Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ?

18102014

Réforme territoriale : quels enjeux culturels pour le Limousin ? dans Actualité locale blim

Ces dernières semaines, sur fond de débat sur les enjeux posés par le rattachement du Limousin à l’Aquitaine et Poitou-Charentes, l’antenne locale de France 3 a choisi d’interroger plusieurs personnalités limousines sur leur ressenti quant à l’existence et la réalité concrète mais sensible d’une identité limousine. Cette série d’entretiens, qui donne la parole à un écrivain, un ancien président de région, une ethnologue ou encore un paysagiste, met en perspectives plusieurs aspects de la dimension culturelle de l’identité, et donne un nouvel éclairage sur le bien-fondé et les conséquences sociales de la réforme territoriale.

Ce sujet de l’identité, abordé par Maurice Robert dans son dernier ouvrage dans lequel il conceptualise une « limousinité », une qualité limousine, et plus tôt par un ouvrage collectif de Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud (Le Limousin, pays et identités), était déjà l’objet de l’étonnant livre rédigé en 1999 par Yannick Beaubatie. Dans Comment fait-on pour être limousin, dont le nom a été repris par France 3, cet auteur corrézien relevait, mi-amusé mi-indigné, un florilège d’allusions au Limousin et à ses habitants dans la presse, la littérature ou la politique, constitutifs de stéréotypes parfois (hélas) bien ancrés depuis le Pourceaugnac de Molière jusqu’aux raccourcis des rédactions parisiennes. J’avais également brièvement et peut-être maladroitement évoqué la relation entre Limousin humain et Limousin naturel en 2010.

J’ai visionné l’ensemble des propos des enquêtés et essayé de déterminer leur articulation aux perspectives posées par la réforme, qu’il s’agisse de considérations patrimoniales, politiques, écologiques ou plus personnelles.

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  • Robert Savy, ancien président du Conseil régional.
    Celui qui a présidé aux destinées de la Région pendant 18 ans, a déjà fait part de son vif scepticisme à l’égard de ladite réforme, déjà préfiguré dans son ouvrage fleuve sur son parcours politique, Emergence d’une région. Il réitère ses critiques, sur la crainte d’un éloignement préjudiciable entre services, élus et population. Son propos éminemment militant aborde la dimension culturelle et identitaire en filigrane : il estime que cet héritage vivant est un des vecteurs de l’adéquation territoriale entre Limousin culturel et Limousin politique. Mais surtout, que la réforme aura certainement des effets négatifs, non pas sur la cohésion culturelle, mais ainsi, sans doute, sur le quotidien vécu, qui lui-même façonne les traditions de demain.

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  • Jean-Guy Soumy, écrivain.
    Le pilier de la Nouvelle Ecole de Brive rappelle la fréquentation de notre région de « marge » par de nombreux écrivains, venus puiser dans les mêmes paysages, dans la même quiétude. Il serait plutôt intéressant de déterminer si la Région en tant qu’entité politique a pu favoriser la venue de ces artistes. Si c’est peut-être en partie le cas pour les tournages cinématographiques grâce à l’efficace Agence Cinéma, et pourquoi pas pour le maintien d’une quiétude et d’un environnement préservé et valorisé par les politiques régionales, rassurons Jean-Guy Soumy et tous les amateurs de la littérature teintée d’inspirations limousines – mais peut-être pas tout le monde –, le Limousin devrait bien rester une marge de la future région… Quoi qu’il en soit, ce patrimoine sensible ne devrait pas succomber à cet impérieux rattachement.

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  • Alain Freytet, paysagiste.
    Se référant au bel Atlas régional des paysages produit par la DREAL et l’Université de Limoges en 2005, A. Freytet assigne une identité paysagère du Limousin à la centralité du résineux et tourbeux plateau de Millevaches, château d’eau d’un vert territoire qui irrigue autant le semi-bocage de la campagne-parc que les plateaux forestiers. Réaffirmant de façon bienvenue la dimension construite du paysage, Alain Freytet parle non sans lyrisme de la communion entre paysage et communautés. Cette idée a le mérite de soulever la problématique bien actuelle de notre rapport à la naturalité et de l’équilibre à trouver entre les différents usages faits des espaces dits naturels dans une société urbaine. La réforme, en ce qu’elle semble consacrer l’hégémonie des grands pôles métropolitains, est porteuse de risques en la matière.

