> Services publics : des limites et échecs du rassemblement de Guéret

25062015

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Capture d’écran 2015-06-25 à 10.12.22Le 13 juin dernier, à Guéret, un grand rassemblement de défense des services publics se tenait à l’appel de la Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics. Se voulant d’importance nationale – des représentants de toutes les régions étaient présents, il faisait écho à son illustre homologue, la presque légendaire déambulation neigeuse de 2005, dont un François Hollande encore premier secrétaire du PS était un des participants. Ce regroupement anniversaire, largement relayé par la radio publique – évidemment concernée, devait prendre tout son sens par le fait que nous sommes tous concernés, plus que jamais dix ans après, par les perspectives noires qui continuent de se confirmer pour le service public, dans un univers de la concurrence la plus déloyale.

On attendait au moins 10 000 personnes et de grandes figures nationales et politisées de la contestation, qui seraient venues exprimer leur désarroi et leur colère face à la désertification hospitalière, à la privatisation des transports du quotidien, et plus globalement à la perte de souveraineté des citoyens dans ce qui les accompagne et les aide à vivre chaque jour (la santé, les transports, les médias donc, mais aussi la poste, la justice, l’eau, l’énergie, l’emploi…).

Et au final, en dépit d’un cortège dense et bruyant… un échec. C’est en tout cas ce qu’a relevé la presse nationale, et ce qu’ont avancé nombre de commentateurs. La mobilisation relativement faible – 4 000 à 5 000 manifestants selon l’estimation de La Montagne, sans doute la plus fiable et objective, a sans doute pesé dans ce jugement final. Surtout, dans le cortège, une foultitude de drapeaux et de mégaphones, un air de manif partisane, tristement « comme les autres », une ultra-domination des totems du militantisme politique et syndical, en dépit de l’absence de la CFDT ou de l’extrême discrétion du PS. En somme, une ambiance de fête, mais un message universel et « profane » qui peine à percer au milieu des slogans et des logotypes. En outre, une désorganisation patente – signalétique inadaptée, retards importants dans la mise en route des débats thématiques, et une communication hasardeuse dont on ne saurait dire si elle était l’expression d’un manque de moyens, ou d’un entre-soi confondant, voire d’un sectarisme empêchant la quête d’idées neuves ?

Car là était bien le problème central. À qui parlaient tous ces intervenants ? Et en définitive, au-delà des « convaincus », des « déjà conscients », qui participait réellement à ce rassemblement ? Loin de nous l’idée de nier l’engagement sincère et le combat légitime de tous ces élus, adhérents de partis, syndicalistes chevronnés et alters de la première heure, professionnels des hôpitaux ou des liaisons ferroviaires régionales sacrifiés sur l’autel d’une intangible rentabilité. Ils sont en pointe dans la dénonciation concrète d’un processus mortifère, dont les territoires ruraux et leurs habitants sont les premières victimes. Mais au fil de la journée, au gré des chants engagés et de l’étiolement de la ribambelle des marcheurs sous la pluie, grandit le sentiment que tout ceci est vain, un peu trop folklorique, et peut-être terriblement contre-productif.

Capture d’écran 2015-06-25 à 10.10.34Dans les débats, des échanges de bonne tenue et du parler vrai, mais des publics parfois très clairsemés, et des caméras qui se seront davantage agglutinées autour du photogénique mais éphémère Mélenchon, au deuxième rang de la manif. Fait éloquent : aux fenêtres, de très nombreux Guérétois prenant en photo les bannières multicolores, les percussionnistes survoltés, les marguerites brandies en l’air… Des Guérétois chez eux mais pas dans le cortège, ni aux débats… Le sentiment que ce rassemblement est avant tout une foire, une tribune, celle d’un petit groupe engagé, certes convaincu et sans aucun doute sincère, mais tellement peu représentatif, et par extension, dramatiquement excluant. Entre deux averses, la pugnacité laisse libre cours aux improvisations poétiques : « météo pourrie, météo du capital ! », a-t-on-pu entendre par moments. Les slogans sont souvent maladroits : si c’est certainement aux excès du capitalisme que l’on peut attribuer la lente mais certaine déliquescence du concept de « bien commun », comment concerner l’ensemble de la population par des appels révolutionnaires ?

