> Législatives en Limousin : bilan du 1er tour

13 06 2012

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Le premier tour du scrutin législatif en Limousin en 9 points (cf. également les cartes après le texte. Pour les agrandir, cliquez droit sur les cartes, puis « afficher l’image »).

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1. PS : en attendant le carton plein ?
Ce premier tour a donc vu les électeurs qui s’étaient déplacés confirmer le choix formulé lors de l’élection présidentielle. Et en Limousin, cette décision, en faveur des socialistes, a été à la mesure de l’accession tant espérée de la gauche à l’Elysée. En effet, les candidats soutenus par le parti de la rose au poing ont enregistré de très bons scores, bien supérieurs à ceux de 2007, scrutin pourtant déjà favorable à la gauche (deux circonscriptions limousines basculant à gauche).

En Corrèze, Sophie Dessus assure avec brio la transition : proche de François Hollande, vice-présidente du conseil général, maire d’Uzerche, elle remporte le pari de convaincre les électeurs de la très grande 1e circonscription de Corrèze et passe dès le premier tour, ce que son prédécesseur n’avait jamais pu faire. Cette victoire parachève une ascension fulgurante, pour cette agricultrice qui s’est lancée en politique il y a onze ans. Quant à Philippe Nauche, il s’en sort bien dans une circonscription pourtant assez partagée… du moins jusqu’à présent. Son élection semble presque acquise, et il pourrait de cette manière entamer un troisième mandat. Il devra toutefois choisir entre ce siège et le fauteuil de maire de Brive.

En Creuse, Michel Vergnier est largement en tête sur ses terres d’élection de 2007, et signe même de très bons scores dans l’ex-circonscription de son rival Jean Auclair. Le maire de Guéret est plutôt favori pour le second tour, et son élection comme unique député du département assiérait encore sa prédominance sur la gauche creusoise, même si lui aussi devra trancher entre mairie et députation.

En Haute-Vienne, si la victoire dès le premier tour échappe à Alain Rodet et Daniel Boisserie, c’est sûrement en raison d’une mobilisation assez médiocre, de la concurrence de la gauche radicale et du redécoupage des circonscriptions (ainsi, celle d’Alain Rodet s’est vu augmentée de trois cantons urbains de Limoges, réputés relativement favorables à la droite). Catherine Beaubatie fait taire les rumeurs en sortant nettement en tête du scrutin disputé de la fameuse 3e circonscription, avec « en perspective » 26 % de voix de gauche supplémentaires. Avec 33 %, l’élue limougeaude écarte une hypothétique triangulaire de tous les dangers, et pourrait ainsi succéder à Marie-Françoise Pérol-Dumont, qui ne se représentait pas. Le grand chelem semble donc quasi-assuré pour les socialistes régionaux. Pour cette fois-ci encore, trente et un ans après la première élection à l’Assemblée d’Alain Rodet.

2. Monique Boulestin : pari perdu… à moins que ?
Privée de l’investiture officielle du PS en décembre dernier, au profit de Catherine Beaubatie, Monique Boulestin pouvait se targuer d’avoir obtenu le soutien du PRG et de Robert Savy. Mais sans dense tissu d’élus et de militants, la tâche s’annonçait difficile. Éliminée dès le premier tour, la tombeuse d’Alain Marsaud en 2007 est donc nettement distancée. Pourtant, à entendre la députée sortante de l’ancienne première circonscription, un tabou serait tombé, à savoir la pertinence d’une candidature sans soutien d’appareil. On peut en douter, au vu des 15,6 % obtenus. La dissidente n’est en tête qu’à Saint-Junien-des-Combes. Et dans quelques jours, elle ne détiendra plus aucun mandat politique.

Quoi qu’il en soit, celle qui était encore première adjointe au maire de Limoges il y a quelques mois, bien qu’assurant n’éprouver aucune rancœur envers la fédération haut-viennoise du PS, n’appellera pas à voter pour Mme Beaubatie, et laisse une fois de plus la porte ouverte à une ambition municipale en 2014. Un scrutin qui s’annonce passionnant, et dont les formes devraient commencer à s’esquisser rapidement. Car si Alain Rodet est réélu député, il devra tout comme MM. Nauche et Vergnier, se soumettre à l’interdiction du cumul des mandats. Feuilleton à suivre.

