[PATRIMOINE] – Illustres et inconnus : valoriser les maisons des personnalités

27022018

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Les maisons natales et autres lieux de résidences de personnalités historiques constituent une niche touristique porteuse. A Limoges, peu d’entre-elles paraissent valorisables, mais un effort d’imagination et de médiation peut contribuer à faire de ces bâtiments de bons vecteurs d’intérêt pour plusieurs pans du patrimoine local.

J’ai décidé de consacrer le premier épisode de cette série aux maisons et immeubles dont la notoriété ou la valeur tiennent au séjour plus ou moins long qu’y ont effectué des personnalités plus ou moins connues.

Évoqué par Stéphane Bern lui-même, missionné par Emmanuel Macron en personne pour réfléchir à la sauvegarde du patrimoine français, et friand notoire de l’Histoire dans sa dimension biographique, ce corpus patrimonial est porteur de promesses de rayonnement. Pour peu qu’elle demeure rationnelle, du moins raisonnable, la fascination assez répandue du grand public pour le destin des personnalités, même fantasmé (le succès de programmes télévisés comme Secrets d’histoire ou Un jour un destin en est une bonne expression à mon sens), justifie quoi qu’on en pense l’intérêt des décideurs pour ce filon touristique potentiel… A condition que la valorisation de ces lieux donne aussi à comprendre un peu de l’histoire collective (comprenez : celle des petites gens, de ceux « qui ne sont rien »), et qu’elle contribue à renforcer la visibilité des autres patrimoines.

Les autorités touristiques françaises ont saisi le potentiel de ces endroits en développant des circuits touristiques qui mettent en lien et en lumière la biographie des personnalités historiques par leurs ancrages géographiques, mais qui s’attachent aussi à faire de ces lieux des vitrines plus larges sur les richesses et les spécificités locales.

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Le label « Maison des illustres », lancé par le Ministère de la Culture en 2011, regroupe actuellement plus de 200 établissements dans tout le pays. Au-delà des lieux, souvent remarquables, et des figures historiques, ce programme entend mettre en évidence les collections abritées par les bâtisses.

j demy nantesDe nombreuses collectivités ont par ailleurs développé des circuits qui articulent les différents lieux arpentés par l’enfant (célèbre) du pays ; c’est le cas entre autres de la ville de Nantes, qui dans le cadre de son label Ville d’art et d’histoire, dont Limoges dispose aussi, à créé des parcours consacrés à la vie et à la démarche créative de deux grands noms de la cité, Jacques Demy et Jules Verne.

À l’échelle internationale, le développement du programme « City of Literature » (lancé en 2004 et porté par l’UNESCO au sein du plus vaste projet Réseau des villes créatives, auquel Limoges appartient au nom de l’artisanat depuis 2017) permet d’associer au sein d’une même initiative les lieux des créateurs historiques à la création contemporaine dans une dynamique vertueuse et pourvoyeuse de retombées économiques et sociales qui ne soient pas uniquement touristiques. 28 villes sont actuellement labellisées, aucune en France. Le programme entend valoriser bibliothèques et librairies, patrimoine matériel et immatériel lié à la culture de l’écrit… L’intégration de tous ces lieux à l’offre touristique et culturelle globale entend donc participer de l’attractivité du territoire.

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La valorisation touristique et culturelle de cet ensemble de sites n’est pourtant pas évidente, et ce, pour plusieurs raisons.

La première est sans doute qu’au-delà d’un contingent de personnalités médiatiques, voire télégéniques, ces sites peineront à générer une attractivité touristique conséquente. Quelques grands auteurs, de grandes figures de notre histoire politique ou militaire contemporaine, des souverains et des scientifiques réputés concentrent l’essentiel de l’intérêt du public pour ces lieux.

Ensuite, ces lieux en tant que tels ne font l’objet d’une considération culturelle, donc d’une convoitise économique, que de manière très partielle, et pour diverses raisons (leur valeur esthétique limitée, le fait qu’il s’agisse de propriétés privées et habitées, sans parler des édifices disparus, voire non-identifiés dans la biographie de leur illustre ancien occupant). Et encore faut-il qu’ils aient quelque chose à montrer !

Enfin, ces lieux posent des questions plus morales, les mêmes qui sont posées par l’attribution d’un nom d’homme ou femme célèbre à une rue : l’individu en question est-il soupçonnable d’actes ou d’opinions répréhensibles ? En outre, le pèlerinage auxquels vont s’adonner les touristes les plus fervents peut générer, outre des problèmes de sur-fréquentation, des écarts de comportement, par exemple des tentatives d’intrusion, dont les autorités locales aiment toujours se passer. Cette fascination est-elle toujours acceptable ? Certes, ce risque me semble ne concerner que quelques rares figures à la popularité sans commune mesure avec celles dont Limoges peut se revendiquer.

Justement, qu’en est-il donc précisément à Limoges ?

La ressource apparaît plus difficilement exploitable. Non pas qu’il n’existe pas de personnalités dignes d’intérêt, ni même de personnalités suffisamment connues pour générer une attention au-delà de la préfecture haut-viennoise (on compte au moins Renoir, un des peintres les plus connus au monde) ; mais sans doute les bâtiments en question ne sont-ils pas parmi les plus éloquents. Ce filon là n’a jamais été véritablement creusé par les responsables locaux. La ville n’accueille donc aucune « Maison des Illustres », qui sont par ailleurs au nombre de 5 en Limousin (Edmond Michelet à Brive, Jean Giraudoux à Bellac, Henri Queille à Neuvic, Martin Nadaud à Soubrebost et Louis-Joseph Gay-Lussac à Saint-Léonard). Plus largement, les habitations sont souvent inaccessibles, le patrimoine peu tangible et valorisable. De nombreuses personnalités sont d’ailleurs rapidement parties de la ville sans y laisser de traces ; Renoir, pour en revenir à lui, n’a que très peu vécu à Limoges, et sa famille n’y est pas resté. Les quelques œuvres dont il est l’auteur et dont la ville dispose sont aujourd’hui au musée des Beaux-Arts – et aucune ne représente de scène explicitement limougeaude.

Qu’à cela ne tienne, il existe tout de même plusieurs bâtiments répondant à ce statut de « maison natale » à Limoges, qu’il est possible de voir de l’extérieur, à défaut d’une visite. Le blog maisons.natales.over-blog.com en recense neuf. Le Populaire avait aussi enquêté sur le sujet en 2011. Nous proposons quant à nous une liste de douze noms. Probablement en existe-t-il bien d’autres (il suffit de consulter la liste des personnalités nées à Limoges pour s’en douter). La carte ci-dessous en indique une sélection. Sont aussi mentionnées des maisons où les personnalités ont seulement vécu.