Et nous de rêver d’une manifestation silencieuse et lourde, massive, grave mais résolue, autant que l’est l’impitoyable déconstruction du service public français et européen, ce bien commun par excellence. Une manifestation de ce fait originale, dans laquelle une majorité aurait pu se retrouver – souvenez-vous du 11 janvier. Pourquoi ne pas avoir convié des journalistes locaux comme il en existe de très bons, ou des universitaires, pour orchestrer les débats et leur donner un axe, un sens de lecture, une didactique en somme, et en formaliser les conclusions ? La politique est un piège, un outil galvaudé, mais la citoyenneté est une ressource infinie et fondamentale. Pourquoi ne pas avoir tenté de dépolitiser un sujet qui concerne tout un chacun ? Certes, on parle plus fort et on frappe peut-être plus aisément par des collectifs, et certes, l’austérité que d’aucuns au gouvernement promeuvent est un des principaux moteurs de la privatisation et de la polarisation outrancière des services publics, mais n’est-on pas citoyen avant d’être partisan ? N’est-ce pas ceci, notre première force collective ? Pourquoi ne pas s’appuyer à l’avenir, sur des collectifs associatifs transpartisans, sinon moins « colorés », pour peser mieux et nombreux ?

Alors, au final, une ambiance bon enfant, de (très) bonnes volontés et des témoignages édifiants et nécessaires sur la casse du service public orchestrée par les dirigeants de tous ordres et appliquée à toutes les échelles, mais un appel qui tourne en rond alors qu’il concerne 100 % ou presque de la population française. Certes le dimanche, un ensemble de déclarations officielles devait formaliser l’ensemble des réflexions et des prises de positions de l’événement, autour d’un « Appel de Guéret ». Mais sa portée semble limitée. Sur Facebook, 528 personnes seulement suivent la page consacrée au rassemblement, et ledit communiqué n’a été partagé que treize fois (!). On attendra toutefois avec impatience le prochain rassemblement, en 2016, cette fois à Paris…

Capture d’écran 2015-06-25 à 10.13.48Mais quel dommage ! Le contexte actuel semblait pourtant donner toute justification à l’organisation d’initiatives de défense des services publics, notamment en écho à la loi Macron, qui entre autres conséquences préjudiciables consacre un peu plus le démantèlement du réseau ferroviaire français. Et quel meilleur endroit que Guéret pour donner sens à ce message ? On continuera la mobilisation. Mais à l’Elysée ou Matignon, nous aurions du mal à en douter, avec tristesse imaginons les conseillers de l’ombre (presque) satisfaits d’avoir vu tourner cette journée à l’avantage des caricatures.

Merci à Geneviève Leblanc pour la réflexion dont elle m’a fait part et qui a donné matière à cet article, et pour sa présence à Guéret à mes côtés.

Photos : L. D.




> De retour pour l’été

3062015

Grosse interruption du blog depuis plusieurs mois. Il faut dire que plusieurs impératifs se sont succédé : campagne électorale, rédaction de mémoire, détermination d’un projet pour la rentrée.

Je vous annonce d’ores et déjà un retour sur le blog pour fin juin-début juillet, avec dans la mesure du possible une petite série thématique estivale.

A très bientôt, donc !

L. D.




> Des citoyens candidats aux élections départementales !

14032015

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Vous ne voterez pas dimanche.

Ou alors, vous ne savez pas pour qui voter.

Ou encore, vous vous dites que vous allez certainement voter « utile », sans illusions…

Ou même, vous n’êtes pas inscrits sur les listes et ça vous est bien égal.

Vous êtes désabusés, quoi qu’il en soit. Déçu, blessé.

Un instant. Juste quelques minutes. Pas longtemps.

Et si… des citoyens lambda, enseignants, commerçants, demandeurs d’emploi, étudiants…, hors du système politique fatigué, bref des citoyens comme vous, faisaient le choix de casser les codes et, se disant que les choses ne peuvent pas rester figées et à ce point démoralisantes, se présentaient à vos suffrages ? Des candidats tout neufs. Oh, ils ne sont pas providentiels ces candidats. Ils ne révolutionneront rien, que ce soit clair. Et ce n’est pas parce qu’ils se disent « indépendants » qu’ils n’ont pas de convictions marquées. Non non. Simplement, ils se sont dits qu’ensemble, ils pouvaient à leur toute petite échelle incarner la preuve que tout à chacun a légitimité à ouvrir les débats. À montrer que chaque citoyen a légitimité à interpeler ses élus, à proposer des idées, à dire que ça ne va pas bien, et que lui, par son expérience de vie, peut contribuer à améliorer les choses.