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  • Philippe Grandcoing, historien.
    Le professeur, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire du Limousin, rappelle avec justesse le destin historique commun de l’ancienne Aquitaine et du Limousin, et le décentrage progressif des Limousins successifs vers l’est ou l’ouest au gré des siècles et des tutelles, nuançant ainsi l’idée d’un Limousin éternel et intemporel. Néanmoins, le Limousin reste un concept culturel relativement ancré, notamment par la succession d’événements historiques fondateurs par leur force et leur ampleur, et par la lecture contemporaine qui continue d’en être faite – l’exemple d’Oradour est parlant. Si l’Histoire ne doit pas être le gouvernail des temps présents, elle l’influence nécessairement, mais si le futur doit effacer ce rapport particulier au passé, ce ne sera sans doute pas différemment qu’en Aquitaine ou ailleurs.

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  • Pierre Maclouf, sociologue.
    Mon opinion est proche de la sienne. A très juste titre, d’emblée il souligne l’ambiguïté et la variabilité du concept d’ « identité », et semble ainsi faire écho aux abus de langage et à la référence un peu facile et bancale faite à la culture dans l’application de la réforme. Il reprend ensuite l’ensemble des éléments qui selon moi aussi sont les maillons de cet « esprit limousin » : le rapport à la ruralité, jamais distancié même quand on est urbain ; le poids de l’Histoire dans les discours et les références d’action ; l’enclavement parfois cultivé par un sentiment paradoxal d’affection/désamour si commun et source de plaisanteries, mais parfois tellement contre-productif parfois. Si cette réforme peut atténuer un peu cet auto-dénigrement patrimonial pour favoriser un élan salutaire de création, ce sera une bonne chose. Le peut-elle ? Le veut-elle ? Et… le voulons-nous ? L’évocation du rôle rassurant des territoires de proximité dans une mondialisation qui contribuerait à flouer les repères est intéressante ; elle renvoie à la triste tentation du repli identitaire, que les futures grandes régions devront prévenir en assurant une bonne répartition des services de proximité et une réelle incarnation des institutions politiques.

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  • Marie-France Houdart, ethnologue.
    Elle tient un discours qui recoupe les propos de l’historien et du sociologue. Elle insiste sur les solidarités, la pauvreté ou le rapport à la religion forgés par des faits sociaux partagés et la même dureté d’un territoire hostile. S’il convient de ne pas céder à la facilité du déterminisme – il n’existe pas d’ethnie limousine, quoi qu’en dise certains parisianistes –, ces idées étayent un parcours similaire des Limousins à travers certaines réalités de l’Histoire (la chrétienté, la guerre, l’exode rural et le voyage), qui ne sont pas pour rien dans certains parcours politiques (M.-F. Houdart a écrit sur la terre de présidents qu’est la Corrèze). Pas de déterminisme, mais pas de fatalité non plus : le futur est à construire, pourquoi pas en accueillant d’autres influences, car il en va de la pérennité non pas de l’espèce limousine, mais de la possibilité de continuer à y vivre.

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  • Chrisitian Moulinard, politologue.
    Figure des plateaux télévisés, le politologue le plus célèbre du Limousin rappelle de façon claire les liens entre culture et traditions politiques, rappelant le fort ancrage à gauche de la région. Son propos soulève la question de la représentativité future des citoyens limousins dans les instances coïncidant avec les nouvelles entités administratives. Combien d’élus limousins à Bordeaux ? Quelle représentation de cette culture politique régionale ? Et au-delà, quelle représentation des intérêts et attentes des limousins ? Un véritable enjeu démocratique.

