> Grand festival pop-rock à Limoges : diversité, création, jeunesse, civisme !

16 09 2014

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Scènes disséminées en ville, animation des terrasses : le bon exemple des Jeudis de Perpignan. (c) L.D., 2014.

L’annonce par l’association « Limoges Here We Come » d’organiser un grand festival de musiques actuelles à l’été 2016 dans la cité de la porcelaine a de quoi séduire. Parent pauvre de la scène culturelle grand public dans le centre de la France, Limoges a su mettre en place au fil des années une programmation estivale éclectique, mais qui ne semble pas à même de rompre avec cette image de cité désertée en juillet et août. Avec cette nouvelle perspective, c’est toute une ville qui rêve de rivaliser avec les autres grandes capitales de l’été culturel français (La Rochelle, Belfort, Carhaix, Lyon, Saint-Cloud…), de mettre sur les routes les fameux festivaliers et de capter plus durablement et dans leur diversité les flux touristiques, qui pour la plupart sont des voyageurs en transit. Il faut dire que la ville vit davantage hors saison, notamment avec les programmations annuelles des centres culturels. Un grand vide demeure entre Urbaka, fin juin, et les Francophonies, fin septembre. Un vide que l’arrêt de « Cuivres en fête » a amplifié et que « Musiques au musée » ne peut pas combler compte-tenu de sa tenue extrêmement localisée. Les plus grands événements de la saison culturelle, d’aussi grande qualité soient-ils, restent d’ailleurs assez confidentiels et ne parviennent que difficilement à mobiliser l’ensemble des publics, notamment la jeunesse, autour de ce formidable défi qu’est l’accès à la culture. Quand on connaît le potentiel économique des gros festivals, on ne peut que difficilement voir d’un mauvais œil l’arrivée d’un festival d’ampleur.

Capture d’écran 2014-09-16 à 13.53.56Attention néanmoins à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Comme le disait assez justement le responsable du festival rochelais des Francofolies à France 3 Limousin, il convient de ne pas placer la barre trop haute dès le départ. L’éventualité de très grosses affiches pourrait en effet s’avérer suicidaire pour les finances du festival, comme pour celles d’autres événements plus modestes mais tout autant réussis et bénéfiques. Rappelons que les subventions et le mécénat doivent assurer 40 % du financement, mais que la mairie a d’ores et déjà conditionné son soutien à l’auto-financement de l’entreprise. La participation et le soutien des commerçants, des entreprises, des associations, sera une condition nécessaire à la réussite du projet et à son juste et souhaitable ancrage dans le territoire et auprès de la population.

Pensons à ce titre à la dimension socio-culturelle de l’événement – c’est la moindre des choses. Il faudra veiller à ce que les impératifs budgétaires du projet tel que présenté ne grèvent pas la philosophie souhaitable d’un tel festival, c’est-à-dire un événement à destination de tous, publics comme musiciens. En effet, il me semble capital de ne pas penser un festival sous son seul angle « spectaculaire » et événementiel, mais aussi d’en faire une belle occasion de soutenir la diversité culturelle – et pas seulement les grandes soupes internationales aseptisées –, les scènes locales et la création régionale. L’idée d’un gros festival anonyme et industriel dans la seule antre du parc de Beaublanc me chiffonne, même s’il faut y voir un prétexte pour rentabiliser le nouveau stade. En revanche, l’hypothèse d’un événement éco-responsable et civique, associant de façon complémentaire grande scène et petits espaces conviviaux, dans l’idée d’un festival « off » en centre-ville, me plaît bien. Je suis satisfait d’avoir pu déceler ces idées dans la presse tout récemment. Cela fonctionnera, si tant est que l’on veille à faire de façon égale la promotion de ces espaces, et que l’on prenne la peine de mettre en relation grandes stars et petits artistes, par le biais de « premières parties » allouées aux artistes locaux et aux groupes de jeunes par exemple, et de scènes réservées à la création faisant la part belle aux traditions régionales par exemple (allons plus loin et imaginons une scène « néo-trad » !).

Il ne faudrait pas que le complexe d’infériorité si longtemps et parfois presque délibérément entretenu à Limoges, soit un catalyseur un peu trop rapide du projet, et n’aboutisse qu’à une idée mal ficelée, trop ambitieuse, donc un gouffre financier. Ce festival – s’il aboutit – est un levier potentiel de fierté, de ferveur, et donc de développement économique et artistique. Soyons attentifs à son organisation et soutenons-le !

Deuxième photo : le festival Vachement jeune, premier tremplin pour les groupes locaux de jeunes. (c) L.D., 2013.


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