Des citoyens candidats aux élections départementales. Au nom de quoi ? De ce statut de citoyen, si dévoyé, instrumentalisé, et pour autant fondement de notre démocratie. Le pouvoir n’est-il pas censé être celui du peuple ? Mais les élections départementales, pourquoi ? Le département, échelle de proximité par excellence, bien que son avenir soit flou, est l’acteur de la politique sociale, des collèges, du développement culturel, associatif et économique… c’est dire s’il est au cœur de notre quotidien ! Alors mobilisons-nous !

Quelle folle aventure que celle dans laquelle nous nous sommes lancés ! Folle, intense, mais réfléchie ! Si nous nous engageons tous à titre personnel – une association ne saurait financer une campagne – c’est bien dans la foulée des dossiers thématiques présentés par 55 citoyens pour Limoges sur le patrimoine et les mobilités. D’autres suivront. Des dossiers qui sont le fruit de notre passion pour notre ville, de notre envie d’apporter notre petite contribution au débat public, oh oui, le public, le bien commun, ces idées auxquelles nous souhaitons croire, encore.

Nous ne voulons pas additionner nos voix à celles qui crient que les politiques sont tous les mêmes, et qu’il ne sert plus à rien de voter. C’est donc là le sens de notre engagement, que d’aucuns jugeront insensé et démagogique. Reposons-nous la question bon sang : qu’est-ce qui doit motiver l’engagement pour la collectivité ? Le compte en banque ? Non. Le fait d’être bien né ? Non plus. Le fait d’être en odeur de sainteté avec une fédération parisienne qui se substitue bien trop souvent à l’intérêt général des citoyens sur le terrain ? Sûrement pas ! Pas plus que l’âge, l’origine, l’héritage… Halte à la professionnalisation de la politique ! L’expérience, ça se construit si l’on ose donner leurs chances à d’autres personnes, d’autres visions, d’autres parcours de vie.

Cet article est également une occasion de répondre à certaines attaques et accusations infondées. Non, nous ne sommes pas le sous-marin du Front national. Nos membres sont des sympathisants de toutes tendances républicaines, marqués par des engagements associatifs, humanitaires, syndicaux, qui tous sont placés sous le signe de la lutte contre les inégalités, les injustices et les préjugés. Non, notre engagement, aussi dérisoire puisse-t-il paraître aux yeux de certains adeptes du cumul, n’est pas bêtement motivé par la rancœur contre un parti qui n’aurait pas su satisfaire nos ambitions de pouvoir.

Je vous propose ci-joint de prendre connaissance de notre circulaire de campagne.

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Ainsi qu’un exemplaire de notre tract, que nous distribuons actuellement en ville. Vous y retrouvez les grands axes de notre programme :

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Notre programme également ici :

- ne pas cumuler plusieurs mandats politiques.
- consulter la population, comme cela a déjà été fait dans d’autres territoires, en cas de grand projet engageant des dépenses importantes pour le département (LGV, centre aquatique de Saint-Pardoux, grands équipements routiers…).
- revenir sur la décision autoritaire qui écarte les jeunes majeurs des dispositifs d’aides.
- soutenir toutes les initiatives citoyennes qui favorisent le bien vivre ensemble sur un territoire commun (budget participatif, participation aux commissions, soutien aux entreprises solidaires et aux associations locales, création de micro-crèches).
- organisation d’Ateliers participatifs sur les services publics (rencontres dans les cantons entre élus et citoyens pour définir les besoins)
- ou encore : refonte du festival « La culture au grand jour » (élargissement des thématiques), création d’un Conseil départemental des jeunes…

Nos candidats :

Canton de Limoges-4 La Bastide-Beaune-Beaubreuil :
Titulaires : Stéphane BOBIN (technicien audiovisuel) et Geneviève LEBLANC (enseignante)
Remplaçants : Lucas DESTREM (étudiant) et Elisabeth SOUTENET (demandeur d’emploi)

Canton de Limoges-6 Centre-ville :
Titulaires : Muriel JASNIAK-LASKAR (commerçante) et Philippe PASQUET (employé La Poste)
Remplaçants : Adrien LAUMONNIER-NADAL (étudiant) et Françoise LEFLAIVE (retraitée, militante associative)

Dans quel canton votez-vous ?  Cliquez sur « Calques » en haut de la page, puis sur « Cantons » dans le bandeau à gauche.