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  • Laurent Mandon, promoteur de la marque CRIL.
    Si ces objets griffés doivent sans doute leur succès à ce sentiment d’appartenance au même destin d’oubliés du centre de la France et à quelques clins d’œil partagés dans l’imaginaire collectif (l’isolement, l’occitan, l’élevage, le rapport entre anciennes et nouvelles générations), ils sont aussi l’incarnation d’une re-création identitaire, très positivement symptomatique d’une aspiration à créer de la fierté et de l’appartenance par de la nouveauté. Une perspective encourageante pour le futur Limousin, et d’autant plus s’il est noyé, lui et les intérêts de ses territoires, dans une grande région un peu déshumanisée. En revanche, la crainte de « perte d’identité », comme évoqué dans le propos de Pierre Maclouf, doit être rassurée et prévenue.

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  • Jean-François Vignaud, occitaniste.
    Très vive en dépit de sa faible locution, la langue occitane entretient un rapport singulier avec le Limousin. Notamment parce que le terme de « limousin », preuve du rayonnement culturel du Limoges médiéval, a longtemps servi de définition pour parler de l’occitan au sens large, avant d’être supplanté par le provençal. L’aire de l’occitan limousin et le Limousin actuel ne coïncident cependant pas et dépassent nettement sur l’Aquitaine et Poitou-Charentes : à Confolens ou Périgueux, on parlait limousin, alors que ce n’est pas le cas à Gouzon, Bort-les-Orgues (auvergnat) ou Beaulieu-sur-Dordogne (languedocien). La grande région pourra-t-elle proposer des mesures visant à favoriser la visibilité de ce patrimoine commun ? Rappelons au passage que la culture limousine est largement produit de la créativité des élites occitanophones de l’Ancien régime. Ne pas le négliger à l’avenir serait un juste hommage.

Si j’avais moi-même estimé que la réforme telle que présentée ne garantissait que fort mal les perspectives de développement et de juste considération à l’égard du Limousin – comme Robert Savy l’avance à juste titre, j’avais aussi avancé que la dimension culturelle ne devait pas être un facteur absolument déterminant dans la constitution de nouveaux territoires, car les affinités, projets et échanges culturels – et donc les représentations et les attachements – vivent au-delà des limites administratives dans ce qu’on appelle les espaces vécus (ce que souligne Pierre Maclouf). Ainsi, le Limousin havre littéraire tel que décrit par Jean-Guy Soumy ne me semble pas remis en cause par la disparition administrative de l’entité régionale. Pas plus que l’attachement aux traditions politiques et sociales évoquées par Ph. Grandcoing – ou si cela advient, ce sera pour d’autres raisons !

Soyons néanmoins vigilants : si la « limousinité » ne semble pas directement dépendre du bon-vouloir de nos voisins aquitains, il conviendra d’assurer la conduite de politiques équitables, respectueuses des équilibres hérités et des mesures bénéfiques issues des élus limousins, des patrimoines et des pratiques locales, soucieuses d’œuvrer de façon adaptée et sans impérialisme sur l’ensemble des territoires, qui à Boussac, à Ussel ou à Rochechouart, autant qu’à Bordeaux, auront à cœur d’attendre une juste considération et un effectif élan de développement durable… et « aimable » !




> La gare de Limoges chez Stéphane Bern : les enjeux du patrimoine à la télé

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Capture d’écran 2014-07-05 à 10.05.14Il y a quelques jours, il m’a été donné la chance de participer à un tournage télévisuel, à la gare de Limoges-Bénédictins, pour le compte de l’émission « Le monument préféré des Français », qui sera présentée à la rentrée par Stéphane Bern sur France 2.

Sollicité par l’intermédiaire de mon blog, j’ai apparemment intéressé l’équipe de tournage pour le rôle de « fil rouge » que j’allais devoir endosser pour cette expérience. Autrement dit, celui du visiteur privilégié, à qui l’on octroierait le droit très privé de découvrir ces lieux méconnus de la gare, ceux qui ne sont jamais ouverts au public. Grâce à Christine Payen (SNCF), l’historien Pascal Plas, le responsable du « Buffet de Limoges » Alain Guillout, ou encore Eric Boutaud de l’office de tourisme, j’ai pu découvrir la gare sous un autre angle, et j’ai ainsi pu monter dans le campanile au-dessus des horloges, découvrir les travaux de restauration du dôme après sa destruction par le feu en 1998, ou encore arpenter le fameux souterrain autrefois réservé à la Wehrmacht. Des privilèges dont la valeur était pour moi encore plus élevée compte-tenu de mon vif attachement à ce monument et à sa protection.