Exception faite de la maison du Maréchal Jourdan, dont le rez-de-chaussée est accessible durant l’été, aucune de ces maisons n’est ouverte à la visite. Cela n’en interdit pas pour autant l’approche, une vision extérieure. Parmi les noms, peu de personnalités véritablement « grand public » ; mais les noms secondaires permettent de lire la ville, son histoire, l’évolution de ses fonctions et de sa culture au fil des siècles. Connaître les lieux de naissance ou de vie des illustres Limougeauds, donne (un peu) à comprendre le destin des Limougeauds moins connus. Cela permet aussi de découvrir quelques histoires méconnues.

carte maisons limoges

Nicolas de la Reynie (1625-1709)
13 rue du Consulat

Premier lieutenant-général de police de Paris, il y développa l’éclairage public, lutta contre les cours des miracles et fit preuve de fermeté dans la gestion de l’Affaire des poisons. Il fut le propriétaire du château de Traslage, à Vicq-sur-Breuilh. Sa maison natale n’existe plus ; son emplacement est celui du magasin Sephora.

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Henri François D’Aguesseau (1668-1751)
15-17 rue du Consulat

Ce personnage historique, contemporain de Louis XV, exerça comme magistrat et occupa notamment le poste capital et très prestigieux de Chancelier de France entre 1717 et 1722 puis de 1727 à 1750, lui donnant la primauté sur tous les projets de loi, et où il s’illustra comme pionnier de la codification du droit. Il fut aussi président de l’Académie des sciences. Son nom et son œuvre sont aujourd’hui méconnues du grand public, mais sa présence parmi les figures représentées dans les médaillons de mosaïque de la façade de l’hôtel de ville de Limoges souligne combien sa ville natale a pu s’enorgueillir de le compter parmi ses enfants.

La restauration du bâtiment, préalable à l’installation de l’enseigne Zara en 2012, a suscité la controverse (voir à la fin de cet article).

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Jean-Baptiste Jourdan (1762-1833)
37 rue du Pont Saint-Etienne

IMG_2439La maison natale du maréchal Jourdan, ouverte au public depuis de nombreuses années par le biais d’un accord conclu entre une association de maquettistes et la Ville de Limoges, est la seule des maisons natales limougeaudes qui soit accessible au public et présentée comme telle aux visiteurs. Pour autant, aucune reconstitution à l’intérieur ne prétend renvoyer à la vie du XVIIIe siècle ni ne renferme aucun objet ayant pu appartenir à son illustre occupant. Le rez-de-chaussée du bâtiment, qui aurait besoin d’une bonne rénovation, est ouvert en période estivale puisqu’il accueille une exposition permanente de figurines et une reconstitution – un peu désuète il faut le dire – de la bataille de Fleurus (1794), fait d’armes magistral et décisif de Jourdan qui sauva la Révolution française. Républicain engagé en politique, Jourdan est également l’instigateur du service militaire obligatoire. Il ne fut jamais en odeur de sainteté avec Napoléon, ce qui n’empêcha pas ce dernier de le faire maréchal d’Empire dès 1804. Jourdan termina sa carrière comme gouverneur des Invalides.

Cette maison gagnerait à être rénovée.

 

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Thomas Robert Bugeaud (1784-1849)
Angle de la rue du Consulat et de la rue Cruche d’Or

IMG_0620Soldat napoléonien d’origine périgourdine, député sous la Restauration, Bugeaud joue ensuite un rôle central dans la colonisation de l’Algérie dans les années 1840. Un temps pressenti pour se porter candidat à la présidence de la République en 1848, il est à sa mort inhumé aux Invalides.

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Michel Chevalier (1806-1879)
20 place d’Aine

Parlementaire du Second Empire, Chevalier est connu comme économiste libéral ; il détint la chaire d’économie au Collège de France en 1841, présida le jury de l’Exposition universelle de 1867 et milita pour la construction d’un tunnel sous la Manche.

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Emile Montégut (1825-1895)
18-20 rue Elie Berthet

montegutEssayiste et journaliste, fidèle critique littéraire à la Revue des Deux Mondes, Montégut fut candidat malheureux à l’Académie française un an avant sa mort. Il est aujourd’hui pour le moins oublié, à l’image du délabrement relatif du médaillon qui l’honore sur la façade de sa maison natale.

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Marie François Sadi Carnot (1837-1894)
14bis boulevard Carnot

Président de la République de 1887 à 1894, Sadi Carnot est peut-être plus largement connu pour son assassinat, fait d’un anarchiste italien, qui lui valut sans nul doute l’inhumation au Panthéon, fait unique à ce jour pour un Chef d’État. Durant sa présidence, Carnot est revenu trois fois en visite officielle à Limoges (je l’évoquais ici en 2012). C’est lors de la première d’entre elles, quelques mois après son élection, en 1888, que fut inaugurée la plaque sur la façade de la maison. Elle omet toutefois de mentionner que l’acte de naissance de Sadi Carnot le fait naître rue Neuve Sainte-Valérie, actuelle rue du Général Cérez, à quelques mètres du boulevard Carnot…

Le boulevard où se situe la maison détient la particularité d’honorer deux personnes différentes selon l’extrémité duquel à laquelle on se trouve (j’en avais déjà parlé en 2008) : le Président, et son grand-oncle Lazare, révolutionnaire et physicien, par ailleurs honoré d’une place dans le quartier des Emailleurs.

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Jules Clarétie (1840-1913)
rue Jules Noriac

Aujourd’hui oublié, quoiqu’une rue de Limoges lui rendre encore hommage, Clarétie fut populaire en son temps ; pilier mondain des Limousin de Paris, auteur de très nombreux ouvrages (romans, nouvelles, pièces de théâtre), dont il place souvent l’intrigue en Limousin, il dirigea également la Comédie française et fut élu à l’Académie en 1888. Il est difficile de déterminer si sa maison natale, étudiée en 1935 par Henri Hugon, érudit local et beau-père de Robert Margerit, est encore visible aujourd’hui.

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Pierre Auguste Renoir (1841-1919)
71 boulevard Gambetta, alors boulevard Sainte-Catherine

Le célèbre peintre mondialement connu n’a passé que les trois premières années de sa vie à Limoges, où ses parents exercent respectivement comme tailleur et couturière.

L’immeuble résidentiel – pas le plus élégant du boulevard – accueille désormais notamment des bureaux d’avocats.