Bien entendu, rien ne remplace le contact et l’échange en direct, en chair et en os. Si nos moyens humains et financiers ne nous ont pas permis d’organiser des meetings et de louer des salles – si ça encore c’est pas une preuve que le système démocratique est ficelé avant tout pour les grosses écuries…, nous vous donnons quand même rendez-vous toute la semaine au détour des marchés et des rues des deux cantons ! Ce sera l’occasion d’échanger sur nos priorités et vos attentes pour le département.

Alors, vous pourriez voter pour nous, non ? Allez, en toute humilité… un peu d’audace ! ;-)

Ah, et aussi, je vous donne rendez-vous après la campagne pour venir nous retrouver lors de nos réunions hebdomadaires ! 55 citoyens pour Limoges est avant tout une association ouverte à toutes les bonnes volontés, tous ceux qui veulent contribuer, sans forcément vouloir se présenter à une élection, à leur échelle, à construire des projets de proximité et de développement pour Limoges et sa région ! Les seules conditions ? Aimer cette ville envers et contre tout, et aimer les gens qui la font, bon sang !




> LGV et réforme territoriale : triste chronique du libéralisme désincarné appliqué aux territoires

10022015

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En janvier, j’ai pu assister à la conférence que donnait Robert Savy sur les enjeux locaux de la réforme territoriale, désormais adoptée par le Parlement, et consacrant d’ici quelques mois la disparition de l’entité administrative « Limousin ».

Si je n’avais que douze ans en 2004, à la date de son départ de la tête du Conseil régional, et donc de son retrait politique, Robert Savy reste pour moi une figure majeure et respectable de la vie politique locale. Une figure amène et bonhomme certes, mais aussi et surtout l’incarnation d’une volonté, d’une certaine idée de la fonction d’homme politique, entre exigence morale et engagement au service de la collectivité. Les commentaires de la salle comble abondaient d’ailleurs dans ce sens.

L’ancien homme fort du PS local, alerte et volontiers taquin, cogne gentiment mais sûrement sur les décisions de ses camarades. Son désengagement de la vie politique active doit aider. Peu importe. Robert Savy, qui n’a pas vécu que de la chose publique, loin s’en faut (cf. sa carrière au Conseil d’Etat et à l’université), continue de distiller des analyses aussi justes que percutantes. Ayant eu plusieurs fois l’occasion de s’étendre dans les médias régionaux sur les conséquences néfastes que cette réforme de la carte des régions augurait pour le futur-ex Limousin, il en déplore une fois de plus la dimension extrêmement libérale et injonctive. Et continue de s’inquiéter, à raison je le pense, du grand flou concernant les compétences – et donc les conséquences en termes d’emplois, de ressources financières et de représentation politique.

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Une proposition alternative qui avait du sens, exception faite sans doute d’Auvergne-Limousin. (M. Bodlore-Penlaez, pour Geobreizh.com)

Après un résumé assez critique des dernières mesures des récentes et futures réformes territoriales du gouvernement (notamment autour des métropoles, des nouveaux cantons et de la refonte des intercommunalités, dans une approche résolument concurrentielle), voici les idées majeures de son intervention.

