le patrimoine linguistique et artistique autour de la culture occitane écrite et orale en est un que je trouve parlant ! Mais on peut aussi penser aux sujets qui sont davantage des « patrimoines en devenir », des marques de fabrique à créer et à dynamiser, des niches d’excellence en puissance (excellence environnementale, transports en commun, lecture publique, etc.). Des opportunités ont su être saisies dans les domaines de l’eau, du luxe, du droit de l’environnement ou de la francophonie. Gardons-le en tête et soutenons les efforts dans le temps et dans les discours ! Evidemment, il convient d’agir en mobilisant les bons outils et les bons arguments, en écartant récupérations politiques, réécritures historiques et artificialisation des traditions. Limoges (et je parle ici de la ville et de ses populations, bien au-delà des seuls édiles), n’a pas encore bien pris la mesure de toutes ses richesses, et même si en plusieurs points elle est sur la bonne voie, les discours ambiants et les inerties parfois observés sont la preuve que les efforts ne sont jamais assez poursuivis et, surtout, jamais assez partagés ! Et ce partage par tous, il passe à la fois par la mise en place d’outils de démocratie de proximité et par la prise de conscience des riverains.

Photo aérienne : (c) Google : le four de l’avenue Montjovis.




> Des nouveautés dans le programme des visites touristiques à Limoges

7042013

> Des nouveautés dans le programme des visites touristiques à Limoges dans Actualité locale blim

L’Office de tourisme de Limoges et le service Ville d’art et d’histoire ont rendu public il y a quelques jours le tout nouveau programme de visites et animations pour la saison printemps-été 2012. Après un hiver marqué par l’arrivée – entre autres – d’une promenade consacrée à l’héritage industriel du quartier de la place Carnot, et de nouvelles activités pour le jeune public, c’est toujours le souci de diversifier l’offre sans en altérer la qualité qui a motivé ce renouvellement. La programmation est enrichie de nouvelles propositions deux fois par an. L’objectif est sans doute double : capter la fréquentation touristique en transit vers des régions voisines plus attrayantes (le Périgord, l’Auvergne, mais aussi le plateau de Millevaches ou le sud de la Corrèze), mais aussi inciter la population résidente à redécouvrir son patrimoine et la sensibiliser à son unicité et sa protection.

dsc_8374-300x200 dans CultureAppliquée à proposer aux classes et aux familles des produits touristiques adaptés à leurs attentes, mais allant également aux devants de celles-ci, l’équipe en charge du programme a donc étayé la liste de nouvelles idées : un nouveau jeu de piste familial, une balade théâtrale avec la participation des jeunes comédiens de l’Académie du théâtre de l’Union, une redécouverte de l’austère mais passionnante place de la République… Autant de raisons de rester à Limoges pendant ces vacances. Soucieux d’étendre son action aux territoires périurbains, l’Office proposera aussi deux randonnées pédestres commentées sur le secteur de Landouge, autour de la thématique du peintre Corot (une visite dont j’ai pris part à l’élaboration, soit dit en passant…)

En parallèle, on assiste aussi à une redéfinition des intitulés sur les visites phares. Ainsi, à la suite des Souterrains de la Règle, succès inconditionnel des visites estivales (une visite par jour en juillet et août !), les visites de la Cité et du quartier du Château ont été dupliquées en une nouvelle visite générale, « Limoges 2000 ans d’histoire », qui doit donner aux touristes l’envie de revenir et profiter de promenades plus pointues, plus thématiques. Une recomposition intelligente qui se doit de donner plusieurs niveaux de lecture du patrimoine urbain, de diversifier une approche peut-être auparavant trop peu lisible pour le néophyte.

L’enjeu tacite est capital : en s’attachant à proposer une offre conséquente hors période estivale, notamment en fin de journée ou à la pause de midi, l’Office de tourisme et Ville d’art et d’histoire font tout pour que les riverains, les voisins, Limougeauds et Haut-Viennois, prennent la mesure du patrimoine qui l’entoure. Un patrimoine qu’il convient de rendre ou maintenir vivant pour qu’il séduise, c’est vrai, mais aussi que toute son importance en terme de dynamisme économique et  potentiel soit révélé et approprié par les habitants, ambassadeurs de leur ville, et notamment les jeunes, encore trop peu atteints. En cela, l’existence d’ateliers pratiques, de rencontres avec des acteurs de la ville (émailleurs, comédiens, musiciens, etc.) sont des pistes extrêmement intéressantes. Pour faire de chacun un citoyen éclairé, mobilisé, qui aura compris que la culture est un moyen particulièrement pertinent pour favoriser l’implication dans les processus démocratiques, mais aussi pour redresser un pays, une région en mal d’image ou de dynamisme.