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Maryse Bastié (1898-1952)
20 rue Maryse Bastié (ancienne rue de Beaumont)

Maryse Bastié commença comme piqueuse sur cuir dans une usine à chaussures. Louis Bastié, son époux, l’initie à l’aviation, dont elle va devenir une figure emblématique. Encouragée par Mermoz, elle se lance et bat un premier record de traversée de l’Atlantique sud en 1936, mais meurt lors d’un meeting aérien à Bron, près de Lyon. Dès 1953, le conseil municipal de Limoges décide de donner son nom à la rue où se situe sa maison natale. Celle-ci n’existe plus mais une petite plaque en marbre l’évoque, détonant un peu sur le portail d’un pavillon contemporain…

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Georges-Emmanuel Clancier (né en 1914)
7 rue Bernard Palissy

Cette figure de la littérature et de la poésie françaises contemporaines, connu pour sa fresque limougeaude Le Pain noir, et reconnu par l’Académie française qui lui a décerné son Grand prix de Littérature en 1971, est né dans une bâtisse de la rue Bernard Palissy, dans le quartier Montmailler, qu’il évoque dans L’Enfant double, en 1998, comme rappelé sur le site GéoCulture : « Notre rue n’était pas tellement passante, sauf aux jours de foire, car elle reliait précisément le champ de foire à l’une des deux gares de la ville : la gare Montjovis. De sorte que ces jours-là, dès avant l’aube et jusqu’à la nuit tombée, il régnait dans la rue une étrange affluence (…) ». Aujourd’hui plus que centenaire, Georges-Emmanuel Clancier réside à Paris.

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Citons plus rapidement Léon Faucher, ministre de l’Intérieur de Louis-Napoléon Bonaparte, né place des Bancs, le médecin Jean Cruveilhier, qui vit le jour dans l’ancien quartier du Verdurier, ou encore le général d’Empire Martial Beyrand, natif du boulevard Gambetta. D’autres « célébrités » limougeaudes, comme le révolutionnaire Victurnien Vergniaud, l’ingénieur ferroviaire Paulin Talabot ou le sculpteur Henri Coutheillas, attendent peut-être encore les recherches qui révèleront au grand public le lieu de leur venue au monde…

 

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Les mœurs changent, et désormais bien rares sont les naissances à domicile. Le concept de « maison natale » a vécu. Il sera toutefois toujours possible de valoriser les lieux de vie. D’autres recherches nous permettent d’identifier quelques maisons qui l’espace d’une nuit ou pour toute une vie, ont accueilli des noms plus ou moins connu du monde des arts ou de la politique… Tel est le cas de l’écrivain japonais Shimazaki Toson, encore aujourd’hui très célèbre dans son pays qu’il avait fui pour un scandale de mœurs, en 1914. Exilé en France, il fut hébergé quelques semaines au 107 rue de Babylone dans une maison arborant une plaque commémorative qui mériterait un peu de pédagogie et de nettoyage (voir photos ci-dessus). De ses écrits de l’époque nous restent une description de la ville et de ses habitants, consignés dans L’Étranger, alors que la Grande guerre vient d’éclater (à consulter sur GéoCulture).

« Sur la rive opposée, sur le terrain en pente, on entrevoyait, à travers les arbres, des maisons rustiques alignées, ainsi que des jardins cultivés. [...] De la fenêtre, j’apercevais le chemin de Babylone à travers des treilles que recouvraient des sarments. Sur la colline, la prairie s’étendait jusqu’au bord de la rue et il arrivait que se reflètent, dans les vitres de la fenêtre derrière laquelle j’écrivais, les têtes des vaches qui s’avançaient jusqu’au bout du rocher rouge. »

Citons aussi le créateur Jean-Charles de Castelbajac, longtemps installé dans un atelier du quartier de la Cité, devenu restaurant (« Chez Nous »), ou l’artiste dadaïste autrichien Raoul Hausmann, qui vécut au 80 rue Aristide Briand avant de finir sa vie dans un appartement de la rue Neuve Saint-Etienne, devant lequel une inscription déjà très dégradée a été installée il y a quelques années par la Ville de Limoges… Une réfection au profit d’un matériau plus adapté s’imposerait. Heureusement qu’un panneau plutôt réussi complète l’installation.

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Que faire ?

La mise en place d’un circuit touristique thématique pourrait être étudiée. Le scénario de ce parcours pourrait suivre une évocation parallèle de ce que ces lieux et de leurs occupants soulèvent en termes de styles architecturaux, de mouvements artistiques et politiques, d’événements locaux à portée nationale… Par exemple, la maison natale du maréchal Jourdan, typique de l’architecture à pans de bois du quartier de la Cité. Ou le cas de la maison natale d’Aguesseau, emblématique du recours controversé au façadisme des rénovations du début du XXIe siècle (l’intérieur originel n’a pas été conservé quand l’enseigne Zara s’est installée, causant notamment la disparition de boiseries dont la préservation avait pourtant été promise).

Une animation par le biais d’une programmation occasionnelle du service Ville d’art et d’histoire et de l’Office du tourisme, suivant le modèle de la balade « sur les traces de Balzac » organisée lors de Lire à Limoges au printemps 2017, pourrait s’envisager et compléter de façon plus attractive l’interprétation de ce patrimoine. Les noms les plus connus pourraient être retenus en priorité. Le principe des balades théâtrales conçues par le service Ville d’art et d’histoire autour de certaines de ces « célébrités » (Aliénor, Raoul et leur suite…) pourrait être reconduit et étendu.

Les personnalités, célèbres ou non, sont toutes à l’œuvre dans la construction du patrimoine commun ; les considérer et en valoriser l’histoire, ce que celle-ci porte de résonances collectives, c’est aussi participer de la cohésion de la société.

Prochain épisode : Ils sont Monuments historiques… et on ne le savait pas !

Crédits photo : Ministère de la Culture ; Ville de Nantes ; Edinburgh City of Literature ; Google Street View ; L. Destrem (carte, photos de la maison de T. Shimazaki, de R. Hausmann, de Bugeaud  et de Jourdan).




> Une nouvelle série thématique à suivre…

29012018

patrimoines meconnus

Me voici de retour pour lancer une petite série thématique, que j’envisageais initialement estivale. Comme je vous avoue trouver de moins en moins de temps à consacrer à ce blog, ce nouveau feuilleton ne sera pas borné dans le temps, et constituera un work in progress à l’issue indéfinie… Cela devrait me permettre de matérialiser mon attachement perpétuel à l’égard du Limousin, et de concilier sans trop de contraintes les différents (et futurs) engagements qui aujourd’hui et demain, occupent et occuperont mes journées…

Par cette invitation à la déambulation, par ce carnet de voyage de proximité, je vais chercher à vous proposer, chers lecteurs, amoureux de Limoges et de cette « terre du milieu » confirmés ou en devenir, mais aussi à vous qui considérez que cette ville n’a que peu de choses à montrer, de regarder différemment le paysage et l’histoire de l’ex-capitale limousine. L’idée est aussi d’en saisir, par cette découverte d’un patrimoine méconnu, les forces cachées et potentiels de développement, à même de garantir une qualité de vie, une curiosité partagée, un dynamisme économique et culturel appréciables. Peut-être décèlerez-vous donc de surcroît dans mon propos – mais ce n’est pas nouveau – une forme d’interpellation des décideurs locaux, une invitation à ce qu’ils prennent en considération ces richesses, ces spécificités*. À l’heure où se joue le sort de lieux cruciaux comme la place de la République ou les bords de Vienne, qui s’apprêtent à changer, renouveler leur visage, et alors que la ville doit trouver sa place dans une région sans doute un peu trop grande pour elle, toutes les occasions me paraissent bonnes pour rappeler combien Limoges et ses alentours détiennent un patrimoine riche et à exploiter, et que chacun doit pouvoir en profiter…

Premier épisode à suivre très prochainement, consacré aux maisons de personnalités historiques, à leur valeur patrimoniale et à leur potentiel touristique.