Leitmotiv de son propos : la taille des régions – et donc le redécoupage ainsi imposé – est un mauvais argument. Le Limousin n’a jamais véritablement souffert de cela pour proposer des projets et se faire entendre dans les institutions européennes. Parler de « modèle européen » pour changer la taille des régions est une hypocrisie : il existe de toutes petites régions dans d’autres pays d’Europe, qui fonctionnent très bien – et l’on peut également penser à des régions gigantesques qui ont bien plus de mal à peser. Bien évidemment, Robert Savy a à cœur d’invoquer de façon positive son action à la tête de la Région. Non sans un brin de vanité sans doute, mais les mots sonnent forts. En filigrane, on aura compris la critique du fameux modèle idéal allemand, qui ne doit pas être comparé tel quel. Émerge à ce sujet la critique du lassant réflexe de révérence, encombrant et inapproprié, à l’égard du voisin allemand. En vérité, – et c’est là que la comparaison allemande pourrait être signifiante – le vrai débat concerne bien les compétences et les moyens. Or à ce jour, c’est encore très vague. Au final, Robert Savy parle d’une « réforme en trompe l’oeil », qui prétend s’attaquer à de vrais sujets (économies, simplification…) mais qui ne touche réellement qu’à une carte et qui « fait semblant » de renforcer véritablement les Régions. L’évocation qu’il fait des réussites du Limousin sert à appuyer l’idée précédente : les politiques d’accueil des nouvelles populations, le soutien au haut débit, l’amélioration des transports ferroviaires, les collaborations avec d’autres régions concernant l’Université ou le POLT, seraient autant d’exemples de la capacité du Limousin à être acteur plein et entier, indépendamment de ses modestes superficie et démographie.

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R. Savy et F. Hollande (A. Jocard, AFP)

Évoquant les conséquences directes de cette nouvelle organisation, Robert Savy nourrit des inquiétudes quant à l’emploi public en Limousin – inquiétude rassurée au moins en partie depuis par les garanties apportées par Marylise Lebranchu promettant une sanctuarisation des effectifs. En revanche, en ce qui concerne le quotidien vécu, la place de Limoges dans la future organisation des services de la grande région, la conduite de politiques garantissant des liens futurs entre Bordeaux et Limoges, le devenir des marges creusoise et corrézienne, on ne peut que s’en remettre à l’espoir… qui en politique n’est pas une garantie de réussite ! En bref, le propos de l’ancien président de région s’inscrit dans une lecture assez désolée du sort réservé au centre de la France, abandonné au mythe répétitif de la « diagonale du vide ».

Concernant l’idée d’un Limousin comme fait culturel, politique et social : certains intervenants ont fait valoir que cette identité ne disparaîtrait pas – ce que je pense aussi, mais R. Savy a souligné que les spécificités (difficultés comme réussites) du Limousin risquaient d’être effacées / ignorées par la fusion et l’intégration dans un nouveau grand ensemble (notamment par la dilution des statistiques, ce à quoi je n’avais pas pensé, il est vrai). Tout dépendra de la politique de proximité menée par la nouvelle région. Là encore, l’espoir.

Enfin, quelle représentation politique des territoires limousins ? Les élus limousins ne représenteront que 13 % des élus de la future grande région. Un intervenant, lors de la conférence, a réagi en faisant remarquer qu’après tout, c’était cohérent car fonction de la part de la population limousine dans le total. R. Savy a répliqué que tout dépendait de l’échelle de prise en compte, ce qui a fait écho à ses propos sur l’existence culturelle, politique, sociale du Limousin… et surtout brandi de nouvelles inquiétudes quant à la visibilité des problématiques sociales et économiques des territoires limousins.

On ressortait de cette riche intervention partagé entre la conviction d’avoir touché les vraies limites de la réforme, et le désarroi de ne pas en être bien rassurés. Quoi qu’il en soit, convaincus que le problème de cette réforme, au-delà des incertitudes qu’elle véhicule, reposait sur des considérations bien plus politiques que pragmatiques, et que par conséquent il posait de véritables questions d’ordre moral (proximité, légitimité, transparence, dialogue…) autour de l’absence de réelle prise en compte des êtres ! Le libéralisme débridé et désincarné appliqué aux territoires poserait donc des problèmes moraux ?

 

 

holande et DUPDans le même temps, l’adoption « surprise » de la Déclaration d’Utilité Publique – terme lourd de sens – de la Ligne à grande vitesse Limoges-Poitiers, est un autre coup dur porté à la fois au sens de l’action de nos élus, aussi légitimes soient-ils, et à la vision de l’aménagement du territoire que se devraient de défendre ces mêmes représentants du peuple.