Le programme est disponible notamment à l’Office de tourisme de Limoges, boulevard de Fleurus.

Photo : L. Destrem




> Nouvelle occasion manquée pour la reconnaissance des langues régionales

25032013

> Nouvelle occasion manquée pour la reconnaissance des langues régionales dans Aménagement du territoire bculture

La France ne ratifiera pas la Charte des langues régionales et minoritaires. Jugée non-conforme à la Constitution, qui stipule explicitement que la seule langue reconnue comme officielle demeure le français, la promesse n°56 de François Hollande passe à la trappe, même si le Président assure de sa détermination à compenser d’une manière ou d’une autre cette désillusion*. Alors, certes, au-delà de l’évident reniement qui nous est présenté, il ne s’agissait sans doute pas du plus marquant des engagements présidentiels. Et certainement pas celui qui viendrait le plus efficacement compenser les effets de la crise… quoique ! Quand on a conscience de ce qu’une telle reconnaissance aurait en matière de dynamisation touristique ou de cohésion sociale, on comprend d’autant plus les réactions amères et la motivation des défenseurs du patrimoine linguistique vivant national.

engagement56-hollande-300x217 dans HollandeMais qu’est-ce donc que cet obscur document dont on parle peu dans les médias ? C’est en 1992, sur proposition de la Conférence permanente du congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, que le texte a été adopté par ce dernier et proposé à l’adoption des Etats-membres du Conseil de l’Europe. Rappelons que le Conseil de l’Europe, qui vise à promouvoir la paix, les droits de l’homme et la démocratie, est indépendant de l’UE. Ses objectifs de concorde et de respect de l’altérité en disent long sur les motivations de la présentation d’un tel document, qui ne peut que chercher à favoriser la compréhension et les relations des peuples entre-eux par la reconnaissance officielle de leurs spécificités culturelles et linguistiques.

En France, où plusieurs dizaines de langues et dialectes seraient potentiellement concernés par la Charte (citons le breton, le basque, l’occitan, le catalan, le corse, l’alsacien, mais aussi le romani, les langues kanak ou encore le créole martiniquais), l’adoption d’un tel texte fait peur à certains, car elle serait vue comme une occasion de desceller la langue française d’un statut qui lui permet d’être la seule langue reconnue dans l’administration. Donner un statut légal aux autres langues pourrait ainsi être perçu comme une volonté de céder devant des revendications autonomistes ou communautaristes venant mettre à mal l’intégrité territoriale et l’autorité de l’Etat. Ce qui est un faux argument, étant donné que seules les langues ayant été parlées sur le territoire depuis suffisamment longtemps pour être considérées comme traditionnelles et maillons du patrimoine national seraient concernées. Autrement dit, des langues qui ont prouvé que loin de diviser, au contraire, elles servaient la vitalité culturelle et l’enrichissement mutuel. Et ne viendraient nullement remplacer la primauté juridique du français, mais simplement proposer d’autres horizons culturels et accorder une visibilité à des réalités sociales. Car des millions de citoyens français pratiquent ces langues… ou aspireraient à le faire ! Est-il encore besoin de démontrer l’utilité de la pratique d’autres langues que la langue maternelle, dans tous les domaines et à toutes fins ? Je citerai le Conseil de l’Europe qui signale que « l’approche retenue par la Charte respecte les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. De ce fait, elle ne conçoit pas les relations entre les langues officielles et les langues régionales ou minoritaires en termes de concurrence ou d’antagonisme, le développement de ces dernières ne devant pas entraver la connaissance et la promotion des premières. Elle adopte volontairement une approche interculturelle et plurilingue dans laquelle chaque catégorie de langue a la place qui lui revient. Il s’agit, dans chaque État, de prendre en compte une réalité culturelle et sociale. » La France peine donc encore à le comprendre.