Le principe de l’émission se calque sur celui du Village préféré des Français, dont la 3e édition a été diffusée tout dernièrement sur France 2. Dans chaque région métropolitaine, 6 monuments sont pré-sélectionnés, et seront présentés dans des émissions quotidiennes en fin d’après-midi. Les internautes peuvent voter pour celui qu’ils préfèrent (un par région) ; celui qui dans chacune des 22 régions aura recueilli le plus de votes obtiendra le droit de « participer » à la dernière émission en prime-time, qui décomptera les monuments ainsi plébiscités et pourra proclamer lequel d’entre-eux est le « préféré des Français ».

DSC_0453Si les votes sont hélas déjà clos – soyez certains que je vous aurais sinon vivement engagé à aller faire votre choix -, je n’en espère pas moins que les Limougeauds et visiteurs auront su reconnaître en la gare de Limoges le plus bel ambassadeur de notre région. Car au-delà de ce goût actuel pour les classements que d’aucuns ont peine à comprendre, je pense que le véritable enjeu de ces programmes – et c’est tout à leur honneur – est bien de replacer au cœur de nos débats l’enjeu de la protection et de la valorisation du patrimoine, une responsabilité collective. La culture n’est pas un enjeu « secondaire » que la crise et les exigences financières devraient reléguer au rang de distraction, ou même de privilège des classes aisées. La culture n’est pas une « thématique », elle n’est pas un dossier isolé et obscur que seuls les spécialistes ou les artistes pourraient défendre. Non, la culture, et avec elle, la défense du patrimoine et la valorisation touristique de ces atouts peuvent entraîner derrière elles l’ensemble de la société dans un élan productif, tant sur le plan économique, que social. Elle est un pilier transversal du vivre-ensemble et du développement durable des territoires, qui participe de l’exercice des relations sociales, de l’apaisement des tensions et de la relance de notre économie. Puissent ces programmes participer de l’affirmation de ces principes ! Car non, les voir comme un dispositif sensationnaliste et de fait réducteur est une facilité : par leur popularité, leur esthétisme, ces programmes participent de la construction d’un paysage mental duquel naissent les sentiments d’appartenance et les attachements ; cette géographie des « belles images » a des atouts dans la conscientisation collective des richesses variées de nos territoires et des enjeux de sa défense.

DSC_0387Parions ainsi que cette émission favorisera d’autant plus la réappropriation par chacun de ce patrimoine monumental, et que par extension elle accélèrera la réouverture au public d’un campanile sécurisé, qui offre sans doute la plus belle vue qui soit sur Limoges. Parions aussi que cette prise de conscience servira d’embrayeur à la protection du « petit patrimoine » qui jalonne nos rues et nos quartiers, et qui autant que les grands bâtiments, est l’expression d’une histoire et d’une culture partagées.

De mon côté, cette participation n’a fait que renforcer mon affection pour Limoges et mon envie d’en défendre et valoriser la diversité patrimoniale. Rendez-vous à la rentrée pour la diffusion !

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Tournage France 2 Gare des Bénédictins
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Un grand merci à l’équipe de tournage, et à tous les participants qui m’ont permis de passer deux journées exaltantes.




> Ces trésors que Limoges ignore encore un peu trop…

27062013

> Ces trésors que Limoges ignore encore un peu trop... dans Actualité locale expressVous avez peut-être pu vous procurer le numéro de L’Express consacré aux « trésors cachés de Limoges », il y a deux semaines. Vous y avez peut-être découvert des lieux et édifices inconnus jusqu’alors. Et vous en avez peut-être déduit, à la lumière et à l’instar de ces révélations, que Limoges devait fourmiller de ces trésors méconnus mais pourtant prometteurs. Deux défis sont sous-entendus par ce supplément documentaire. Le premier, l’équilibre entre considération et valorisation du patrimoine et aménagement et développement urbain. Le second, c’est de bien comprendre qu’au-delà de ces richesses du patrimoine bâti et matériel, Limoges semble regorger de potentiels tout autant cachés mais réels, qu’elle se doit de valoriser, pour elle, ses habitants et sa relation avec l’extérieur.