Désavouée par la quasi-totalité des élus locaux et nationaux, décriée et condamnée par la totalité des rapports réalisés depuis deux ans par des collectifs et des organismes attachés à défendre l’intérêt public et la responsabilité financière et sociale, cette LGV a beau être morte-née, elle n’en réclame pas moins des financements en amont ! Certes les rails ne seront sans doute jamais posés – faute de moyens et de soutiens –, en attendant, grâce à la DUP, les expropriations et surtout les fameuses études aspirent quantité de subsides, qui n’iront pas ailleurs ! Les recours déposés par les associations et les collectivités concernées, au nom du bon sens et du véritable intérêt général, sont eux-aussi autant de « maux nécessaires » gourmands en temps et en argent, qui n’iront pas alimenter de vrais projets bénéfiques – POLT notamment…

Réforme territoriale ; fantasme entretenu du tout-TGV : ces deux événements lourds de conséquences sont pour moi révélateurs de la soumission de l’intérêt général de ceux qui possèdent tout à ceux qui aimeraient posséder un peu. Au-delà des grands mots parfois caricaturaux, ils témoignent des grands maux de notre démocratie : le triomphe de l’image et du symbole sur le sens profond, de l’immédiateté, de l’injonction au résultat, fut-il biaisé, de l’illusion de l’objectivité. Des mots et maux qui enseignés, médiatisés, et colportés mécaniquement donnent libre cours aux rancœurs, aux envies, aux luttes de pouvoir permanentes et aux discours convenus de certains responsables aspirant à nous gouverner.

Je crois important de rappeler et insister sur le fait que déplorer ces deux événements ne revient pas à brandir le rêve de l’autogestion, le mythe du citoyen-président, la démagogie de l’élite des « tous pourris », l’appel à la décroissance – quand bien même nombre des réflexions des tenants de cet idéal devraient être considérés avec plus de crédit. Non, ce propos s’inscrit dans un plaidoyer pour une démocratie représentative régénérée, renouvelée dans ses institutions par ceux qui les incarnent par leurs revendications et leur existence-même – les citoyens.

Contrairement à ce que d’aucuns prévoyaient, spécialistes et chroniqueurs béats (bétas ?) sans doute grisés par un idéal de modernité fondé sur le productivisme et la quête du meilleur chiffre, les technologies de l’an 2000 n’ont pas signé la victoire de l’immatériel sur les territoires – c’est le sens indirect et certes « politicien » du propos de Robert Savy sur les élus hors-sol. Remodelés, mis en concurrence et bien souvent malmenés, quoique toujours inventifs, ces territoires doivent relever des défis bien souvent supérieurs à leurs moyens. Que faire ? Écouter et lire les initiatives locales qui bien souvent, très loin de l’angélisme qu’on les accuse de seriner, portent en elles les germes d’un nouveau modèle démocratique, celui du partage, du durable, de la considération mutuelle, de l’ascenseur social.

Des pistes, il y en a. Certaines collectivités – rares il est vrai – ont des moyens conséquents. Soumises à l’avatar de la compétition territoriale qu’est l’individualisme, elles ne consentent que par la loi à une péréquation il est vrai souvent mal comprise car mal expliquée au grand public. Cette incompréhension peut être dépassée si l’on garantit une véritable réciprocité de bénéfices : les territoires mieux dotés pourraient profiter de ces fonds pour lancer des programmes expérimentaux, pourvoyeurs d’emplois et de visibilité, qui une fois stabilisés, pourraient être plus facilement adaptés et reproduits dans et pour les territoires en difficulté. Mobilisant au passage l’énergie des entreprises locales, du tissu associatif et des universités, à grand renfort de nouvelles méthodes de participation. Ces programmes pourraient autant concerner la transition énergétique, les services publics, les nouvelles mobilités, l’accès à la culture…

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La Réserve citoyenne relancée au profit de l’Education nationale. Un exemple de l’utilité concrète de l’expérience et de l’engagement quotidiens au service d’une société qui fonctionne mieux.

Pour y arriver ? De l’écoute, de l’audace, et de la proximité. Dans les organes de décision, à renouveler, une plus juste représentativité des forces créatrices, invisibles, groupes minoritaires ou « minorés » – jeunes, étrangers, chercheurs – mais aussi cette grande majorité silencieuse que l’école, l’entreprise, les associations doivent retrouver. Et certes, il faut un peu d’argent – il y en a ! Le libéralisme n’est pas une science objective, c’est une vision politique – merci Bernard Maris. S’en remettre aux dieux de la régulation automatique, ce n’est pas s’en remettre à la transcendance d’une hypothétique Loi naturelle, mais bien imposer un schéma totalement subjectif, intéressé et terriblement contre-productif. Penser collectif, ce n’est pas se dépouiller pour les autres, mais bien faire preuve d’humanité au sens le plus large, premier et dépassionné du terme. Celui qui cherche à garantir à chacun le même droit d’aspirer à être et agir.