3. Stratégie perdante pour l’UMP ?
De la même manière que la victoire de François Hollande a dû doper les candidats socialistes, il va sans dire que l’UMP n’a pas su mobiliser et convaincre au mieux. La tâche était logiquement bien rude pour les candidats corréziens en Hollandie. Michel Paillassou, bien que bénéficiant d’une notoriété certaine, comme maire d’Egletons, ne rafle que 27 % des voix, moitié moins que Sophie Dessus, et n’aura même pas l’occasion de faire mieux à l’occasion d’un second tour. Pascal Coste, syndicaliste agricole élu à Beynat, soutenu par l’UMP dans la circonscription de Brive, maintient un niveau correct (30 %), mais cela ne devrait pas suffire pour pouvoir inquiéter le maire de la sous-préfecture corrézienne.

En Haute-Vienne, la droite obtient de très mauvais scores, dans la foulée de ses échecs des municipales de 2008, régionales de 2010 et cantonales de 2011. Si les candidats des 1e et 2e circonscriptions ont souhaité afficher leur satisfaction d’avoir poussé les favoris à attendre le second tour pour triompher, ils sont certainement conscients que ce ne sont pas directement leurs scores qui ont réduit la vague rose limousine. Frédérick Peyronnet finit loin derrière Daniel Boisserie avec 20,6 %, et loin derrière les scores de l’UMP Evelyne Guilhem en 2007. Avec 17 %, Florence Prévot-Sola ne devance que de 5 points le FN dans la 1e circonscription, et surtout, gagne 10 points de moins que Sarah Gentil en 2007 sur une circonscription dont le redécoupage laissait penser qu’elle serait plus favorable à la droite, avec notamment l’adjonction du canton de Limoges-Emailleurs. Mais la défaite annoncée de l’UMP à l’échelle nationale n’a ni les mêmes raisons, ni les mêmes résonances que l’échec de la droite locale. Ce dernier pose la question de la stratégie d’une UMP qui préfère lancer des novices en politique au nom de l’audace, mais qui de scrutin en scrutin voit depuis quelques années s’éloigner les perspectives de reconquête, sinon de maintien. Le maire de Couzeix (où il gagne 46 % des suffrages, mieux que les 42 % d’Alain Marsaud en 2007) Jean-Marc Gabouty s’en tire mieux, notamment aidé par la division de la gauche, et un positionnement sans doute plus modéré et des conceptions moins claniques. Se place-t-il pour la refondation attendue de la droite régionale ? Ou faut-il simplement laisser faire le jeu de l’alternance, qui verra la nouvelle majorité présidentielle perdre les élections locales à venir ? L’élu du parti radical n’en demeure pas moins outsider pour le second tour, et son ambition est sans doute davantage de faire le meilleur score de la droite haut-viennoise que de battre Catherine Beaubatie.

Il n’y a donc de léger suspense qu’en Creuse, où dans l’unique circonscription, une fois encore, Jean Auclair démontre son solide ancrage (notamment dans les communes de Combraille) et son statut de pilier de la droite limousine. Mais s’il ne se présentait pas sur le même territoire, avec à peine 34 % il perd néanmoins 13 points par rapport à 2007, d’autant que ses réserves de voix sont faibles. Rappelons qu’il avait déjà permis à la droite d’obtenir son meilleur score en Creuse lors des élections régionales de 2010, qui avait pourtant vu l’UMP signer une piètre performance. Ne peut-on pas supposer que, quel que soit son score dimanche prochain, Jean Auclair, dont l’acharnement à vouloir se différencier – voire se désolidariser – de l’appareil UMP parisien le sert parfois, pourrait lui aussi compter dans la réorientation des tactiques de la droite limousine ?

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4. Où est passé le MoDem ?
A l’instar de l’équation particulièrement ardue pour son leader dans les Pyrénées-Atlantiques, cette élection semble pousser encore un peu plus le mouvement centriste vers les tréfonds de la scène politique limousine, gêné par la bipolarisation et le choix de François Bayrou pour le second tour de la présidentielle. Assez bien placés en 2007 (plus de 10 % pour les candidats creusois), les représentants du Mouvement démocrate signent des scores anecdotiques, même si certaines communes de Creuse ont voté à plus de 10 % pour le représentant du Centre pour la France (Patrick Aïta est en tête à Saint-Georges-la-Pouge). Jean-Claude Deschamps (en Corrèze) ou Nadine Rivet (en Haute-Vienne), figures du MoDem, sont relégués sous la barre des 3 %. Les temps s’annoncent difficiles, tant nationalement que localement, dans la perspective d’élections locales qui s’annoncent très compliquées pour les quelques élus MoDem encore en place.