Il y a quinze jours, donc, le magazine L’Express faisait paraître, dans son supplément local limougeaud, un encart spécialement consacré à la capitale régionale et ses « trésors cachés ». Une initiative intéressante, permettant de faire la lumière sur certains angles méconnus du patrimoine local, et donc, pourquoi pas, d’inciter à un regard plus insistant et plus original sur des éléments qui font l’originalité de la ville. Cette originalité s’incarne d’une part par la très grande diversité, voire disparité des richesses patrimoniales, tant en époques qu’en aspect. Beaucoup de voyageurs et observateurs le remarquent, et ce n’est pas forcément un mal que de voir se côtoyer architecture contemporaine et bâti séculaire quand la cohabitation est harmonieusement négociée. D’autre part, Limoges se distinguerait – et ce n’est pas toujours heureux – par le caractère méconnu et insoupçonné de ce patrimoine. Car si des efforts ont été récemment fournis dans la mise en valeur de certains éléments jusqu’alors minimisés ou mal connus, beaucoup reste à faire (on pense au patrimoine archéologique antique ou au patrimoine industriel).

Le patrimoine, un outil au service de la cohésion sociale

De ces idées jaillit le défi majeur de la gestion du patrimoine : savoir le définir, l’apprécier à sa juste valeur et déterminer les objectifs et intérêts finaux de son appropriation, trouver le bon équilibre entre valorisation et aménagements, avec ce que cela peut supposer en terme de développement touristique et économique, mais aussi en ce qui concerne de réelles promesses sur le bien-être social, la cohésion des populations au-delà de leurs différences. Parvenir à déceler l’intérêt d’une valorisation sur un site sans tomber dans les travers de la muséification, savoir négocier l’inclusion d’éléments patrimoniaux dans un quartier pour en faire un symbole sinon un repère spatial vecteur d’harmonie paysagère et évocateur d’appropriation populaire, ce sont des enjeux majeurs pour faire des quartiers et des villes des espaces où il fait bon vivre et exercer une activité, de façon collective.

fourmontjovis-300x192 dans Aménagement du territoireLe magazine a cru bon parler de certains monuments visitables mais connus (le souterrain de la Règle, la rue de la Boucherie) ou bien moins (le cimetière de Louyat, les thermes de la villa gallo-romaine de Brachaud), et parfois – ce qui est encore plus intéressant – bien moins accessibles, dont le sort est de ce fait délaissé voire ignoré. C’est le cas du campanile de la gare, fermé pour raisons de sécurité depuis 2007, de la crypte Saint-Martial, ouverte et fouillée mais peu avenante, ou des fours à porcelaine subsistants, qui exception faite de celui des Casseaux, dépérissent petit à petit alors qu’ils sont le symbole physique du passé industriel de Limoges. Cette visibilité momentanée doit pouvoir sensibiliser ne serait-ce qu’un peu le lecteur au devenir de pans entiers de notre histoire, de nos références partagées. Autant de supports de cohésion sociale et de dynamisme économique et culturel. Et de fierté, aussi, cela compte…

Un discours politique volontaire et positif et une mobilisation collective au service de l’émergence de fiertés et de secteurs porteurs et salutaires

Mais beaucoup de potentiels restent ignorés ou sous-exploités. Le patrimoine linguistique et artistique autour de la culture occitane écrite et orale en est un que je trouve parlant ! Mais on peut aussi penser aux sujets qui sont davantage des « patrimoines en devenir », des marques de fabrique à créer et à dynamiser, des niches d’excellence en puissance (excellence environnementale, transports en commun, lecture publique, etc.). Des opportunités ont su être saisies dans les domaines de l’eau, du luxe, du droit de l’environnement ou de la francophonie. Gardons-le en tête et soutenons les efforts dans le temps et dans les discours ! Evidemment, il convient d’agir en mobilisant les bons outils et les bons arguments, en écartant récupérations politiques, réécritures historiques et artificialisation des traditions. Limoges (et je parle ici de la ville et de ses populations, bien au-delà des seuls édiles), n’a pas encore bien pris la mesure de toutes ses richesses, et même si en plusieurs points elle est sur la bonne voie, les discours ambiants et les inerties parfois observés sont la preuve que les efforts ne sont jamais assez poursuivis et, surtout, jamais assez partagés ! Et ce partage par tous, il passe à la fois par la mise en place d’outils de démocratie de proximité et par la prise de conscience des riverains.