*A ce titre, cette série prolonge les réflexions et les valeurs que j’ai souhaité défendre avec mes camarades de l’association 55 citoyens pour Limoges dans un dossier thématique consacré au patrimoine urbain de la ville de Limoges, présenté en 2014 à la municipalité, resté lettre morte. Les propositions que je ferai sur mon blog s’inspireront de l’esprit de ce dossier, mais bien entendu je n’engage nullement sans leur assentiment les autres adhérents de l’association, association dont les positions sont régulièrement présentées sur le blog http://55pourlimoges.unblog.fr.




> Revue littéraire : Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyoux

25092016

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1507-1Sorti au printemps dernier, Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyoux, brosse un portrait de quelques-uns de ces coins de France à la réputation aléatoire. Pari intéressant que d’aborder une nouvelle fois la question des imaginaires géographiques en se confrontant directement à l’expérience du terrain et de la rencontre. Le résultat sera-t-il à la hauteur du défi ?

Elles sont douze à avoir été arbitrairement sélectionnées : Mulhouse, Vesoul, Guéret, Cholet, Vierzon, Cergy, Saint-Nazaire, la vallée de la Fensch, Verdun, Maubeuge, Châtel-Guyon et Draguignan. Vincent Noyoux a choisi, au fil d’une année, de s’y rendre pour vérifier si ce que l’on en dit de plutôt mal – isolement, ennui, laideur, misère… – est vrai. Deux ou trois jours sur place, à chaque fois. L’expérience est bien entendu subjective : certaines contrées ont moins de chance que d’autres au sens où elles seront visitées un jour de pluie, en plein novembre, un jour de fermeture des magasins… Qu’importe. On compte davantage sur l’engagement et la bonne foi du narrateur que sur sa bien-pensance, pour déceler le positif qui sommeille en ces petites cités.

D’emblée, on doute, car les poncifs sont bien présents. Parlant de Mulhouse : « on n’y trouve pas de bars branchés ni d’abbayes classées. (…) On n’y croise aucune célébrité. » (p. 8) Mais rapidement, la subtilité du style dénote le volontarisme de Vincent Noyoux à trouver ce qui peut plaire en ces villes. Non, ce n’est pas dans le guide touristique décalé que donne l’auteur, car celui-ci ne se prive pas de critiquer ce qui ne lui plaît pas. Mais on le sent réellement touché par ces villes dépréciées, et c’est cette sincérité, qui transparaît dans les passages très bien racontés, les émerveillements non feints, les surprises communicatives de ce road trip personnel et attachant, qui nous prouve qu’un a priori peut ne pas résister à qui sait le questionner.

On se délectera d’une sorte d’éloge de la curiosité : Vincent Noyoux se frotte à ce qu’il ne connaît pas, ce dont on parle beaucoup sans chercher plus loin, ce qu’il craint, même. On pense ici à Cergy la banlieusarde : « l’imagination s’enflamme vite et l’on en veut aux journaux télévisés, au rap, aux films brûlots sur la banlieue autant qu’à soi-même de se laisser déborder par cette paranoïa pyromane », p.61. Certes, Vincent Noyoux n’est pas tout à fait un français moyen, il est journaliste de voyage et on se dit que c’est aussi dans son métier et dans son ADN que d’aller à l’encontre de ses préjugés. Mais peu importe, ici, l’aventure personnelle, le défi personnel surpassent largement l’expérience professionnelle car on parle bien moins de patrimoine conventionnel et de crise économique que de rencontres, d’échanges et de petits plaisirs quotidiens. D’ailleurs, n’ose-t-il pas snober la gastronomie locale à Vesoul pour y préférer un étonnant et chaleureux restaurant roumain ? Préférer au discret patrimoine historique choletais les usines Pasquier ou les improbables œuvres d’un artiste contemporain local ? Descendre en règle le musée de l’Hôtel-de-ville de Mulhouse pour préférer se rire de sa déambulation de néophyte entre les voitures du musée de l’Automobile ? Décevant ? Pas du tout ! On parle ici d’un tour de France des villes incomprises : il convient donc de les décrypter, de les amadouer, de les ménager, et en aucun cas de servir une carte postale surannée et bien-pensante. « Mulhouse [et tout ce livre, ndlr], c’est d’abord un grand bras d’honneur à Jean-Pierre Pernaut » (p.12).

ob_6489f7_1Le livre se lit facilement, c’est un dialogue entre l’auteur et son lecteur. Le propos est certes parfois un peu politique, par exemple quand il s’agit de requestionner le modèle de la ville-nouvelle avec Cergy, de regretter les errements de l’économie touristique qui ose vendre une « terrine du Poilu » à Verdun, ou de déplorer l’endormissement des villes évitées par les autoroutes et lâchées par leurs petits commerces. Mais jamais trop, de sorte que le bouquin reste un livre de voyage plutôt plaisant.

Et puis c’est souvent drôle, en tout cas bien assez subtil pour que l’on ne s’offusque pas des railleries de l’auteur : « à quoi ressemble une forêt de sapins quand on lui retire ses sapins ? Probablement à quelque chose comme la Haute-Saône » (p.28) ; « Vesoul (…) ça évoque une ventouse qui n’adhère plus » (p.28) ; « Vierzon est une petite ville de 27 000 âmes située aux portes de la Sologne et aux portes de la Champagne berrichonne. Rester aux portes de tout est le propre des paillassons, mais on ne s’est pas toujours essuyé les pieds sur Vierzon. » (p.92). On pense aussi au film Bienvenue chez les Ch’tis présenté comme « documentaire des plus rigoureux sur la pluviométrie dans le nord de la France » (p. 197), ou à cette pauvre « Maubeuge à la vie nocturne de Pluton » (p. 203).

DSC_0089Et au moment où se dit que non, il va trop loin (Guéret, qui au passage n’est pas la ville la mieux sauvée du livre, comparée à « un œil crevé sur le plus ravissant des visages » (p.43) nous rappelle tristement l’épisode Technikart, et on compatit aussi avec la Fensch quand l’auteur croit voir dans l’encadrement d’une porte la Mort en personne, p. 153), on se rassure en réprimant un sourire à la lecture d’une blague un peu lourdingue sur cette préfecture du nord-est, en se disant que ses habitants se moqueront sans doute aussi gentiment de cette ville du sud-ouest… On rira notamment du festival de blagues absurdes sur Vesoul (p.31). Même quand on peine à trouver des éléments réellement positifs – on pense à la longue et sinistre description de la vallée de la Fensch ou la déprimante présentation de Maubeuge -, la qualité de la propose et l’application à parler des gens, et même à s’effacer derrière leurs pensées à eux, rend belles ces contrées. L’humour, d’ailleurs, permet souvent de relativiser les inconvénients de ces villes et rabat les clichés : « Ce jour-là, il est gris, comme partout ailleurs en cette saison » (p.31).