5. Coup d’arrêt pour l’expérience Terre de gauche ?
Dans une moindre mesure, le sort de Jean-Luc Mélenchon rencontre un écho similaire en Limousin, pourtant laboratoire de l’union de la gauche radicale depuis les régionales de 2010. Les candidats limousins finissent tous ou presque derrière le FN, en dépit de bons scores, mais rarement réalisés au-delà des terres rouges de la montagne limousine ou de l’ouest haut-viennois. Même Marie-José Dumasdelage (11,5 %) reste derrière Yannick Vidaud, certes de peu, elle qui s’engageait pourtant dans la 2e circonscription de Haute-Vienne, celle du maire ADS de Saint-Junien qui avait remporté 5 points de plus en 2007. Du rôle d’arbitre que M. Allard jouait il y a cinq ans entre Daniel Boisserie et Evelyne Guilhem, la candidate communiste endosse l’humble (mais capital) rôle d’apport de voix supplémentaire. Dans la 1e circonscription, Claude Toulet fait tout juste un peu plus que les scores PCF et NPA cumulés de 2007 (11 % contre 9 %), et Daniel Clérembaux (8 %) en dépit de scores au-delà de 15 % dans certains villages, manque largement son pari, celui de profiter de la querelle Boulestin/Beaubatie pour sortir en tête de la gauche dans la 3e circonscription. Ce score lui permet quand même d’être le meilleur candidat NPA de France.
Tous sauf un, donc. Il n’y a que dans la 1e circonscription de Corrèze où Christian Audouin arrive devant la candidate du Rassemblement bleu marine, profitant peut-être de son ancrage ancien en Haute-Corrèze, de son statut de leader de l’alliance au Conseil régional, et du parachutage de la représentante frontiste haut-viennoise d’origine, qui avait fait preuve de piètres qualités de débatteuse sur France 3 Limousin… Autre déception pour Eric Coquerel, arrivé d’Île-de-France dans la 2e circonscription de Corrèze, pourtant très proche du leader du Parti de gauche, parti dont il est un des principaux cadres, et Marie-Hélène Pouget-Chauvat, en Creuse, six points derrière le résultat du Front de gauche à la présidentielle.
Les candidats de Limousin Terre de gauche auront à cœur de ne pas se laisser gagner par la morosité ambiante du Front de gauche, en difficulté jusque dans ses fiefs franciliens, et devraient d’ores et déjà se reconcentrer en vue de scrutins sans doute plus favorables à leur formation : municipales et régionales. Si le contexte national ne leur est pas trop défavorable non plus !

6. Le FN loin derrière mais assez haut
Pour un scrutin où l’ancrage politique et la visibilité du candidat comptent, le FN, habitué à lancer des candidats fantômes ou mystérieux dans les régions où il n’a pas l’habitude d’obtenir des succès, aurait pu faire pire. Certes donc, il est loin des qualifications au second tour, alors que les commentaires il y a quelques semaines avaient placé deux des six circonscriptions limousines sur la liste des triangulaires envisageables. Mais il renaît : ainsi, en Haute-Vienne (1e), où le parti de Marine Le Pen progresse et prospère le plus, Nicole Serre multiplie par six le résultat de Magalie Servant. La jeune Catherine Laporte profite du terrain propice aux idées frontistes, en Basse Marche, qui avait déjà donné de bons résultats au FN aux cantonales et présidentielles. Elle approche par exemple 14 % à Bellac ou Bessines, mais surtout 27 % à Darnac, soit 5 fois plus qu’une certaine Nicole Daccord en 2007, partie cette année en Corrèze où elle a peu convaincu (moins de 7 %).