Photo aérienne : (c) Google : le four de l’avenue Montjovis.




> La mémoire vivante, une nécessité

20052013

> La mémoire vivante, une nécessité dans Actualité locale binitiativelocale

C’est dans une ambiance à la fois chaleureuse et émouvante qu’acteurs et relayeurs de l’Histoire se sont réunis sous la houlette du Conseil régional des jeunes. Témoin du massacre d’Oradour-sur-Glane, résistant, professeurs, historiens et élus, jeunes ou « adultes » : dans la foulée de la cérémonie de commémoration du 8 mai 1945 au jardin d’Orsay, à Limoges, tous ont eu à cœur d’échanger sur les enjeux de la transmission de la mémoire aux jeunes générations. Et à travers ce sujet, rendre compte de l’importance des échanges entre citoyens de tous âges et de la solidarité intergénérationnelle.

dsc_9255-300x200 dans Histoire

Portée par quelques jeunes du CRJ, cette initiative, – les « Rencontres de la mémoire » – entendait pallier la désaffection des jeunes dans les cérémonies de recueillement et leur supposé désintérêt vis-à-vis de cette période de l’Histoire dont chacun connaît les principaux événements mais dont on parle peu au-delà de quelques dates symboliques. Et pourtant, nombre des réalités qui régissent notre société en 2013 sont des héritages directs ou indirects de la Seconde guerre mondiale (l’Etat-providence, nombre de lois, de références morales, d’équilibres politiques, de bâtiments architecturaux, la morphologie urbaine, ou de façon plus triviale, nos jours fériés).

Si ce constat de l’absence des jeunes est propre à tous les territoires, on s’est mis d’accord pour dire que le Limousin, riche d’une histoire récente particulière, n’était sans doute pas la région où les jeunes sont le moins au fait de ce passé et de ses implications contemporaines. Les stigmates des massacres de Tulle ou d’Oradour permettent bon gré mal gré une certaine sensibilisation du public à cette thématique, mais on se demande parfois si le caractère extrêmement singulier de ces drames n’oriente pas un peu la mémoire vers un hommage parfois un peu factice quand il tient du réflexe.

Quoi qu’il en soit, les participants, dont les élus Jean Daniel (pour le Conseil régional) et Cyril Cognéras (conseiller municipal à Limoges) dont on a pu saluer la présence, ont eu à cœur de souligner l’importance de leurs racines familiales dans cette sensibilisation au devoir de mémoire. C’est parce qu’on a pu vivre au plus près de certains sites martyrs, qu’on a côtoyé des grands-parents ou arrière-grands-parents témoins directs de cette Histoire, et que l’on s’engage, d’une manière ou d’une autre, dans la vie publique, que l’on peut parler au mieux des enjeux liés à la mémoire. Elus du CRJ, déjà engagés d’une certaine manière dans la vie citoyenne active, ont perçu les messages de sympathie et d’encouragement des aînés comme un soutien à l’effort permanent en faveur d’un dialogue et d’un échange de compétences entre jeunes et moins jeunes. Mais il faudrait veiller à ne pas animer ces recueillements autour de la seule passion, du seul sentiment affectif, car en dépit de sa sincérité et de sa force, ce sentiment n’est-il pas voué à l’altération, quand témoins ou relais de première main auront disparu ? Ou pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de vivre au plus près d’un résistant, d’un ancien combattant, d’un contemporain de ces pages douloureuses et fondatrices ? N’a-t-on pas déjà la preuve des limites de la transmission quand elle s’articule uniquement autour du partage en famille ? Cela ne suffira pas. Il convient donc de trouver d’autres remèdes. Et il ne s’agit ni de passer pour rétrograde, ni au contraire de tendre au révisionnisme !