On rend de discrets hommages à ces citoyens ordinaires, qui se battent pour réhabiliter leurs villes. Des plus attendus : les guides-conférenciers, les commerçants, un blogueur à Vierzon, les Creusois échaudés par la provoc’ parisianiste de Technikart, le chanteur Anis à Cergy… Aux plus improbables : un papetier militaire à Draguignan, un boucher halal fan de fortifications Vauban à Maubeuge, et même les basketteurs américains du club de Cholet.

Capture d’écran 2016-09-25 à 01.07.53L’auteur parvient-il à réhabiliter ces villes ? Sans doute ceux qui n’étaient pas convaincus ne le seront pas bien davantage car ces villes ne recèlent aucun grand monument ou grand festival (l’auteur le dit d’emblée !), mais ceux qui savent lutter contre leur préjugé sauront déceler, entre les lignes, les émotions qui auront animé l’auteur. Ambiance industrielle à Mulhouse ou dans la Fensch, ambiance morbide à Vesoul, immersion picturale et littéraire à Guéret, aventure pleine de risques dans une friche cergyssoise, : on peut aussi comprendre le propos du livre comme un plaidoyer pour une curiosité subtile, ni voyeuriste ni misérabiliste, en somme pour un tourisme différent, alternatif, plus sincère et moins automatique. « On ne juge pas seulement une ville par la qualité de son patrimoine ou de ses espaces verts, mais par une foule de ressentis liés à des détails anodins : une poubelle renversée en pleine rue, le sourire d’une passante, une mauvaise toux attrapée sur une place ventée, le pain trop sec au restaurant. Une bonne séance de cinéma peut sauver un séjour. » (p. 203). Notre pays est « une mosaïque de lieux secondaires, ingrats de prime abord, décevants parfois, mais essentiels. Ils permettent au touriste de respirer, de souffler un peu entre un château et une  »ville d’art et d’histoire ». Ils rappellent surtout que la France a une histoire : telle vallée sinistrée ne l’a pas toujours été ; telle station thermale a connu des jours meilleurs ; tel port a connu un âge d’or. La population est partie, les centres-villes s’étiolent, mais ces lieux ont encore quelque chose à nous dire. Il suffit de savoir les écouter. ». « Un lieu n’est insipide que parce qu’on l’a décidé. » (p. 217)

EDIT : fichier pdf La contribution du Populaire qui rend justice à la vie étudiante guérétoise. :-)

Photo : le 12:45, M6. La gare de Guéret (L.D., 2015). Cergy (L.D., 2016).




> Vers un label Capitale française de la culture ?

20072016

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L’ancien directeur du festival d’Avignon, Bernard Faivre d’Arcier, défend dans une tribune parue dans Télérama le principe d’une « Capitale française de la culture » tous les deux ou trois ans. Un concept qui paraît éculé et qui pourtant me semble prometteur, s’il peut concerner les villes de moins de 200 000 habitants, s’il encourage bien un mouvement de décentralisation culturelle et politique, s’il associe les universités et le monde de l’entreprise, et s’il permet une juste participation du grand public à un événement dans lequel il pourrait se retrouver et trouver fierté et reconnaissance. N’est-ce pas aussi un peu le rôle de la culture ?

Alors que le magazine prépare cette année ces « Etats généreux de la Culture », grand débat se voulant participatif devant énoncer des priorités en matière d’accès à la culture et de démocratisation de sa gouvernance, cette idée est a priori un peu tarte à la crème tant le concept des nouveaux labels semblait avoir été éprouvé. À titre d’exemple, je crains que l’inflation des métropoles labellisées French Tech ne soit qu’un gage donné aux « petites » métropoles qui ont peu face aux grandes qui ont déjà beaucoup.

capitale francaise de la culture

Les agglomérations susceptibles de candidater. (Carte : L.D., 2016).

Ici toutefois, le concept est différent, et c’est ce qui me convainc. L’idée d’une Capitale française tous les deux ou trois ans, dans une ville de 100 ou 200 000 habitants, me paraît garantir l’attention sur un écosystème particulier à chaque fois, limitant ainsi les effets pervers d’une féroce concurrence. Et ce concept me semble tout à fait pertinent dans une stratégie de rééquilibrage territorial à rebours des positions anti-rurales ambiantes, comme dans l’optique d’une réconciliation nationale autour d’un projet collectif et positif, générateur de retombées économiques comme d’émulation intellectuelle.

Au moins trois constats ou positions retiennent mon attention et me font adhérer à la démarche :

  • le fait que l’argumentation prenne acte de la sur-représentation parisienne dans les grands projets événementiels auxquels la France candidate (JO, Expo universelle) et dans les grands projets d’aménagement d’intérêt national (Grand Paris). Voilà enfin l’occasion de valider et prolonger le timide élan de décentralisation culturelle enclenché par le Louvre-Lens et le Centre Pompidou-Metz. Ici, on irait plus loin en inscrivant au cœur des petites et moyennes métropoles de province un événement fédérateur susceptible d’attirer attention et investissements pérennes. L’enjeu est majeur pour un système de décision culturelle qui, peut-être encore davantage que les systèmes politique ou économique, souffre d’un réel parisianisme. Alors, dans cet élan, peut-être pourrait-on penser qu’un nouveau mouvement de décentralisation, moins matériel et plus « philosophique », toucherait de façon salutaire les élites de notre pays. Nous pouvons l’espérer : l’un des critères du projet est d’associer un grand équipement culturel parisien à la candidature provinciale.
  • Organiser un événement susceptible de rassembler entreprises, universités et institutions publiques dans un territoire où, modeste taille oblige, les connexions ne sont pas forcément aussi efficaces que dans les plus grandes villes. Outre le fait qu’il rende justice aux collectivités volontaires dans le domaine de la culture en donnant une visibilité nationale voire européenne à leurs projets, il permettrait d’associer l’ensemble des « forces vives du territoire » à cette dynamique. N’est-ce pas le meilleur moyen de lutter contre les préjugés et de contrer les tristes perspectives qui s’annoncent pour nos universités ? N’est-ce pas un bel appel aux investissements ? Un territoire qui valorise la culture est un territoire accueillant !
  • Le fait que parmi les critères d’éligibilité, interviennent la « durabilité » ou la « participation citoyenne ». Des critères éminemment importants en ces temps troubles où les incertitudes se multiplient autant sur notre capacité à anticiper l’avenir que sur notre volonté de renouveler en profondeur notre démocratie bien fatiguée. C’est à ce titre que le concept de Capitale française de la culture diffère des Capitales européennes de la Culture : en ne soumettant pas la relation de proximité et les effets sur le long terme à l’idéal de rayonnement et à l’effervescence de la fête.

