> Revue littéraire : Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas

3 12 2014

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96646Une fois n’est pas coutume (à moins que je propose ponctuellement des petits conseils de lecture, pourquoi pas !), je vous invite à lire – et offrir – le dernier ouvrage de Laurent Bourdelas, une Histoire de Limoges, publié cette année aux éditions Geste et que l’auteur présentera officiellement au café Littéraire ce vendredi (18h).

Si plusieurs ouvrages sur l’histoire de notre ville ont déjà été publiés (comptons parmi eux la formidable « bible » de Jean Levet ou l’ouvrage de référence de Philippe Grandcoing et Jean-Marc Ferrer), ce nouveau livre, préfacé fort maladroitement par Émile-Roger Lombertie et plus subtilement par l’écrivain Éric Faye, doit susciter notre intérêt pour les nouveaux champs de l’histoire et du patrimoine communs qu’il aborde, notamment l’alternance municipale de 2014.

La partie sur l’histoire antique et médiévale, joliment illustrée, sera utile à tous ceux qui souhaitent se réconcilier avec ces pans d’histoire que l’on confond souvent, et a le mérite pour cela de revenir sur les moments où la « grande » Histoire de France a pu s’écrire à Limoges – pensons notamment aux débats autour de l’apostolicité fantasmée de saint Martial, ou au couronnement de Richard Coeur de Lion, duc d’Aquitaine. Laurent Bourdelas actualise ces épisodes anciens en les reliant aux fouilles et découvertes qui ont permis de faire connaître aux contemporains ces richesses désormais matérialisées : les sarcophages et fours à hypocauste, le baptistère Saint-Jean, les reliques épiscopales… Il faut bien ça pour compenser l’éternelle frustration de n’avoir su garder jusqu’à nos jours l’incroyable abbaye Saint-Martial. Les développements sur l’histoire de notre ville à l’époque moderne puis durant la Révolution industrielle et l’Occupation sont également très pédagogiques. On revient avec émotion sur l’expérience des coopératives, le passage des parlementaires belges en 1940, la torture au Petit Quartier du lycée Gay-Lussac.

Dans les parties consacrées à l’époque contemporaine et plus encore, à la fin du XXe siècle, peut-être moins accessibles il faut le dire, l’auteur nous abreuve de nombreuses anecdotes et précisions souvent teintées de ses expériences personnelles, voire de ses engagements, ce qui n’est jamais trop appuyé au sens où cette présence presque physique est assumée et détache avec réussite des faits que l’on tâchera de se réapproprier. Au final, il n’y a qu’une « indicible frontière » entre les faits à valeur universelle et les histoires de copains et de rencontres de ce descendant de Ponticauds (radio, littérature, éducation : tous les piliers de la vie de l’écrivain sont mis en perspective collective !)

Car c’est aussi et avant tout en cela – par l’entremêlement de la biographie d’une ville qui s’ouvre à la modernité sans renier ses héritages, et d’un parcours initiatique puis de l’accomplissement d’homme dans des passions terrestres – que l’ouvrage, entre prose et histoire, apporte sa valeur ajoutée au paysage littéraire déjà bien fourni en ce qui concerne l’Histoire de Limoges. Inspiré par « sa » ville et ses idéaux, Laurent Bourdelas, non sans un peu de nostalgie, a le talent de retracer les portraits des figures de la vie culturelle de Limoges depuis un demi-siècle. L’occasion de faire découvrir à ceux qui l’ignorent encore le rôle prépondérant de la ville, de ses élus (parfois) et de ses citoyens engagés (toujours) dans un renouvellement permanent des idées, objets et lieux d’animation et de création. On revient sur l’épopée du jazz, celle de la radio, la rencontre insoupçonnée entre la capitale des arts du feu et la science-fiction dans les années soixante-dix, l’ouverture pour le moins marquante du centre Jean-Gagnant, le sauvetage du Ciné-Union, et l’on comprend que Limoges a su s’inventer et se réinventer. Éloquent, éclairant, sur le rôle de la culture vivante dans la dynamisation des liens sociaux, où il y a encore fort à faire.

L’Histoire de Limoges de L. Bourdelas, si elle est éminemment politique, n’en est pour autant pas un manifeste partisan, et c’est en ce sens qu’elle est subtile et sensible. On y rend hommage sans pour autant céder à une déférence équivoque. Au final, par ce beau livre, les Limougeauds consacrés feuilletteront sans doute avant tout un album photo presque familial : les amis du Trolley, les amoureux des Anciennes majorettes de la Baule, les anciens de Gay-Lu, les inconditionnels des centres culturels et de la Passerelle, les élèves du conservatoire, qui tous auront plaisir à se reconnaître et se transposer dans les souvenirs et les (jolies) photographies. Les plus jeunes, les nouveaux arrivants ou les simples curieux y trouveront des clés pour comprendre comment Limoges peut et doit engager, avec un peu de courage, de sentiment collectif et de révérence à l’égard des réussites passées, un élan conquérant vers un avenir pas si pessimiste et tout autant riche.

A la fin de la lecture, peut-être un petit pincement au cœur, celui de n’avoir pu connaître les balbutiements démocratiques des ondes limousines, la cave de Charles Caunant, haut lieu de la vie culturelle, la grange de Grossereix et ses expositions, et même le combat pour sauver la rue de la Boucherie. Un sentiment ambigu bien vite remplacé – le livre y contribue dans sa narration des jolies expériences – par la résolution d’œuvrer à la construction d’une ville où il fera de mieux en mieux vivre et où la culture, c’est certain, sera, plus qu’un goût, une valeur commune et transcendante.

> Histoire de Limoges, de Laurent Bourdelas, 270 pages. Editions Geste, 2014. (35 €)
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Image : (c) Geste Editions.


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