Passer par le biais des établissements d’enseignement et des professeurs pour inciter plus fortement les élèves à se rendre aux cérémonies, préalable à leur sensibilisation au devoir de mémoire ? Ce pourrait être une solution, même si l’on hésite toujours à faire de ces moments des contraintes. C’est sans doute à travers un dispositif plus ou moins global et plus ou moins formel, mêlant refonte des programmes scolaires, valorisation de la mémoire dans les discours politiques, et attachement à rendre cette transmission vivante et ancrée dans un contexte contemporain que l’on pourra assurer une réelle vitalité à notre mémoire collective : en connaissant au mieux notre passé, nous pourrons d’autant plus repousser les tentations à la réécriture de l’histoire ou au retour de certains démons, mais également nous aurons les clés pour construire et assurer un monde dont les schémas demeureront inspirés par des idéaux qui ont permis, un jour, le redressement de l’Humanité.

Photo : (c) L.D., 8 mai 2013, Limoges




> Protégeons notre patrimoine industriel !

17012013

> Protégeons notre patrimoine industriel ! dans Actualité locale blim

La perspective de la destruction du logement patronal de l’ancienne distillerie Lacaux, près du Champ-de-Juillet, par un programme immobilier, suscite des désaccords bien légitimes. Six mois après l’épisode marquant de la nécropole de la rue de la Courtine, cette initiative, qui a reçu un avis défavorable de la part de l’architecte des Bâtiments de France, viendrait porter un rude coup à un symbole du passé industriel limougeaud, peu mis en valeur. Un nouveau projet qui fait s’interroger sur la façon dont cet patrimoine est conçu et géré, dans une commune détentrice du prestigieux et exigeant label Ville d’art et d’histoire.

distillerielacaux-300x190 dans Aménagement du territoireSoyons clairs et coupons court aux accusations:défendre l’intégrité de ce site ne revient pas à faire avec nostalgie de la patrimonialisation à outrance et muséifier une ville en stérilisant les terrains. D’une part parce que rien n’empêche (ni la loi ni la morale) pour construire des logements, de supprimer des bâtiments de cette même époque, s’il est reconnu qu’ils n’ont pas une valeur historique et architecturale particulièrement remarquable – et cela peut être le cas ! Ensuite, parce que l’édifice en question est, sans même bénéficier d’un classement spécifique, un élément patrimonial dont la valeur ne devrait plus faire l’objet de débat… Les fiches explicatives du ministère de la Culture rappellent que l’établissement Lacaux, avant de devenir une imprimerie, a constitué l’une des plus grandes distilleries de Limoges à l’aube de 1900. Rappelons que la distillerie et la brasserie ont constitué la principale activité économique agroalimentaire de Limoges, un des principaux secteurs d’emploi industriel avec la porcelaine et le travail textile. Les constructions héritées de cette activité ont, aux côtés des ateliers porcelainiers et des fabriques de chaussures, marqué le paysage du quartier de la place Carnot. Les plus proches de Lacaux se localisaient tout près de ce rond-point : rue de Belfort pour la distillerie du Centre, rue Hoche pour la distillerie Lescuras. A deux pas de là, deux célèbres ateliers de conception de chaussures qui ont exercé leur activité : Monteux, au bout de la rue de Châteauroux, dans le bâtiment accueillant aujourd’hui les archives médicales de l’Armée, et Heyraud, au XXe siècle, sur le site de l’actuel centre Saint-Martial. En outre, les fameux ateliers Haviland ou Bernardaud ne sont pas loin. Un quartier résolument productif, donc.