Ce qui est vrai avec les hommes est vrai avec les territoires. Si invoquer l’égalité des territoires et chercher à l’appliquer est évidemment un vœu pieux particulièrement et inutilement consommateur de temps et d’énergies, s’en remettre sans critiques et sans débats à l’implacabilité et la violence de la concurrence des territoires serait dévastateur. Autant en termes d’effets sur les populations, que de conséquences sur le rapport entre élus et citoyens.




> Charlie.

7012015

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Je ne pige pas grand chose à l’économie. Mais je me souviens bien entendre, sur Inter, la voix amicale de Bernard Maris qui parlait du réel, du concret, du commun, de ce qu’on avait partagé et de ce qu’on devait partager. Une voix qui pesait dans un milieu sans pitié, sans pédagogie surtout. Ça manquera.

Je ne lisais pas Charlie Hebdo. Mais je me souviens bien des caricatures qui nous faisaient tellement rire quand nous préparions notre TPE, au lycée, sur la caricature des présidents, et de toutes ces unes aussi sordides que drôles. La tignasse de Cabu. Tignous sans tabou. Les nez poivrés de Charb. La ligne claire et grasse de Wolinski. Honoré, la lumière sur l’ombre. On m’a parlé de l’humanité, de la gentillesse, du culot, de l’antimilitarisme des dessinateurs. Les amis de mes parents m’ont dit qu’ils étaient de leur génération, oubliant qu’ils avaient parfois vingt ans d’écart.

Et aussi, avant, le salon de Saint-Just en septembre, sur les planches de bois du chapiteau blanc, les dédicaces, Cartooning for Peace. Les caricatures, l’incendie. Ces dessins historiques que nous connaissons même étant nés bien après. Et puis cette impérieuse nécessité de pouvoir rire de tout, l’évidence d’une distinction entre religion et fanatisme, croyants et intégristes. Tous ces stylos en l’air, ces « Je suis Charlie » dans les rédactions, mais aussi chez les anonymes, dans la rue. Jusque dans les boutiques. Par chaînes de SMS qui avaient disparu depuis que les mots-dièse avaient tout emporté. Et sur les profils Facebook de ceux que je ne croyais pas politisés, qui n’auraient pas dû être touchés et qui l’ont été. Preuve que nous sommes tous agressés par cet acte complètement fou, qu’on ne peut pas appréhender, qu’on n’a pas assimilé. Le sentiment d’être Un, la France déboussolée mais libre et révoltée, une humanité qui persiste et se révolte à l’ère de l’individualisme, qui se dit qu’elle a peut-être à relever le défi du vivre-ensemble, de la tolérance, de la liberté… ?

La place de la République était belle. On se connaissait tous, de fait. On n’osait dire qu’on allait, même si on allait bien. On riait quand même. Mais surtout on s’interrogeait sur l’après. Sur ce qu’allaient pouvoir faire nos gouvernants. Sur ce qu’il convenait de penser. Sur ce qui pourrait empêcher d’autres folies.
Beaucoup de travail, chaque jour, partout. L’espoir, comme la peur. Mais ensemble, du moins je crois. Il faut.




> Fusillade de Charlie-Hebdo – Rassemblement, ce soir 19h place de la République

7012015

Quand la presse est attaquée, c’est tout ce qui nous est cher, toutes nos valeurs, l’humanité même, qui l’est. Rassemblement ce soir 19h, place de la République, comme il se doit, pour répondre pacifiquement à l’horreur, contre la barbarie, le fanatisme, pour la liberté…

Pour les victimes de la fusillade au siège de Charlie Hebdo

Pour la démocratie, la paix, la liberté,

Rassemblement ce soir

19h

Place de la République

à Limoges

Le Club de la presse du Limousin appelle à un autre rassemblement

demain matin, 10h30, parc V. Thuillat (vêtus de noir).

N.B. : la Préfecture est informée du rassemblement de ce soir.







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