Assez nettement diminué en Creuse et dans la 1e circonscription de Corrèze, en dépit de résultats plus élevés qu’il y a cinq ans, le FN réalise aussi une petite percée dans le bassin de Brive (plus de 9 % pour Alain Balmisse). Il sera difficile de confirmer, à part si le parti fait le choix d’implanter localement et durablement ses représentants, dans la lignée de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais. Ce qu’il s’est largement refusé à faire depuis ses débuts, excepté dans le sud-est, en raison des fluctuations de ses scores. Le sort des qualifiés pour le second tour en France aura une grande influence sur l’avenir du parti, en France et en Limousin.

7. Les écologistes peinent mais font mieux qu’en 2007
Le contexte présidentiel a aidé les candidats écologistes à signer de meilleurs scores qu’en 2007, toutefois assez bas compte tenu de l’absence d’accord avec le PS en Limousin, et du désamour historique entre électeurs limousins et parti écologiste. Petit paradoxe de la région : de multiples problématiques abordées par les candidats EELV sont au cœur de l’actualité locale (agriculture biologique, protection de l’environnement et pollution, transports), cause de débats souvent passionnés.

Mode de scrutin défavorable ? Faible portée des arguments dans un contexte de crise davantage formulée comme sociale et économique qu’écologique ? Sans doute, mais l’hégémonie socialiste ne semble surtout pas laisser de place aux autres formations de gauche. Le score assez encourageant des écologistes à l’échelle nationale, au-dessus des 5 %, masque le véritable résultat : de multiples dissidences – certes pas en Limousin – et surtout une moyenne tirée vers le haut par les candidatures unitaires PS-EELV portées par ces derniers. La faible influence du parti dans notre région, absent du Conseil municipal de Limoges, balancé au Conseil régional entre son opposition à la LGV et sa participation pleine et entière à la majorité, n’a peut-être pas aidé non plus. Ya-t-il un avenir pérenne pour un mouvement que l’on dit « thématique » ? Il y a apparemment encore du chemin à faire, avant que chacun se persuade que l’écologie n’est pas un thème mais bien la transversalité même. Mais ce jour-là, s’il arrive, le parti écologiste perdra peut-être un peu de sa raison d’être.

8. Renouvellement : à suivre…
En passant de 9 à 6 députés, le Limousin voit réduites les marges de manœuvre en faveur d’un renouvellement politique et personnel. Ou les rend plus exigeantes ? Régulièrement réaffirmé, notamment en Haute-Vienne où Alain Rodet, déjà emballé par une réélection à la mairie (il va donc falloir choisir, on l’a déjà dit un peu plus haut et un peu plus tôt), devrait rempiler pour la 8e fois consécutive, ce changement générationnel s’opère en général presque à chaque scrutin (Marie-Françoise Pérol-Dumont en 1997, Monique Boulestin en 2007, Sophie Dessus en 2012). Mais changement de génération ne rime pas forcément avec changement de mouvement. Et 30 ans après son arrivée à l’Assemblée, Alain Rodet semble toujours dominer la vie politique régionale, sinon le socialisme limousin. Loin de moi l’idée de m’abandonner au jeunisme et de dénigrer la portée de l’expérience. Mais ce sujet devra bien être abordé un jour ou l’autre.

9. Même en Limousin, on a peu voté !
C’est enfin à la fois la déception et la surprise de ce scrutin. Si l’abstention est record à l’échelle nationale, la démobilisation a également touché le Limousin, et surtout la Haute-Vienne (37 à 38 %), pourtant habituellement bien mobilisée. Les électeurs corréziens se sont assez bien déplacés dans les bureaux de vote, avec environ 2/3 de participation. La faiblesse des enjeux dans le département haut-viennois, au moins dans les 1e et 2e circonscription, où la question était surtout pour beaucoup celle de la tenue d’un second tour ou non, a peut-être œuvré en faveur du désintérêt civique. Mais avec cela, c’est tout le scrutin, qui demeure pilier de notre démocratie semi-présidentielle certes, mais avant tout parlementaire, qui s’en trouve affaibli, voire légèrement décrédibilisé. Il serait bon de se poser les bonnes questions : le calendrier électoral ne favorise-t-il pas cette situation ?

Et maintenant, espérons que le triomphalisme, les psychodrames, les provocations absurdes et les débats stériles ne viendront pas nuire à cette courte campagne de second tour en Limousin. Votez et faites voter dimanche prochain !

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