Il s’agira toutefois d’être prudent. En plus de ne pas tomber dans la surenchère financière, il conviendra également et impérativement de prévenir les autres potentielles dérives des grands événements culturels, qui d’ailleurs bien souvent ne sont pas étrangères aux dérapages budgétaires : entre-soi favorisant l’exclusion et le cloisonnement social, privilège des grands noms au détriment des créateurs locaux, usage d’un marketing débridé, infrastructures et investissements sans lendemains ni réutilisation possible, sur-domination de l’urbain dans les projets et territoires mobilisés (Marseille-Provence 2013 avait cependant réussi à intégrer l’ensemble des Bouches-du-Rhône dans son dispositif, notamment par le biais d’une grande randonnée périurbaine).

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Enfin, il me semble essentiel que les villes honorées par ce label ne soient pas déjà les grosses locomotives des flux culturels français. Je retiens avec intérêt le fait que les anciennes capitales européennes de la culture (Avignon, Lille, Aix-Marseille) soient retirées de la liste des impétrantes, au moins dans un premier temps. De la même manière, il me semblerait incongru et peu productif de propulser une ville comme Nantes, dont le tissu culturel très dynamique ne me paraît pas en attente d’une telle reconnaissance. Faisons donc de ce label un agent de mise en commun des énergies créatives, qui puisse humaniser un peu cette métropolisation dont on aimerait qu’elle soit un peu moins fracassante…

Capture d’écran 2016-07-20 à 14.54.18Limoges a toute sa place dans ce projet. Riche d’une histoire culturelle et artistique enviable de l’abbaye Saint-Martial aux Francophonies, bénéficiant en dépit des difficultés budgétaires d’un réseau d’acteurs culturels dynamiques (présence d’une école nationale supérieure d’art, centres culturels municipaux et théâtres privés, créateurs dans les domaines de l’émail ou de la porcelaine ou tous ceux mis en exergue par les PechaKucha, festivals de qualité), la ville et l’ensemble du territoire auraient beaucoup à gagner : émergence d’un projet positif et porteur pour une ville en mal d’image, effet d’entraînement sur l’aménagement urbain (l’art peut investir nos rues) et – on est en droit de l’espérer – les relations ferroviaires, relance du pôle d’enseignement supérieur, multiples occasions de projets d’éducation populaire et de projets pédagogiques pour les écoles… Nos élus sauront-ils faire preuve de la perspicacité nécessaire pour engager Limoges dans ce processus ? Toutefois n’attendons pas tout d’eux : c’est aussi à nous, citoyens, de faire nôtre ce projet, de le faire connaître et de le rendre convaincant !

Il va sans dire que certains grands édiles en quête de reconnaissance politique et avides de compétition métropolitaine auront à cœur de se saisir de cette idée et de rivaliser d’annonces à peine électoralistes. Il sera donc nécessaire que, dans l’esprit de ces Etats généreux de la Culture, la société civile des « créatifs », et au-delà l’ensemble de la société civile, se saisissent de ce projet pour en faire une perspective résolument co-construite. Déjà formulée il y a quelques années et depuis (et récemment) activement étudiée et débattue par les chercheurs, experts de l’urbain et élus de grandes villes susceptibles de pouvoir candidater, cette proposition pourrait être étudiée par le gouvernement cet été. Quoi qu’il arrive, elle doit être inscrite à l’agenda de la prochaine campagne présidentielle.

Loin de la position tristement caricaturale distillée par le Chef de l’Etat et son Premier ministre à l’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin en 2014, il s’agirait ici non sans artifices de consacrer les acteurs culturels dans le rôle politique que l’on devrait toujours leur reconnaître : celui d’oeuvrer au service du bien vivre-ensemble des populations dans leurs territoires, même en Province !

Photos : Visuel du sentier de grande randonnée périurbaine GR2013, mis en place par des artistes dans le cadre de Marseille-Provence 2013 (c) Lola Duval. - Urbaka à Limoges, 27 juin 2015 (L.D.).




> Des gares culturelles et patrimoniales comme moteurs de leurs territoires

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Capture d’écran 2016-06-22 à 23.51.25Le 13 juin dernier, je participais à Paris, dans les locaux de Gares&Connexions, à une journée de séminaire intitulée « Quand la culture s’invite en gare : art, patrimoine et créativité en partage ». Organisée dans le cadre de la Chaire Gare, programme de recherche-action conduit entre autres par l’ENTPE et Gares&Connexions, cette journée réunissait de nombreux experts travaillant le croisement entre création artistique, action culturelle et valorisation patrimoniale. Venue clore un cycle de trois journées dont les deux premières étaient consacrées au numérique et aux nouveaux services en gare, cette journée a permis de découvrir plusieurs initiatives intéressantes d’inclusion de l’art dans les gares ferroviaires, éclairées du regard et de l’expérience d’universitaires français et étrangers.

A travers les cinq axes développés par la SNCF dans sa réflexion sur cette transition culturelle – la gare comme vitrine, comme scène ouverte, comme galerie, comme résidence ou comme objet engagé –, il s’agissait selon les mots de Nacima Baron, géographe qui pilote la Chaire Gare, de comprendre la culture « comme stratégie d’insertion des gares dans leur environnement urbain », et donc de penser la gare comme une « ressource » dont les potentiels peuvent dépasser la seule fonction transport. Bien entendu, les gares ne sont pas des lieux anodins : il faut faire avec de nombreuses contraintes d’exploitation industrielle, souvent peu compatibles avec l’irruption d’oeuvres d’art ou d’animations culturelles, tandis que la patrimonialité, parce qu’elle est inhérente à la gare, peut davantage s’affranchir de ces considérations.

Parmi les initiatives présentées,

  • celle portée par AREP et l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de Saint-Etienne autour de la gare Carnot à Saint-Etienne, où a été réalisé avec les usagers un diagnostic sensible de cet équipement dégradé et pourtant fréquenté, dans l’optique de son renouvellement ;
  • celle du Hasard Ludique, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où un collectif spontané s’est vu attribuer par la Ville la gestion de l’ancienne gare Saint-Ouen, maillon de l’ancienne ligne de la Petite Ceinture, friche bien connue des amateurs d’urbex et de paysage. La gare, abandonnée depuis des années, est réinvestie par le collectif et les riverains, et devrait accueillir prochainement un lieu de rencontres et de concerts. Paul Smith, du Ministère de la Culture, invitait néanmoins les porteurs du projets à constater que la suppression du terme « gare Saint-Ouen » dans le nouveau projet constituait un gommage de patrimoine, et en dépit de la qualité et de l’enthousiasme communicatif des porteurs du projet, on était bien en droit de s’interroger sur la volonté apparente de rompre sémantiquement avec le passé ferroviaire du site (même si le projet dans sa globalité ne manque pas d’intérêt, loin de là) ;
  • le travail d’Isabelle Gournay, chercheuse à l’Université du Maryland, sur les petites gares ferroviaires américaines, qui montrait la qualité des reconversions de ces bâtiments quand ils perdent leur fonction ferroviaire, mais aussi de leurs valorisations quand ils la gardent ! Un tabou que la France a du mal à franchir en dépit du dynamisme persistant de son réseau et des idées qui y foisonnent.