dsc_6014-300x199 dans LimousinMais à quels engagements concrets la ratification de la Charte inciterait-elle ? Le Conseil de l’Europe mentionne 8 principes fondamentaux. Parmi eux, on trouve la nécessité d’une action résolue de promotion, la facilitation de l’usage oral comme écrit dans la vie publique mais aussi dans la vie privée, ou la promotion par les Etats de la compréhension mutuelle entre tous les groupes linguistiques du pays. Difficile d’être plus rassurant quant à la perspective des revendications sectaires… En conséquence, l’enseignement des langues régionales, la place accordée à celles-ci dans la signalisation routière, les émissions de télévision ou de radio, leur présence dans les procédures administratives sont autant d’enjeux. Ce qui est normal, ils sont au cœur de notre vie quotidienne, et le(s) reconnaître, c’est bien là l’ambition !

« Sauvegarder et promouvoir la richesse et la diversité du patrimoine culturel de l’Europe sont devenus des objectifs fondamentaux du Conseil de l’Europe. » Pourtant, sur les 47 Etats du Conseil de l’Europe, seuls 25 ont signé et ratifié la Charte, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse ou encore la Pologne. Huit autre pays ont, comme la France, signé sans ratifier (l’Islande ou la Russie par exemple). Enfin, treize Etats n’ont fait ni l’un ni l’autre, et c’est le cas de la Belgique, la Grèce ou le Portugal notamment. En dépit d’une nouvelle demande du Conseil économique et social des Nations Unies en 2008, et des pressions de nombreuses personnalités et de partis politiques, les gouvernements successifs depuis 2002 se sont toujours refusés à accéder à cette requête, en dépit d’un léger progrès avec l’inscription dans la Constitution sous le gouvernement Fillon d’une mention de l’appartenance des langues régionales au patrimoine de la France. Pour le pays à tradition jacobine séculaire comme le nôtre, c’était déjà un grand pas. La promesse 56 du programme du candidat Hollande laissait enfin croire qu’une juste reconnaissance des langues régionales et minoritaires françaises serait faite. Encore raté, et cela fait bien une soixantaine de fois que les portes du Palais Bourbon demeureront fermées à une telle proposition depuis le début de la Ve République.

Au-delà de toutes les réflexions qu’il serait peut-être bon d’avoir sur le poids et la pertinence démocratique des grandes instances comme le Conseil Constitutionnel ou le Conseil d’Etat, cet échec révèle combien la centralisation outrancière et l’absence de remise en question, à l’échelle nationale ici (même si on l’a déjà dit, ratification ou non, les collectivités locales doivent aussi se saisir de cette question, à Limoges, on attend toujours les panneaux bilingues !), est un fléau. Ce qui fonctionne pour les comportements éco-responsables fonctionne aussi pour la reconnaissance culturelle : camper sur ses positions quand c’est par peur, méconnaissance ou nostalgie, n’est que rarement une vraie bonne idée.

* Le Président avancerait également ne pas être assuré d’obtenir les 3/5e du Parlement requis pour une éventuelle révision constitutionnelle. De faux arguments pour beaucoup, qui estiment que c’est une volonté politique qui fait défaut à la majorité parlementaire…

Photo : Panneaux bilingues occitan/français à Nice, (c) L. Destrem

 




> Protégeons notre patrimoine industriel !

17012013

> Protégeons notre patrimoine industriel ! dans Actualité locale blim

La perspective de la destruction du logement patronal de l’ancienne distillerie Lacaux, près du Champ-de-Juillet, par un programme immobilier, suscite des désaccords bien légitimes. Six mois après l’épisode marquant de la nécropole de la rue de la Courtine, cette initiative, qui a reçu un avis défavorable de la part de l’architecte des Bâtiments de France, viendrait porter un rude coup à un symbole du passé industriel limougeaud, peu mis en valeur. Un nouveau projet qui fait s’interroger sur la façon dont cet patrimoine est conçu et géré, dans une commune détentrice du prestigieux et exigeant label Ville d’art et d’histoire.