fourhaviland-300x300 dans DécouverteHélas, la prise en compte des éléments du passé industriel de Limoges, construits entre le XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, autrement dit à une période-clé pour la ville, celle de son essor économique et de l’achèvement de sa mutation d’une modeste ville provinciale à un grand centre productif, pose parfois question. En dépit de la réalisation d’un inventaire assez riche en 2003, et d’un classement de la zone en Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), ce patrimoine se dégrade. L’absence de réelle mise en valeur scénographique et fonctionnelle des bâtiments hérités de cette époque, exception faite du site de Royal Limoges (le four des Casseaux et… le McDonald’s), l’état de délabrement avancé des autres fours à porcelaine subsistant (cf. photo ci-contre, le four Haviland), ou la faible mise en valeur de ce patrimoine, bâti et vécu, dans la muséographie communale interpellent. C’est pourquoi j’en appelle à une prise de conscience et une nouvelle politique de considération de tout cet héritage, ô combien essentiel dans la compréhension de la ville aujourd’hui encore, et la transmission des témoignages du passé, ferments de développement touristique et de cohésion sociale.

Ci-dessous, une carte non-exhaustive mais la plus détaillée possible, localisant les ateliers de production de porcelaine, de textile, de chaussures, distilleries des quartiers des deux gares à Limoges.

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Illustrations : Google Street / Google Maps ; L. Destrem et Open Street Map pour la carte.




> Cinq ans déjà, et ça continue !

10092012

> Cinq ans déjà, et ça continue ! dans Culture 2008-2012-blog-300x259En cette rentrée 2012, en cette reprise de blog, après de longues semaines d’absence, je tenais à reprendre mes activités par un clin d’oeil à tous les visiteurs qui ont lu et parfois réagi (plus de 600 fois) à mes 459 articles publiés depuis septembre 2007. A cette époque, je n’étais qu’un néo-lycéen tout juste engagé en politique (ce qui n’est plus le cas, faut-il le rappeler?), encore sous le charme de la campagne présidentielle, déjà passionné par sa ville. Sans céder au sentimentalisme ou à l’auto-congratulation, je suis fier d’avoir pu rendre compte de mes coups de cœur, coups de gueule et points de vue depuis cette date, et vous remercie chaleureusement d’avoir soutenu ce blog d’une manière ou d’une autre, en me le disant, en me l’écrivant ou tout simplement en me lisant.

Loeilenfriche-300x119 dans DécouverteLa régularité et la qualité de mes articles est sans aucun doute aléatoire, mais force est de constater qu’au bout de soixante mois, ce blog demeure un de mes rares projets personnels à avoir survécu au temps qui passe et au passage du lycée à l’université ! Après les aventures avortées de Géolim et de mon blog L’histoire en chansons, on aurait pu penser que ces rapides désenchantements m’auraient dissuadé de retenter une nouvelle entreprise. Las ! Je vous propose en effet de découvrir le dernier-né de mes pérégrinations photographiques. L’oeil en friche(s) – c’est son nom – est un micro-blog hébergé par Tumblr, la plateforme à la mode, sur lequel je rends compte à travers mes différentes balades de mes aperçus sur les paysages dits « ingrats ». Dépréciés, délaissés, voire tout bonnement rejetés, il s’agit de sites industriels à l’abandon, d’anciens commerces victimes de la grande distribution, ou encore de ruines imposées par l’histoire. Il est évident que je ne cherche ni à enfoncer des territoires souvent fragilisés, ni à rendre compte d’une œuvre très réfléchie. Seulement de rendre compte de l’image que certains espaces, non sans esthétisme, me renvoient personnellement, tels des monuments ordinaires, œuvres du temps qui passe et de notre (dés)intérêt.

Quant au présent blog, il continuera bien évidemment de s’animer plus ou moins régulièrement durant cette année, avec comme fils conducteurs la culture, patrimoine, l’histoire, la géographie, le développement durable et la politique locale (avec en ligne de mire les élections de 2014), et plus que tout, Limoges et le Limousin. Je ne sais pas encore de quoi l’année scolaire 2013-2014 sera faite, puisque je ne serai logiquement plus présent sur Limoges, mais nous n’y sommes pas encore, et j’aurai le temps de repenser ma présence webistique d’ici là.

Encore bonne reprise à tous, et merci de votre fidélité ! N’hésitez pas à réagir à mes publications !

Amicalement,

Lucas Destrem.







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