Mais quelle peut être la valeur ajoutée des gares dans cette entreprise d’inclusion culturelle qui s’incarne autant dans l’entrée des objets de culture dans les gares que par la révélation de la dimension culturelle et patrimoniale de celles-ci ? Même si cela peut constituer une séduisante porte d’entrée vers les plus classiques institutions culturelles, considérer les gares comme de simples extensions (ou objets) de musées ou de galeries, penser leur muséification comme une parade à leur désaffection en tant que pôle de desserte et d’échanges ne saurait constituer une solution acceptable. Halte à la gentrification : les politiques culturelles doivent associer le plus grand nombre. En outre, la culture ne doit pas être présentée comme un alibi justifiant la déprise ferroviaire : les gares ne peuvent-elles (aussi) demeurer vivantes par leurs trains ? Comme l’avançait assez justement je crois Paul Smith, le meilleur moyen de préserver la patrimonialité des gares est bien d’en sauvegarder la fonction première. Et même si dans l’autre sens la valeur patrimoniale des gares ne paraît pas à elle-seule pouvoir justifier le maintien d’une desserte, au moins contribuera-t-elle à sensibiliser les décideurs (élus et SNCF) à l’attachement des habitants et usagers à ce symbole de l’urbanité et du service public. Je pensais fortement ici au cas de notre télégénique gare des Bénédictins dont la valorisation patrimoniale doit être un effort permanent – nous devons notamment nous engager à remettre en accès public le campanile, symbole urbain et lieu d’histoire pourtant fermé pour raisons de sécurité depuis près de dix ans.

C’est donc parce qu’elles sont avant tout des lieux de passage et de rencontres, « éléments du territoire » (J.-B. Marie) et fruits d’une histoire dans lesquels elles s’inscrivent, que les gares s’avèrent inspirantes. En ce sens, au-delà des foires et performances professionnelles, je pense que les gares doivent penser l’intégration culturelle par deux prismes que sont la création et le patrimoine quotidien. Faire des gares des lieux de révélation de la création locale (celle des acteurs du territoire, des cheminots aux artistes locaux) ; et en réaffirmer le statut de bien commun dont on révèle et partage la patrimonialité quotidienne mais véridique : voilà deux moyens de préserver le rôle moteur des gares dans notre espace vécu.

Les organisateurs en ont appelé à la création d’un Atlas des gares-phares dans cette inclusion culturelle urbaine. Puissions-nous espérer que les acteurs du Limousin et de la grande région sachent saisir cette double opportunité de se présenter comme territoires-pilotes innovants et d’oeuvrer à la régénération des espaces urbains via les équipements existants.

Un moyen de réaffirmer les gares comme lieu de vie, qui au-delà de leur fonctionnalisme le plus pragmatique, savent rayonner et entraîner leur territoire, d’une échelle micro-locale et à une échelle régionale, dans une dynamique vertueuse.

Photo : la gare de Limoges au parc France Miniature, L.D. 2016.




> Revue littéraire : Oradour après Oradour, de D. Danthieux et Ph. Grandcoing

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C’est d’un ouvrage historique et local dont je souhaitais vous parler pour cette troisième « revue littéraire ». Paru en tout début d’année 2015 dans la jolie collection « Approches » des éditions Culture & patrimoine en Limousin, l’Oradour après Oradour de Dominique Danthieux et Philippe Grandcoing s’attèle à un monument de notre paysage mémoriel et patrimonial régional. Les auteurs en conviennent d’emblée et sans peine, tant on a déjà écrit sur Oradour : il serait sans doute vain, au pire cela relèverait-il de l’indécence, que de proposer un énième ouvrage racontant le déroulement du massacre. C’est donc avec beaucoup d’attention qu’il convient de s’intéresser à ce nouveau travail qui entend traiter de l’« après », les décennies de la mémoire qui ont suivi 1944 jusqu’à aujourd’hui.

La présentation s’articule autour de trois verbes qui matérialisent chacun un aspect de la gestion technico-politique de cet « après » et de l’intellectualisation post-traumatique : « conserver », « reconstruire », « commémorer ».

Trois principaux éléments de valeur ajoutée me semblent transparaître à la lecture du livre :

  1. Une histoire inédite de l’après-10 juin, ou comment rendre justice à l’Oradour des survivants.

Atout principal de cet ouvrage, on apprend beaucoup de choses sur ces décennies de l’après, jusqu’ici assez largement occultées par l’historiographie et qui sont pourtant autant que le jour du massacre des éléments constitutifs de l’événement, en ce sens qu’ils donnent à voir sa réception, et permettent d’en comprendre l’assimilation collective, qu’elle soit politique ou sociale. Redonner une visibilité à cette période, c’est aussi rendre justice à ceux qui l’ont subie, comme ceux qui ont permis sa construction : habitants et techniciens.

On apprend notamment que le programme de conservation des ruines, décidé dans la précipitation et l’émotion que le contexte très particulier de la Reconstruction exigeait, a été confié à un fils d’érudit local et qu’il a fait l’objet d’une véritable mise en scène des décombres, à la hauteur du drame, devant ancrer durablement la douleur et le recueillement dans le paysage local (ainsi, la fameuse voiture du Dr Desourteaux n’est pas la sienne, mais une voiture tirée des décombres…).

C’est une course contre-la-montre qui a été lancée dans les premiers mois après le massacre, pour prévenir l’effondrement de pans de murs qui n’étaient évidemment pas conçus pour résister aux aléas du temps dans l’état de délabrement qu’était le leur après l’incendie. Certains murs menaçant de s’effondrer ont dès le début été remontés en pierres saines. Le village-martyr fera l’objet de véritables mesures d’exception. Ainsi, le classement du bourg au titre des Sites (loi de 1930) sera vite remplacé par un classement de l’ensemble du bourg aux Monuments historiques, gage de meilleurs moyens pour assurer la préservation des vestiges, et c’est bien par un acte législatif des députés et non un acte administratif comme c’est de rigueur que le classement sera promulgué.