distillerielacaux-300x190 dans Aménagement du territoireSoyons clairs et coupons court aux accusations:défendre l’intégrité de ce site ne revient pas à faire avec nostalgie de la patrimonialisation à outrance et muséifier une ville en stérilisant les terrains. D’une part parce que rien n’empêche (ni la loi ni la morale) pour construire des logements, de supprimer des bâtiments de cette même époque, s’il est reconnu qu’ils n’ont pas une valeur historique et architecturale particulièrement remarquable – et cela peut être le cas ! Ensuite, parce que l’édifice en question est, sans même bénéficier d’un classement spécifique, un élément patrimonial dont la valeur ne devrait plus faire l’objet de débat… Les fiches explicatives du ministère de la Culture rappellent que l’établissement Lacaux, avant de devenir une imprimerie, a constitué l’une des plus grandes distilleries de Limoges à l’aube de 1900. Rappelons que la distillerie et la brasserie ont constitué la principale activité économique agroalimentaire de Limoges, un des principaux secteurs d’emploi industriel avec la porcelaine et le travail textile. Les constructions héritées de cette activité ont, aux côtés des ateliers porcelainiers et des fabriques de chaussures, marqué le paysage du quartier de la place Carnot. Les plus proches de Lacaux se localisaient tout près de ce rond-point : rue de Belfort pour la distillerie du Centre, rue Hoche pour la distillerie Lescuras. A deux pas de là, deux célèbres ateliers de conception de chaussures qui ont exercé leur activité : Monteux, au bout de la rue de Châteauroux, dans le bâtiment accueillant aujourd’hui les archives médicales de l’Armée, et Heyraud, au XXe siècle, sur le site de l’actuel centre Saint-Martial. En outre, les fameux ateliers Haviland ou Bernardaud ne sont pas loin. Un quartier résolument productif, donc.

fourhaviland-300x300 dans DécouverteHélas, la prise en compte des éléments du passé industriel de Limoges, construits entre le XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, autrement dit à une période-clé pour la ville, celle de son essor économique et de l’achèvement de sa mutation d’une modeste ville provinciale à un grand centre productif, pose parfois question. En dépit de la réalisation d’un inventaire assez riche en 2003, et d’un classement de la zone en Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), ce patrimoine se dégrade. L’absence de réelle mise en valeur scénographique et fonctionnelle des bâtiments hérités de cette époque, exception faite du site de Royal Limoges (le four des Casseaux et… le McDonald’s), l’état de délabrement avancé des autres fours à porcelaine subsistant (cf. photo ci-contre, le four Haviland), ou la faible mise en valeur de ce patrimoine, bâti et vécu, dans la muséographie communale interpellent. C’est pourquoi j’en appelle à une prise de conscience et une nouvelle politique de considération de tout cet héritage, ô combien essentiel dans la compréhension de la ville aujourd’hui encore, et la transmission des témoignages du passé, ferments de développement touristique et de cohésion sociale.

Ci-dessous, une carte non-exhaustive mais la plus détaillée possible, localisant les ateliers de production de porcelaine, de textile, de chaussures, distilleries des quartiers des deux gares à Limoges.

quartier_industriel_de_la_gare_limoges dans Histoire

Illustrations : Google Street / Google Maps ; L. Destrem et Open Street Map pour la carte.




> Les jeunes parlent aux jeunes… de patrimoine

14112012

> Les jeunes parlent aux jeunes... de patrimoine dans Aménagement du territoire blim

logo-mh-300x198 dans CultureLe Conseil régional des jeunes du Limousin donne l’opportunité aux jeunes limousins de valoriser le patrimoine régional à travers un concours de création artistique. Autrement dit, la réalisation d’une plaquette touristique à travers laquelle il s’agira de mettre en évidence les richesses matérielles ou immatérielles des trois départements. Un bon moyen de sensibiliser les jeunes à cette question centrale, quand on sait combien la valeur du patrimoine, en ce qu’il recouvre de très larges acceptions, et permet de comprendre d’où l’on vient et où on vit, est un impératif à saisir. Et d’autant plus quand les jeunes cherchent à parler aux jeunes !