L’ouvrage évoque explicitement la difficulté de vivre à Oradour après, pour ceux qui n’ont pas connu le drame et qui de fait n’appartiennent pas à cette communauté de deuil. « Oradour se mue en un lieu hors du temps, sans autre référent mémoriel que le 10 juin 1944 » (p. 66) ; les rues ne portent initialement pas de nom, exception faite de l’avenue centrale « du 10 juin 1944 », et il faut attendre les années 1990 pour que véritablement la vie reprenne de façon plus légère, ordinaire en somme. Mais en rappelant d’emblée que les maisons du nouveau bourg ont servi d’entraînement à des jeunes architectes qui ensuite ont rebâti Royan, les auteurs, en plus de redonner une visibilité à ce temps particulier de l’événement et d’inscrire Oradour dans le paysage national de la Reconstruction, contribuent à désacraliser quelque peu et de façon je le crois bénéfique cette période : la vie ne s’est pas arrêtée à Oradour.

  1. Village-martyr, village-symbole

L’ouvrage me semble également d’un intérêt majeur dans son traitement d’Oradour comme d’un objet politique, dimension déjà traitée notamment dans l’évocation des suites du procès de Bordeaux et de la polémique concernant l’amnistie des Malgré-nous alsaciens, mais qui ici s’approfondit par l’évocation de l’architecture et de l’aménagement comme relevant d’un projet politique. On comprend combien le village-martyr puis le nouveau village sont érigés en symboles de la reconstruction politique de la nation et de la réaffirmation de l’identité nationale bafouée par les années d’Occupation. On apprend par exemple que le débat sur la conservation des ruines est ancien et complexe, et que les différents programmes successifs de préservation des vestiges, y compris les plus récents, sont très largement motivés par le souci de la Nation de ménager les sensibilités et de contribuer à la sauvegarde d’un dispositif de matérialisation d’une mémoire collective. On apprend également qu’Oradour fut très largement présenté, notamment par le général de Gaulle, comme un symbole du martyre d’une France unanimement résistante, mythe sur lequel l’historiographie est depuis revenue.

Par l’évocation de quelques polémiques moins médiatisées – notamment celle qui a entouré la statue « Aux martyrs d’Oradour » d’Apel les Fenosa, très critiquée par les locaux à sa réalisation puis cachée dans les réserves de musée avant de revenir au village –, en rappelant combien le Centre de la mémoire s’est vu assigner le rôle de relais entre devoir de mémoire injonctif et « devoir d’Histoire » plus pédagogique, ou en s’interrogeant sur la capacité à vivre le souvenir autrement que par le prisme des témoins de première main, les auteurs soulignent combien le processus de symbolisation de l’événement ne se fait pas sans heurts et doit faire l’objet d’une réflexion permanente et transgénérationnelle, dans un délicat équilibre entre distance et compassion.

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  1. Oradour comme objet territorial : la spatialité comme ressource

Enfin, cela en découle, l’ouvrage propose – sans véritablement le nommer ainsi – un traitement de la spatialité et du rôle de l’emprise spatiale du village dans son rôle territorial à une échelle plus vaste et dans ses effets symboliques. Autrement dit, comment le village, dans sa réalité physique (ses murs, ses ruines, ses chemins, sa silhouette, ses lieux de recueillement), est présenté en « ressource territoriale », c’est-à-dire en outil favorisant l’énonciation et la réalisation d’un projet dans l’espace. Oradour-martyr « sert » un dessein. Les auteurs le montrent de deux manières.

D’une part en évoquant la dimension géographique de « l’après », ou comment les opérations d’urbanisme contribuent à la fabrication idéelle et matérielle de l’objet « Oradour » tel que nous le connaissons aujourd’hui, prouvant que tout acte politique s’inscrit dans une matérialité spatiale. À savoir que l’aménagement post-événement est un moteur du façonnement d’Oradour tel que nous en avons conscience aujourd’hui : Oradour sans la fixation des ruines, sans sa signalétique, sans son agencement paysager, sans son mémorial rouillé, ne serait pas cet Oradour.

D’autre part en évoquant quoique très timidement le rôle de l’espace comme de ce qui pourrait relever du « dispositif » au sens foucaldien, c’est-à-dire exprimer combien Oradour (l’idée comme l’objet) est réapproprié depuis 70 ans dans l’action et les discours politiques locaux par différents moyens d’agencement spatial et à différentes fins d’organisation sociale et politique. Parlons par exemple de la sanctuarisation, de l’expropriation et de l’extra-territorialisation du site par sa « nationalisation » et sa « décommunalisation » devant façonner un statut de mémorial inviolable. Parlons aussi de la régionalisation du corps des architectes dans une optique de régionalisation de l’esthétique de ce projet national, ou de la conception du nouvel espace public dans la détermination des lieux de sociabilité. Citons aussi l’utilisation de la nouvelle église et de son esthétique contemporaine dans la perspective d’une rechristianisation sociale d’un territoire limousin peu connu pour sa piété. Evoquons enfin la construction d’une haute lanterne des morts par l’Association des familles des victimes pour s’opposer au martyrium souterrain de l’Etat. La mobilisation d’Oradour est un phénomène récurrent, permanent.

Avant de parcourir cet ouvrage richement documenté, j’espérais vivement pouvoir déceler une lecture politique voire critique – au sens « neutre » du terme – du processus de patrimonialisation et de symbolisation d’Oradour, tel qu’il est formalisé et déployé en Limousin de nos jours par les médias comme les élus, et que l’on peut notamment assimiler à quelques phénomènes médiatiques percutants, tels la marotte électorale de la terre de résistance (on se souvient que la liste Front de gauche à Limoges en 2014 avait osé présenter une de ses candidates sous l’expression « témoin du massacre d’Oradour »). À ce sujet, je reste un peu sur ma faim, il est vrai. J’avais toutefois bien conscience qu’avancer des réflexions de ce type peut s’avérer glissant à peine soixante-dix ans après la Libération, et ce alors que prolonger ces débats peut et doit s’avérer essentiel dans la bonne traduction du principe de devoir de mémoire. Une fois la lecture de l’ouvrage terminée, je dois bien avouer regretter qu’aucun géographe n’ait encore développé à ma connaissance un véritable travail de réflexion sur la territorialité d’Oradour, et sur la façon dont les acteurs locaux comme nationaux, quoique bien intentionnés, usent parfois maladroitement d’Oradour comme d’une ressource d’action et de discours. Il reste beaucoup à dire sur l’aménagement paysager d’Oradour, sur son utilisation dans la publicité, la communication institutionnelle, la signalisation routière, la cartographie…

Peut-être n’était-ce pas l’objet de cet ouvrage, qui demeure toutefois extrêmement intéressant et a le très grand mérite de nous apprendre encore des choses sur Oradour. Mais il reste donc encore beaucoup à dire sur les effets et les enjeux d’Oradour. Puissent des générations de chercheurs en sciences sociales y parvenir, et ainsi oeuvrer dans le plus grand respect des souvenirs et la plus grande justesse à l’égard des vivants, à l’objectivation des outils d’un devoir de mémoire cohérent et efficace.

Photo : Oradour, le nouveau village. (c) L.D., 2011.

> Oradour après Oradour, de Dominique Danthieux et Philippe Grandcoing, Culture et patrimoine en Limousin, 132 pages (24 €)
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