Ce concours est-il un énième exemple d’ « animation loisir » à destination des jeunes ? Certainement pas. Inciter à la valorisation de sa région, c’est promouvoir une nouvelle approche du cadre de vie, et sensibiliser à ses spécificités et la nécessité de le regarder avec un œil nouveau, plus conscient, plus réfléchi. Une initiative d’autant plus pertinente qu’elle est fruit des réflexions de mes collègues jeunes élus du Conseil régional des jeunes, qui ont sans doute assez bien saisi l’enjeu, et qu’elle est à destination des jeunes.

Trop souvent, on remarque combien les moyens mis en place par les générations plus âgées, quand ils existent, pour proposer une approche du patrimoine aux jeunes générations, peinent à intéresser ces mêmes jeunes, en dépit de plusieurs initiatives très pertinentes. Celles-ci sont confidentielles ou plus connues, incarnées par les animations annuelles du service pédagogique de Limoges Ville d’art et d’histoire, les projets de la Fondation du Patrimoine, ou le dynamisme de la filière universitaire de Valorisation du patrimoine – développement territorial. La pédagogie nécessaire, l’implication de l’acteur politique, la continuité de cette approche tout au long de la vie, à l’école peut-être, mais plus largement au quotidien, ne sont pas forcément au rendez-vous. Par manque de temps mais aussi parfois par manque de conscience même de cette valeur par les générations actives. Ce concours est à toute petite échelle (mais c’est non moins primordial!) un moyen d’œuvrer à la prise de conscience !

jm-mon-limousin dans InternetCar le patrimoine, c’est loin d’être uniquement le patrimoine bâti monumental ou emblématique, celui des églises, des châteaux ou de la porcelaine. Le patrimoine, c’est un bien commun, un héritage commun, que chacun se doit se s’approprier pour mieux le défendre, mieux le faire vivre en le faisant découvrir et en le reliant à nos références actuelles et quotidiennes. Arbres, sites industriels, plaques de signalisation Michelin, récits, savoirs, musique traditionnelle, langue occitane et art « ordinaire » sont du patrimoine. A nous de le comprendre, sans chauvinisme ni repli identitaire. Car s’il est de notre devoir de protéger le « patrimoine hérité » en ce qu’il est repère, utile à la compréhension du monde, le patrimoine, c’est également et presque par définition, une réinvention permanente, un concept vivant, mouvant. Comme chacun. « Vivant », « mouvant » : des qualificatifs à garantir par la sensibilisation auprès du public.

Concours « J’♥ mon Limousin », jusqu’au 18 décembre 2012 : formulaire de participation et règlement disponibles sur Belim.fr




> En Limousin, on n’a pas que des pommes…

4102012

> En Limousin, on n'a pas que des pommes... dans Actualité locale binitiativelocale

Le point commun entre le pays Ouest Creuse, l’association La Pommerie – Appelboom et l’association des rencontres musicales de Nedde ? Trois initiatives intéressantes, respectivement l’Université rurale du paysage, les Ateliers de géographie populaire et les rencontres musicales de Nedde, fruits de l’envie, du travail d’équipes motivées, souvent audacieuses, impliquées dans l’espace rural si souvent déprécié. L’occasion de valoriser les potentiels du Limousin, dynamiser un territoire et tisser des liens, avec, à travers et pour la région et ses habitants. Cette approche ô combien nécessaire est didactique, parfois ludique, et quoi qu’il en soit, fondée sur la transmission de savoirs, la découverte, la confiance et le partage. De bons exemples d’optimisme et de volontarisme, qui pourraient montrer que la campagne a de l’avenir.

URP-300x225 dans Aménagement du territoireCes initiatives ne sont pas isolées. Mais le fait que j’ai pu y participer (une conférence du jardinier paysagiste Gilles Clément à la Souterraine, en Creuse ; une séance de cartographie à Saint-Setiers, en Corrèze ; un pied dans l’organisation des rencontres musicales), m’a permis de voir en quoi non seulement elles se déroulaient dans ce qu’on nomme vaguement l’espace rural (pas uniforme, sachons-le !), mais aussi et surtout – ce qui est intéressant et le sens de mon propos – avec lui, grâce à lui et dans l’idéal (ce n’est pas une démarche aisée) pour lui et ses populations.

Avec lui ? Outre le soutien des institutionnels, ces initiatives cherchent et doivent obtenir le soutien des populations. Il faut pour cela viser la stimulation de l’envie collective de tirer tous ces espaces vers le haut, en appeler à une véritable prise de conscience du sentiment collectif et à un abandon des vaines querelles. Non pas pour tomber dans l’idéalisme béat, le chauvinisme abscons, ou le communautarisme intellectuel. Pas plus que pour invoquer de grandes et belles idées, ou encore altérer le charme et les potentialités des territoires. Mais pour résolument « faire vivre » ces territoires, sans artifices ni perfusions, avec ceux qui y vivent d’une manière ou d’une autre, et participer à l’échelle locale à la promotion d’un mieux-vivre ensemble réaliste, concret et moderne. Et par la même occasion, tordre le cou aux idées reçues !

visite-Mas-Maury-300x203 dans CorrèzeGrâce à lui ? Ce sont bien ses spécificités, ses caractères, ses richesses et même ses limites qui sont exploités. Lors de sa conférence, Gilles Clément s’est évertué à rappeler, comme il le fait à longueur d’interventions, combien le Limousin avait servi ses concepts, d’aucuns ayant même été théorisés à partir d’éléments et d’observations sur le terrain régional*, et comment d’une certaine manière, ce même Limousin s’exporte et nourrit actuellement ses réflexions dans ses projets, ici avec des lycéens, là-bas pour un jardin public, ou encore une reconversion de site… Et l’ensemble de la très pertinente programmation de l’Université rurale du paysage s’attache à concilier découverte théorique et approche géographique sur le terrain. Les rencontres musicales de Nedde, en associant derrière le vivant terme de « traditions », vécues et réinventées (au contraire du folklore qui est avant tout reproduit), musiques d’ici et d’ailleurs de sa programmation, fait du pays de Vassivière un espace d’échange de savoirs et d’expériences. L’objectif des séances de cartographie et plus largement des Ateliers de cartographie populaire, organisées par La Pommerie – Apelboom, de Saint-Setiers, en association avec l’association Quartier rouge de Felletin (toutes deux membres du réseau régional d’art contemporain 5/25) et l’association Pivoine de Faux-la-Montagne, qui se sont tenus fin septembre entre ces trois localités, était lui aussi conduit par la volonté du développement local (territorial et humain) par l’art, une filière prometteuse. Lesdits ateliers conviaient les volontaires à venir représenter, sur des cartes collectives ou personnelles, politiques, naturelles ou sociologiques, de façon réaliste ou poétique, sage ou déjantée, quelle était leur perception, leur représentation, leur utilisation, leur idéal du plateau de Millevaches. Une façon de mieux comprendre le monde qui nous entoure en transcrivant nos représentations de façon originale. En outre, une question intéressante naissait dans mon esprit géographico-compatible, à partir de ce projet : qu’est-ce que le plateau de Millevaches ? Que veut dire « être du plateau » ?

légende-carte-AGP-St-Setiers-227x300 dans CreusePour lui ? Loin de vouloir proposer des animations spécifiquement dédiées aux ruraux ! Ces initiatives s’attachent plus précisément à tisser des liens entre tous les acteurs de ces territoires et ceux qui sont appelés à la devenir dans l’avenir, qu’ils y résident, se contentent d’y travailler ou d’y transiter, ou tout à la fois. Tous ses « acteurs ». Et de montrer en quoi ils sont vecteurs de possibles multiples, et incarnations-mêmes de la richesse de notre territoire.

Pour autant, la situation de ces espaces de la relégation demeure précaire. En soutien à l’optimisme et à la détermination, qui doivent demeurer sans faille, et à l’attachement à toujours garder en tête l’impératif de ne pas céder à la facilité de la construction « hors-sol » (sur le territoire mais ni pour lui, ni avec, ni pour ses acteurs), de nouvelles politiques territoriales pertinentes seront louables !

* Citons le Tiers-paysage, pour parler d’un des plus connus.

Photos Logo de l’URP (c) Pays Ouest Creuse, (c) L. Destrem :  visite des jardins du Mas-Maury à Rempnat dans le cadre des rencontres de Nedde, détail de carte réalisée à Saint-Setiers dans le cadre d’une séance de cartographie.







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